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A propos de Flottes de combat (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Marine nationale: maintien qualitatif et recul quantitatif

Malgré une modernisation lente et incomplète de ses moyens en raison des restrictions budgétaires, la Marine nationale a réussi, jusqu'à présent, à conserver un savoir-faire de haut niveau dans un très large spectre de compétences et elle n'a pas (encore?) été touchée par des ruptures capacitaires, comme l'ont montré les engagements de ces dernières années, en Afghanistan, en Libye et dans l’océan Indien notamment. Ces résultats, uniques en Europe, sont la conséquence de choix politiques et conceptuels appropriés, d’un savoir-faire technologique et industriel national de pointe et de l’expérience des équipages et des états-majors.

La France est ainsi l’un des rares pays à être autonome en matière de dissuasion nucléaire grâce à ses SNLE entièrement réalisés par l’industrie nationale.

En ce qui concerne les capacités de projection de forces et de puissance, la Marine nationale se situe également dans le peloton de tête. Elle est en effet la seule flotte au monde, en dehors de celle des Etats-Unis, capable de mettre en œuvre un groupe aéronaval comprenant des avions à hautes performances. En dépit de ses défauts et des difficultés de mise au point dont tout le monde se souvient, le Charles-de-Gaulle permet d’engager la plupart des moyens aériens de conduite et de combat nécessaires dans le cadre d’une guerre moderne, notamment des Hawkeye et des Rafale, dont le standard F3 se caractérise par sa très grande polyvalence. Notons que le groupe aéronaval est protégé par les nouveaux navires anti-aériens de la classe Horizon dont le système de missiles Aster 30, extrêmement performant, pourrait servir de base à un système de Défense AntiMissile Balistique (DAMB) européen de théâtre.

De leur côté, les capacités de frappe dans la profondeur ont été accrues au cours de ces dernières années par l'acquisition de missiles de croisière, déclinés en deux versions. Le SCALP EG (air-sol) équipe déjà les Rafale, tandis que le Missile de Croisière Naval (MdCN) (mer-sol) armera les Frégates Multi-Missions (FREMM), qui commenceront prochainement à entrer en service, et les futurs SNA de la classe Barracuda.

Enfin, le concept de Bâtiments de Projection et de Commandement (BPC) s’est avéré particulièrement réussi. Disposant d’infrastructures de commandement, capables d’embarquer plus d’une quinzaine d’hélicoptères, des troupes et de nombreux véhicules, équipés d’un radier pour les opérations amphibies, ces navires ont joué un rôle majeur dans les engagements en Libye. Lors de l’opération Harmattan, les BPC ont notamment permis le déploiement des hélicoptères de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) - parmi eux, des Tigre. Tout récemment, au cours de l’opération Serval, le BPC Dixmude a transporté de Toulon à Dakar 500 hommes et 140 véhicules en une semaine, apportant ainsi une précieuse contribution à la projection des forces terrestres au Mali.

Cette situation, favorable au point de vue qualitatif, est cependant précaire. Tout d'abord, comme nous l'avons déjà relevé, la modernisation des moyens a pris du retard et nombre de matériels sont maintenant hors d'âge. De plus, la Royale est touchée par un net recul quantitatif amorcé depuis une décennie, accentué par la crise de 2008 et confirmé par le Livre blanc publié le 29 avril dernier. Elle est ainsi passée de 360'000 tonnes à 304'000. Le nombre d'unité a suivi le même chemin, sauf pour les sous-marins nucléaires, et la réduction se poursuivra au cours des prochaines années. La construction d'un second porte-avions a ainsi été abandonnée. Le nombre des frégates de premier rang, épine dorsale de la flotte, sera réduit à 15 à l'horizon 2020. Le programme FREMM est particulièrement touché. Alors qu'il prévoyait 17 unités au départ, seulement 8 d'entre elles seront vraisemblablement construites. Ce nombre de 15 navires de premier rang doit être comparé avec les 21 prévues dans le Livre blanc de 2008. Comme le souligne par ailleurs un article de Mer et marine, les 5 Lafayette ont été reclassées en frégates de premier rang depuis cette date, ce qui fait que, selon les standards de 2008, la flotte de 2020 n'aura en réalité, et selon l'hypothèse la plus pessimiste, plus que 10 frégates de premier rang (2 Horizon et 8 FREMM). Un autre sacrifice important vient également d'être annoncé, celui du quatrième BPC. Enfin, le nombre de patrouilleurs sera aussi divisé par deux par rapport à 2008 puisqu'il sera d'une quinzaine en 2020. Des effectifs aussi bas risquent fort de mettre en péril l'accomplissement de certaines missions, surtout dans la durée. A l'instar de la Royal Navy, la Marine nationale ne pourra plus mener deux opérations d'une certaine importance en même temps et la coopération avec les autres flottes européennes sera encore plus nécessaires qu'actuellement, avec tous les problèmes politiques que cela comporte.

La Marine nationale n'est cependant peut-être pas encore au bout de ses peines. La réduction des effectifs et la diminution du nombre de jours de mer pour les navires pourraient avoir un impact sur le savoir-faire des équipages et des états-majors. De plus, la Loi de programmation militaire n'est pas encore élaborée et les moyens prévus actuellement pourraient être diminués. La crise économique n'est pas terminée et de nouvelles mesures de rigueur pourraient être prises. L'expérience montre par ailleurs que la loi n'est pas respectée au cours de la période d'application, ce qui laisse supposer encore de probables coupes budgétaires dans le futur. (Fin)