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Rapport sur la politique de sécurité (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Migrations, islamisme et djihadisme

Le rapport envisage le développement des phénomènes migratoires en direction des Etats développés comme un fait certain, voire inéluctable. La mondialisation, les divergences d’évolution démographiques entre les pays, les écarts de richesse, l’instabilité politique et, à plus long terme, les évolutions climatiques pousseront un nombre croissant de personnes à migrer. Cette migration n’est pas perçue "en soi" comme une menace et représenterait même une solution, certes partielle, aux problèmes économiques découlant du vieillissement de la population. Cependant, le document souligne que ces mouvements migratoires peuvent également engendrer des problèmes sociaux et politiques.

C’est ici que le rapport présente réellement le flanc à la critique. Certes, le document évoque plusieurs dangers et menaces découlant d’un afflux de migrants dans le contexte international actuel. D’intéressantes questions sont posées – "Comment stabiliser et reconstruire les Etats touchés?" "Comment lutter contre les filières de passeurs?" "Comment filtrer les flux migratoires pour déceler des terroristes parmi les réfugiés et les migrants?" "Dans quelle mesure l’immigration se répercute-t-elle sur le développement de l’extrémisme et de la criminalité de base?" – mais aucune analyse réelle et, surtout, aucune réponse n’apparaissent dans le texte. De plus, certains aspects de la question ne sont absolument pas abordés.

On peut tout d’abord reprocher au rapport de se focaliser essentiellement sur les aspects économiques. Les migrants sont perçus avant tout en tant qu’acteurs économiques contribuant à résoudre les problèmes de vieillissement de la population autochtone. Les aspects politiques, sociaux et culturels au sens large du terme sont en revanche largement mis de côté, et ce en dépit des interrogations mentionnées ci-dessus.

Un autre problème est celui de la compréhension du phénomène "immigration". Celui-ci est présenté de manière neutre, un peu comme un simple rajeunissement et une simple augmentation de la population autochtone. Or, la nature du phénomène est différente. Si l’on quitte le domaine restreint de l’idéologie et des exemples, sans doute trop spécifiques, de la migration intra-européenne des Trente Glorieuses et des élites mondialisées actuelles, on remarque que les mouvements migratoires massifs sont fréquemment sources de tensions et de conflits entre populations migrantes et autochtones, surtout si les différences culturelles sont importantes. Du fait de ces "chocs" qui peuvent aller jusqu'aux affrontements les plus violents, nombre de peuples et de civilisations ont connu une (quasi-) disparition ou ont été contraints à fuir sous la pression de la population adverse. Pensons aux peuples amérindiens, aux Palestiniens, aux colons français en Algérie…

Les flux migratoires actuels en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sont et seront pour longtemps la source de problèmes. Des djihadistes en profitent pour pénétrer discrètement en Europe afin de commettre des attentats et, sans doute, aussi pour constituer des cellules dormantes. De plus, beaucoup de migrants présentent d’importantes différences culturelles et leur intégration – ne parlons pas d’assimilation! – posera des difficultés certaines. Même s’ils ne sont pas djihadistes, une forte proportion d’entre eux appartient à la mouvance islamiste quiétiste voire politisée, comme le montrent les nombreux refus de consommer de la nourriture non-hallal, l’imposition, parfois par la violence, à l’ensemble de la communauté musulmane, de la pratique du jeûne du ramadan dans certains centres d’accueil, les images où l’on voit une large majorité de femmes voilées... Ces migrants constitueront à n’en pas douter des foyers islamistes qui contribueront à un développement et à une implantation durable du phénomène en Europe, avec pour corolaire la certitude de voir l’islamisme djihadiste existant encore se renforcer.

La position du rapport quant aux phénomènes migratoires n’est pas en phase avec la situation actuelle. Elle se rapproche de celle de Berlin du début de la crise de cet été. Le résultat est connu et le revirement du gouvernement allemand, incarné par les récentes déclarations de Thomas de Maizière et les décisions de la chancelière Angela Merkel, aussi. Aux acteurs politiques et sociaux suisses, durant la phase de consultation, d’apporter les changements nécessaires dans l’analyse de la situation. (Fin)

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