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Napoléon à Sainte-Hélène

Publié le par Dimitry Queloz

La conquête de la mémoire

Le Musée de l’armée vient d’inaugurer une très belle exposition consacrée à l’exil napoléonien de Sainte-Hélène. Réalisée à l’occasion de la restauration du mobilier original de la demeure de Longwood, l’exposition fait découvrir au visiteur de magnifiques pièces, comme cette "aigle blessée" – une aigle de drapeau percée par un projectile –; le fusil de chasse que Napoléon a offert au lieutenant Besson à Rochefort en remerciement de sa proposition d’évasion à bord de La Magdalena; le billard qui occupait la salle qui servait à l’Empereur de lieu de lecture, de réception et de discussion et où il a dicté une partie de ses "mémoires" à Las Cases; l’épée d’Austerlitz; plusieurs tenues de Napoléon – notamment celle, célèbre, de colonel des chasseurs à cheval de la garde qu’il avait l’habitude de porter sur les champs de bataille et qui a contribué à sa légende…

L’exposition comprend deux parties. La première traite de la deuxième abdication de l’Empereur à la suite de la défaite de Waterloo, de l’incertitude quant à son sort dans les jours qui suivent, de la reddition aux Anglais, de l’attente dans les ports du Sud de l’Angleterre – Torbay, Plymouth –, du voyage sur le Northumberland vers Sainte-Hélène, puis, enfin, du séjour dans l’île-prison de l’Atlantique Sud. Le lieu de l’exil n’est pas choisi au hasard. Sainte-Hélène est une des "îles les plus isolées du monde". On ne veut pas laisser à l’empereur déchu la possibilité d’un nouveau retour. A l’époque, Sainte-Hélène appartient à l’East India Company et constitue un relai sur la route des Indes. Le vainqueur de Napoléon à Waterloo y a séjourné lors de son retour vers l'Angleterre en 1805, alors qu’il était encore connu sous le nom d’Arthur Wellesley. Contrairement à Napoléon, le futur duc de Wellington trouve le lieu très hospitalier. Il écrit à son frère Richard: "L’intérieur de l’île est magnifique et le climat est apparemment un des plus salubres de tous les endroits où j’ai vécu."

La seconde partie, intitulée Sainte-Hélène, L’ultime combat, s’intéresse à la mémoire napoléonienne. Napoléon a toujours cherché à façonner la trace qu’il allait laisser dans l’histoire. Les moyens de propagande employés sont connus: bulletins de l’armée, peinture – avec notamment les œuvres de Jacques-Louis David –, monuments… Au moment de partir pour l’île d’Elbe, il déclare à ses grognards: "Je veux écrire les grandes choses que nous avons faites ensemble!" A Sainte-Hélène, "l’histoire devient ainsi l’ultime champ de bataille. La mémoire, l’ultime combat". Napoléon rédige alors ses mémoires. Il les dicte à ses plus proches compagnons d’exil – Bertrand, Gourgaud, Las Cases –, relit les textes plusieurs fois, les corrige et, une fois satisfait, les fait recopier en vue de la publication par Saint-Denis, le fameux Mamelouk Ali. L’Empereur utilise également Las Cases à qui il raconte ses souvenirs au cours de longues conversations qui formeront la matière du texte du Mémorial de Sainte-Hélène publié en 1823.

L’exposition consacre une place importante à la mort de Napoléon et à l’expédition de 1840 chargée de transférer les cendres de l’Empereur à Paris, aux Invalides. Nombre de témoins de l’exil – Bertrand, Gourgaud, le fils de Las Cases, Ali – embarquent sur La Belle Poule repeinte en noire et équipée d’une chapelle ardente pour l’occasion. L’expédition est autant un acte mémoriel que politique et patriotique. Le prince de Joinville, fils cadet de Louis-Philippe, en assure le commandement. A Sainte-Hélène, l’ouverture de la tombe, puis des quatre cercueils concentriques permet de découvrir le corps parfaitement conservé de l’Empereur!

Napoléon a gagné sa dernière bataille, celle de la mémoire. Si Chateaubriand avait raison en disant de lui qu’il cherchait avant tout à créer sa propre grandeur, celle-ci rayonnait également sur ses compagnons d’armes et sa légende est, maintenant, éternelle. Balzac a été plus avisé que l’auteur des Mémoires d’outre-tombe en faisant dire au Colonel Chabert: "Notre soleil s’est couché. Nous avons tous froid maintenant."

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