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L'utilité de la force

Publié le par Dimitry Queloz

SMITH, Rupert, L'utilité de la force. L'art de la guerre aujourd'hui, Paris, Economica, 2007, 395 pages

Le général Sir Rupert Smith est un des officiers généraux les plus expérimentés en Europe. Après avoir servi dans diverses régions du monde, notamment en Afrique, dans les Caraïbes et en Europe, il a commandé la division britannique pendant la première guerre du Golfe (1990-1991), les forces des Nations Unies en Bosnie en 1995, puis les troupes britanniques en Irlande du Nord (1996-1998), avant de devenir le commandant en second de l'OTAN en Europe (DSACEUR), poste qu'il a occupé jusqu'en 2001, moment de son départ en retraite.

L'ouvrage du général Smith est le fruit de sa longue expérience militaire. Dans son avant-propos, il avoue avoir eu besoin de quarante-trois années - soit quarante de vie militaire et trois de réflexion et d'écriture - pour le réaliser.

La thèse de l'auteur est originale et radicale. Elle apporte une vision nouvelle de la guerre, des conflits et de l'emploi de la force militaire d'aujourd'hui. Elle préconise une restructuration complète des armées et une redéfinition des doctrines stratégiques et tactiques des forces occidentales.

Selon le général Smith, la "guerre industrielle", qui a marqué les XIXe et XXe siècles, n'existe plus. Dans cette forme de guerre, les Etats-nations s'affrontaient en utilisant des armées de masse fournies par la conscription et équipées de matériels lourds (artillerie, à laquelle sont venus s'ajouter les chars et les avions). Le but était de briser la volonté de l'adversaire en détruisant ses forces par la bataille. Une nouvelle forme de guerre a succédé à la "guerre industrielle", la "guerre au sein des populations". Celle-ci a pour enjeu l'adhésion de la population locale à un projet politique sous-tendu par une vision éthique spécifique. Les moyens et les tactiques de la "guerre industrielle" ne sont pas adaptés et leur emploi est, le plus souvent, contre-productif. Les adversaires sont généralement invisibles, cachés parmi les populations, et il s'agit de lutter contre leur influence sur celles-ci. Cette lutte est souvent très longue et fait appel à un large spectre de moyens et d'engagements militaro-civils dans lesquels la force ne représente qu'une des nombreuses composantes. Dans cette guerre où chacun cherche à conquérir le cœur des individus, les médias et l'opinion publique jouent un rôle fondamental.

Depuis sa parution, l'ouvrage du général Smith a fait couler beaucoup d'encre. Nous n'avons pas l'intention de présenter ici une synthèse des critiques et des commentaires sur le sujet. Nous nous limiterons à la présentation de trois éléments de réflexion et nous invitons le lecteur à les poursuivre.

L'étude historique menée par le général Smith manque de profondeur. Elle sépare d'une manière trop radicale dans le temps les deux formes de guerre, comme si elles n'avaient jamais coexisté en même temps. Il s'agit là d'une erreur. En effet, au cours des deux derniers siècles, les armées occidentales n'ont pas seulement eu à mener des "guerres industrielles", elles ont également été confrontées à des guerres "au sein des populations" (armées françaises du Consulat et de l'Empire en Suisse et en Espagne, guerres coloniales, occupations allemandes durant la Seconde Guerre mondiale...). De plus, dans les dernières décennies, les "guerres industrielles" n'ont pas disparu, même si elles sont relativement plus rares et moins importantes en intensité que par le passé. On peut notamment citer la guerre des Malouines (1982), la guerre du Golfe de 1991 et l'invasion de l'Irak en 2003. Si l'on regarde d'un peu plus près, la "guerre au sein des populations" succède fréquemment à la "guerre industrielle" - même si cela n'est pas absolu. Elle représente souvent une deuxième phase, celle d'occupation, une fois l'adversaire vaincu militairement.

Dans le concept de "guerre au sein des populations", l'occupant cherche à imposer un projet politique basé sur ses propres conceptions juridiques, politiques et culturelles. Il n'y a ici, en fait, rien de nouveau, si ce n'est peut-être dans la méthode. Celle-ci fait largement appel aux conceptions éthiques occidentales et au respect du droit international. Ces deux derniers éléments sont des produits culturels qui ne sont pas forcément admis universellement. Dès lors, sont-ils suffisants pour faire admettre le projet politique de l'occupant, qui, lui aussi, est généralement contraire aux aspirations des populations occupées? Il est permis d'en douter.

Enfin, la "guerre au sein des populations" est liée à la désintégration des Etats - Etats vaincus militairement ou "faillis" - et à l'asymétrie des moyens militaires - les armées occidentales disposent d'une supériorité quantitative et qualitative qui permet une occupation rapide et contraint les populations occupées à se battre d'une manière non-classique. Ces deux éléments se retrouveront-ils toujours à l'avenir. Ce n'est pas sûr. Tout d'abord, de puissants Etats(-nations) sont en train d'émerger. S'il devait y avoir des conflits avec eux, le concept de "guerre au sein des populations" serait-il encore approprié? N'en reviendrait-on pas à la "guerre industrielle"? Quant à la supériorité quantitative et qualitative des armées occidentales, elle est largement en train de s'éroder du fait des coupes budgétaires massives en Europe et de l'augmentation des dépenses dans certaines régions du monde. Terminons en mentionnant que la guerre est également en train de connaître une évolution importante par l'emploi des drones, qui permet un désengagement au sol et une discrétion qui conduisent à un désintérêt médiatique.

(© blogdefense.overblog.com)

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Commenter cet article

microneedle roller for stretch marks 16/01/2014 13:10

I think everyone should read this article, which describes about the Utility of the force. It was so nice of you to share about the personality General Sir Rupert Smith who is one of the most experienced generals in Europe.