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Montgomery. L'artiste des batailles

Publié le par Dimitry Queloz

CAPET, Antoine, Montgomery. L’artiste des batailles, Paris, Perrin, 2014, 398 pages

L’année 2014 est particulièrement riche en publications sur le maréchal Montgomery, avec deux biographies qui comblent un vide curieux et béant puisqu’il n’en existait pas en français. Le duo Cédric Mas/Daniel Feldmann, également auteur d’un Rommel, a publié un court ouvrage de quelque 200 pages plus spécifiquement consacré à l’art de la guerre et du commandement chez Monty, que nous n’avons pas (encore) lu mais dont nous vous parlerons peut-être dans un prochain article. De son côté, Antoine Capet nous gratifie d'une biographie plus généraliste, richement illustrée de très intéressantes images – notamment des timbres – et d’excellentes cartes, dans un format et une mise en page particuliers qui rappellent un peu certains manuels de notre adolescence, mais que nous avons beaucoup appréciés.

L’ouvrage de Capet fait particulièrement ressortir la personnalité et le caractère de Montgomery. Enfant et adolescent indisciplinés, esprit volontaire et combattif forgé dans un milieu familial marqué par la tyrannie de sa mère et par la vie au grand air en Tasmanie, le jeune Bernard commence des études au collège St Paul dans la filière militaire, ce qui surprend ses parents parce qu’il n’a jamais montré un intérêt particulier pour l’armée, qu’il est de petite taille (1,70 m, 63 kg), que ses aptitudes scolaires sont moyennes et qu’il ne sait pas monter à cheval. A St Paul, puis à Sandhurst, il se montre peu brillant intellectuellement mais se révèle un excellent élément dans les sports collectifs, ainsi qu’un remarquable meneur d’hommes, ce qui correspond aux qualités que l’on cherche à développer dans ces écoles où le leadership and character joue un rôle déterminant dans la formation des futures élites de l’Empire.

Dès sa première affectation aux Indes, Montgomery se démarque de ses camarades officiers. Il ne partage pas leur goût pour les parades et les uniformes, les soirées mondaines, les alcools… En revanche, il se passionne pour son métier, passion qui se renforce au cours de la Première Guerre mondiale – à la fin de cette dernière, il décide de "posséder tous les détails (de sa profession) et de laisser de côté tout le reste" – et qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Sa maîtrise professionnelle et son caractère le conduisent à adopter une attitude hautaine, voire orgueilleuse, et à se montrer fort critique, et souvent de manière peu diplomatique – un autre trait de son caractère – envers les autres officiers, notamment ses supérieurs. Ainsi, dès les années 1920, et à plusieurs reprises ultérieurement, il préconise de couper les "branches mortes" de l’armée britannique, c’est-à-dire de se séparer des cadres supérieurs qui ne sont pas à la hauteur. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il choisit avec minutie les membres de ses états-majors successifs et ses principaux subordonnés. Les querelles avec ses pairs sont régulières, notamment avec Auchinleck, Tedder, Alexander, Bradley et, surtout, avec son grand rival pour le commandement en chef des forces terrestres en Europe, le général Eisenhower, dont il dit dès 1943: "Je peux affirmer avec certitude qu’il n’y connaît absolument rien sur la façon de faire la guerre et de mener bataille. Il faut le tenir à l’écart de toutes ces opérations si nous voulons gagner la guerre."

Dans sa vie quotidienne, Montgomery vit de manière très spartiate. Il se couche tôt et dort d’un profond sommeil, même au moment des batailles les plus décisives. Il se nourrit frugalement et ne boit que de l’eau. A peine s’autorise-t-il un verre de porto à Noël 1942 au moment où les Allemands sont en train de perdre la campagne d’Afrique du Nord ou un peu de champagne le 4 mai 1945 lorsqu’ils acceptent de capituler… Ce régime particulièrement sobre fait écrire à Churchill, dont on connaît l’humour et le goût pour les bons repas, le champagne et le whisky: "Je compatis avec le général von Thoma (dernier commandant de l’Afrika Korps capturé à El-Alamein et invité, comme il se doit en ce genre de circonstances, à la table de son vainqueur): battu, humilié, fait prisonnier et… forcé de dîner avec Montgomery!"

La biographie de Capet met également en évidence la doctrine militaire de Montgomery basée sur une complémentarité des facteurs matériels et moraux. En ce qui concerne ces derniers, Monty insiste sur l’exemple du chef, son aura, ses compétences, la confiance qu’il fait naître chez ses hommes, la capacité à les rallier à un but commun. Pour les facteurs matériels, il insiste sur la préparation et la planification détaillée des opérations, l’accumulation des moyens et, surtout, la concentration des forces. Cette conception ne laisse en fin de compte que peu de place au génie, mais elle s’avère efficace partout où elle est appliquée, à El-Alamein, à Tunis, en Normandie.

Une très belle biographie dont nous recommandons vivement la lecture!

(© blogdefense.overblog.com)

(© blogdefense.overblog.com)

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Mam 14/10/2014 10:25

A noter qu'une autre biographie de Montgomery est sortie, chez Economica, signée Daniel Feldmann et Cédric Mas. Cette autre biographie est à la fois plus courte et plus réfléchie que celle présentée dans cette note, mais n'a pas d'illustrations.
http://www.amazon.fr/Montgomery-Biographie-Daniel-Feldmann/dp/271786699X/ref=sr_1_2?ie=UTF8&qid=1413274999&sr=8-2&keywords=montgomery