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Protection de l'espace aérien: Retour aux années trente! (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Pour les deux périodes, ces incidents ont par ailleurs été largement commentés par les médias. En 1936, les réactions du public étaient marquées par l’indignation envers l’attitude et les pratiques de l’Allemagne et allaient dans le sens d’une demande de renforcement de l’effort de défense, notamment dans le domaine aérien. Aujourd’hui, beaucoup de nos concitoyens expriment une opinion semblable. Toutefois – et c’est là une grande différence par rapport aux années trente – nombre de commentateurs contemporains ont une attitude diamétralement opposée et se complaisent à railler les Forces aériennes et leurs carences. Certains – qui n’ont sans doute pas encore remarqué la détérioration de la situation internationale, même après la guerre en Géorgie en 2008, les révolutions arabes, la double crise de l’Euro et de l’Union européenne et, enfin, le conflit ukrainien actuel – vont même plus loin et emploient celles-ci comme argument pour faire campagne contre l’achat du Gripen!

La longueur et la complexité du processus de renforcement des forces aériennes constituent un dernier point commun. Dans les années trente, ce processus a duré plus de dix ans. Le Conseil fédéral a commencé à se préoccuper de la question de la protection de l’espace aérien au début de 1933 et ce n’est qu’en septembre 1943 que l’Escadre de surveillance a été totalement opérationnelle. Ce processus aurait certes pu être écourté de plusieurs années si les différents services administratifs avaient davantage fait preuve de dynamisme, d’esprit de coopération et de compétence en matière aérienne. Toutefois, la faute ne peut être intégralement reportée sur les dirigeants helvétiques. Plusieurs autres facteurs ont en effet également largement contribué à allonger le processus, comme la lenteur des procédures administratives et politiques ou les contraintes budgétaires. Par ailleurs, l’acquisition d’un avion de combat moderne absolument nécessaire à la nouvelle formation de pilotes professionnels a été plus compliquée que prévue en raison de l’état du marché des chasseurs de l’époque et des tensions internationales grandissantes qui ont conduit à la limitation des possibilités d’acquisition à l’étranger. Enfin, la mise en place de l’Escadre de surveillance a demandé un an et demi du fait de la durée de formation des pilotes.

Les dix années nécessaires à la création de l’Escadre de surveillance correspondent singulièrement avec le délai prévu actuellement pour redonner des capacités tout temps aux Forces aériennes. Il faudra en effet attendre 2020 pour voir la mise en œuvre complète d’une motion parlementaire déposée en 2010. Si le projet Ilana est infiniment plus cohérent que certaines études réalisées en vue de la création de l’Escadre de surveillance, il n’en nécessite pas moins du temps pour être mis en place. Certaines contraintes n’ont en effet pas changées depuis les années trente, comme les difficultés budgétaires, les procédures d’engagement et les temps de formation pour les personnels hautement qualifiés – une centaine dans le cadre du projet Ilana – comme les pilotes ou les contrôleurs aériens, les procédures d’acquisition d’un avion de combat, le temps indispensable pour la maîtrise des nouveaux systèmes d’arme et leur intégration dans l’ensemble de la défense...

A la fin de la Guerre froide, quelques années d’euphorie pacifiste et néolibérale ont suffi pour réduire à la portion congrue le fruit de plus de soixante années d’efforts constants pour disposer d’une force aérienne performante et permanente. Maintenant, une décennie est nécessaire pour retrouver ces capacités, comme dans les années trente... Qui a dit que l’histoire ne se répétait pas? (Fin)

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pascalchedeville 13/03/2014 15:42

Bonjour, j'aime beaucoup ce que vous faite à très bientôt