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Emmanuel Macron veut relancer l'Europe de la défense

Publié le par Dimitry Queloz

Dans un discours fleuve tenu dans le lieu très symbolique de la Sorbonne, là-même où François Mitterrand avait défendu le traité de Maastricht, le Président français Emmanuel Macron a présenté la semaine dernière de nombreuses propositions visant à relancer l’intégration européenne. En ce qui concerne la défense, il a notamment proposé de développer une culture stratégique commune, de créer une force d’intervention, un budget européen et une académie européenne du renseignement.

 

L’OTAN reste l’élément-clef de la défense européenne

 

Volontariste, Emmanuel Macron ambitionne de poursuivre le développement de l’Europe de la défense et d’aller au-delà des récents progrès réalisés en juin dernier lorsque la Commission européenne a, entre autres, lancé le Fonds européen de défense. Les propositions du Président français ne constituent toutefois pas une rupture et s’inscrivent toujours dans le cadre des traités et de la philosophie actuels en ce qui concerne les relations avec l’OTAN et le partage des missions entre cette dernière et l’UE. "La capacité d’action autonome de l’Europe" reste en effet un "complément de l’OTAN".

 

Culture stratégique commune

 

La proposition la plus importante et la plus originale du Président français concerne le développement d’une "culture stratégique commune". Pour Emmanuel Macron, celle-ci n’existe pas et c’est ce qui "manque le plus à l’Europe aujourd’hui" en matière de défense. Cette proposition mériterait d’être développée et expliquée davantage. Les quelques phrases prononcées à ce propos manquent en effet de clarté et ne permettent pas de comprendre réellement la pensée du Président français qui mêlent les différences culturelles en matières "parlementaire", "historique", "politique" ou militaire, ce dernier domaine comprenant divers aspects comme l’"anticipation", le "renseignement" ou la "planification". On ne saisit donc pas très bien quel(s) domaine(s) et quel(s) niveau(x) sont concernés par cette culture.

 

Les modalités de développement de cette culture stratégique soulèvent également des questions dans le sens où elles s’inscrivent largement dans le cadre des mutualisations fonctionnalistes et structuralistes qui a servi de modèle à la construction européenne et a conduit l’UE dans l’impasse. Si les différentes collaborations proposées par le Président français peuvent renforcer une vision commune et développer des pratiques communes dans certains domaines, elles ne conduiront pas nécessairement à définir des intérêts communs et une politique commune, ainsi qu’une volonté d’agir, qui sont pourtant les trois éléments cardinaux de la question.

 

Enfin, il faut s’interroger sur le modèle de cette culture stratégique. Qui donnera le la en la matière? Les autres membres de l’UE accepteront-ils le(s) nouveau(x) paradigme(s)? Comment concilier ce(s) dernier(s) avec les conceptions nationales et celles de l’OTAN?

 

Force d’intervention européenne

 

Le Président Macron a remis sur la table le projet d’une force d’intervention européenne. Comme nous le soulignions dans un de nos précédents articles (voir: Encore un projet de force militaire européenne), il s’agit là d’une vieille lune. En effet, l’UE a déjà créé deux instruments censés répondre à ses besoins en la matière, sans parler des déclarations de 2015 du Président de la Commission européenne Jean-Claude Junker. Le premier d’entre eux remonte au Conseil européen d’Helsinki de 1999 qui a conduit au projet de Corps européen comprenant 50 à 60'000 hommes qui devait être opérationnel en 2003 et qui a fini par être abandonné, faute de soutien politique et de moyens. En 2004, l’UE a adopté les groupements tactiques (battlegroups), opérationnels depuis 2007, mais qui n’ont jamais été engagés pour diverses raisons financières et politiques.

 

Il n’y a donc rien de nouveau dans les déclarations du Président Macron, si ce n’est, peut-être, le lien qu’il établit entre cette force d’intervention, un budget commun et une "doctrine commune pour agir". La création d’un budget de la défense permettrait peut-être de sortir de l’impasse créée par les modalités de financement d’intervention des groupements tactiques. Quant à la doctrine mentionnée, l’expression mériterait, elle aussi, d’être clarifiée. Le niveau concerné (politique, stratégique, opérationnel ou tactique) n’est ainsi pas précisé. Il en est de même en ce qui concerne l'essentiel, à savoir quelle(s) institution(s) de l'UE sera/ont concernée(s) et, surtout, qui décidera, in fine, de l’engagement et de ses buts?

 

Le discours du Président Macron aligne donc les propositions. Toutefois, celles-ci soulèvent de nombreuses questions quant à leur définition, leur pertinence et leur réalisation. Il sera intéressant de voir comment ces propositions seront reçues par les autres Etats membres de l’UE et ce qui sera effectivement réalisé dans les prochaines années.

 

L’intégralité du discours peut être visionnée ici : https://www.youtube.com/watch?v=oUQpgKkntzo. Les questions de défense sont abordées dès la 12e minute.

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