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Comment perdre une guerre

Publié le par Dimitry Queloz

BARANETS, Elie, Comment perdre une guerre. Une théorie du contournement démocratique, Paris, CNRS Editions, 2017, 384 pages

 

Les démocraties possèdent-elles, du fait de leur nature spécifique, un avantage militaire décisif sur les Etats autoritaires qui leur assurerait la victoire en cas de conflit? La question est débattue depuis longtemps par les historiens et, surtout, les théoriciens des relations internationales. Dans l’Antiquité, Thucydide considérait que la démocratie avait affaibli Athènes durant la guerre du Péloponnèse et l’avait conduite à la défaite face à Sparte. Cette thèse de l’infériorité des démocraties a longtemps perduré, notamment en raison du fait que ce régime politique était exceptionnel et qu’il n’existait que de rares exemples d’Etats démocratiques victorieux. Aux XVIIIe et XIXe siècles, même les théoriciens libéraux, Tocqueville en tête, pourtant favorables au régime démocratique, ont mis en exergue les problèmes rencontrées par les démocraties et ont conclu à la nécessité d’adapter les institutions et leur fonctionnement aux contraintes de la guerre.

 

Après la Première Guerre mondiale, la thèse de l’infériorité démocratique est battue en brèche par la victoire de l’Entente sur les Empires centraux. La question de l’influence de la nature du régime politique sur les relations internationales est cependant largement mise de côté par l’école réaliste qui sépare politique interne et politique extérieure.

 

Au lendemain de la chute du mur de Berlin et de la victoire des pays occidentaux sur les régimes communistes, un nouveau courant de pensée apparaît. Initié par David Lake en 1992, il affirme la supériorité militaire des démocraties. Cette thèse, qui se rapproche de celle de l’historien militaire Victor Davis Hanson dont nous vous avons présenté l’ouvrage Carnage et culture il y a quelques années (voir notre article ici), a provoqué un débat nourri et auquel Elie Baranets apporte un nouvel élément de réflexion particulièrement intéressant et original: la notion de contournement démocratique.

 

Baranets ne cherche pas à démontrer la supériorité de la démocratie dans la guerre. D’ailleurs, de nombreux exemples, souvent récents, prouvent que des démocraties, même les plus puissantes, peuvent perdre un conflit face à un adversaire nettement plus faible. L’apport de l’auteur se situe dans une théorie permettant d’expliquer certaines de ces défaites. La théorie une fois exposée dans la première partie de l’ouvrage, Baranets l’applique ensuite à deux exemples de défaite d’Etats démocratiques: les Etats-Unis au cours de la guerre du Vietnam et Israël au Liban en 1982.

 

Reposant sur quatre postulats – les acteurs sont relativement rationnels; le but des dirigeants est que leur action publique soit considérée comme un succès; la non-conformité des décisions gouvernementales aux normes démocratiques est source d’illégitimité; le public est essentiellement sensible au coût humain de la guerre –, la théorie de Baranets comporte cinq étapes qui conduisent finalement à la défaite.

 

Le contournement démocratique, cœur de la théorie, en constitue la première phase. Lorsque des dirigeants ne mènent pas la guerre de manière démocratique, c’est-à-dire essentiellement lorsqu’ils trompent leur population sur les buts de guerre en espérant obtenir un large soutien à leur entreprise, il s’ensuit des contraintes, des restrictions dans l’engagement de l’armée. Ces restrictions entraînent des difficultés militaires (deuxième étape) qui conduisent à des contestations parmi les citoyens et les partis politiques qui n’appartiennent pas au gouvernement (troisième étape). Naît alors la quatrième étape, véritable spirale infernale. La contestation engendre de nouvelles restrictions d’engagement qui augmentent les difficultés militaires qui, à leur tour, nourrissent la contestation, et ainsi de suite jusqu’à la défaite.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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Premiers essais aéronautiques pour le HMS Queen Elizabeth (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Après le retrait du HMS Ocean, les nouveaux porte-avions britanniques reprendront les missions de projection de forces. Aussi, ces dernières ont été au cœur des récents essais aéronautiques du HMS Queen Elizabeth, même si, à terme, elles deviendront secondaires par rapport à celle de projection de puissance menées par les avions de combat F-35B. Cette série d’essais a représenté une première étape d’un programme qui comprendra ultérieurement des opérations héliportées plus complexes.

 

 La projection de forces à partir de navires est un savoir-faire que les Britanniques maîtrisent de longue date. Aussi les essais avaient-ils pour but de voir comment cette mission pouvait s’effectuer à partir des nouveaux porte-avions et comment le savoir-faire pouvait être intégré sur les nouvelles plateformes. Le lieutenant-colonel Mark Searight, des Royal Marines, ancien officier des opérations amphibies sur le HMS Ark Royal, a été chargé de la mission. Il avait à sa disposition un détachement de Royal Marines du 42 Commando (compagnie Lima) qui a testé l’installation d’une troupe, avec ses équipements et ses munitions, à bord du navire, ainsi que le transfert des hommes depuis le hangar sur le pont d’envol.

Chinook parqué à l'intérieur du hangar. Les pales déployées et les différentes amarres laissent peu de place pour d'autres appareils et pour les manœuvres. (© Royal Navy)

Chinook parqué à l'intérieur du hangar. Les pales déployées et les différentes amarres laissent peu de place pour d'autres appareils et pour les manœuvres. (© Royal Navy)

Manœuvre délicate: un Chinook sur un des deux ascenseurs du HMS Queen Elizabeth. (© Royal Navy)

Manœuvre délicate: un Chinook sur un des deux ascenseurs du HMS Queen Elizabeth. (© Royal Navy)

Le déploiement du Chinook à partir du HMS Queen Elizabeth a constitué une autre activité majeure des essais. Les Britanniques possèdent une certaine expérience d’engagement de cet hélicoptère de transport birotors à partir de navires puisqu’il a été régulièrement déployé sur les bâtiments de la classe Invincible et sur le HMS Ocean. En raison du fait qu’ils ne sont pas "navalisés" et que leurs pales ne sont pas repliables, les Chinook restaient sur le pont d’envol. Pour les ranger dans les hangars, il fallait démonter les pales.

 

Sur les nouveaux porte-avions, les ascenseurs sont assez grands pour ne pas avoir à effectuer cette opération délicate qui nécessite beaucoup de temps. Les manœuvres pour transférer les appareils depuis le hangar jusque sur le pont et inversement restent toutefois complexes et coûteuses en temps. Les photos publiées par la Royal Navy montrent que les Chinook occupent beaucoup de place et risquent de gêner les manœuvres des autres appareils. De plus, ils doivent être solidement amarrés pour ne pas tomber à l’eau lorsqu’ils sont positionnés sur les ascenseurs, laissant supposer que la manœuvre ne peut être réalisée que lorsque la mer et les vents ne sont pas trop forts. Enfin, il a fallu, lors du premier test, près de deux heures pour ranger l’hélicoptère dans le hangar! Même en améliorant la performance grâce à un bon entraînement, la manœuvre handicapera les autres activités aériennes.

 

Les limites d’engagement des Chinook sont donc restreintes et il sera intéressant de voir comment les Britanniques résoudront la question. Vont-ils limiter les déploiements de l’hélicoptère à bord des nouveaux porte-avions ou continuer à les faire opérer essentiellement depuis le pont d’envol? Renonceront-ils à la mixité des opérations de projection de forces et de puissance depuis la même plateforme?

Embarquement de Royal Marines du 42 Commando à bord d'un Merlin. (© Royal Navy)

Embarquement de Royal Marines du 42 Commando à bord d'un Merlin. (© Royal Navy)

Les premiers essais aéronautiques du HMS Queen Elizabeth ont également été l’occasion de préparer les prochains tests de déploiement des F-35B qui se dérouleront à partir de l’été sur la côte Est des Etats-Unis. En matière de projection de puissance à partir de porte-avions, les Britanniques ont largement perdu leur savoir-faire. Cette disparition a commencé en 2000 avec le regroupement des Harrier et des Sea Harrier au sein de la Joint Force Harrier, puis l’engagement en Afghanistan qui a absorbé la majorité des moyens de cette dernière dans des opérations terrestres au détriment de l’entrainement naval. Elle s’est poursuivie avec le retrait du service des Sea Harrier (2006) et des Harrier (2010) et celui des porte-aéronefs de la classe Invincible. Les jeunes pilotes n’ont donc plus beaucoup l’expérience du vol depuis un porte-avions, avec ses spécificités et ses contraintes, et le savoir-faire devra être largement reconstitué, ce qui prendra du temps.

 

Fort heureusement pour eux, les Britanniques ne devront pas repartir de zéro. Ils pourront compter sur l’expérience d’anciens pilotes de la Fleet Air Arm et sur celle acquise dans le cadre des échanges de personnels – pilotes, contrôleurs du trafic aérien, officiers de renseignement, mécaniciens d’aéronef – avec l’US Navy et la marine française. Les quatre pilotes embarqués sur le HMS Queen Elizabeth pour préparer les essais du F-35B font partie de ces hommes expérimentés, à l’instar du colonel Phil Kelly qui est un pilote chevronné puisqu’il a volé sur Harrier et Sea Harrier, a connu tous les bâtiments de la classe Invincible et servi sur trois porte-avions américains (USS George W. Bush, Harry S. Truman et Ronald Reagan) en tant que pilote de F/A-18. (Fin)

Les quatre pilotes embarqués en vue de la préparation des essais aériens avec le F-35B: Lt. Cdr. Edward Phillips, Cdr. Mike Mullen, Col. Phil Kelly et Cdr. James Blackmore. (© Royal Navy)

Les quatre pilotes embarqués en vue de la préparation des essais aériens avec le F-35B: Lt. Cdr. Edward Phillips, Cdr. Mike Mullen, Col. Phil Kelly et Cdr. James Blackmore. (© Royal Navy)

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