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L'Otan au XXIe siècle

Publié le par Dimitry Queloz

KEMPF, Olivier, L’Otan au XXIe siècle. La transformation d’un héritage, Paris, Perpignan, Editions du Rocher, 2014, 614 pages (2e édition)

Cet ouvrage d’Olivier Kempf constitue une excellente synthèse sur l’OTAN. En quinze chapitres, l’auteur traite de manière claire et didactique de l’histoire de l’alliance, de son organisation et de ses institutions, de ses élargissements successifs, des relations entre les différents alliés, de leurs conceptions de l’alliance, des concepts stratégiques (1991, 1999 et 2010), des engagements réalisés, des défis actuels et de l’évolution prochaine de l’alliance…

Un premier thème particulièrement intéressant est celui de l’élargissement de l’OTAN. A l’origine, l'alliance est limitée dans son cadre géographique (nombre de membres et zone d’intérêt) et dans ses buts (défense contre l’URSS et ses alliés). Toutefois, assez rapidement, elle s’agrandit. De nouveaux Etats (Grèce, Turquie, RFA…) deviennent membres, entraînant une extension de la zone d’intérêt. Au lendemain de la chute du mur de Berlin et de la disparition de la menace constituée par le Pacte de Varsovie, l’OTAN n’est pas dissoute – cela aurait pourtant été une évolution possible et, somme toute, logique. L'alliance connaît au contraire un développement remarquable, et ce dans plusieurs domaines. Tout d’abord, de nombreux pays d’Europe de l’Est (Tchéquie, Hongrie, Pologne…) et même certains Etats ayant appartenu à l’URSS (Pays baltes) intègrent l’alliance. De plus, la zone d’intervention est étendue. C’est ainsi que l’OTAN est engagée dans des opérations en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye… De nouvelles missions sont par ailleurs formulées (lutte contre le terrorisme, cyberguerre…). Enfin, la constitution de partenariats divers (Partenariat pour la Paix notamment) représente également une autre forme d’élargissement politique permettant une influence à grande échelle.

Les chapitres sur les relations entre l’OTAN et la défense européenne – les différentes organisations, CED, UEO, Europe de la défense de l’UE, et leur évolution sont analysées – sont également d’un intérêt tout particulier. Washington a toujours souhaité un renforcement de l’autonomie européenne en matière de défense. Le but est de faire partager de manière plus équilibrée le poids des efforts militaires. Ainsi, à la fin de la Guerre froide, lorsqu’est signé le traité de Maastricht qui crée les premiers éléments d’une politique extérieure et de défense commune aux Etats membres de l’Union européenne, le concept d’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD) est bien accepté. Toutefois, pour les Américains, l’alliance a toujours représenté un moyen d’influencer, voire de contrôler, les politiques extérieures et de défense des pays européens. Dès lors, une trop grande autonomie européenne en la matière déplait. Lorsque la déclaration franco-britannique de Saint-Malo de 1998 insiste sur ce point, Washington réagit en imposant la règle des 3 D – pas de duplication des institutions militaires de l’OTAN, pas de découplage par rapport aux USA, pas de discrimination envers les Etats de l’OTAN non membres de l’UE. Pour la majorité des pays européens, la domination américaine et la faible autonomie de la défense européenne créent cependant une situation très confortable. Elle leur permet de disposer d’une puissante protection militaire à moindres frais.

Soulignons cependant que la relation Europe – Etats-Unis en matière de sécurité s’est complexifiée depuis une vingtaine d’année. Pour Washington, l’Europe n’a plus la même importance stratégique qu’auparavant. La disparition de la menace soviétique et la montée en puissance de la Chine ont conduit les USA à se détourner de cette région du Monde. Les attentats du 11-Septembre et le refus de certains Etats européens de les soutenir dans leur intervention en Irak en 2003 les ont également incités à faire cavalier seul et à constituer des coalitions ad hoc (doctrine Rumsfeld). Les expériences des interventions de cette dernière décennie ont toutefois montré les limites du hard power américain. La conception de la politique de sécurité européenne, basée davantage sur le soft power et une approche globale des problèmes, ne peut plus être négligée et raillée – tout le monde se rappelle de la métaphore domestique de Robert Kagan "Les Américains font la cuisine, les Européens font la vaisselle". La relation OTAN – PESD est ainsi de plus en plus envisagée dans un cadre de complémentarité plutôt que de domination.

Le lecteur regrettera de ne pas pouvoir disposer des analyses de l'auteur pour la période qui a succédé au moment de la publication de l'ouvrage. Depuis une année environ, la situation internationale, notamment en Ukraine, a en effet connu des évolutions rapides et l'OTAN se voit contrainte à s'adapter une fois de plus, notamment en ce qui concerne l’engagement américain en Europe, les missions de défense et les relations avec la Russie. On ne peut donc que souhaiter pour bientôt une troisième édition mise à jour en tenant compte des derniers rebondissements de l’actualité!

(© blogdéfense)

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