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Volonté et confiance

Publié le par Dimitry Queloz

Volonté et confiance. Hier comme demain

Une manifestation de plus pour commémorer le 75e anniversaire du Rapport du Rütli, cet événement capital de l’histoire suisse de la Deuxième Guerre mondiale! Après le grand rassemblement organisé par la Société des officiers le 25 juillet sur la mythique prairie et l’ouvrage de Pierre Streit et Suzette Sandoz dont nous vous avons parlé il y a quelques semaines, le château de Morges a réalisé une exposition intitulée Volonté et confiance. Hier comme demain qui est complétée par un bel ouvrage de Jean-Jacques Langendorf, richement illustré et disponible en trois langues, français, allemand et italien.

L’exposition ne se contente pas d’évoquer le Rapport du 25 juillet 1940. Elle s’intéresse largement aux causes et au contexte, en suivant une approche chronologique. Le visiteur commence ainsi son parcours avec une partie consacrée à la Première Guerre mondiale, suivie d’une autre sur les années d’entre-deux-guerres, avant d’arriver à la Seconde Guerre mondiale proprement dite où il pourra notamment s’informer sur la mobilisation en Suisse, la Drôle de guerre, l’offensive allemande à l’Ouest…De petits textes bilingues, en français et en allemand, présentent de manière assez succincte – parfois trop – les différents thèmes.

Objets ayant appartenu au général Guisan. (© Château de Morges)

Objets ayant appartenu au général Guisan. (© Château de Morges)

Les objets et les documents de l’exposition sont variés et beaucoup sont d’un intérêt particulier. Ils éveillent la curiosité, comme cette chope à bière de la Bürgerbräukeller de Munich datant des années 1920, ou font naître l’émotion comme les nombreux objets ayant appartenu au général Guisan, parmi lesquels les plaques et le fanion fédéral de sa voiture, son livret de service, deux de ses armes de poing – un Parabellum modèle 1900 et un Browning modèle 1906. Les documents écrits sont de la même veine. Plusieurs proviennent des Archives fédérales, comme l’ordre d’armée distribué aux participants au Rapport et destiné à être lu à leurs subordonnés. La presse, qui occupe une place importante, permet de montrer toute la complexité de la période. Ainsi de cet article d’Antoine de Saint-Exupéry paru dans Paris-soir au lendemain des Accords de Munich montrant l’oscillation des sentiments par rapport à la situation internationale et dans lequel on peut lire: "Quand la paix nous semblait menacée, nous découvrions la honte de la guerre. Quand la guerre nous semblait épargnée, nous ressentions la honte de la Paix". Ou de cette une de Paris-Match du 21 mars 1940 consacrée à Joseph Darnand, héros de la Drôle de guerre pour ses coups-de-main dans les lignes allemandes et futur chef de la Milice… Notons encore la forte présence de livres, ce qui n’est pas fait pour nous déplaire.

L’exposition comprend plusieurs fils rouges, le principal étant bien sûr celui retraçant la carrière et le rôle du général Guisan. L’extrême droite apparaît également à diverses reprises. On la trouve dans la partie consacrée aux années 1930, avec l’un de ses emblèmes romands, le Genevois Georges Oltramare, fondateur du Pilori et membre de l’Union nationale. Elle réapparaît ultérieurement, au moment de la défaite française, avec les propositions d’alignement sur l’ordre nouveau, notamment celle du Conseiller national vaudois Charles Gorgerat. On la retrouve enfin dans la dernière partie de l’exposition, avec la brève évocation de la polémique entourant le contenu du discours du Général du 25 juillet 1940 – un article du milieu des années 1980, basé sur les documents ayant servi à préparer le discours tenu au Rütli affirme que Guisan était alors favorable à l’instauration d’un régime politique plus autoritaire.

Le système militaire de milice, typiquement helvétique, est une autre thématique récurrente de l’exposition. Une scène de la vie familiale l’évoque en montrant un soldat debout dans son appartement, près de sa femme assise en train de coudre et de son enfant, habillé en marin, jouant avec des petits soldats suisses en plastic. Il est aussi évoqué via un regard extérieur, par le journal Paris-Match du 30 novembre 1939 qui publie un reportage sur la Suisse, son Général et son système politique.

Les combats aériens de mai-juin 1940. (© Château de Morges)

Les combats aériens de mai-juin 1940. (© Château de Morges)

Le Rapport du Rütli, cœur de l’exposition, est présenté sous ses divers aspects qui permettent d’en saisir toute l’importance. La menace allemande est montrée au travers des combats aériens germano-suisses de mai-juin 1940 et des plans d’invasion allemands de juin-juillet de la même année. La nouvelle stratégie du réduit, destinée à répondre à la nouvelle situation politico-militaire au lendemain de la défaite française, fait l’objet d’une présentation intéressante qui met en évidence ses origines, qui remontent au XIXe siècle – l’exposition présente les conceptions développées en matière de fortification nationale à cette époque par Hans Konrad Finsler, Guillaume-Henri Dufour et Emil Rothpletz –, et l’évolution de sa conception entre 1940 et 1941 – passage du "réduit-repli" au "réduit-d’emblée". L’évocation du rapport lui-même se fait par le biais d’une maquette du vapeur Stadt-Luzern III qui a transporté les officiers depuis Lucerne jusqu’au Rütli, de photos, de témoignage sur la journée du 25 juillet et le discours de Guisan… Point d’orgue de l’exposition et élément fondamental à en retenir, le texte d’introduction qui conclut à propos de ce dernier: "Le Rapport va exercer un effet positif vivifiant sur les officiers et la troupe car, désormais, la consigne est claire: résister sur de fortes positions. Ainsi, il marque un important tournant."

Belle et intéressante exposition, à voir jusqu’au 29 novembre prochain au château de Morges.

(© Château de Morges)

(© Château de Morges)

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