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DEVA: Interview du Brigadier Alain Vuitel (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Il y a quelques jours, le Parlement suisse a commencé à débattre du projet de développement de l’armée DEVA. Nous avons eu l’occasion, et le plaisir, de nous entretenir de ce sujet avec le Brigadier (général de brigade) Alain Vuitel qui nous a aimablement accueilli dans son bureau de Berne. Le Brigadier Vuitel est actuellement chef de l’état-major du commandement de l’armée et chef d’état-major du chef de l’armée. En 2012, il avait été nommé délégué du chef de l’armée pour le DEVA.

Nous tenons à exprimer toute notre gratitude au Brigadier Vuitel pour son très chaleureux accueil et le temps qu’il a bien voulu nous accorder pour répondre à nos questions.

 

Mon Brigadier, quelles raisons ont conduit l’armée à une nouvelle réforme, une dizaine d’années seulement après l’entrée en vigueur de l’Armée XXI? Celle-ci n’est-elle donc plus du tout viable?

Comme toutes les organisations, l’armée évolue en permanence. Les changements ont par ailleurs lieu d’une manière plus fréquente lorsque la situation internationale l’exige. Ainsi, au cours de son histoire, l’armée suisse a connu d’importantes réformes après la guerre de 1870-1871, avant et au cours des deux guerres mondiales, pendant la Guerre froide, etc.

Ces changements sont également fonction de deux facteurs: les moyens et les choix politiques. L’Armée XXI a très vite connu des problèmes en ce qui concerne les moyens. Il a donc fallu apporter des adaptations. Ce fut l’Etape de Développement 08-11. De plus, les Commissions de la politique de sécurité du Conseil national et du Conseil des Etats ont chargé le DDPS d'exposer dans un rapport publié en 2011 les carences de l'armée. Les principales concernaient la logistique (manque de matériel pour équiper toutes les troupes, problèmes de disponibilité) et la formation des cadres. En raison des paiements des galons plus courts qu’auparavant, ces derniers manquaient d’expérience pratique.

Parallèlement, un nouveau rapport sur la politique de sécurité a été publié en 2010. Celui-ci contenait trois grandes recommandations. Premièrement, l’armée devait s’orienter vers les engagements les plus probables. Ensuite, elle devait être plus en phase avec la société actuelle, notamment en ce qui concerne les besoins de l’économie. Enfin, elle devait maintenir un cœur de compétence en matière de défense.

Toujours en 2010, au mois d’octobre, un nouveau rapport sur l’armée a également été publié. Ce document a notamment défini un profil de prestation pour l’armée. Il insistait également sur le fait que l’armée devait pouvoir être engagée rapidement. La disponibilité était un des points centraux du texte.

Les mesures prises par le DDPS et les deux rapports de 2010 ont conduit à la réforme DEVA. Celle-ci comprend quatre axes principaux. Le premier concerne la disponibilité de l’armée qu’il s’agit d’augmenter afin de remplir le profil de prestation de l’armée. Ce profil comprend la mise à disposition, en 10 jours, de 35'000 militaires en faveur des autorités civiles, ainsi que la possibilité de mettre sur pied la totalité de l’armée dans un délai plus long.

Pour y parvenir, l’armée doit être totalement équipée – c’est le deuxième axe. En raison des ressources à disposition, il sera nécessaire de réduire la taille actuelle de l’armée qui comprendra 109 bataillons.

Le troisième axe est la régionalisation de l’organisation de l’armée. Les interventions de cette dernière se font essentiellement dans un cadre cantonal ou régional. Il a donc été décidé de renforcer l’ancrage régional des troupes en transformant les formations territoriales existantes en divisions territoriales. Celles-ci comprendront chacune 4 bataillons d’infanterie, 1 bataillon du génie, 1 bataillon de sauvetage et d’autres formations en fonction des besoins. Ces nouvelles divisions territoriales auront la responsabilité de la mobilisation décentralisée des troupes.

Enfin, le dernier axe concerne les cadres. Ceux-ci ont des liens de plus en plus étroits avec l’économie, ce dont il faut absolument tenir compte. De plus, leur expérience militaire doit constituer un avantage dans leur carrière civile. C’est pourquoi il a été décidé de renforcer leur formation pratique. A l’avenir, les paiements des galons se feront à nouveau dans le cadre d’écoles complètes et non plus écourtées comme maintenant.

Voilà ce qu’il en est du projet DEVA et de son historique. Maintenant, nous en sommes arrivés au début du processus de décision politique.

Le projet DEVA représente une réforme importante de l’armée, d’une envergure comparable à celle d’Armée XXI. Or, il suscite, pour le moment du moins, peu d’intérêt au sein de la population. Comment expliquez-vous ce phénomène?

Jusqu’à présent, le projet DEVA était essentiellement dans sa phase de planification. Le débat politique n’a pas encore réellement commencé. Cela débutera tout prochainement lors des discussions qui auront lieu au Conseil des Etats à partir du 10 mars dans le cadre de la session de printemps des Chambres fédérales. L’intérêt des médias et de la population va donc certainement augmenter.

L’année dernière, lors de la manifestation Air 14 (ndlr: commémoration du centenaire de la création des forces aériennes en Suisse), nous avions un stand d’information. Nous avons connu un certain succès auprès du public, en dépit de la forte concurrence des spectacles aéronautiques! De plus, nous avons pu constater que nos concitoyens comprenaient bien la logique de DEVA. (A suivre)

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