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LINCOLN. L'HOMME QUI SAUVA LES ETATS-UNIS

Publié le par Dimitry Queloz

VINCENT, Bernard, Lincoln. L’homme qui sauva les Etats-Unis, Paris, Archipoche, 2015, 528 pages

Cette biographie d’Abraham Lincoln réalisée par Bernard Vincent est de la même veine que celle consacrée au général sudiste Robert Lee que nous avons présentée il y a quelque temps. Le texte est bien écrit et fort agréable à lire. L’auteur, qui maîtrise les sources et l’abondante historiographie, mêle habilement la grande histoire, la vie privée de Lincoln et les anecdotes tout en réussissant à faire la part des choses entre la légende – qu’elle soit positive ou négative – et la réalité.

Lincoln est sans aucun doute le président le plus célèbre des Etats-Unis et il occupe dans l’histoire et la mémoire collective américaines une place plus importante que celle des pères fondateurs de la fin du XVIIIe siècle, y compris George Washington. Cette célébrité est due à plusieurs facteurs. Lincoln représente l’exemple du pionnier et du self-made man chers à l’Amérique. Né dans une modeste famille d’agriculteurs, fréquentant tardivement et irrégulièrement l’école, travaillant à des tâches pénibles dans sa jeunesse, Lincoln devient avocat à 23 ans grâce à sa ténacité et ses talents oratoires et d’autodidacte et finit par être élu président des Etats-Unis en tant que candidat d’un nouveau parti qu’il contribue à créer, le parti républicain.

La célébrité de Lincoln est aussi la conséquence du rôle joué dans ce qui est l’épisode le plus tragique de l’histoire des Etats-Unis, la guerre de Sécession, qui a failli mettre un terme à l’Union fédérale. Lincoln a sauvé cette dernière en remportant la victoire contre les Etats de la Confédération après quatre années d’une guerre qui, avec 620'000 morts, a été plus meurtrière que tous les autres conflits postérieurs réunis. Par ailleurs, outre l’abolition de l’esclavage, il a, par sa magnanimité et sa volonté de réconciliation à la fin des hostilités, contribué au rapprochement des anciens ennemis, même si ses successeurs ont adopté une politique infiniment plus revancharde. A l’annonce de la mort du président, Lee a déclaré que la bonté de Lincoln avait été aussi déterminante que les canons de Grant dans sa décision de capituler à Appomattox.

Enfin, Lincoln a connu une fin tragique en étant assassiné quelques jours seulement après la reddition de la principale armée sudiste. Premier président des Etats-Unis à avoir été victime d’un assassinat, Lincoln est mort avant la fin de la guerre sans avoir pu mener son œuvre à son terme, ni montré ses capacités de gouvernement en période de paix. A l’instar d’autres grands de l’histoire, cette fin prématurée lui a permis d’entrer immédiatement dans la légende.

Bernard Vincent ne cache pas "les échecs politiques, les ambiguïtés philosophiques et les tourments personnels" de Lincoln. Sa vie privée est fortement marquée par une succession de malheurs qui le conduisent à des périodes de forte déprime: mort de sa mère et d’un de ses frères dans son enfance, échecs amoureux, esprit ambitieux et dépensier de sa femme Mary, par ailleurs atteinte dans sa santé mentale, morts de plusieurs de ses enfants...

Si Lincoln est connu pour sa modération à la fin de la guerre et sa volonté de ne pas faire couler le sang en premier dans l’épisode du fort Sumter, il a contribué à faire de la guerre de Sécession une guerre totale et moderne. Dès le début des hostilités et jusqu’à la nomination de Grant à la tête de forces de l’Union, il a conduit directement les opérations. Il a notamment décidé de mettre en place le blocus maritime des Etats sécessionnistes – plan Anaconda –, qui, conjointement avec le contrôle ultérieur du Mississipi, a conduit à l’asphyxie économique complète du Sud.

Enfin, l’attitude de Lincoln par rapport à l’esclavage est plus ambiguë que celle véhiculée par sa légende qui a fait de lui le héros de l’abolition de l’"institution particulière". Pendant longtemps, bien que farouchement opposé au principe de l’esclavage, Lincoln a défendu une position médiane consistant à vouloir empêcher son extension dans les futurs territoires de l’Union et à laisser faire le temps dans les Etats esclavagistes. L’émancipation se fait en plusieurs étapes à partir de 1862 et il faut attendre le début de 1865 pour que le Sénat ratifie le 13e Amendement, donnant ainsi au décret présidentiel une base juridique solide. Notons encore que Lincoln ne croit pas à l’égalité entre Noirs et Blancs, comme le montre une déclaration de 1862 faite devant une délégation de leaders noirs: "Nous sommes, vous et nous, deux races différentes. […] La vôtre souffre de se voir infliger le pire des traitements qu’on puisse imposer à des êtres humains. Mais, même lorsque vous cessez d’être esclaves […], pas un seul homme de votre race n’est de fait l’égal d’un seul membre de la nôtre. […] Mieux vaut donc, pour les uns comme pour les autres, que nous soyons séparés." D’où, son idée de favoriser l’émigration des affranchis, notamment vers le Liberia!

(© blogdéfense)

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