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Stratégies maritimes au XXIe siècle

Publié le par Dimitry Queloz

WEDIN, Lars, Stratégies maritimes au XXIe siècle. L’apport de l’amiral Castex, Paris, Nuvis, 2015, 202 pages

Cet ouvrage de Lars Wedin, préfacé par Martin Motte, possède de nombreuses qualités et nous en recommandons vivement la lecture. Il est court et synthétique, bien écrit, très accessible, même à ceux qui ne sont pas des spécialistes de la stratégie maritime. Enfin, il présente une analyse et une réflexion roborative sur la stratégie maritime actuelle et ses possibles développements futurs.

La première partie du livre présente les principaux éléments de la pensée de l’amiral Castex dont l’œuvre est difficile d’accès, notamment en raison du nombre de pages écrites – l’édition de 1999 des Théories stratégiques compte 7 tomes et près de 3'000 pages! –, des hésitations dans la réflexion et de l’évolution des idées du premier directeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. C’est que la carrière de Castex a été longue et qu’elle s’est déroulée à une période où les nouveautés techniques ont été nombreuses. Major de sa promotion à l’Ecole navale en 1896, Castex voit en tant que jeune officier l’arrivée des torpilles et des sous-marins, puis celle des navires de type Dreadnought. Après la Première Guerre mondiale, c’est au tour des porte-avions. Enfin, à la fin de sa carrière au début des années soixante, apparaissent les sous-marins nucléaires qui donnent aux marines une importance stratégique nouvelle.

En matière de pensée stratégique et maritime, le jeune Castex assiste au débat entre la Jeune école des adeptes des théories de l’amiral Aube et celle, néo-classique, des partisans des conceptions de Mahan. Il est très influencé par les écrits de ce dernier, qui viennent d’être publiés. Quelques années plus tard cependant, il se rapprochera des conceptions plus subtiles de Corbett.

La pensée de Castex a eu peu d’influence de son vivant. Hervé Coutau-Bégarie le qualifie même de "stratège inconnu" dans le titre de l’ouvrage qui le fait sortir de l’oubli en 1985. Wedin considère cependant, avec justesse, que nombre de ses conceptions restent d’actualité, même si la pensée de Castex présente des faiblesses, comme par exemple l’absence de toute réflexion en relation avec la diplomatie. Il reprend donc les principales idées – stratégie générale, servitudes, stratégie morale, perturbateur – pour les appliquer à notre époque et nous présenter une belle analyse, et de surcroît très concrète, de stratégie maritime et navale et des interactions entre leurs composantes.

L’auteur insiste sur l’importance prise par la mer au cours des dernières décennies, avec la mondialisation et l’exploitation des richesses maritimes. Après les concepts de "maritimisation" des économies (André Vigarier) et de "territorialisation" des mers – c’est-à-dire la volonté pour les Etats de s’approprier les espaces maritimes –, Wedin en développe un nouveau, celui d’"infrastructuration". Ce concept est directement lié à l’exploitation des mers qui nécessite la construction d’infrastructures, que ce soit pour l’aquaculture, l’exploitation du pétrole et du gaz, demain peut-être celle des minerais, la production d’électricité grâce à de vastes champs d’éoliennes, la navigation avec la construction d’installations portuaires au large…

Avec l’augmentation des besoins futurs en nourriture, en énergie et en matières premières, avec les besoins croissants de sécuriser les échanges et les zones de production de ressources, nul doute que le concept d’"infrastructuration" a un bel avenir dans la pensée stratégique maritime!

(© blogdéfense)

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Géopolitique du Vatican

Publié le par Dimitry Queloz

NOÉ, Jean-Baptiste, Géopolitique du Vatican. La puissance de l’influence, Paris, Presses Universitaires de France (PUF), 2015, 254 pages

Au premier abord, il paraît curieux de publier un ouvrage de géopolitique sur le Vatican, le plus petit Etat du Monde, avec ses 0,44 km2, le moins peuplé – moins de 1'000 habitants – et celui dont l’armée est la plus faible, avec moins de 150 gardes suisses. Le très intéressant ouvrage de l’historien Jean-Baptiste Noé, dont nous ne pouvons présenter ici toute la richesse, montre le contraire. C’est que le Vatican est un des rares Etats, avec les Etats-Unis, la Russie, l’Angleterre ou la France, à avoir des intérêts à l’échelle mondiale. La communauté catholique est en effet présente sur les cinq continents, dans tous les pays. Cette présence a permis de constituer un vaste réseau planétaire s’appuyant sur les membres du clergé et une partie des fidèles, réseau qui sert à la fois de service de renseignement dont l’importance et la qualité doivent faire envie à nombre d’Etat et de canal de diffusion pour le message de l’Eglise. Le Vatican a par ailleurs constitué, depuis la fin du XIXe siècle, un réseau diplomatique particulièrement dense, non seulement auprès des Etats, mais aussi dans les organisations non-gouvernementales comme l’ONU. Notons au passage que beaucoup de papes ont occupé, au cours de leur carrière, des postes importants dans la diplomatie vaticane. Cette remarquable intégration est complétée par une utilisation grandissante des moyens de communication modernes et des réseaux sociaux, que ce soit à l’initiative et sous le contrôle directs du Vatican ou, à un niveau décentralisé et de manière autonome, par les différentes communautés de fidèles.

L’ouvrage comprend trois chapitres intitulés Les lieux du Vatican, Les préoccupations du Vatican et Les idées du Vatican. Les deux premiers sont les plus intéressants en ce qui concerne les questions de géopolitique. Le dernier n’est toutefois pas en dehors du sujet, car il permet de bien comprendre les conceptions religieuses, spirituelles et philosophiques du Vatican. Cette présentation s’avère très importante car, comme l’auteur le souligne très justement, la géopolitique n’est pas seulement une étude des relations internationales et de la diplomatie. Elle est aussi l’expression d’une Weltanschauung, d’une vision du Monde.

Traitant notamment de la formation territoriale et de l’évolution du Vatican, de son gouvernement – la Curie – et de sa diplomatie, les deux premiers chapitres permettent de comprendre, au-travers d’une synthèse historique, les éléments-clés du pouvoir et de l’influence actuelle du Vatican. Ils mettent en évidence la stabilité des grandes lignes politiques, idéologiques, morales et religieuses du Saint-Siège et, aussi, ce que nombre de politiciens et d’intellectuels de la mouvance soixante-huitarde se plaisent à nier depuis quelques années: les racines judéo-chrétiennes et la romanité de la civilisation occidentale, même si cette romanité a eu nettement moins d’influence dans les régions touchées par le protestantisme.

L’un des nombreux points forts de l’ouvrage est de montrer que l’influence morale et spirituelle du Vatican, et cela représente un paradoxe au premier abord, s’est agrandie avec la disparition des Etats pontificaux à la fin du XIXe siècle. En effet, depuis la création officielle du Vatican en 752 grâce à la volonté de Pépin le Bref jusqu’à l’annexion des Etats de l’Eglise et de Rome au moment de l’unité italienne, le Vatican pouvait toujours être soupçonné de vouloir défendre ses intérêts territoriaux, ce qui pouvait nuire à son message religieux et moral. Après les accords du Latran de 1929 qui donne au Saint-Siège la souveraineté pleine et entière sur la cité du Vatican, celui-ci devient un Etat à part, car largement indépendant d’intérêts territoriaux et économiques – recherche de marchés, accès aux ressources naturelles, contrôle des zones géopolitiques importantes, etc. "Cette indépendance assure sa force et son pouvoir, et lui permet de se consacrer pleinement à sa mission principale, qui est la défense de la liberté religieuse et le développement intégral de la personne."

Cet humanisme intégral constitue un des volets majeurs de la diplomatie pontificale. Le concept vise à développer l’homme dans sa totalité, c’est-à-dire dans ses dimensions matérielles, économiques, culturelles et spirituelles. A l’instar de son message religieux, le message philosophique du Vatican est universel et global. Comme il n’est pas au seul service d’un Etat en particulier et qu’il ne cherche pas à s’imposer, il est audible et acceptable par de nombreuses personnes et Etats, même non chrétiens.

(© blogdéfense)

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