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Géraldine Savary et les avions de transport: Ca varie!

Publié le par Dimitry Queloz

Après le refus du Gripen il y a quelques mois, un nouveau débat à propos de l’aviation militaire agite le monde politique suisse. Dans ses missions extérieures, notre armée se trouve confrontée à des problèmes logistiques. Ne disposant pas d’avion de transport, elle dépend totalement des moyens aériens d’autres Etats pour transporter et ravitailler ses troupes engagées à l’étranger. Il en est de même en ce qui concerne les évacuations de ressortissants suisses en cas de situation politique ou sanitaire dangereuses. Pour remédier à ce double problème, le Président de la Confédération Didier Burkhalter, par ailleurs en charge du Département des Affaires étrangères, aurait proposé d’acheter des avions de transport au cours de l'année dernière, mais le Conseil fédéral aurait refusé. Certains parlementaires sont donc venus à la rescousse par le biais d’une motion préconisant d’acheter un tel avion. Si aucun type n’est proposé officiellement, une préférence semble se dessiner en faveur de l’Airbus A400M.

Airbus A400M au cours d'un vol d'essai dans la région de Toulouse. (© wikipédia)

Airbus A400M au cours d'un vol d'essai dans la région de Toulouse. (© wikipédia)

Parmi les signataires de la motion, Madame Géraldine Savary, Conseillère aux Etats socialiste vaudoise, qui défend le projet avec l’énergie et la conviction des nouveaux convertis. On l’a ainsi vue et entendue à plusieurs reprises dans les médias défendre la nécessité d’acquérir un avion de transport: "Cette année, nous avons dû renoncer à deux missions à l’étranger par manque de moyen de transport". Cet achat permettrait par ailleurs, toujours selon elle, de rejoindre le pool européen de transport militaire EATC réunissant la France, l’Allemagne, les pays du Benelux, l’Italie et l’Espagne. Madame Savary est même allée jusqu’à citer les trois missions de l’armée inscrites dans la Constitution pour soutenir l’achat – espérons qu’elle fera bon usage de ce savoir auprès de ces petits camarades Socialistes et Verts qui ne cessent de déclarer que les missions de l’armée sont mal, voire pas du tout, définies!

Mais au fait, pourquoi cette carence en moyens de transport aérien dans notre armée, et à qui la faute? Au chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports et au haut commandement de l’armée qui ne sont capables d’envisager qu’une défense militaire classique du pays, comme l’a écrit si péremptoirement Jacques Pilet en octobre dernier dans L’Hebdo?

Que nenni! Retour en décembre 2004 sur un épisode semble-t-il largement oublié mais dont les détails rappellent curieusement ceux du débat actuel qui n'a donc pas grand'chose de neuf. Cette année-là, le Conseil fédéral propose, dans le cadre du Programme d’armement, d’acheter deux avions de transport C-295 fabriqués par le constructeur espagnol CASA. Cette proposition est le résultat de l’expérience des premiers engagements militaires suisses à l’étranger au lendemain de la Guerre froide, notamment l’opération ALBA au cours de laquelle la Suisse a déployé un petit contingent de 50 hommes et trois hélicoptères dans le cadre de missions humanitaires en Albanie. L’absence d’avion de transport avait conduit à dépendre de l’étranger. Des évaluations avaient alors été faites en 1999 et le C-295 avait fini par être choisi après un long débat au cours duquel les critiques envers le projet avaient été nombreuses. L’idée n’était pas de disposer d’une autonomie complète en matière de transport aérien, mais de pouvoir intégrer le pool de transport européen alors en cours de création.

C-295 des Forces aériennes espagnoles. (© wikipédia)

C-295 des Forces aériennes espagnoles. (© wikipédia)

A la suite de l’acceptation du Programme d’armement 2004 par le Conseil des Etats, le Conseil national se prononce le 16 décembre. La proposition d’acheter le C-295 rencontre l’opposition conjuguée de la gauche, Verts et Socialistes, et de l’UDC, qui s’oppose à tout engagement militaire à l’étranger. L’argumentation de la gauche est plus complexe. Outre l’opposition systématique traditionnelle à l’armée et la proposition, tout aussi traditionnelle, de résoudre le problème par le biais d'une coopération avec des Etats voisins, on peut sentir une large méfiance envers les opérations extérieures à un moment où les Américains et l’OTAN sont en pleine frénésie interventionniste.

Après d’importants débats et l’emploi de tous les moyens possibles pour torpiller le projet, l’achat du C-295 est refusé par 100 voix (dont 13 Verts, 40 Socialistes, 37 UDC) contre 76 et 9 abstentions. Le débat continue l’année suivante dans le cadre de la procédure de conciliation entre les deux chambres, mais chaque camp reste sur ses positions. Le 17 mars 2015, le projet est définitivement enterré et la décision met ainsi fin à l'ambition d’autonomie logistique de l’armée dans le cadre de ses engagements extérieurs.

Encore un détail: parmi les opposants de 2004 à l’achat de l’appareil, une certaine Géraldine Savary, alors Conseillère nationale socialiste vaudoise!

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