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Futur avion de combat: du nouveau au Parti socialiste!

Publié le par Dimitry Queloz

Il y a un peu plus de deux semaines, la presse a révélé que, et ce pour la première fois depuis fort longtemps, le Parti socialiste se montre favorable à l’acquisition d’un nouvel avion de combat. Selon un document interne de la direction du parti dont les propos sont confirmés par Mme Priska Seiler Graf, Conseillère nationale et membre de la Commission de la politique de sécurité, au Matin Dimanche, le PS "préconise une armée de l’air capable de réagir aux menaces terroristes ou aux détournements d’avion et forte de 20 à 30 jets suivant le type d’appareil choisi".

 

Les grandes lignes de la nouvelle politique de sécurité aérienne du PS

 

D’après ce que nous avons pu lire dans la presse, le Parti socialiste intègre désormais le facteur "sécurité" dans sa vision politique: "La sécurité seule ne crée ni la qualité de vie ni la liberté. Toutefois, il n’y a pas de qualité de vie ni de liberté sans sécurité." En ce qui concerne plus spécifiquement la sécurité de l’espace aérien, le PS l’inscrit dans un double cadre bien précis: la coopération avec les Etats voisins et la limitation des coûts, ceux des Forces aériennes devant être "abordable(s)".

 

Le PS souhaite la mise en place d’une police de l’air "solide", en mesure de faire face à des actes terroristes – l’emploi de drones pour commettre des attentats n’est pas écartée de l’éventail des menaces potentielles – et à des détournements d’avion. Les Forces aériennes doivent se concentrer sur cette mission et le PS rejette toute idée d’un retour à des capacités de combat air-sol. Ainsi, et avec les moyens à leur disposition actuellement – c’est-à-dire les F/A-18 et les F-5 –, les Forces aériennes sont en mesure d’assurer la police de l’air durant de nombreuses années encore. Selon le PS, si cette mission exige un personnel très compétent, elle nécessite des moyens aériens limités en nombre.

 

En ce qui concerne les F/A-18, le PS propose de prolonger leur durée de vie. Avec la dernière mise à niveau acceptée par le Parlement, les F/A-18 ont un potentiel de 6'000 heures de vol qui pourrait encore être augmenté à 7’000-8'000 heures, voire 10'000, selon les déclarations. Il serait ainsi possible de les faire voler jusqu’en 2038 et même 2040 d’après un message posté sur twitter. Le PS souligne cependant l’existence d’une double condition: il faut ménager les appareils et prolonger également la durée de vie des F-5. Le PS avance ces chiffres en se basant sur l’expérience de l’US Navy et sur les déclarations du constructeur Boeing auprès duquel il s’est renseigné. Il insiste également sur la modernité des F/A-18, qui ont connu trois séries de mises à niveau successives.

 

Enfin, toujours en ce qui concerne les moyens, le PS pose certaines conditions quant à l’achat d’un futur avion de combat. Tout d’abord, le peuple doit se prononcer sur cette question. Ensuite, l’appareil doit être européen afin d’éviter toute dépendance envers les Etats-Unis. Mme Seiler Graf précise par ailleurs à ce sujet que le F-35 est beaucoup trop cher et que le Super Hornet est "surdimensionné pour la Suisse".

 

Commentaires

 

Faut-il saluer la nouvelle position du Parti socialiste en matière de sécurité aérienne et y voir un pas décisif en faveur d’une défense crédible? Nous ne le pensons pas, et ce pour de nombreuses raisons.

 

Tout d’abord, si le Parti socialiste ne se borne plus à la politique d’opposition systématique qui a été la sienne durant de nombreuses années, il ne se positionne pas en tant que partisan d’une politique de défense crédible. D’une part, le soutien à l’achat d’un nouvel avion de combat est conditionnel et s’inscrit dans le cadre de limites bien précises. D’autre part, le parti, dont de nombreux membres restent fidèles à leurs vieux démons antimilitaristes, reste largement divisé sur les questions de sécurité et de défense.

 

Ensuite, la nouvelle politique du PS représente une diminution des capacités des Forces aériennes par rapport à celles existant actuellement, alors que ces dernières sont déjà en dessous des besoins nécessaires pour faire face à une crise d’une certaine ampleur dans la durée. Le nombre d’appareils serait en effet réduit et passerait sous la barre des 30 unités. De plus, en se concentrant sur les missions de police de l’air, les Forces aériennes perdraient rapidement les autres savoir-faire, notamment tout ce qui concerne le combat aérien, qui est pourtant une des missions fondamentales.

 

Avec sa nouvelle politique, le PS ne rompt par ailleurs pas avec le passé dans un second domaine, celui de l’incohérence. Les F/A-18 tant critiqués au moment de leur achat possèdent depuis quelques années les plus grandes qualités. On ne comprend pas non plus très bien la stratégie des moyens ni le calendrier du PS en matière d’acquisition. En effet, l’achat d’un nouvel avion de combat était considéré comme inutile il y a trois ans seulement, au moment de la votation sur le Gripen. Aujourd’hui, le PS semble y être favorable. Toutefois, selon le PS, les F/A-18 seraient en mesure de voler jusqu’en 2038 au moins, grâce à l’augmentation du potentiel des heures de vol. Le nombre des F/A-18 en service correspond en outre à ce que le PS juge nécessaire pour remplir les tâches de police aérienne. On ne voit donc pas pourquoi le PS soutient l’acquisition d’avions qui entreront en service vers 2025 alors que, selon ses calculs, le besoin d'un nouvel avion ne serait réel qu'une décennie plus tard!

 

En outre, diverses questions se posent quant aux possibilités d’engager les F/A-18 au-delà de 2030. Le PS parle de l’augmentation du potentiel de vol des appareils en ce qui concerne les cellules. Il ne semble pas tenir compte des problèmes structurels déjà décelés sur les F/A-18. D’après ce que nous avons pu lire dans la presse, il ne semble pas non plus se préoccuper de l’électronique. Y a-t-il une solution au-delà de 2023, date des dernières mises à niveau prévues par Boeing dans ce domaine? De plus, le parti mentionne qu’il faudrait également maintenir en activité les F-5. Il serait intéressant de savoir jusqu’à quand. Le Matin Dimanche mentionnait 2015 dans son article, une date visiblement fausse. Contacté à ce sujet, le journal ne nous a pas répondu.

 

Enfin, en ce qui concerne le type d’appareil, la position du Parti socialiste prête également le flanc à la critique. La volonté de ne pas dépendre des Etats-Unis entre en contradiction avec celle de vouloir prolonger la durée de vie des F/A-18 d’une dizaine d’années. Ensuite, il serait intéressant de savoir ce que veut dire exactement Mme Seiler Graf quand elle déclare au Matin Dimanche que le Super Hornet est "surdimensionné pour la Suisse".

 

Avec le refus d’acheter américain, seuls trois appareils restent donc en lice pour le Parti socialiste, le Rafale, l’Eurofighter et le Gripen. L’argument économique paraissant être particulièrement important pour le PS, le Rafale et l’Eurofighter seront-ils recalés en raison de leurs coûts d’achat et de maintenance vraisemblablement supérieurs au Gripen? Verrons-nous une nouvelle fois le Parti socialiste se faire le champion d’un avion vertement critiqué quelques années auparavant?

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