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L’argumentaire du Comité anti-Gripen: Un écran de fumée (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le Comité anti-Gripen a réuni les signatures nécessaires à son référendum lancé en automne dernier. Le 14 janvier, il les a déposées à la Chancellerie fédérale et le peuple suisse se prononcera le 18 mai prochain. Les référendaires ont tiré la leçon du cuisant échec des opposants à l’armée de septembre dernier – rappelons que le peuple a rejeté leur initiative sur la suppression du service obligatoire à plus de 73%. Depuis le début de la récolte des signatures, ils ont en effet adopté une tactique de campagne visant à se présenter comme des partisans d’une armée rénovée et moderne, adaptée aux besoins de ce début du XXIe siècle, et non comme des opposants absolus à l’institution. C’est ainsi, par exemple, que le GSsA fait actuellement profil bas et que certains politiciens qui ont toujours voulu la suppression ou, à tout le moins, l’affaiblissement de l’armée se montrent sous un jour nouveau en mettant beaucoup d’eau dans le vin de leurs discours.

Cherchant à masquer leurs intentions réelles, les opposants à l’acquisition du nouvel avion de combat ont donc développé une argumentation reposant essentiellement sur quatre piliers: l’importance des coûts de l’achat; l’insuffisance des performances du Gripen; les capacités suffisantes des forces aériennes pour assurer la police de l’air; la coopération avec les Etats voisins.

Comme le prix d’achat des Gripen est inférieur à celui de ses concurrents rejetés, les référendaires ne peuvent critiquer le fait d’avoir choisi l’avion le plus cher. Ils ont donc recours à des arguments particulièrement spécieux dans le but de gonfler artificiellement les coûts d’acquisition. Jonglant avec les milliards et les principes budgétaires, ils ajoutent les coûts d’entretien, de maintenance et d’exploitation de l’appareil. C’est ainsi que, selon eux, la facture ne serait pas seulement de 3,1 milliards, mais de plus de 9!

Cette somme, impressionnante, relève de la pure fantaisie. D’une part, elle est largement surévaluée comme le montre un article du blog avia news pour qui le total est de 7,5 milliards. D’autre part, si l’on veut tenir compte de l’ensemble des coûts d’un système d’armement, il faut les répartir sur sa durée de vie totale. Dès lors, la dépense annuelle se monte à un peu plus de 300 millions, soit environ 6,4% du budget annuel de l’armée et 0,5% de celui de la Confédération. Voilà des chiffres infiniment plus modestes que la somme brute de plus de 9 milliards mentionnée par les référendaires!

Comme à l’accoutumé lorsqu’il s’agit de dépenses militaires, les opposants au Gripen affirment en outre que l’argent consacré à l’achat du nouvel avion pourrait être dépensé plus utilement dans d’autres domaines. Ils égrènent donc la traditionnelle liste des secteurs dont les budgets sont insuffisants (AVS, formation, transports, protection de l’environnement…) tout en omettant bien sûr de dire que la somme destinée à l’achat du Gripen sera prise sur le budget ordinaire du DDPS et qu’en cas d’acceptation du référendum elle restera à disposition de ce département.

Le deuxième volet de l’argumentation des référendaires touche aux performances du Gripen. D’une part, ils affirment que celles-ci sont insuffisantes en se basant sur les évaluations effectuées au début de la procédure d’acquisition. D’autre part, qualifiant l’appareil suédois d’"avion de papier", ils insistent sur le fait que son développement n’est pas terminé. Les performances réelles n’étant dès lors pas encore connues, ils soulignent les risques techniques et financiers du projet et agitent le spectre d’une nouvelle "affaire des Mirage".

Outre le problème de la contradiction – on ne peut en effet pas affirmer que les performances d’un avion sont à la fois insuffisantes et inconnues – l’argumentation est, dans ce domaine également, fallacieuse. La comparaison avec l’"affaire des Mirage" est extravagante tant les situations sont différentes. Quant aux risques techniques et financiers, ils sont actuellement résiduels. Le contrat contient en effet de solides garanties financières de l’Etat suédois. De plus, le développement des systèmes du Gripen est presque achevé. Le programme, qui comprenait cinq phases, arrive à son terme, de sorte que les équipements ont été testés avec succès sur un appareil de démonstration. La construction de trois Gripen E – la version achetée par la Suisse – de présérie a par ailleurs déjà commencé au milieu de 2013 et le premier d’entre eux devrait voler à la fin de cette année. Le Gripen n’est donc pas un "avion de papier" et la plupart de ses performances sont connues. (A suivre)

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