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Le Haut-Commandement français sur le front occidental

Publié le par Dimitry Queloz

FRANC, Claude, Le Haut-commandement français sur le front occidental, 1914-1918, SOTECA, 2012, 464 pages

Dans cette étude, Claude Franc s’intéresse à l’organisation et à l’exercice du commandement au sein du Haut-commandement français au cours de la Première Guerre mondiale sur le front franco-allemand. Il décrit les institutions et leur évolution au cours du temps, ainsi que les processus de décision. Il aborde également les différents aspects politiques, stratégiques et tactiques, sans oublier les questions de relations interpersonnelles.

L’auteur commence par présenter l’organisation du Haut-commandement en vigueur au début du XXe siècle, caractérisée par un modèle bicéphale et la dispersion des pouvoirs. A cette époque, le Haut-commandement comprend en effet un état-major de l’armée dont le chef n’accéderait pas au commandement suprême en cas de guerre. Ce poste serait occupé par le vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre (CSG). En raison de son incohérence qui est à l’origine de nombreux problèmes de l’armée française de la Belle Epoque – voir à ce sujet les ouvrages d’André Bach et de Michel Goya ainsi que notre thèse – l’organisation est modifiée en 1911 au moment de la nomination du général Joffre qui cumule dès lors les fonctions de chef d’état-major et de vice-président du CSG.

Cette réorganisation ne résout cependant pas la délicate question de la limite des compétences en matière de conduite de la guerre entre le Président de la République, le Gouvernement et le Commandant en chef. Elle ne règle pas non plus le problème plus général des relations entre le Haut-commandement et le monde politique, d’autant que l’opposition entre républicains anticléricaux et monarchistes catholiques persiste une décennie après l’affaire des fiches et le départ du ministre André. Ainsi, le général Sarrail, commandant l’armée d’Orient, est, dans son conflit avec le général Joffre, soutenu inconditionnellement par le Parlement et le Président du Conseil Aristide Briand en dépit de ses nombreuses erreurs et incapacités, en raison de ses liens politiques et personnels très étroits avec la gauche républicaine. A l’opposé, le général de Castelnau, pourtant très compétent, est regardé avec la plus grande méfiance du fait de ses convictions religieuses – rappelons qu’il est surnommé le "Capucin botté"!

La question des relations et des rivalités personnelles occupe également une part importante dans l’ouvrage. Elle vient par ailleurs fréquemment se greffer sur les questions de délimitation des compétences. Si le tandem Joffre – Millerand fonctionne bien, la situation s’envenime avec l’arrivée de Gallieni au ministère de la Guerre à la fin de l’année 1915. Joffre et Gallieni sont pourtant de vieux camarades qui se sont côtoyés avant guerre, notamment à Madagascar, et ils s’estiment. Gallieni a d’ailleurs joué un rôle non-négligeable dans la nomination de Joffre au poste suprême en 1911. Cependant, depuis le début de la guerre, les tensions s’accumulent entre les deux hommes, attisées par leurs entourages respectifs. Lors de la mobilisation, Gallieni est désigné comme adjoint auprès du généralissime, mais ce dernier l’empêche d’exercer cette fonction en limitant sa présence au Grand Quartier Général. De plus, au moment de la bataille de la Marne, le rôle de Gallieni est minimisé – "sciemment?" s’interroge l’auteur – par le Grand Quartier Général. Enfin, face à l’enlisement de la guerre, Gallieni se met à critiquer le Commandant en chef et son entourage. La querelle se termine le 7 mars 1916, avec la démission de Gallieni qui vient d’échouer dans une tentative de "remettre le haut-commandement à la place qu’il doit occuper et l’abstraire de toute préoccupation autre que celle de la conduite des opérations militaires (et de) restituer au ministre l’essentiel de sa gestion administrative".

Enfin, dernière qualité que nous tenons à souligner, l’ouvrage se termine par une série d’annexes comprenant notamment de nombreux ordres de bataille, quelques documents-clefs, ainsi que la liste des commandants et chefs d’état-major des groupes d’armées et des armées au cours de la guerre. Ces listes viennent avantageusement compléter les biographies de divers officiers – Pétain, Nivelle, Mangin, Debeney, Maistre… – qui connaissent des ascensions fulgurantes au cours de la guerre.

(© blogdefense.overblog.com)

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