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L'Etat-nation face à l'Europe des tribus

Publié le par Dimitry Queloz

SAINT-PROT, Charles, L’Etat-nation face à l’Europe des tribus, Paris, Les éditions du Cerf, 2017, 128 pages

 

Même si nous n’en partageons pas forcément tous les détails, nous sommes d’accord avec la thèse développée par Charles Saint-Prot dans son dernier ouvrage: l’Etat-nation est la cible à la fois des idéologies supranationalistes – globalisation, construction européenne, ultralibéralisme – et des courants régionalistes et/ou culturalistes qui se rejoignent pour tenter de le faire disparaître. L’exemple emblématique de cette alliance est, selon l’auteur, celui de l’Europe des régions, que Georges Pompidou présentait ainsi en 1974 déjà: "L’expression de l’Europe des régions, non seulement me hérisse, mais constitue à mes yeux, (…) un étrange retour vers un passé révolu. Il y a déjà eu l’Europe des régions; ça s’appelait le Moyen Age, ça s’appelait la féodalité."

 

Dans un style particulièrement vif, l’auteur, qui ne mâche pas ses mots, prend pour cible la charte du Conseil de l’Europe sur les langues régionales ou minoritaires, qui incarne d’une façon toute particulière selon lui l’Europe des régions. Ce texte, qui connaît des difficultés de ratification dans de nombreux pays, sous couvert de protéger juridiquement les langues régionales, "institue une forme de discrimination positive" qui représente une véritable boîte de Pandore dans le sens où elle favorise les communautarismes de tout type basés sur l’ethnie. Faisant un rapide historique des origines de la charte, Saint-Prot montre les "origines douteuses" du courant euro-fédéraliste qui plonge ses racines dans les thèses nazies de l’entre-deux guerres. Il souligne également le fait que nombre de mouvements séparatistes, notamment bretons, corses et alsaciens, ont été d’actifs collaborateurs durant l’Occupation.

 

L’auteur insiste sur un autre point, d’ordre sémantique. Pour lui, ce qui est en jeux, ce n’est pas la république, contrairement à ce qu’affirment certains politiciens, c’est la nation. ""Vivre ensemble" ne consiste pas à intégrer une idée floue – les mythiques "valeurs républicaines" (…) mais une réalité tangible: la nation." Suivant la définition classique de Renan, cette dernière ne représente pas seulement le "désir de vivre ensemble", mais aussi et surtout "la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis", c’est-à-dire "la conscience d’être détenteur d’un capital que l’on transmet, la conviction d’appartenir à une polis, le sentiment d’une amitié, le goût de construire ensemble". Et l’auteur de conclure: "Loin de tout sectarisme, de toute divagation raciale ou de divagation fanatique, la nation est un projet de civilisation."

 

Saint-Prot se plait aussi à mettre en évidence les contradictions et les conséquences négatives des idéologies qu’il combat. Ainsi, l’affirmation selon laquelle la taille des Etats-nations ne représente pas la bonne échelle pour résoudre les grands problèmes actuels car ils seraient trop petits est en totale contradiction avec la volonté de créer des régions plus autonomes dont la taille est inférieure à celle des Etats-nations. De même, la suppression des frontières au sein de l’Espace Schengen a conduit à d’insurmontables problèmes migratoires.

 

Dans ce contexte, et en dépit des idéologies dominantes, Saint-Prot réaffirme la nécessité de l’Etat-nation. "Lui seul est en mesure de relever les grands défis de l’heure en préservant la souveraineté nationale, les libertés et la dignité des citoyens, c’est-à-dire, en fin de compte, le bien commun sans lequel il n’y a pas de politique légitime."

(© blogdéfense)

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