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Robert E. Lee. La légende sudiste

Publié le par Dimitry Queloz

VINCENT, Bernard, Robert E. Lee. La légende sudiste, Paris, Perrin, 2014, 456 pages

Avec cet ouvrage fort bien écrit, Vincent Bernard nous gratifie d’une excellente biographie du général Lee qui deviendra sans aucun doute une référence. Grâce à la maîtrise d’une documentation riche et variée et à une approche très large, ce n’est pas seulement la vie du commandant en chef de l’armée sudiste sous ses différents aspects (famille, carrière militaire, mythe) que l’auteur nous fait découvrir. Il brosse également un portrait passionnant de cette société aristocratique du Sud mythifiée, disparue depuis longtemps, avec ses valeurs particulières le plus souvent aux antipodes de celles nos sociétés actuelles, et dont Lee continue à être le symbole.

Surnommé l’"homme de marbre" en raison de son légendaire contrôle de soi, Lee ne se laisse pas appréhender facilement, si bien que, dans son introduction, Vincent Bernard peut écrire, à la suite de nombre de contemporains et de biographes, que personne ne "peut prétendre connaître Robert Lee", même si trois "clefs" ont servi de fils conducteurs à l’ensemble de sa vie. Homme de devoir, Lee s’investit toujours à corps perdu dans ses activités et ses fonctions: au cours de son enfance lorsqu’il soutient sa mère dans ses difficultés liées aux déboires financiers de son mari Henry Lee, héros déchu de la guerre d’Indépendance et compagnon de George Washington; à West Point dont il sort vice-major de promotion et, fait rarissime, sans le moindre demerit – ces blâmes reçus en cas de faute de discipline légère et dont le nombre limite est fixé à 200 pour l’ensemble de la formation; dans son commandement de l’armée de Virginie du Nord, puis à la tête de l’ensemble des armées sudistes où "sa personnalité pétrie par l’éducation au devoir et à l’abnégation" fait de lui un grand général, bien plus qu’un "don inné ou une vocation profonde pour la science militaire".

Imprégné d’une forte éducation religieuse dans son enfance – la famille Lee appartient à l’église épiscopalienne et se rend régulièrement au culte –, Lee se montre très croyant. Il lit régulièrement la Bible, son livre préféré: "Il ya assez dedans pour satisfaire la plus ardente soif de connaissance; ouvrir la voie de la véritable sagesse; et enseigner la seule vraie route vers le salut et le bonheur éternel." Ses paroles et ses écrits font régulièrement référence à Dieu et à sa miséricorde. Lorsqu’il meurt, c’est "avec la certitude absolue de rejoindre son créateur et ses chers disparus pour un repos éternel".

Enfin, Lee a des liens très étroits avec la Virginie, dans laquelle il a vécu une grande partie de sa vie et dont il incarne, sans doute plus que tout autre, les valeurs de son aristocratie. Fils d’un célèbre officier de George Washington, lui aussi Virginien, et dont il épouse une descendante, Lee, homme d’honneur et de devoir, se retrouve face à un dramatique dilemme au moment de la sécession des Etats du Sud. Doit-il rester fidèle à l’armée des Etats-Unis dans laquelle il a servi pendant trente ans ou bien doit-il suivre le destin de la Virginie venant de rejoindre la Confédération? "Où se trouve le devoir, l’intérêt de la famille, de son peuple?" Finalement, après avoir "pleuré des larmes de sang", Lee se décide à partager le destin de la Virginie, son Etat natal. Il écrit à sa sœur Anne Marshall installée à Baltimore et mariée à un Nordiste: "Avec toute ma dévotion à l’Union et le sentiment de loyauté et de devoir de citoyen américain, je n’ai pas été capable de me faire à l’idée de lever la main contre mes proches, mes enfants, ma maison."

Lee est sans conteste le meilleur général de la guerre de Sécession, en dépit de la défaite finale du Sud. Pendant trois ans et malgré une infériorité numérique et un dénuement chroniques de ses troupes, Lee tient en échec les forces de l’Union. Mieux, par trois fois, il pénètre sur le territoire du Nord et fait vaciller sa volonté de poursuivre la lutte. Lee fait preuve de qualités manœuvrières remarquables, même s’il ne réussit pas à imposer la bataille napoléonienne décisive qu’il souhaite – on retrouve là l’influence de sa formation à West Point où a professé Dennis Mahan, père du célèbre penseur militaire naval et émule de Jomini. Sur le plan tactique, Lee intègre très vite l’emploi de la fortification – la faiblesse numérique de ses forces et sa formation d’officier du génie l’y poussent sans doute – qui deviendra une des caractéristiques majeures des guerres ultérieures.

En dépit de ses qualités de stratège et de tacticien, Lee présente des limites dans ces conceptions de la guerre. Ses convictions d’homme d’"Ancien Régime" l’empêchent de comprendre ou d’admettre certaines conditions de la guerre moderne, "totale", ce qui constitue sans doute une des causes de sa défaite finale. Son avis sur les généraux de l’Union est à cet égard particulièrement éclairant. Il considère que son meilleur adversaire de toute la guerre a été McClellan qui, contrairement à Grant ou à Sherman, a mené une guerre "à l’ancienne", entre militaires, respectant "l’adversaire et ses biens, excluant tout bouleversement social".

(© blogdefense.overblog.com)

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