Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Musée national: Exposition 1515 Marignan

Publié le par Dimitry Queloz

A l’occasion du 500e anniversaire de la "bataille des géants", le Musée national de Zurich organise une exposition que l’on peut visiter jusqu’au 19 juillet prochain. Différents thèmes sont présentés au visiteur, dans une approche chronologique: Milan à l’époque des Sforza, développement du mercenariat helvétique, logistique et financement des armées, représentation iconographique de la bataille, neutralité… Parmi les qualités de l’exposition, mentionnons une mise en scène agréable et la présentation de fort belles pièces, notamment des armures et des vêtements; des livres ayant appartenu aux ducs de Milan et montrant à la fois leur richesse et leur intérêt pour les arts; un bouclier, un collier et un étendard tirés du butin des guerres de Bourgogne; divers cadeaux, parmi lesquels une bannière et une épée d’apparat consacrée – bien que cassée, celle-ci constitue sans doute le plus bel objet de l’exposition –, offerts aux Confédérés – qui deviennent alors "défenseurs de la liberté de l’Eglise" – par le Pape Jules II en 1512 au lendemain de la victoire de Pavie; des instruments de chirurgie d’époque…

Cependant, en dépit de ces qualités esthétiques et muséographiques, la visite ne nous a pas totalement satisfait et nous sommes resté sur notre faim. Outre une certaine confusion dans la présentation des thèmes qui ne sont plus nettement séparés, surtout dans la deuxième moitié de l’exposition, deux problèmes nous ont dérangé.

Une bataille éclipsée

Le premier reproche que l’on peut adresser à l’exposition est le fait qu’elle éclipse la bataille elle-même. Si le contexte est fort bien présenté sous ses aspects les plus divers, cette dernière l’est de manière très succincte, en quelques images et commentaires et au travers d’une évocation audiovisuelle des combats qui n’apporte pas grand-chose. On ne trouve que peu d’informations sur les différentes phases des combats, les effectifs, l’engagement chaotique des troupes confédérées en fin d’après-midi le 13 septembre, les difficultés propres à la configuration géographique du champ de bataille, le rôle de la cavalerie vénitienne, les limites des deux systèmes militaires qui s’affrontent et qui sont, tous deux, dépassés…

Quant aux raisons de la victoire française, il n’en est rien dit ou presque. On trouve juste la brève mention d’une bonne coordination de l’action de l’artillerie, de l’infanterie et de la cavalerie!

Une présentation ambiguë de la question de la neutralité

Comme nous l’évoquions dans un précédent article, la bataille de Marignan et sa commémoration sont au cœur d’un débat sur la neutralité de la Suisse. L’exposition adopte malheureusement une attitude très ambiguë par rapport à cette question. Cette absence de prise de position est regrettable de la part du Musée national qui dispose de moyens financiers et scientifiques importants et aurait été en mesure de présenter une analyse historique plus poussée du problème, quitte à décevoir certains partis politiques. Il aurait en effet été intéressant de se pencher sur l’expédition du printemps 1516 des cantons centraux aux côtés de l’empereur et sur celles, ultérieures, qui ont conduit notamment à l’annexion du Pays de Vaud; d’analyser le rôle joué par la pauvreté économique des cantons dans l’incapacité à développer un système militaire moderne; de déterminer en quoi les institutions fédérales ont contribué à l’absence d’une politique extérieure cohérente; de préciser comment la Réforme a accentué des divisions internes déjà importantes; de montrer l’évolution, du point de vue du droit international, de la conception de la neutralité au fil du temps, etc.

D’un côté, au début de la visite, l’exposition semble défendre la position idéologique de la droite populiste – sans toutefois se prononcer clairement – en présentant la bataille de Marignan comme une "défaite honorable" et en insistant sur les aspects positifs de ses conséquences. Un an après les événements, les Confédérés obtiennent ainsi une "paix avantageuse" et la bataille devient, au fil du temps, le "symbole d’une Suisse neutre et mesurée".

Dans la partie consacrée à la neutralité, la thèse présentée dans l’exposition est différente. Le début de la neutralité commence en 1815, avec le Congrès de Vienne et les traités de Paris, même si une "politique" de neutralité apparaît déjà au cours de la guerre de Trente Ans afin d’éviter un éclatement de la Confédération. Les différents tableaux sur la neutralité ne forment par ailleurs pas un ensemble cohérent. Ils abordent divers thèmes, comme les questions de neutralité au cours des deux guerres mondiales et aujourd’hui ou la Croix-Rouge.

Les deux événements les plus intéressants, l’affaire Wohlgemuth – le visiteur attentif notera une coquille: cette affaire a eu lieu en 1889 et non en 1899 comme indiqué – et la réalisation de la célèbre Retraite de Marignan par Ferdinand Hodler, ne sont pas traités avec toute la profondeur que l’on souhaiterait et ne sont pas non plus remis dans le contexte beaucoup plus vaste de l’ensemble des débats sur les conceptions de la neutralité vers les années 1890, débats qui, par ailleurs, font largement référence à la période de domination militaire de la Confédération, notamment les guerres d’Italie.

En dépit de ces défauts, l’exposition mérite d’être vue, surtout pour la qualité des pièces présentées. En revanche, pour une bonne compréhension de la bataille et de ses enjeux pour la Confédération des 13 cantons, nous recommandons de lire le récent ouvrage d’Amable Sablon du Corail que nous avons présenté il y a quelques semaines.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

Commenter cet article