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Joyeux Noël et Bonne Année 2018!

Publié le par Dimitry Queloz

Nous vous souhaitons un Joyeux Noël, de Belles Fêtes et, déjà, une Heureuse Année 2018!

Au plaisir de vous retrouver à la fin du mois de janvier, après quelques vacances!

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Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Y a-t-il des différences fondamentales, en termes de mobilité, en fonction des époques ?

 

Il n’y a pas de différence en fonction des époques. En revanche, il y en a en fonction de l’équipement. L’armure est un compromis entre résistance, mobilité et vision. On faisait des choix conscients entre ces trois facteurs et on choisissait de privilégier l’un ou l’autre d’entre eux en fonction des contextes (joutes, guerre…).

 

Quelles sources sont employées dans les récentes recherches ?

 

Il existe trois types de sources : les objets, l’iconographie et les documents écrits. L’iconographie comprend les décorations de manuscrits et les illustrations d’écrits techniques. Ces dernières sont plus précises que les premières. En ce qui concerne les écrits, ils se répartissent en trois catégories. Il y a tout d’abord la littérature narrative. Il y a ensuite la littérature technique qui est beaucoup plus précise. Il y a enfin les livres de combat. Il s’agit de la mise par écrit des techniques personnelles de combat. On pourrait comparer ces livres à des manuels d’arts martiaux.

 

Vous avez récemment réalisé une expérience comparative de mobilité entre un homme en armure, un pompier équipé de ses bouteilles d’oxygène et un militaire moderne équipé d’un gilet pare-balles. Pouvez-vous nous décrire plus précisément les buts et les conditions de cette expérience ?

 

Cette expérience avait un but de vulgarisation scientifique pour un grand public dans le cadre d’une exposition de musée. Il s’agissait aussi d’une illustration scientifique de recherches faites en amont. Nous avons choisi un pompier et un soldat car ces deux combattants permettent au public actuel de mieux s’identifier.

 Nous avons travaillé avec l’Institut des sciences du sport de l’université de Lausanne pour objectiver les résultats. Nous avons étudié les paramètres suivants : rythme cardiaque, taux de lactate dans le sang et temps. L’expérience s’est faite sur la piste d’obstacles de la place d’armes de Bière.

 Nous avons aussi dû tenir compte des questions de sécurité. Nous avons ainsi fixé des limites en ce qui concerne les sauts en raison du poids. La charge portée par les trois combattants représentait environ 40% de leur masse corporelle.

Quels sont les principaux résultats obtenus ?

 

Les résultats sont proches pour les trois combattants. La différence de temps nécessaire à la réalisation de l’épreuve se situe dans une fourchette de 20 secondes.

 Nous avons aussi remarqué que les problèmes rencontrés sur certains obstacles étaient liés aux personnes plutôt qu’aux équipements.

 

Ces résultats peuvent-ils être comparés avec ceux obtenus en médecine du sport par exemple ?

 

 Non, car nous n’avons pas travaillé avec des protocoles et n’avons pas réalisé d’expérience à grande échelle. Nous n’avions pas pour but de réaliser une véritable expérimentation scientifique, avec tout ce que cela implique. Il s’agissait d’une vulgarisation scientifique.

 

Quels enseignements pourraient servir actuellement pour l’entraînement des militaires ?

 

Aucun.

 

Les concepteurs des tenues des astronautes se sont inspirés des armures du Moyen Age. Pouvez-vous nous dire en quoi ?

 

A la fin du Moyen Age, qui représente l’âge d’or des armures de plate, le niveau de connaissance et d’exécution est très élevé dans la réalisation d’exosquelettes. Cette capacité à encapsuler le corps fait qu’il n’y a pas de lumière qui touche le corps, même lors de mouvements complexes. Cette technologie a été perdue par la suite. C’est cette capacité qui était recherchée par les concepteurs des tenues des astronautes. C’est la raison pour laquelle ils ont étudié les armures. (Fin)

 

Plus d’informations sur les travaux du Dr. Daniel Jaquet sur le site : http://www.djaquet.info/.

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Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Daniel Jaquet a obtenu son doctorat en histoire à l’université de Genève en 2013, avec une thèse sur le combat en armure à la fin du Moyen Age. Il a ensuite effectué deux post-docs, le premier au Max-Planck Institut de Berlin et le second à l’université de Tours. Spécialiste du savoir technique lié au maniement des armes, il travaille actuellement comme responsable de la médiation culturelle et de la recherche scientifique au Château de Morges et ses musées. Nous le remercions pour son aimable accueil et pour le temps qu’il nous a consacré pour répondre à nos questions.

 

Avec des armures de quelle époque travaillez-vous ? Pouvez-vous nous présenter brièvement ce genre d’armure (matériaux, poids, fabrication, prix…) ?

 

Je travaille avec des armures de la fin du Moyen Age. Il existe trois catégories d’armures. Il y a tout d’abord les armures de mailles. Il y a ensuite les armures en textile ou en matière organique. Il y a enfin les armures de plate, composées de plaques d’acier qui recouvrent tout le corps. C’est pour cette dernière catégorie que j’ai le plus d’intérêt. La fin du Moyen Age est son âge d’or.

 Les armures de plate sont fabriquées en acier trempé, elles sont donc soumises à l’action de la rouille. Leur poids est important et correspond à celui de l’équipement du soldat actuel. Elles comprennent une partie métallique, l’armure proprement-dite, et un habit porté en-dessous qui est un vêtement complexe, lui aussi renforcé.

 En ce qui concerne le prix, il est très variable en fonction de la qualité. Les armures princières, pour lesquelles nous possédons des factures, sont des produits de luxe. Lorsque l’on parle du prix d’une armure, il faut aussi tenir compte du fait qu’on achetait souvent des kits qui comprenaient plusieurs types d’armures utilisées dans différents contextes, pour les campagnes, les joutes ou les tournois à pied par exemple.

 

Y avait-il de grandes différences de qualité en fonction du fabricant et du prix ? Cela avait-il un impact sur les possibilités de mouvement ?

 

Oui, il y a d’importantes différences en fonction du fabricant et du prix. Les armures sont généralement faites sur mesures. Cela coûtait cher, mais elles étaient parfaitement adaptées à la morphologie de ceux qui les portaient. A la fin du Moyen Age sont apparues les armures à munition. Elles étaient destinées à équiper les troupes professionnelles. Elles étaient fabriquées en série et n’étaient donc pas faites sur mesure. Leur prix était plus bas mais la mobilité des combattants était réduite.

 

Depuis le XIXe siècle et jusqu’à récemment, on pensait que les armures limitaient considérablement les mouvements des chevaliers. Comment expliquez-vous cela ? Depuis quand a-t-on une vision différente et comment les connaissances dans ce domaine ont-elles évolué ?

 

Cette idée reçue remonte à une nouvelle de Marc Twain A Connecticut Yankee in King’s Arthur Court publiée en 1889. Dans cet ouvrage, se trouve l’invention du mythe du chevalier hissé en selle au moyen d’une grue. Ce mythe a été repris dans le film de Lawrence Olivier Henry V qui est une adaptation de la pièce de William Shakespeare. La science historique s’en est ensuite emparé. C’est ainsi que l’on trouve ce mythe dans certains manuels scolaires notamment.

 Toutefois, cette thèse a été très rapidement critiquée. Bashford Dean, conservateur au Metropolitan Museum de New York dans les années 1920, s’y est opposé. Plusieurs chercheurs actuels, dont je fais partie, s’inscrivent dans le courant critique de Bashford Dean. On peut encore citer Dirk Breiding et Tobias Capwell, conservateur à la Wallace Collection de Londres, la plus grande collection privée d’armes au Royaume-Uni.

Les particularités de certaines batailles, comme Morgarten ou Azincourt, durant lesquelles d’importantes forces de chevalerie ont été entravées dans leurs manœuvres et leurs mouvements sur le champ de bataille, ont-elles contribué à maintenir le mythe d’une chevalerie peu mobile ?

 

Oui, mais il faut nuancer. L’armure ajoute bien évidemment du poids et rend moins mobile. Toutefois, un chevalier à terre peut se relever. Dans certains contextes précis de bataille, il est vrai que les chevaliers pouvaient avoir beaucoup de peine à le faire. Cela était le cas, par exemple, quand il y avait beaucoup de cadavres de chevaux et d’hommes, que le terrain était meuble ou que le feu ennemi était nourri. La description de la bataille d’Azincourt faite par Froissart dans ses Chroniques correspond à ces particularités.

 On peut donc répondre affirmativement à votre question, mais il faut tenir compte de ces particularités. Sinon, on est dans la désinformation en raison de l’apriori de départ.

 

Y avait-il des exercices spécifiques qui étaient pratiqués pour s’entraîner à supporter le poids des armures ? Pouvez-vous citer quelques exemples de mouvements possibles avec une armure et auxquels on ne penserait pas a priori ?

 

Les exercices quotidiens ne sont pas connus. Un texte nous décrit comment le maréchal Boucicaut s’entraînait pour les tournois. Le programme était varié : parcours du combattant, course, grimpe, passage d’obstacles, frappe sur cible, monter à cheval sans les étriers, grimper le revers d’une échelle à la seule force des bras. Tous ces exercices se faisaient en armure, mais souvent sans casque.

 Boucicaut était très connu pour pouvoir faire le "soubresaut". On ne sait pas ce que ce mot signifie exactement. Il peut vouloir dire "culbute", "roue" ou "saut périlleux". C’est cette dernière signification qui a été choisie par l’éditeur du texte. Ces trois possibilités ont été testées dans la pratique. Toutes trois sont possibles. (A suivre)

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