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La Royal Navy poursuit sa modernisation (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Des problèmes budgétaires à moyen terme?

 

Si la Royal Navy poursuit sa lente remontée en puissance après une période de vaches maigres, de nouveaux problèmes budgétaires sont peut-être en train de se profiler à l'horizon. Entre 2017 et 2027, le ministère de la Défense britannique prévoit 179,7 milliards de livres de dépenses d’équipement, cette somme comprenant un montant de 6 milliards de réserve. Or, selon le rapport du 31 janvier dernier du National Audit Office, ce plan n’est pas tenable. Il manquerait entre 5 et 21 milliards environ. Ce problème budgétaire pourrait encore être aggravé par le Brexit. D’une part, les conséquences économiques de la sortie de l’UE et leur influence sur le budget britannique ne sont pas encore connues. D’autre part, la baisse de la livre, amorcée depuis plusieurs mois, pourrait se poursuivre et faire augmenter le coût des équipements achetés à l’étranger, notamment aux USA.

 

Pour faire face à cette situation délicate, le gouvernement britannique semble préparer un plan d’austérité dont trois variantes ont été dévoilées au début janvier par la presse d’outre-manche. Afin de financer les équipements prévus, des réductions drastiques en personnels et en moyens sont envisagées. Toutefois, aucune décision n’est prise, les choix ayant été repoussés à plusieurs mois, le temps de rédiger semble-t-il une nouvelle revue stratégique.

 

Les trois scénarios, qui prévoient une réduction de quelque 14'000 personnels, représenteraient une véritable catastrophe pour l’armée britannique. En ce qui concerne la Royal Navy, l’option la plus radicale envisage la suppression de 2'000 hommes, ainsi que le retrait du service de sept frégates de Type 23 et des deux transports de chalands de débarquement HMS Bulwark et HMS Albion. Quant à l’option la moins douloureuse, elle préconise une réduction d’effectif de 1'500 personnels, le retrait du service immédiat de deux frégates de Type 23 et d’un des deux navires de la classe Albion, le second devant subir le même sort en 2023.

Le HMS Ocean au cours de l'opération Ellamy au large de la Libye en 2011. (© Royal Navy)

Le HMS Ocean au cours de l'opération Ellamy au large de la Libye en 2011. (© Royal Navy)

Réduction de la force amphibie ?

 

La diminution du nombre de frégates, entre deux et sept unités, porterait un sérieux coup à la Royal Navy dont le nombre de grands navires de surface, frégates et destroyers, est actuellement déjà très bas et permet difficilement de remplir toutes les missions. Toutefois, ce qui a soulevé le plus de craintes au Royaume-Uni a été la menace pesant sur la force amphibie.

 

Traditionnellement, la marine britannique dispose d’importantes capacités de projection de forces. Celles-ci viennent d’être réduites avec le retrait du service et la vente du porte-hélicoptères HMS Ocean au Brésil pour la somme de 84 millions de livres environ. Entré en service en 1998, le bâtiment n’était donc pas obsolète. Il a servi dans de nombreuses missions allant du soutien humanitaire après les ouragans Irma et Maria dans les Caraïbes en 2017 à l’engagement contre les forces libyennes dans le cadre de l’opération Ellamy en 2011, en passant par la sécurité lors des jeux olympiques de Londres en 2012.

 

Déplaçant 22'000 tonnes, le HMS Ocean pouvait embarquer une vingtaine d’hélicoptères, Apache, Merlin, Chinook notamment et jusqu’à 500 hommes. Sa mission principale consistait à mener des opérations aéromobiles, transport de troupes ou attaque contre des objectifs terrestres. Il pouvait également embarquer 40 véhicules et du matériel. S’il ne disposait pas de radier, il pouvait débarquer ces derniers grâce à un système de rampe situé à l’arrière du bâtiment. Enfin, ses petits chalands de débarquement sous bossoirs lui permettaient de mettre à terre troupes et matériel.

 

Le retrait du service prématuré du HMS Ocean diminue donc de manière significative les capacités de projection de forces de la Royal Navy. La prochaine entrée en service des nouveaux porte-avions, qui reprendront à leur compte ses missions, atténuera dans une certaine mesure ce recul capacitaire. S’ils pourront embarquer bien davantage d’hélicoptères, voire des convertibles MV-22 Osprey, ils ne seront pas en mesure, faute de radier, de débarquer des véhicules. De plus, ils seront surdimensionnés pour de simples missions humanitaires.

 

Après le retrait du HMS Ocean, les deux TCD de la classe Albion forment désormais l’épine dorsale des forces amphibies britanniques. Longs de 176 mètres pour un déplacement de 19'500 tonnes, ils peuvent embarquer près de 70 véhicules, dont des chars de combat Challenger 2, et plus de 700 hommes. Leur radier de grande taille leur permet de mettre en œuvre quatre chalands lourds LCU Mk10 et quatre léger LCVP Mk5. Leur plate-forme arrière peut par ailleurs accueillir des hélicoptères lourds de la taille des Chinook. Le désarmement de l’une ou des deux unités feraient des trois TCD auxiliaires du type Bay, dont les capacités amphibies sont limitées en raison de la petite taille du radier, les principaux moyens de projection de forces britanniques.

 

La Royal Navy oscille donc entre, d’une part, modernisation et remontée en puissance et, d’autre part, réduction des effectifs et pertes capacitaires. Cette situation très inconfortable et problématique à plus d’un titre est la conséquence d’une politique d’engagement ruineuse dans des interventions extérieures longues et coûteuses, d’une politique de défense versatile, peu cohérente dans le long terme, peut-être par moments trop ambitieuse, et de la crise économique de 2008 qui a été la plus grande crise depuis celle des années 1930. Nombre de programmes d’équipements ont en effet été décidés à la fin des années 1990 et au début des années 2000 lorsque l’économie britannique se portait comme un charme et que l’armée britannique n’avait pas encore été usée par une décennie d’opérations en Irak et en Afghanistan.

Les HMS Bulwark et HMS Ocean de la Joint Expeditionary Force (Maritime) (JEF(M)) en Méditerranée en 2016. (© Royal Navy)

Les HMS Bulwark et HMS Ocean de la Joint Expeditionary Force (Maritime) (JEF(M)) en Méditerranée en 2016. (© Royal Navy)

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