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Conférence du journaliste Alexandre Adler au Club 44 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Alexandre Adler, journaliste et spécialiste bien connu des relations internationales, était l’hôte du Club 44 de La Chaux-de-Fonds (Suisse) le 26 septembre dernier. Pendant plus d’une heure et demie, il nous a présenté son analyse et sa vision de la situation internationale. En préambule de sa conférence, il a insisté sur la nécessité d’une approche globale et multidisciplinaire pour comprendre le "monde interconnecté" et complexe dans lequel nous vivons. Selon lui, il n’est plus possible de parler des différentes parties du Monde en les considérant de manière isolée: la "réalité (est désormais) planétaire". De plus, il considère qu’il est tout aussi nécessaire de faire appel aux différents concepts et méthodes de l’ensemble des sciences sociales, y compris l’économie, pour comprendre les mécanismes de cette réalité.

Une fois cette question de méthodologie précisée, Alexandre Adler est entré dans le vif du sujet, en présentant brièvement les trois grands axes de sa conférence, constitués par les trois phénomènes majeurs de la situation internationale actuelle: l’incendie qui ravage le monde arabo-musulman, l’"acratie" des instances dirigeantes en Europe et la transformation de la société chinoise.

L’incendie du monde arabo-musulman

Pour Alexandre Adler, les différentes crises du "Printemps arabe" ont créé en Afrique du nord et au Moyen-Orient de vastes zones où règne l’anarchie. Ces crises ne pourront être résolues par des interventions extérieures et les solutions ne pourront être qu’internes au monde arabo-musulman. Le conférencier a par ailleurs insisté sur un autre aspect déterminant de la situation géopolitique de ces régions: l’importance énergétique du Golfe persique. Celui-ci retrouvera, en ce qui concerne le pétrole, sa position de principal exportateur mondial qu’il occupait dans les années 1950 en raison de la diminution des exportations de la part des autres producteurs. La situation sera cependant différente pour le gaz du fait de l’exploitation massive du gaz de schiste.

L’"acratie" du monde politique européen

Alexandre Adler définit le terme d’"acratie" comme la disparition du pouvoir. Pour lui, ce phénomène, qui touche essentiellement l’Europe, concerne avant tout les instances dirigeantes politiques. La société civile, elle, est épargnée. Le conférencier a ensuite dirigé ses critiques contre le processus de construction européen voulu et mis en place par les pères fondateurs de la Communauté, Jean Monnet en tête. Dans une vision comparable à celle de Christophe Réveillard dont nous avons brièvement parlé dans un article précédent, il reproche à ces derniers de n’avoir envisagé que le volet économique de cette construction et pensé qu’elle aboutirait automatiquement à une construction politique. Or, Alexandre Adler constate que cela n’est pas du tout le cas. Actuellement, il n’existe pas de gouvernement européen alors qu’il en faudrait un.

La transformation de la société chinoise

Pour Alexandre Adler, les Etats-Unis ne constituent plus le cœur de la puissance mondiale. C’est la Chine qui remplit désormais cette fonction. Ce pays a connu une croissance économique spectaculaire (plus de 10% par année) pendant vingt ans. Grâce aux excédents commerciaux, Pékin a massivement acheté des bons du trésor américain, ce qui lui a permis de maintenir un yuan sous-évalué. Toutefois, la Chine connaît depuis quelques années un ralentissement économique. Cette situation nouvelle a obligé Pékin à changer de modèle de développement. Ce changement, qui s’opère de manière feutrée comme souvent en Chine, est l’œuvre de Xi Jinping. Le nouveau président veut soutenir la croissance économique – elle devrait être de l’ordre de 7-8% par année – en distribuant du pouvoir d’achat à la classe moyenne de manière à favoriser la consommation intérieure. Le développement de la classe moyenne chinoise, amorcé depuis de nombreuses années, représente une transformation radicale de la société qui devient par ailleurs de plus en plus urbaine (plus de la moitié des Chinois habitent désormais en ville). Pour Alexandre Adler, ce développement conduira à un alignement des mentalités sur celles de l’Occident, basées sur les principes démocratiques et la recherche de la sécurité sociale. (A suivre)

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