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Conférence du chef du DDPS à l’Université de Lausanne (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

L’acquisition frauduleuse d’information

 

Le chef du DDPS a commencé son propos en soulignant que le phénomène n’était pas nouveau. En effet, déjà dans l’Antiquité, des espions essayaient d’obtenir des informations sur l’adversaire. Ce qui est nouveau en revanche, c’est l’ampleur pris par l’espionnage avec l’arrivée des nouvelles technologies liées au numérique et les possibilités offertes par ces dernières. Pour les services de renseignement, il s’agit d’un véritable défi et il est vital pour eux de disposer des personnels qualifiés en nombre suffisant dans les différents domaines informatiques. Pour illustrer cette importance, Guy Parmelin a mentionné l’exemple du MI 6 qui, au moment de la conférence, recrutait 9 spécialistes informatiques sur les 16 postes mis au concours!

 

L’emploi des nouvelles technologies à grande échelle soulève de nombreuses difficultés pour les Etats, les institutions, les industries, les individus. Tout d’abord, les activités d’espionnage peuvent être effectuées avec des moyens relativement limités et elles sont largement pratiquées, ce qui crée une grande fragilité, même envers de petits Etats respectables qui ne se privent pas d’espionner les autres pays. Par ailleurs, les possibilités d’obtenir des renseignements se sont considérablement développées du fait de la constitution des systèmes d’information. Tout, ou presque, est stocké sur des ordinateurs ou des serveurs en réseaux et les possibilités de pénétrer ces systèmes sont nombreuses via les ordinateurs, les Smartphones, les objets connectés de toute sorte qui ne sont pas toujours très bien sécurisés. Beaucoup d’utilisateurs ne prennent en effet pas toutes les précautions nécessaires, même les plus élémentaires.

 

Le deuxième problème réside dans le fait que les actions menées dans le cyberespace ne permettent pas seulement d’obtenir des informations. Elles permettent aussi de mener des opérations de propagande à une vaste échelle. Elles donnent enfin la possibilité de prendre le contrôle de certains systèmes, comme les réseaux de télécommunication ou d’énergie. Les actes de piratage peuvent conduire à la mise hors service de ces systèmes et à la paralysie d’un pays. Se pose aussi la question de la résilience. En combien de temps un pays ou une entreprise a-t-il/elle retrouvé sa situation d’avant l’attaque? Et à quel prix? En Suisse, un blackout total coûterait entre 2 et 4 mia de francs suisses par jour. En 2025, la facture pourrait s’élever à 6 mia.

 

Si nombre de ces informations et problématiques étaient déjà largement connues, les quelques minutes consacrées à la présentation de la stratégie du Conseil fédéral et des grandes orientations du chef du DDPS en matière de défense dans le domaine cyber ont été particulièrement intéressantes. Comme cela a été rappelé au moment des questions, la Suisse a mis en place une stratégie et créé un groupe de défense en 2012. Ce dernier dépendant du département des Finances et non du DDPS, plusieurs interventions parlementaires ont eu lieu en faveur de la constitution d’un pôle cyber au sein de celui-ci.

 

Guy Parmelin n’est pas forcément partisan d’une telle organisation et, surtout, il n’est pas un adepte des changements fréquents dans les organigrammes. Actuellement, il défend la thèse d’un rôle non-primaire de son département dans le domaine cyber. La réflexion est en cours et un plan d’action est à l’étude. Les moyens à disposition seront triplés dans les prochaines années, mais dans le cadre d’un budget de la défense constant.

 

Pour le chef du DDPS, les compétences en matière de lutte dans le domaine cyber doivent être réparties entre civils et militaires. La police et les entreprises doivent s’occuper de ce qui relève de la criminalité. Le rôle de l’armée doit être doublement limité. Elle ne doit s’occuper que du domaine "menace" et son action doit être subsidiaire. Ce sont donc les moyens civils qui doivent jouer le rôle principal. Dans ce cadre, Guy Parmelin a insisté sur le rôle que devraient jouer les milieux académiques, notamment l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Une collaboration étroite entre l’Etat et ces derniers est hautement souhaitable, notamment en ce qui concerne le personnel spécialisé. A l’exemple de ce qui existe en Israël, des modalités plus souples de recrutement et de service militaire pour les spécialistes formés dans les Hautes écoles seront bientôt en vigueur dans le cadre du projet DEVA.

 

L’évolution des conflits

 

Pour Guy Parmelin, il existe une conflictualité latente en Europe. Un conflit classique est peu probable, mais pas totalement exclu. L’abolition des distances – notamment avec l’emploi de drones pilotés depuis des postes très éloignés des zones d’engagement – et l’hybridation sont les deux caractéristiques majeures des conflits actuels. Ces paramètres doivent être intégrés dans les réflexions stratégiques et l’armée adaptée en conséquence. C’est ce que prévoit le projet DEVA qui se caractérise par une réduction de la taille de l’armée, une plus grande disponibilité et un meilleur équipement.

 

Terminons cette synthèse de la conférence du chef du DDPS par la réponse donnée à une question qui était sans doute la plus provocatrice, mais aussi probablement la plus intéressante: "La Russie est-elle une chance pour la sécurité et l’indépendance de l’Europe?" Pour Guy Parmelin, qui a souligné la difficulté à répondre à cette question, la Russie ne représente pas une chance. En Crimée, elle a clairement imposé une modification des frontières par la force. Cet acte a fait naître une grande inquiétude dans des pays comme les Etats baltes et la Pologne qui ont augmenté leurs budgets militaires. L’argent ainsi dépensé manquera dans d’autres domaines, ce qui constituera un frein à un développement économique et social harmonieux dans ces pays. (Fin)

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