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Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à la bataille de Grandson?

Deux raisons m’ont poussé à m’intéresser à cette bataille. Tout d’abord, la région où s’est déroulé cet événement se situe dans le secteur d’engagement de la Division de campagne 2 que j’ai commandée à la fin de ma carrière. La deuxième raison est cependant la plus importante. Elle est aussi très personnelle. Mon épouse a reçu en héritage une parcelle de terre située au sud-ouest du petit village de Fresens. Sur cette parcelle se trouve le pont Porret. Construit dans la deuxième moitié du XVe siècle, il a remplacé un ancien pont romain de la Vy d’Etra situé à proximité. C’est par le pont Porret, qui permet de franchir le Ru de la Vaux, qu’une partie des troupes confédérées a passé au cours de la bataille de Grandson.

Décrivez-nous brièvement les différentes phases de la bataille.

Après avoir passé le col de Jougne, Charles le Téméraire installe son camp au nord de Grandson le 19 février 1476 et met le siège à la ville. Le 28 février, la garnison se rend; elle est massacrée. Le 1er mars, un détachement bourguignon se rend au château de Vaumarcus défendu par Jean de Neuchâtel. Ce dernier se rallie et les 70 hommes de la garnison ont la vie sauve. De leur côté, les Confédérés ont rassemblé leurs contingents provenant de divers cantons à Neuchâtel.

La bataille proprement dite a lieu le lendemain 2 mars. Elle dure trois heures, de neuf heures à midi, et est essentiellement une succession de combats de rencontre. L’armée de Charles le Téméraire, protégée par des avant-postes installés dans les jours précédents, franchit L’Arnon et s’avance sur deux routes, celle du bord du lac qui mène à Vaumarcus et celle située au pied de la montagne, la Vy d’Etra. Les Confédérés progressent eux aussi en deux colonnes, en sens inverse. Le premier combat de rencontre, une escarmouche, a lieu au pont Porret sur la Vy d’Etra et il tourne à l’avantage des Schwytzois qui poursuivent l’avant-garde bourguignonne. Les Confédérés doivent cependant former le carré lorsqu’ils rencontrent le gros de la colonne ennemie. Sur la route du bord du lac, les Confédérés arrêtent également les Bourguignons. Charles le Téméraire décide alors de déplacer son artillerie pour augmenter son efficacité. Ce mouvement est interprété comme un ordre de retraite. Les troupes du Téméraire sont prises par la panique et les efforts du duc pour les rallier sont vains. Les Confédérés ne peuvent poursuivre l’armée en fuite par manque de cavalerie. Ils s’emparent cependant d’un énorme butin en pénétrant dans le camp bourguignon. L’armée du duc de Bourgogne est désorganisée et mise en fuite, mais elle n’est pas vaincue. D’où la bataille de Morat qui a lieu quelques mois plus tard.

Quelles sont les conséquences de cette bataille, pour les Suisses et pour Charles le Téméraire?

La défaite de Grandson a stoppé l’invasion bourguignonne. S’il avait été vainqueur, Charles le Téméraire aurait poursuivi sa progression en direction de Neuchâtel dont il aurait probablement pu s’emparer. Il aurait ensuite pu se diriger sur Berne, son principal adversaire. Cette victoire confédérée a donc sauvé Berne. Elle n’a cependant pas été décisive, le gros des soldats bourguignons ayant pu s’enfuir. Elle ne doit pas être séparée de la victoire ultérieure de Morat, qui a détruit la puissance du duc de Bourgogne. Il s’agit là d’un des événements les plus importants de la fin du Moyen Age. Sans la victoire de Grandson, puis celle de Morat, l’histoire de l’Europe aurait été totalement différente.

Quelles sources nouvelles avez-vous employées pour votre étude?

Je n’ai pas employé de nouvelles sources. J’ai adopté une nouvelle approche méthodologique pour relire des sources connues. J’ai tenu compte des éléments dimensionnels et topographiques du champ de bataille, ainsi que des conditions météorologiques. Le temps n’est pas très clément en ce début mars 1476, il fait froid et il y a une fine couche de neige sur le champ de bataille, ce qui ne doit pas favoriser les déplacements des troupes et le positionnement de l’artillerie. Les aspects logistiques m’ont aussi beaucoup intéressé, avec la question du transport des munitions pour l’artillerie et de la nourriture, notamment pour les chevaux. A Grandson, la mobilité des troupes n’a pas seulement été contrariée par les conditions météorologiques. Elle a aussi été limitée par la topographie des lieux. Le champ de bataille est en effet délimité par deux rivières, à l’ouest L’Arnon, qui est en crue à ce moment-là, et à l’est le Ru de la Vaux. Ces deux obstacles ont engendré des difficultés de franchissement, d’autant que seules deux routes permettaient le déplacement des troupes. Enfin, au nord, il y a la chaîne du Jura et au sud le lac de Neuchâtel.

Quels sont les principaux résultats et les nouvelles interprétations de votre étude?

Le premier concerne les effectifs. Ils ont été surévalués par les historiens modernes. Les Confédérés étaient au nombre de 16'000 au maximum, tandis que les forces de Charles le Téméraire s’élevaient à 20'000 au plus. Ces chiffres ne tiennent pas non plus compte des absents. Il devait y avoir un certain nombre de malades et de blessés en raison des conditions météorologiques difficiles du moment.

Ces effectifs devaient déjà poser d’importants problèmes logistiques. Par exemple, l’armée bourguignonne devait consommer chaque jour 500'000 litres d’eau – d’où la nécessité de creuser un bassin – et 100 tonnes de paille et de foin.

Mais le résultat le plus important concerne le lieu précis de la bataille. Pour diverses raisons, je pense que la bataille principale a eu lieu non pas près du village de Concise, mais quelque trois kilomètres plus au sud-ouest, près d’Onnens. La topographie paraît plus adaptée pour accueillir les effectifs en présence et surtout le positionnement de l’artillerie de Charles le Téméraire.

Avez-vous l’intention de publier vos recherches?

Oui. Je suis en train de prendre des contacts avec des historiens en vue de réaliser une plaquette didactique. (Fin)

 

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Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (1)

La bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

La bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

Butin de la bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

Butin de la bataille de Grandson, Chroniques du Lucernois Diebold Schilling, 1513 (© blogdefense.overblog.com)

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