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DEVA ou la fin de l'euphorie kantienne (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Une réforme marquée du sceau du réalisme

La réforme DEVA est marquée du sceau du réalisme. Elle tient en effet bien mieux compte que les deux précédentes organisations militaires des contraintes financières, démographiques et économiques propres au pays, ainsi que des limites du système de milice. Le fait d’inscrire la nouvelle réforme dans un cadre réaliste dans ces différents domaines doit être salué. L’armée vient de traverser en moins de vingt ans deux réformes majeures qui ont conduit à des impasses pour ne pas avoir suffisamment tenu compte de ces facteurs – notons toutefois que les problèmes de financement sont largement dus à la versatilité parlementaire. On ne peut donc qu’applaudir à la volonté de réaliser une réforme pérenne, économiquement et démographiquement viable dans le long terme. Cette stabilité est une question de survie pour notre armée qui ne peut, de par le système de milice, digérer de constantes réformes.

En ce qui concerne les moyens, c’est-à-dire le budget et les effectifs, le message du Conseil fédéral insiste sur la nécessité de maintenir un équilibre durable entre les ressources économiques et démographiques à disposition et les prestations à fournir. La diminution des effectifs et la faible augmentation du budget pèseront certes sur certaines capacités, notamment le combat classique, et c’est regrettable. L’évolution démographique, avec une baisse de la natalité, ne peut cependant pas être ignorée. Il est par ailleurs illusoire de penser, dans le contexte économique et politique actuel, et même si la situation internationale s’est notablement dégradée au cours de ces dernières années, que le Parlement accordera des moyens budgétaires nettement supérieurs qui permettraient de financer une armée moderne aux effectifs beaucoup plus importants.

A propos des effectifs et des moyens matériels, soulignons encore que la situation future ne sera pas fondamentalement différente (ni pire) qu’actuellement. La diminution des effectifs n’est en effet pas aussi importante qu’il y paraît au premier abord. Celle-ci est largement obtenue par la suppression des formations de réserve mal équipées et peu entraînées, donc peu disponibles à court et moyen termes – seules 20 formations actives sont supprimées sur un total de 72. Les 40'000 hommes du volant de "réserve" sont en outre bien mieux intégrés dans l’armée – leur disponibilité est donc supérieure – que les réserves d’Armée XXI. Quant aux moyens matériels, ils ne diminueront pas du fait de la réforme: les 134 chars de combat, les 133 obusiers et les 32 avions de combat qui équipent les brigades blindées et les forces aériennes resteront en service. L’élimination progressive des matériels désaffectés et obsolètes viendra par ailleurs redonner des capacités budgétaires supplémentaires pour l’acquisition de nouveaux moyens modernes indispensables dans les prochaines années.

La réforme de l’instruction constitue un deuxième aspect de ce réalisme de bon aloi. Armée XXI, désirant diminuer la charge de service des cadres, a raccourci la durée de leur école de recrues et celle de leurs paiements des galons. Il en a résulté des sous-officiers et des officiers plus jeunes et moins expérimentés. Le retour au système antérieur, avec une école de recrues complète pour tous et des paiements des galons dans le cadre d’écoles de recrues elles-aussi complètes, tient bien davantage compte des limites de notre système de milice, où les écoles de cadres sont moins longues que dans certaines armées professionnelles, ainsi que de l’expérience de vie et du commandement, forcément restreinte, de la jeunesse. Ce retour en arrière permettra de redonner aux cadres de milice une meilleure instruction technique et, surtout, une expérience dans la conduite des troupes, ainsi qu’une maturité dans la gestion des affaires humaines qui font actuellement défaut et qui constituaient des qualités importantes d’Armée 61 et d’Armée 95.

Enfin, le réalisme de la réforme tient aussi au fait qu’elle prend mieux en compte d'autres aspects du système de milice où les intérêts de l’économie, de la jeunesse et de l’armée sont en concurrence. Le raccourcissement de la durée des écoles de recrues et des cours de répétitions, la meilleure harmonisation des calendriers des services d’instruction de base avec ceux des universités et des hautes écoles devraient permettre de mieux concilier l’ensemble de ces intérêts. C'est le seul moyen si l'on veut éviter que les jeunes désireux de grader ne perdent un temps précieux dans leur formation civile ou finissent par renoncer devant de trop grands sacrifices, d'autant que le contexte actuel de la mondialisation et de la libre circulation des travailleurs exerce de fortes contraintes sur la vie professionnelle. (A suivre)

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