Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Réagissez à nos articles: Postez vos commentaires!

Publié le par Dimitry Queloz

Désormais, vous pouvez réagir à nos articles en postant vos commentaires. Nous vous remercions d'avance de respecter quatre règles simples qui garantiront la bonne tenue du débat:

- Faites preuve de courtoisie;

- Soyez pertinent et concis;

- Ne restez pas anonyme, signez votre commentaire.

Nous nous réservons le droit de supprimer les commentaires qui ne rempliraient pas ces conditions.

Au plaisir de vous lire prochainement!

Voir les commentaires

La puissance ou l'influence?

Publié le par Dimitry Queloz

VAISSE, Maurice, La puissance ou l’influence? La France dans le monde depuis 1958, Paris, Fayard, 2009, 650 pages

Avec cet ouvrage, Maurice Vaïsse, professeur à Sciences Po et directeur de la publication des Documents diplomatiques français (série des années 1960), nous offre une remarquable synthèse sur la politique extérieure de la France sous la Ve République. L’auteur structure son livre en neuf chapitres thématiques et adopte pour chacun d’eux une approche chronologique. Cette manière de faire présente l’avantage de bien saisir, dans le temps et pour chacun des thèmes, l’évolution des différentes politiques des gouvernements qui se sont succédé depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. En contrepartie, le lecteur aura un peu de peine à se faire une idée précise de la politique extérieure de la France dans son ensemble sous un gouvernement particulier.

Le premier chapitre est consacré aux acteurs et aux institutions: président et ses conseillers directs, ministre des Affaires étrangères et son directeur de cabinet, secrétaire général du Quai d’Orsay, administration du ministère, ambassadeurs, autres ministères (de la Culture, de l’Economie, de la Coopération et du Développement, de la Francophonie…). Maurice Vaïsse nous en montre toute la complexité, ainsi que les adaptations qui ont lieu au fil du temps, notamment en raison de la construction européenne qui conduit nombre de ministères à des coopérations directes avec Bruxelles.

En dépit de la multiplicité des acteurs, la politique extérieure de la France sous la Ve République est largement conduite par le président de la République. Cette concentration élyséenne est voulue par le général de Gaulle au moment de la mise en place des institutions. Elle est par ailleurs renforcée par le fait que le président est le chef des armées et qu’il décide, le cas échéant, de l’emploi de l’arme nucléaire. Les politiques extérieure et de défense sont donc ainsi largement liées et se caractérisent par la volonté d’indépendance, notamment par rapport aux Etats-Unis et à l’OTAN, un engagement géographique régionalement marqué (Proche- et Moyen-Orient, Afrique), la recherche d’une certaine entente avec l’URSS puis la Russie.

Pour Maurice Vaïsse, la politique étrangère de la France présente une remarquable continuité malgré les changements politiques. Même l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 ne conduit pas à des modifications radicales. Les grandes orientations définies par le général de Gaulle sont, en fin de compte, toujours reprises par ses successeurs. Une d'entre elles est le "choix de l’Europe", voulu par de Gaulle – ce choix n’était cependant pas acquis au moment de son retour au pouvoir en 1958 – et qui s'inscrit dans la ligne politique de la IVe République. Dans cette politique européenne, le couple franco-allemand constitue l’axe principal, en dépit des hauts et des bas dans les relations entre les deux pays. La politique européenne – tout comme la diplomatie multilatérale, traitée dans le huitième chapitre – sert en partie à contrebalancer la perte de puissance de la France. D’une part, elle vise à un certain contrôle de l’Allemagne. D’autre part, elle donne à la France une capacité d’influence supérieure à ses seules possibilités, l’Europe représentant un levier diplomatique permettant de peser davantage sur la scène internationale.

Terminons cette trop brève présentation d’un riche ouvrage en mentionnant encore une des particularités de la politique étrangère française: la diplomatie culturelle (dernier chapitre de l’ouvrage). Riche d’un important patrimoine culturel et ancienne puissance coloniale, la France fait d’importants efforts dans le monde entier pour défendre et promouvoir la langue et la culture françaises, notamment contre l’influence anglo-saxonne.

(© blogdefense.overblog.com)

(© blogdefense.overblog.com)

Voir les commentaires

Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à la bataille de Grandson?

Deux raisons m’ont poussé à m’intéresser à cette bataille. Tout d’abord, la région où s’est déroulé cet événement se situe dans le secteur d’engagement de la Division de campagne 2 que j’ai commandée à la fin de ma carrière. La deuxième raison est cependant la plus importante. Elle est aussi très personnelle. Mon épouse a reçu en héritage une parcelle de terre située au sud-ouest du petit village de Fresens. Sur cette parcelle se trouve le pont Porret. Construit dans la deuxième moitié du XVe siècle, il a remplacé un ancien pont romain de la Vy d’Etra situé à proximité. C’est par le pont Porret, qui permet de franchir le Ru de la Vaux, qu’une partie des troupes confédérées a passé au cours de la bataille de Grandson.

Décrivez-nous brièvement les différentes phases de la bataille.

Après avoir passé le col de Jougne, Charles le Téméraire installe son camp au nord de Grandson le 19 février 1476 et met le siège à la ville. Le 28 février, la garnison se rend; elle est massacrée. Le 1er mars, un détachement bourguignon se rend au château de Vaumarcus défendu par Jean de Neuchâtel. Ce dernier se rallie et les 70 hommes de la garnison ont la vie sauve. De leur côté, les Confédérés ont rassemblé leurs contingents provenant de divers cantons à Neuchâtel.

La bataille proprement dite a lieu le lendemain 2 mars. Elle dure trois heures, de neuf heures à midi, et est essentiellement une succession de combats de rencontre. L’armée de Charles le Téméraire, protégée par des avant-postes installés dans les jours précédents, franchit L’Arnon et s’avance sur deux routes, celle du bord du lac qui mène à Vaumarcus et celle située au pied de la montagne, la Vy d’Etra. Les Confédérés progressent eux aussi en deux colonnes, en sens inverse. Le premier combat de rencontre, une escarmouche, a lieu au pont Porret sur la Vy d’Etra et il tourne à l’avantage des Schwytzois qui poursuivent l’avant-garde bourguignonne. Les Confédérés doivent cependant former le carré lorsqu’ils rencontrent le gros de la colonne ennemie. Sur la route du bord du lac, les Confédérés arrêtent également les Bourguignons. Charles le Téméraire décide alors de déplacer son artillerie pour augmenter son efficacité. Ce mouvement est interprété comme un ordre de retraite. Les troupes du Téméraire sont prises par la panique et les efforts du duc pour les rallier sont vains. Les Confédérés ne peuvent poursuivre l’armée en fuite par manque de cavalerie. Ils s’emparent cependant d’un énorme butin en pénétrant dans le camp bourguignon. L’armée du duc de Bourgogne est désorganisée et mise en fuite, mais elle n’est pas vaincue. D’où la bataille de Morat qui a lieu quelques mois plus tard.

Quelles sont les conséquences de cette bataille, pour les Suisses et pour Charles le Téméraire?

La défaite de Grandson a stoppé l’invasion bourguignonne. S’il avait été vainqueur, Charles le Téméraire aurait poursuivi sa progression en direction de Neuchâtel dont il aurait probablement pu s’emparer. Il aurait ensuite pu se diriger sur Berne, son principal adversaire. Cette victoire confédérée a donc sauvé Berne. Elle n’a cependant pas été décisive, le gros des soldats bourguignons ayant pu s’enfuir. Elle ne doit pas être séparée de la victoire ultérieure de Morat, qui a détruit la puissance du duc de Bourgogne. Il s’agit là d’un des événements les plus importants de la fin du Moyen Age. Sans la victoire de Grandson, puis celle de Morat, l’histoire de l’Europe aurait été totalement différente.

Quelles sources nouvelles avez-vous employées pour votre étude?

Je n’ai pas employé de nouvelles sources. J’ai adopté une nouvelle approche méthodologique pour relire des sources connues. J’ai tenu compte des éléments dimensionnels et topographiques du champ de bataille, ainsi que des conditions météorologiques. Le temps n’est pas très clément en ce début mars 1476, il fait froid et il y a une fine couche de neige sur le champ de bataille, ce qui ne doit pas favoriser les déplacements des troupes et le positionnement de l’artillerie. Les aspects logistiques m’ont aussi beaucoup intéressé, avec la question du transport des munitions pour l’artillerie et de la nourriture, notamment pour les chevaux. A Grandson, la mobilité des troupes n’a pas seulement été contrariée par les conditions météorologiques. Elle a aussi été limitée par la topographie des lieux. Le champ de bataille est en effet délimité par deux rivières, à l’ouest L’Arnon, qui est en crue à ce moment-là, et à l’est le Ru de la Vaux. Ces deux obstacles ont engendré des difficultés de franchissement, d’autant que seules deux routes permettaient le déplacement des troupes. Enfin, au nord, il y a la chaîne du Jura et au sud le lac de Neuchâtel.

Quels sont les principaux résultats et les nouvelles interprétations de votre étude?

Le premier concerne les effectifs. Ils ont été surévalués par les historiens modernes. Les Confédérés étaient au nombre de 16'000 au maximum, tandis que les forces de Charles le Téméraire s’élevaient à 20'000 au plus. Ces chiffres ne tiennent pas non plus compte des absents. Il devait y avoir un certain nombre de malades et de blessés en raison des conditions météorologiques difficiles du moment.

Ces effectifs devaient déjà poser d’importants problèmes logistiques. Par exemple, l’armée bourguignonne devait consommer chaque jour 500'000 litres d’eau – d’où la nécessité de creuser un bassin – et 100 tonnes de paille et de foin.

Mais le résultat le plus important concerne le lieu précis de la bataille. Pour diverses raisons, je pense que la bataille principale a eu lieu non pas près du village de Concise, mais quelque trois kilomètres plus au sud-ouest, près d’Onnens. La topographie paraît plus adaptée pour accueillir les effectifs en présence et surtout le positionnement de l’artillerie de Charles le Téméraire.

Avez-vous l’intention de publier vos recherches?

Oui. Je suis en train de prendre des contacts avec des historiens en vue de réaliser une plaquette didactique. (Fin)

 

Articles en relation:

Novare (1513). Dernière victoire des fantassins suisses

Morat (1476). L’indépendance des cantons suisses

Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (1)

La bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

La bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

Butin de la bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

Butin de la bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

Voir les commentaires

Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (1)

Publié le par Dimitry Queloz

A la fin du XVe siècle, Charles le Téméraire, à la tête du puissant duché de Bourgogne, mène une politique d’expansion. Il se heurte à l’hostilité de son "bon cousin" Louis XI, roi de France. De son côté, l’empereur Sigismond cherche un allié contre les Confédérés. Après le refus du roi de France, il se tourne vers le duc de Bourgogne qui accepte l’alliance (traité de Saint-Omer du 9 mai 1469). Celle-ci ne dure cependant pas et, dès 1474, un premier conflit éclate, qui se termine par la défaite bourguignonne de Héricourt le 13 novembre. L’année suivante, à la suite de l’arrivée au pouvoir à Berne du parti expansionniste emmené par Niklaus von Diesbach – Berne a alors des visées sur la Franche-Comté –, des "corps francs" bernois et fribourgeois se lancent à la conquête du pays de Vaud, possession du duché de Savoie, allié de la Bourgogne. En 1476, Charles le Téméraire, jusqu’alors occupé par le siège de Neuss, est contraint d’entrer en guerre contre les Confédérés, alors qu’il avait toujours cherché à rester en paix avec eux. Franchissant le col de Jougne à la tête d’une puissante armée, il se dirige sur Grandson. Après la prise de la ville et le massacre de la garnison du château, l’armée bourguignonne subit deux défaites retentissantes, à Grandson le 2 mars et à Morat le 22 juin. C’en est fini de la puissance du Grand Duc d’Occident qui meurt le 5 janvier 1477 au cours du siège de Nancy.

 

Après plusieurs années d’études et de recherches, le divisionnaire (général de division) Frédéric Greub remet en cause certaines interprétations de la bataille de Grandson. Cet homme de cœur, à la retraite depuis une quinzaine d’années, nous a aimablement reçu chez lui pour nous parler de ses travaux, qu’il a récemment présentés lors de l’assemblée générale de l’Association Suisse d’Histoire et de Sciences Militaires (ASHSM).

 

Mon Divisionnaire, pouvez-vous nous présenter votre parcours militaire et votre carrière professionnelle?

J’ai vécu mon enfance à Delémont qui a été une ville de garnison durant la Deuxième Guerre mondiale. Le PC de la Brigade frontière 3 y était installé. J’ai des souvenirs très nets de cette période, notamment le bombardement de la gare de la ville par des appareils américains le 8 septembre 1944. C’est dans ce contexte qu’est née ma vocation militaire.

Après des études au technicum de La Chaux-de-Fonds, j’ai effectué mon école de recrues à Thoune dans les chars et je me suis dirigé vers la carrière d’instructeur. J’ai travaillé dans diverses écoles, notamment à l’école de recrues de cavalerie à Aarau entre 1967 et 1972, date de la suppression de cette arme dans l’armée suisse. En 1980-1981, j’ai suivi les cours de l’Ecole supérieure de guerre à Paris. Durant cette période, j’ai eu l’occasion de faire un stage en Guyane. J’ai également pu constater que les officiers suisses possédaient un très bon niveau de formation par rapport à ceux des autres armées. J’ai ensuite été affecté à la cellule de planification de base de l’armée, ce qui m’a permis de mener une étude sur les drones. C’était en 1983, à une époque où ces appareils commençaient à être développés. Au cours des deux années suivantes, j’ai commandé les écoles de recrues de Schwytz et de Rothenthurm, au moment où l’on débattait de l’initiative visant la protection des marais de cette région. Nous avons réalisé le premier simulateur pour les troupes d’exploration. Au début, nous avons commencé à travailler dans une ancienne écurie que nous avons réaménagée! Après avoir commandé une école d’officiers, j’ai dirigé l’école centrale des officiers de carrière à Herisau durant quatre ans. Dans ce cadre, nous avons réalisé de nombreux échanges avec les armées autrichienne et française (école de Saumur).

Mon dernier commandement de troupe a été une expérience extraordinaire. En 1992, je suis devenu commandant de la Division de campagne 2. Celle-ci avait un passé prestigieux; de grands personnages l’avaient commandée, comme le futur général Guisan. Mon bureau était installé dans le splendide château de Colombier. Par ailleurs, j’avais également sous mon commandement les Brigades frontières 2 et 3, ce qui rendait mes activités encore plus intéressantes. Je suis parti à la retraite en 1998, au moment où les temps devenaient durs pour l’armée, avec les réformes d’Armée 95 et d’Armée XXI et la diminution des moyens financiers à disposition. (A suivre)

 

Articles en relation:

Novare (1513). Dernière victoire des fantassins suisses

Morat (1476). L’indépendance des cantons suisses

Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (2 et fin)

La bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

La bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

Voir les commentaires

<< < 1 2