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Benjamin Disraeli (1804-1881)

Publié le par Dimitry Queloz

MC CEARNEY, James, Benjamin Disraeli (1804-1881), Paris, Pierre Guillaume de Roux, 2014, 304 pages

James Mc Cearney nous offre une très intéressante biographie de Disraeli, politicien anglais totalement atypique de la période victorienne. Petit-fils d’immigré juif, baptisé et élevé dans la foi anglicane mais ardent défenseur du chauvinisme juif – pour lui le christianisme n’est qu’un "judaïsme achevé" –, issu de la bourgeoisie et non propriétaire terrien, autodidacte – il ne suit aucune des public schools où sont formées les élites politiques du pays et où se tissent les réseaux sociaux indispensables –, toujours à deux doigts de la faillite, poursuivi pendant longtemps par les frasques de sa jeunesse, Disraeli ne possède aucune des qualités alors nécessaires à une carrière politique. Pourtant, il devient malgré tout l’un des plus grands politiciens britanniques du XIXe siècle, Premier Ministre à deux reprises, très apprécié de la reine Victoria avec laquelle il entretient des relations privilégiées. Détesté au début de sa carrière en raison de son opposition à Robert Peel, Victoria est très touchée par l’attitude de Disraeli au moment de la mort d’Albert. Les relations entre les deux personnes évoluent dès lors dans un sens positif et ils finissent par entretenir une réelle complicité. Victoria nomme Disraeli comte de Beaconsfield en 1876 et lui remet l’ordre de la jarretière deux ans plus tard. De son côté, Disraeli fait décerner à la reine Victoria le titre d’impératrice des Indes (Royal Titles Act).

L’ouvrage ne s’intéresse pas seulement à la carrière politique de Disraeli. Il aborde aussi longuement sa vie personnelle, ses relations avec sa famille, notamment sa sœur Sarah, son ambition et ses relations avec les femmes qui lui permettront, à l’instar d’un Rastignac ou d’un Rubempré auxquels l’auteur le compare, d’entrer dans les cercles les plus élevés de la société britannique. Sa carrière d’écrivain n’est pas non plus oubliée, même s’il n’est pas un grand romancier de la littérature anglaise. Esprit romantique très largement imprégné de Byron – Disraeli meurt un 19 avril, date anniversaire de la mort du poète –, il est en effet également l’auteur de nombreux ouvrages: Vivian Grey, Sybil, Lothair, Alroy

L’ascension politique de Disraeli est lente. Il ne doit en effet pas seulement vaincre les obstacles liés à ses origines sociales. Il doit aussi tenir compte de la situation du parti tory alors en perte de vitesse. Disraeli met trente ans à en refaire un véritable parti de gouvernement doté d’une majorité au Parlement. C’est lui qui crée le parti conservateur moderne dont il formalise la doctrine, ce qui lui permet de perdurer et de devenir l’un des deux grands partis politiques britanniques du XXe siècle. Elu à la chambre des Communes en 1837, Disraeli s’oppose à Peel à propos de la suppression des Corns Laws pour se venger de ne pas avoir été pris dans son gouvernement en 1841. Il devient alors un parlementaire incontournable, d’autant que le personnel politique tory de l’époque est particulièrement médiocre. Leader du parti aux Communes, il est nommé chancelier de l’Echiquier à trois reprises dans les gouvernements Derby au cours des années 1850-1860. A la mort de celui-ci, il accède au poste de Premier Ministre mais perd les élections quelques mois plus tard, ce qui le conduit à se retrouver à nouveau dans l’opposition.

En 1872, Disraeli prononce deux grands discours, à Manchester et au Crystal Palace. A défaut d’un réel programme politique – Disraeli "soigne les angoisses de la nation par la magie de la parole" –, il y expose deux grandes ambitions: l’intégration des classes laborieuses dans la nation et la grandeur de l’Empire. Ce dernier thème est nouveau chez Disraeli qui ne s’est jamais trop préoccupé de politique extérieure et qui a toujours, en tant que chancelier de l’Echiquier, limité les budgets militaires.

Redevenu Premier Ministre en 1874 à la suite de la dissolution décidée par son grand adversaire politique Gladstone, Disraeli met en application les deux grands thèmes de ses discours de 1872. En politique extérieure, il souhaite un retour de l’Angleterre, absente depuis la mort de Palmerston en 1865, sur la scène internationale. Ce retour est jugé nécessaire du fait de l’affaiblissement de la France à la suite de la défaite de 1870 et, conséquence directe, du développement des puissances appartenant à l’alliance des Trois Empereurs. Disraeli se distingue alors par une politique offensive et audacieuse en dépit des moyens militaires limités à sa disposition. En mai 1875, il montre son opposition à Bismarck qui menace de déclarer une nouvelle guerre à la France en train de se relever de sa défaite trop rapidement à son goût. A la fin de l’année, il achète des parts de la compagnie du canal de Suez vendues par le khédive d’Egypte en faillite. Cette acquisition marque le retour britannique dans la question d’Orient qui connaît, dans les années suivantes, une nouvelle crise de grande ampleur. A la suite de diverses révoltes menées contre l’empire Ottoman dans les Balkans et des répressions qui s’ensuivent, la Russie déclare la guerre à l’empire Ottoman en 1877. Opposé à son opinion publique, Disraeli adopte d’entrée de jeu une position favorable à ce dernier. Pour lui, les questions morales ne doivent pas intervenir et l’Angleterre doit maintenir sa politique traditionnelle d’endiguement envers la Russie dans le but de protéger la route des Indes. La crise se termine en 1878 au congrès de Berlin où Disraeli réussit à imposer ses vues.

Après le triomphe de 1878, l’année 1879 est un désastre en politique extérieure pour l’Angleterre et Disraeli, avec le massacre de la mission britannique installée à Kaboul et la défaite contre les Zoulous à Isandhlwana. Dans les deux cas, Disraeli, très affaibli, ne peut contenir les initiatives de ses subordonnés. Ces échecs s’ajoutent aux problèmes de politique interne et conduisent à la défaite des conservateurs lors des élections de 1880. Disraeli meurt l’année suivante à l’âge de 76 ans.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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14/18 La Suisse et la Grande Guerre

Publié le par Dimitry Queloz

Pour commémorer le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, l’association La Suisse dans la Première Guerre mondiale a réalisé une exposition itinérante qui a déjà été présentée au Musée historique de Bâle et au Musée national suisse de Zurich où elle a connu un grand succès. On peut actuellement la visiter au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, seule étape romande de la tournée. Outre son caractère nomade, l’exposition présente la particularité d’être enrichie d’une partie spécifiquement neuchâteloise comprenant quatre volets réalisés pour l’occasion.

(© Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel)

(© Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel)

L’exposition itinérante

L’exposition itinérante "montre (les) quatre années de guerre à travers un parcours thématique riche et varié". La muséographie est moderne, avec des textes, des images, des objets, des bornes d’écoute... Cette variété et cette richesse conduisent malheureusement par moment à une certaine confusion, d’autant que le visiteur ne peut lire, regarder et écouter la totalité des documents présentés. Ainsi, la première partie sur la Belle Epoque – qui comprend une très intéressante carte évolutive des pays en guerre et des théâtres d’opérations, mais qui est présentée sans commentaire – propose une multitude de thèmes fort divers mais pas toujours très approfondis, allant des aspects mémoriels (Gilberte de Courgenay, Sentinelle des Rangiers) au suffrage féminin et à l’AVS en passant par la personne de Gustave Ador et l’adhésion de la Suisse à la Société des Nations (la réflexion sur le thème est encore prolongée par la question de l’adhésion à l’ONU).

Les aspects militaires de la guerre sont, hélas!, peu abordés. Mentionnons toutefois la partie "Mobilisation" qui donne quelques chiffres fort intéressants à propos de la mise sur pied des troupes et montre l’évolution du phénomène dans le temps. Au début de la guerre, l’ensemble de l’armée est mobilisée, soit plus de 200'000 hommes et 45'000 chevaux. Les effectifs diminuent ensuite pour des raisons économiques, du fait de la stabilisation des fronts et de la faiblesse de la menace. C’est ainsi que le nombre moyen d’hommes en service s’élève à environ 70'000 sur l’ensemble de la guerre. En novembre 1918, les chiffres atteignent des records, avec seulement 12'000 hommes mobilisés.

Moment de détente en compagnie d'un éléphant réquisitionné pour des soldats mobilisés à La Chaux-de-Fonds en 1914 (© Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds)

Moment de détente en compagnie d'un éléphant réquisitionné pour des soldats mobilisés à La Chaux-de-Fonds en 1914 (© Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds)

L’exposition se concentre sur les questions politiques, économiques et sociales – souvent dans une perspective de long terme – et les thèmes sont bien traités. L’un des plus classiques, celui du fossé entre Romands et Alémaniques est judicieusement mis en relation avec la propagande des Etats belligérants, qui cherchent à exploiter la situation, et les réactions suisses pour lutter contre ces deux dangers – le Conseil fédéral essaie de combattre la propagande, tandis que "des intellectuels s’engagent en faveur d’une position helvétique qui transcenderait les barrières linguistiques et les sympathies divergentes".

Le renforcement des pouvoirs du Conseil fédéral, qui a reçu sans base constitutionnelle les pleins pouvoirs au début du conflit, constitue un autre thème marquant de l’exposition. La Confédération intervient de plus en plus fortement, notamment dans l’économie. Pour gérer la production agricole et certains problèmes de ravitaillement, l’Union du fromage est créée. Celle-ci dispose du monopole de l’exportation du fromage et fixe les prix du lait. L’institution perdure, avec quelques changements seulement, jusqu’à la fin des années 1990! L’interventionnisme de la Confédération a cependant son revers de médaille. Il conduit à une explosion des dépenses fédérales qui sont multipliées par 2,5 et à l’introduction de l’impôt fédéral direct.

Les difficultés socio-économiques, qui culmineront avec la grève générale de novembre 1918, sont également bien traitées dans l’exposition. En dépit de l’interventionnisme étatique, qui connaît par ailleurs des limites, la Suisse rencontre des problèmes économiques et d’approvisionnement qu’aggravent les contrôles économiques mis en place par les belligérants via la Société suisse de surveillance économique (SSS) et l’Office fiduciaire suisse pour le contrôle du trafic des marchandises (STS). A la fin de la guerre, alors qu’un certain nombre d’industriels ayant travaillé pour l’effort de guerre suisse et des belligérants ont réussi à amasser des fortunes, une large frange de la population a sombré dans la pauvreté: 700'000 Suisses (20% de la population) dépendent de la distribution de rations de lait et de pain à prix réduit!

Les volets neuchâtelois

La partie spécifiquement neuchâteloise de l’exposition comporte quatre volets. Nettement moins denses en informations, ces volets viennent "alléger" la visite de l’exposition principale. Un premier sert d’introduction générale, avec la projection d’une cinquantaine de photographies qui évoquent les principaux événements ayant marqué le canton: mobilisation, visite du général Ulrich Wille en juin 1915 – Wille est notamment reçu à La Sagne dont il est originaire –, bombe allemande tombée à La Chaux-de-Fonds en octobre 1915, accueil d’internés et de réfugiés, occupation militaire de La Chaux-de-Fonds à la suite de la libération par des manifestants de Paul Graber condamné pour ses écrits pacifistes, armistice de novembre 1918, grève générale…

Le volet le plus intéressant, selon nous, est celui consacré à Guy de Pourtalès. Membre d’une famille aristocratique et cosmopolite neuchâteloise, Guy de Pourtalès est très lié à la France. Descendant de protestants cévenoles réfugiés à Neuchâtel et marié à une Française, il acquiert la nationalité française peu avant la guerre qu’il débute en tant que chauffeur d’officier à Chartres. Cependant, comme beaucoup de grandes familles neuchâteloises, celle des Pourtalès est très liée à l’Allemagne pour des raisons historiques et idéologiques – rappelons que Neuchâtel a été une propriété personnelle du roi de Prusse entre 1707 et 1848. Lui-même est né à Berlin, son père et ses deux frères sont officiers dans l’armée prussienne. Son éducation et ses relations privilégiées d’homme du Monde permettent à Guy de Pourtalès de devenir interprète dans une brigade d’artillerie britannique, puis chargé de la propagande en Suisse pour le compte du Quai d’Orsay via sa fonction d’administrateur de la Tribune de Genève, alors contrôlée par le Gouvernement français. Ses relations en Suisse et en Allemagne finissent toutefois par se retourner contre lui et il est mis à pied en 1917. Il finit la guerre comme officier informateur et accompagne les journalistes américains dans les régions libérées de la France et en Allemagne.

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Guy de Pourtalès (© Fonds Guy de Pourtalès, CRLR)

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Guy de Pourtalès (© Fonds Guy de Pourtalès, CRLR)

Signalons encore un autre volet neuchâtelois qui "interroge la réception de la Première Guerre mondiale dans la bande dessinée, en questionnant les relations entre violence extrême et transformation esthétique du 20e siècle". Le visiteur pourra admirer quelques belles planches, mais il restera malheureusement sur sa fin. Le sujet était trop vaste pour être traité dans un cadre aussi restreint. Il mériterait à lui seul une exposition.

En dépit des quelques défauts évoqués, l’exposition mérite largement d’être vue. Jusqu’au 18 octobre prochain.

Porcel et Zidrou, Les Folies Bergères, couverture (© Dargaud)

Porcel et Zidrou, Les Folies Bergères, couverture (© Dargaud)

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La grande illusion

Publié le par Dimitry Queloz

SOUTOU, Georges-Henri, La grande illusion. Quand la France perdait la paix. 1914-1920, Paris, Tallandier, 2015, 484 pages

Cet ouvrage de Georges-Henri Soutou, remarquable en tout point et dont nous recommandons chaleureusement la lecture, s’intéresse aux buts de guerre et à la politique extérieure de la France au cours de la Première Guerre mondiale et des mois de négociations qui l’ont suivie et qui ont abouti aux cinq traités de la banlieue parisienne dont le plus connu est celui Versailles signé avec l’Allemagne. Le point de vue adopté est celui de l’"histoire vue d’en haut" – on ne peut que vivement saluer cette approche dans une période où domine l’"histoire vue d’en bas", fragmentée, vue par le petit bout de la lorgnette individualiste ou communautariste. Comme le rappelle l’auteur, "ce sont les dirigeants qui ont pris les grandes décisions, de l’entrée en guerre aux traités de paix, à travers les différentes phases du conflit", c’est cette histoire-là qui a façonné l’histoire ultérieure de l’Europe, de la Deuxième Guerre mondiale aux récentes tensions dans les Balkans et en Ukraine.

Divisé en huit chapitres, l’ouvrage aborde de nombreux thèmes: buts de guerre de la France, que l’on met du temps à définir et qui varient au fil du temps, qui sont assez largement atteints lors de la signature du traité de Versailles, mais qui ne connaissent pas une application durable du fait de la désintégration rapide du système international mis en place en 1919-1920; contacts avec les puissances adverses en vue de négociations au cours du conflit, parmi lesquels il faut mentionner tout particulièrement ceux de l’automne 1917 – affaire Briand-Lancken – qui auraient pu conduire à une paix négociée reposant sur le retrait allemand de Belgique et d’Alsace-Lorraine en échange de compensations coloniales en Afrique et territoriales à l’Est au détriment de la Russie; alliances et relations avec les Etats alliés et de l’Entente…

Du fait de l’approche adoptée, l’auteur met en exergue l’importance du rôle des individus qui agissent en fonction de leur personnalité, de leurs convictions et de leur appréciation de la situation du moment. Nous retiendrons, dans cette perspective, plus particulièrement l’influence prépondérante du trio Poincaré-Delcassé-Paléologue en politique étrangère. Tous trois se connaissent bien, œuvrent durant de longues années en politique ou en diplomatie et partagent une vision commune en matière de sécurité, basée sur l’alliance russe. Un autre épisode des plus intéressants est la gestion de la crise de juillet 1914. Durant une partie de celle-ci, les instances dirigeantes françaises sont séparées en plusieurs pôles mal reliés entre eux. En effet, le Président Poincaré, le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Viviani et le directeur politique du Quai d’Orsay, Pierre de Margerie, naviguent sur les eaux de la Baltique et de la Manche, de retour de leur voyage à Saint-Pétersbourg. En raison des problèmes de communication liés à la technique de l’époque, ils sont difficilement joignables et sont largement hors-jeu jusqu’au 29 juillet, date de leur arrivée à Dunkerque. La gestion de la crise repose donc beaucoup sur le directeur politique adjoint, Philippe Berthelot, qui conseille à Belgrade d’accepter l’essentiel de l’ultimatum autrichien, à l’exception de la clause autorisant la police impériale à enquêter en Serbie. Mentionnons encore les divergences de vue entre, d’une part, Poincaré et Pétain et, d’autre part, Clemenceau et Foch à propos de la signature de l’armistice le 11 novembre 1918. Les premiers, comprenant que l’Allemagne devait être vaincue militairement pour faire accepter la défaite par son peuple, souhaitent une poursuite des opérations de manière à donner aux Allemands la preuve de leur défaite. Les seconds, dans une appréciation politique à plus court terme de la situation (mais plus réaliste), défendent l’idée qu’il n’est plus possible de poursuivre les hostilités après plus de quatre années d’une guerre effroyable alors que l’adversaire demande la paix.

L’auteur revient également sur la question de la responsabilité dans le déclenchement de la guerre. S’il est maintenant couramment admis que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie sont largement responsables du conflit, la Russie et la France ne sont pas exemptes de tout reproche. L’alliance franco-russe prend à la veille de la guerre une nouvelle dimension. Elle se renforce et le rôle joué par la Russie dans une guerre contre l’Allemagne gagne en importance, avec la promesse d’une attaque rapide en Prusse orientale. Cela ouvre, pour la France, de nouvelles perspectives opératives et politiques, d’où la fermeté française interprétée comme un "chèque en blanc" par Saint-Pétersbourg au moment de la crise de juillet 1914. Enfin, la Russie ment sciemment en ce qui concerne la mobilisation de ses troupes. Alors que celle-ci est déjà en cours depuis plusieurs jours, elle continue de proclamer n’avoir pris aucune mesure. Comme le souligne Soutou qui reprend la formule d’Alfred Fabre-Luce: "L’Allemagne et l’Autriche ont fait les gestes qui rendaient la guerre possible; la Triple Entente a fait ceux qui la rendaient certaine."

Retenons encore brièvement un dernier thème de l’ouvrage, celui traitant du système international de l’époque. Le Concert européen mis en place en 1815, basé sur l’équilibre et la concertation entre les grandes puissances, est malmené dès les années 1870 par l’Allemagne de Bismarck puis la France de Delcassé qui développent des systèmes d’alliances dès le temps de paix. Il ne disparaît toutefois pas complètement en dépit de nombreux accrocs au cours de la guerre et la période des négociations: volonté de démanteler l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, absence de l’Allemagne lors des négociations, nouvelle diplomatie wilsonienne… Finalement, les traités de 1919-1920 restent à mi-chemin entre l’ancien Concert et le wilsonisme qui ne parvient pas à écarter tout réalisme politique. Ainsi, le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’a été que partiellement appliqué dans la restructuration géographique de l’Europe centrale. On ne pouvait pas laisser l’Allemagne s’agrandir en l’appliquant, ni créer des Etats non-viables pour la contenir à l’Est en remplacement de l’alliance russe disparue avec la révolution bolchevique!

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