Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Capitaine Cérésole (1836-1881)

Publié le par Dimitry Queloz

GUISOLAN, Jérôme, Capitaine Cérésole (1836-1881). Un officier suisse au service de France, Pully, Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), 2016, 136 pages

 

Jérôme Guisolan a puisé dans le très riche fonds de la famille Cérésole conservé aux Archives cantonales Vaudoises pour réaliser cet ouvrage. Il a utilisé le remarquable Journal de campagne – outre le texte, il contient de fort belles illustrations – d’Adolphe Cérésole et la nombreuse correspondance que celui-ci a entretenue avec les membres de sa famille, notamment ses parents – sa mère en particulier – et son frère Paul, personnage incontournable de l’époque puisqu’il a été, entre autres, commandant de la 2e division et du 1er corps d’armée, député puis Conseiller d’Etat vaudois, Conseiller national, Conseiller fédéral, juge militaire, directeur de la Compagnie Suisse Occidentale-Simplon… Le fonds comprend encore de très beaux objets ayant appartenus au capitaine Cérésole, pièces d’uniformes, décorations et, surtout, le drapeau du 145e bataillon de la Commune de Paris!

 

La vie et le parcours de Cérésole sont présentés de manière chronologique par l’auteur, qui lui laisse souvent la parole. C’est que Cérésole écrit bien – il a fréquenté durant deux ans les cours de l’Académie de Lausanne –, il a un style vif, ne cache pas le fond de sa pensée. "Il décrit la guerre telle qu’elle est, telle qu’il la voit, telle qu’il la vit, avec son cortège d’événements singuliers, sans en rajouter inutilement ni édulcorer le propos. Parallèlement, cette même guerre, il la fait telle qu’il en ressent la nécessité, totale. Mais il se comporte avec ses semblables, soit les autres officiers et ses soldats, les civils, en gentleman en dehors des scènes d’action, dans les salons feutrés, lors des bals, à l’occasion de mondanités."

 

Cérésole est un militaire ambitieux. A l’exception des dernières années, durant toute sa carrière, il cherche à monter en grade, à obtenir des décorations. Il met toute son énergie et sa volonté, souvent au péril de sa vie, à obtenir la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur qu’il finit par recevoir à la suite de son comportement lors de la journée du 16 avril 1871 au cours des combats menés contre la Commune de Paris.

 

Engagé volontaire en 1855 dans la Légion étrangère, Cérésole ne participe pas à la guerre de Crimée. Après un séjour en Afrique du Nord, il se rattrape lors de la campagne d’Italie de 1859. A la bataille de Magenta, il connaît l’ivresse du combat, mais écrit, dans son journal, que "le lendemain est un vilain jour", avec le désolant spectacle des destructions, des cadavres couverts de mouches, des odeurs de putréfaction…

 

Libéré de ses obligations envers la Légion étrangère en 1861, le sergent Cérésole revient en Suisse. Il travaille dans l’administration militaire fédérale et obtient ses galons de capitaine de l’Etat-major général. Toutefois, "né avec la bosse des aventures et des voyages", Cérésole s’ennuie dans sa vie de bureau. Il s’engage alors à nouveau dans la Légion étrangère en 1865, avec le grade de sous-lieutenant, et participe à l’expédition du Mexique. Cette campagne est cependant décevante pour lui. Le pays est "triste", les combats rares, l’activité militaire, surtout administrative, ennuyeuse.

 

La guerre suivante est celle de 1870-71 contre la Prusse. Les troupes de la Légion étrangère débarquent en France en octobre. Cérésole est nommé lieutenant à la fin du mois. Il se bat à Coulmier, à Orléans, avant d’être intégré dans l’armée du général Bourbaki. Nommé capitaine, il est fait prisonnier le 15 janvier 1871 près de Montbéliard. S’il s’est montré téméraire à la tête de ses hommes, sa capture est avant tout due au comportement des gardes mobiles de la Gironde qui ont fui "au premier coup de feu", laissant les légionnaires seuls sur le champ de bataille. D’où un véritable mépris pour les moblots, qu’il n’hésite pas à exprimer dans des propos très durs, et à plusieurs reprises, dans son journal.

 

Après quelques semaines de captivité à Neuburg puis à Munich – les conditions de sa captivité, qui rappellent celles pratiquées pour la noblesse au Moyen Age, sont d’un autre temps et choqueront sans doute le lecteur postmoderne –, Cérésole est libéré le 10 mars 1871. Après un bref passage en Suisse, il est engagé, toujours avec la Légion, contre la Commune de Paris. C’est dans le cadre de ces combats qu’il reçoit enfin la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur tant ambitionnée et qu’il s’empare du drapeau du 145e bataillon de la Commune. La haine des Fédérés, défendant une vision de la société totalement opposée à la sienne, apparaît à de nombreuses reprises dans ses écrits. On peut ainsi lire dans une de ses lettres à sa mère en date du 6 juillet 1871: "(Je suis) doublement content de l’(la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur) avoir gagnée dans la plus juste des guerres; jamais je ne me suis battu avec autant d’acharnement que contre ces affreuses crapules de l’Internationale car tu sais combien j’ai toujours détesté ces gens-là et j’espère bien un jour avoir le plaisir de les écraser encore s’ils relèvent la tête."

 

Confirmé dans le grade de capitaine, Cérésole se prépare pour devenir commandant de bataillon. Mais en 1876, une enquête est ouverte contre lui pour ivresse – il semble que Cérésole ait eu un penchant pour la bouteille durant une grande partie de sa carrière militaire. Il reste donc capitaine et meurt quelques années plus tard, en 1881.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

Commenter cet article