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Principales publications de l'auteur

De la manœuvre napoléonienne à l'offensive à outrance. La tactique générale de l'armée française, 1871-1914, Paris, Institut de stratégie comparée, Economica, 2009, 566 pages

La "manœuvre napoléonienne" et l'"offensive à outrance" sont les deux doctrines (tactique générale) adoptées par l'armée française entre 1871 et 1914. La première est mise au point à l'Ecole supérieure de guerre au lendemain de la défaite de 1870 à la suite des études historiques menées par des penseurs comme Lewal, Maillard et Bonnal, qui sont convaincus d'avoir découvert le secret des victoires de l'Empereur. Très offensive, cette doctrine a pour but la destruction des forces armées de l'ennemi et pour moyen la bataille. Elle se caractérise par l'engagement d'une forte avant-garde ayant pour mission de reconnaître et de fixer l'ennemi et par une attaque décisive devant entraîner la victoire.

Au tournant du XXe siècle, la manœuvre napoléonienne, doctrine officielle depuis 1895, est de plus en plus contestée. Elle reste toutefois en vigueur jusqu'en 1913, moment où elle est remplacée par celle que l'histoire a retenu sous le nom d'"offensive à outrance". Celle-ci est cependant largement inconnue des troupes lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale. Contrairement à ce qu'affirme l'historiographie, elle n'est donc pas responsable des hécatombes du début du conflit.

Il faut plutôt rechercher les causes des pratiques offensives de l'armée française d'avant guerre dans l'application de la manœuvre napoléonienne au cours de la décennie qui a précédé le début des hostilités. Les rapports sur les grandes manœuvres et sur l'instruction montrent que le niveau d'instruction des troupes est très bas et que la doctrine en vigueur est souvent mal connue. La responsabilité de cette absence de diffusion de la doctrine incombe à plusieurs facteurs : volonté de maintenir le secret, faiblesse intellectuelle et de caractère des officiers, absence d'infrastructures permettant une instruction appropriée, etc. A partir de 1905 environ, le développement d'une pensée militaire touffue et complexe et la diminution du rôle de courroie de transmission joué jusqu'alors par l'Ecole supérieure de guerre viennent s'ajouter à ces facteurs.

Les grandes manœuvres exercent également une influence sur les pratiques des troupes. Leur organisation défectueuse, l'absence de réalisme des situations et des scénarios, le raccourcissement des différentes phases de la bataille, l'absence d'un service d'arbitrage approprié et la difficulté à simuler les effets du feu conduisent l'armée française à adopter des pratiques inadaptées aux réalités du combat, contraires au bon sens et souvent à la doctrine. Dans ce cadre, la volonté de lutter contre la mauvaise application des règlements en vigueur débouche sur une augmentation de l'esprit offensif. Cette dernière n'est cependant pas canalisée par l'application de procédés appropriés et elle entre en résonance avec un état d'esprit général de plus en plus offensif accordant une importance croissante aux facteurs moraux, ainsi qu'au nationalisme qui se développe à la suite de la crise d'Agadir.

A la veille de la Première Guerre mondiale, les défauts de l'armée française ne sont donc que très partiellement ceux de la doctrine. Ils sont avant tout ceux d'une insuffisance générale en matière d'unité de doctrine, ou simplement de connaissance de la doctrine, et en matière d'instruction. Ils se doublent, de plus, d'un état d'esprit extrêmement offensif et inadapté à la puissance du feu contemporaine.

 

 

Der Schweizerische Generalstab. L’Etat-major général suisse. Tome IV : La Suisse entre quatre grandes puissances (1874-1906), Baden, hier + jetzt, 2010, 422 pages

Cet ouvrage constitue le quatrième tome de la collection Der Schweizerische Generalstab. L’Etat-major général suisse qui en comprend onze. Préfacé par le professeur Philippe Henry, le livre se divise en deux parties. La première est consacrée à l'étude de l’Etat-major général en tant qu'institution. La seconde traite de la situation géopolitique de l'époque, des menaces, réelles ou perçues par l'Etat-major général, et des plans de défense établis pour y répondre.

Dans la première partie, le lecteur trouvera tout d'abord une étude de l'organisation et des missions de l'Etat-major général et de son pendant du temps de guerre, l'Etat-major de l'armée, notamment au-travers de l'analyse des différents textes législatifs relatifs à ces deux institutions. L'évolution des structures, de l'organisation et du fonctionnement sont ainsi mis en évidence. De brèves biographies des chefs successifs de l’Etat-major général de la période - Hermann Siegfried, Rudolf von Sinner, Victor Burnier, Alphons Pfyffer et Arnold Keller - présentent les grands travaux réalisés, les principaux apports en matière de méthode de travail, les problèmes rencontrés...

Une attention particulière est accordée aux deux missions fondamentales de l'Etat-major général: le service de renseignement et la préparation de la mobilisation générale de l'armée. La formation, la carrière et les activités des officiers d'état-major général sont abordées dans un troisième chapitre, qui traite notamment de la sélection des officiers, des modalités de leur cursus (trois écoles successives), du lancinant problème du retour périodique à la troupe pour donner une expérience de commandement. Enfin, un dernier chapitre se penche sur les relations entre l'Etat-major général et les autres instances militaires: Département militaire fédéral, commandants de corps d'armée et de divisions, commissions. Etudiant les jeux de pouvoir, les reproches adressés à l'Etat-major général et à ses différents chefs, il se termine par une analyse de l'"affaire de l'hydre" qui a conduit à la démission des principaux chefs de l'administration militaire et à celle du chef de l’Etat-major général lui-même - Arnold Keller - en 1905.

La seconde partie étudie les menaces politiques et militaires émanant des quatre voisins de la Suisse, France, Allemagne, Autriche et Italie, ainsi que leur évaluation par l'Etat-major général et ses plans de concentration et de défense. Cette partie est divisée en deux chapitres chronologiquement séparés par l'année 1890, qui marque une véritable rupture (retrait de Bismarck, arrivée d'Arnold Keller à la tête de l'Etat-major général, départ proche du conseiller fédéral Numa Droz, en charge des Affaires étrangères, etc.). Le lecteur trouvera également des chapitres plus généraux, qui portent sur certains aspects de la fortification nationale, sur les projets de fortifications semi-permanentes et sur la conception de la neutralité suisse à partir de 1890.

L'Etat-major général a perçu deux menaces principales au cours de la période considérée: la France, puis l’Italie. Pour y répondre, les chefs de l'institution ont développé diverses conceptions stratégiques et opératives. D'une manière générale, ces conceptions étaient assez offensives, surtout dans le cas de l'Italie. Pfyffer prévoyait même une offensive destinée à s'emparer de Milan ! Il y a fréquemment eu inadéquation entre les menaces extérieures réelles et les analyses de l'Etat-major général. L'absence d’un véritable service de renseignement, permanent et disposant de moyens humains et matériels suffisants, a été une des causes principales de cette incapacité à percevoir la situation réelle. L'Etat-major général avait conscience de ces carences et a tenté d’y remédier. Il n’y est pas parvenu, les politiciens suisses étant incapables, pour des raisons culturelles, de raisonner en termes de puissance et de doter l'institution des moyens indispensables.

 

 

Les attachés militaires français à Berne et les grandes manœuvres de l’armée suisse (1874-1911), Berne, Association suisse d’histoire et de sciences militaires, Bibliothèque militaire fédérale, 2006, 381 pages

Entre 1874 et 1914, la France entretient en Suisse une représentation diplomatique plus importante que les autres Puissances. Elle est en effet la seule à avoir une ambassade, alors que les autres pays se contentent de simples légations. De plus, un attaché militaire permanent est également présent à Berne. Dans ce domaine, seule l'Allemagne agit de même. A titre de comparaison, l'Italie ne crée un tel poste qu'en 1902 et l'Autriche-Hongrie qu'en 1908.

Le rôle joué par les quelques douze attachés militaires français de la période est important. Occupant généralement le poste durant une période relativement longue, ils finissent par bien connaître la Suisse, avec ses particularismes politiques, structurels et culturels. De plus, ils constituent un élément de continuité et de stabilité au sein du ministère de la Guerre français, qui connaît de fréquents changements à sa tête.

Cette importance du rôle des attachés militaires français se révèle à partir du milieu des années 1880, suite à la signature, en 1882, de la Triplice entre l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et l'Italie. Située au milieu des trois alliés, la Suisse occupe une position géostratégique de premier plan.

Ce rôle prépondérant de la Suisse n'est cependant pas rapidement et clairement perçu en France. Les attachés militaires sont les premiers à attirer l'attention du ministère de la Guerre français sur la nécessité d'adopter une politique cohérente et "séductrice" envers la Suisse afin d'empêcher un rapprochement avec l'Allemagne. Une telle politique est d’autant plus nécessaire que la sympathie pour la France est mise à mal dès le début des années 1880, une fois la compassion pour le vaincu de 1870 disparue. Ce changement d'attitude, surtout en Suisse romande, découle de la construction du système fortifié Séré de Rivière sur la frontière franco-suisse et du lancinant problème de la neutralité savoyarde qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis 1860.

Les grandes manœuvres de l'armée suisse constituent un des théâtres privilégiés de cette reconquête diplomatique française. Les attachés militaires les utilisent pour essayer de redorer le prestige de la France. Alors qu'au début des années 1880, ils considèrent que l'envoi d'un colonel comme chef de la délégation française pour suivre les manœuvres est suffisant, quelques années plus tard, ils insistent sur la nécessité de disposer d'une délégation plus prestigieuse que celle de l'Allemagne. Dès lors, c'est à un général déjà ancien dans le grade ou la fonction que l'on demande de conduire la délégation française!

Les grandes manœuvres font l'objet de rapports de la part des attachés militaires français, rapports qui sont publiés en intégralité dans le présent ouvrage. Destinés au ministère de la Guerre, ces documents cherchent à donner une image de l'armée suisse aussi précise que possible, avec ses défauts et ses qualités, ses querelles internes et son état d'esprit. Ecrits dans un style des plus agréables à lire, ils ne portent aucune trace de la langue de bois que l'on peut retrouver dans d'autres sortes de documents. Ils constituent à la fois une source importante et unique pour connaître l'armée suisse de la période. Importante, dans le sens où ils présentent un regard extérieur sur l'armée suisse, plein de curiosité et de réalisme. Unique, parce qu'il n'existe pas, pour la fin du XIXe siècle, période de mise en place de l'armée fédérale moderne, d'autres documents étrangers d'une aussi grande richesse. Enfin, ils montrent toute l'importance de la présence humaine et des relations personnelles dans le cadre des relations internationales.

 

 

L'Escadre de surveillance et la neutralité aérienne de la Suisse 1933-1941, Centre d'Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), Pully, 2012, Militaria Helvetica no 2, 192 pages

L'ouvrage, préfacé par le commandant de corps Christophe Keckeis, ancien chef de l'armée suisse, retrace le long processus de création de l'Escadre de surveillance, qui commence en 1933 et se termine en 1941. Cette escadre constitue une exception, dans le sens où elle est composée de pilotes professionnels, alors que l'armée suisse est, traditionnellement, essentiellement une armée de milice.

Le besoin d'une telle formation - permanente, donc capable d'assurer la police de l'air en tout temps, y compris en période de paix - est ressenti dès la fin de la Première Guerre mondiale par le chef de l'Etat-major de l'armée, le commandant de corps Sprecher von Bernegg. Le contexte international pacifique des années vingt conduit toutefois les autorités politiques et militaires suisses à mettre de côté la question jusqu'au début des années 1930. Avec l’arrivée au pouvoir des nazis, celle-ci devient cependant une de leurs principales préoccupations. Ce n'est toutefois qu'en avril 1941 que l'Escadre de surveillance est effectivement créée et seulement en automne 1943 qu'elle devient pleinement opérationnelle.

La longueur de ce processus s'explique de plusieurs manières. Tout d'abord, le développement d'un concept capable de répondre aux difficiles exigences d'une police de l'air permanente demande du temps, d'autant que la situation politique internationale est en constante évolution et que le droit aérien est flou. Ensuite, les différentes institutions concernées sont nombreuses (Département militaire fédéral, Etat-major général, aviations militaire et civile…) et souvent surchargées par leurs activités, notamment en raison de la nouvelle Organisation des troupes de 1936. Par ailleurs, lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclate, le besoin d'une formation de pilotes professionnels se fait moins ressentir. Les escadrilles de milice, mobilisées, remplissent les différentes missions de protection de l'espace aérien. L'expérience montre cependant que les missions particulières de police de l'air nécessitent des troupes spécifiques, ce qui conduit à la création de l'Escadre de surveillance au printemps 1941. Une fois créée, l'Escadre n'est pas opérationnelle immédiatement. Elle est en effet constituée de jeunes pilotes qui doivent encore être formés. Cette formation est confiée aux cadres de l'unité, tous pilotes expérimentés. Dès lors, ce n'est qu'en automne 1943 que l'Escadre de surveillance est réellement prête à remplir totalement sa mission.

Basé sur de nombreuses sources (archives des différentes institutions militaires et de l'Escadre de surveillance, budgets et comptes de la Confédération, procès-verbaux du Parlement, presse…), l'ouvrage permet de mieux comprendre la question, complexe, de la neutralité aérienne (conceptions et interprétations, droits et devoirs des Etats neutres et des belligérants, problèmes de reconnaissance des textes…) dans la première moitié du XXe siècle. Il montre également la complexité des processus de décision au sein de l'administration militaire et de l'armée et explique le rôle joué par chacun de leurs multiples acteurs (chef du Département militaire fédéral, chef de l'Etat-major général, commandant des troupes d'aviation, chef de l'aviation civile…). Notons encore que l'ouvrage apporte une contribution au débat actuel sur le rôle des forces aériennes helvétiques qui, faute de crédits et de moyens suffisants, ne sont plus en mesure d’assurer la police de l'air de manière permanente.

 

 

La défense du Comté de Neuchâtel durant la guerre de Trente Ans, Auvernier, Le Roset, 1997, 106 pages

Durant la guerre de Trente Ans, le Comté de Neuchâtel doit avant tout faire face au risque de pillage. En raison de sa position géographique, Neuchâtel est exposé aux incursions temporaires des troupes opérant en Franche-Comté ou dans l’évêché de Bâle. Le danger d’invasion, est, lui, plus ponctuel. Trois facteurs ont en effet protégé Neuchâtel. Tout d’abord, un facteur géographique. Le Comté est, au début du conflit, éloigné des théâtres d’opérations. Ensuite, les relations politiques avec Berne et la Confédération suisse. D’une part, Neuchâtel dispose d’une solide alliance avec la cité des bords de l’Aar qui la soutient diplomatiquement et militairement. D’autre part, le Comté profite aussi de la neutralité naissante du Corps helvétique. Enfin, la présence d’Henri II d’Orléans-Longueville à la tête du Comté lui fait bénéficier directement de la protection d’un puissant prince et, indirectement, de celle du roi de France. Dès lors, la menace d’invasion n’est réellement présente qu’au cours de l’hiver 1635-1636, lorsque le marquis d’Ogliani, fort du soutien de l’Empereur et de Charles de Lorraine, commandant des troupes impériales, revendique, mais sans succès, la seigneurie de Valangin.

Au cours de la période, la défense de Neuchâtel repose sur trois piliers. Le premier, nous l’avons vu, est l’alliance avec Berne, qui se matérialise au travers de deux combourgeoisies remontant à 1406, l’une signée avec le Comté, la seconde avec la ville. La milice de la ville représente le deuxième pilier. Forte de 500 à 600 hommes et indépendante de celle du Comté, elle a pour principale mission de défendre la cité. Enfin, la milice comtale représente la principale force militaire. Elle comprend plus de 5'500 fantassins auxquels viennent s’ajouter quelques rares cavaliers et un petit parc d’artillerie. Les miliciens sont relativement bien équipés. Globalement deux tiers d’entre eux disposent d’une arme à feu, le reste étant armé de piques ou de hallebardes. Toutefois, les disparités entre les compagnies sont importantes. De plus, l’armement, qui est personnel, est disparate, ce qui représente un obstacle important pour l’uniformisation de l’entraînement. Alors que dans les grandes armées européennes, des transformations importantes ont lieu, les milices neuchâteloises ne peuvent adopter toutes les innovations et rester à la pointe de la modernité.

La surveillance des frontières communes avec l’Empire représente le quotidien des troupes mises sur pied. Cette surveillance s’appuie sur un réseau de postes de garde. Au début, ceux-ci sont des maisons privées, des granges réquisitionnées, voire de simples abris de fortune. A la fin des hostilités, la situation s'est améliorée, mais il n’existe qu’une douzaine de bâtiments spécialement conçus pour remplir cette mission.

La longueur et l’intensité du conflit, l’effort militaire important consenti par Neuchâtel, petit Etat, conduisent à d’importantes dépenses militaires qui augmentent, surtout au cours des années 1630, et deviennent plus régulières. Le Comté solde les principaux officiers, soutient financièrement les soldats les plus pauvres et accorde des dédommagements aux particuliers. Dans les années les plus coûteuses, les dépenses militaires sont multipliées par dix par rapport au temps de paix. Malgré tout, celles-ci n’atteignent jamais les 10% des revenus du Comté. Neuchâtel ne sort donc pas ruiné de la guerre. Une autre conséquence de l’effort militaire est le renforcement du pouvoir central. Dans un but d’efficacité, les autorités développent petit à petit leurs compétences et intensifient leurs interventions directes, au détriment des intérêts particuliers et des libertés des collectivités qui défendent leurs privilèges avec ténacité.