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Conférence du journaliste Alexandre Adler au Club 44 (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Les conséquences géopolitiques

Pour Alexandre Adler, ces trois phénomènes (anarchie du monde arabo-musulman, "acratie" des pouvoirs politiques européens et transformation de la société chinoise) entraineront d’importants changements géopolitiques.

Le premier d’entre eux n’est rien moins que le renversement des alliances en Asie – Pacifique. Dans une vision assez surprenante – très différente de celle, plus classique, d’un Edward Luttwak par exemple – il envisage un rapprochement étroit entre la Chine et le Japon, du fait du développement de leurs relations économiques, en dépit des tensions actuelles à propos de la souveraineté sur diverses îles de la mer de Chine. Ce rapprochement se doublera de la fin de l’alliance américano-japonaise. Les Etats-Unis, affaiblis par leur dette colossale, ne pourront plus se permettre de maintenir une puissance militaire capable de projections extérieures coûteuses. Ils seront tentés par un repli sur soi et concentreront leurs investissements dans le développement technologique plutôt que dans le maintien de leur puissance militaire. Malgré ces bouleversements, Alexandre Adler ne pense pas qu’il y aura des tensions majeures entre les USA et la Chine.

En ce qui concerne l’Europe, Alexandre Adler souligne la nécessité d’opérer d’importants changements politiques et économiques. Le Vieux Continent doit tout d’abord adopter de nouveaux modes de gouvernance politique car il ne peut plus continuer à vivre en suivant les modèles des XIXe et XXe siècles. Le nouveau modèle devrait s’inspirer de ceux d’Etats comme la Belgique et les Pays-Bas – ou la Suisse qui est citée en exemple dans ce domaine – qui ont adopté des systèmes politiques de coalition associant l’ensemble des forces sociales et politiques du pays. Une autre condition du maintien de l’Europe est la création d’une véritable politique économique à l’échelle du continent. Enfin, l’Europe doit se hisser au même niveau économique et industriel que l’Asie. Alexandre Adler souligne que certains pays ne sont pas prêts à relever certains de ces défis. La France, par exemple, n’est pas parvenue à moderniser son tissu industriel. De plus, ses deux grands partis politiques (UMP et PS), de par les différents courants qui les traversent, empêchent toute idée de gouvernement de coalition.

Enfin, Alexandre Adler pense que le monde arabo-musulman verra une complète recomposition politique de ses différentes régions. L’Afrique du nord et le Moyen-Orient sont en effet engagés dans un vaste processus de décomposition politique. Les habitants sont par ailleurs animés par un esprit religieux très dynamique, tandis que les disparités économiques sont importantes. Alexandre Adler compare la situation actuelle avec celle de l’Italie et de l’Allemagne de la première moitié du XIXe siècle, avant la réalisation des unités nationales. Il prévoit que plusieurs grands ensembles devraient émerger du chaos présent. Parmi ces futurs ensembles, il mentionne une "Grande Egypte" comprenant, outre l’Egypte actuelle, une partie de la Libye et une partie du Soudan, ainsi qu’une puissance moyen-orientale regroupant l’Arabie saoudite et le Qatar.

En dépit des difficultés entrevues pour l’avenir, le conférencier est resté malgré tout optimiste. Rejetant les positions apocalyptiques, il a esquissé le portrait d’un futur caractérisé par une "mondialisation productive", un rapprochement des valeurs et des modes de vie des différentes ères culturelles et le développement d’une nouvelle civilisation. (Fin)

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