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Articles avec #aviation tag

Mai-juin 1940: La Luftwaffe attaque! (3)

Publié le par Dimitry Queloz

La difficile mise en place d’une doctrine d’engagement

Entre septembre 1939 et le début de l’offensive allemande à l’ouest, l’armée suisse dispose d’un temps relativement important pour poursuivre la modernisation de ses Troupes d’aviation et de DCA. Elle parvient à mettre en service les chasseurs modernes nécessaires pour équiper 9 escadrilles, 3 de Messerschmitt et 6 de Morane. Cette période est aussi employée pour définir des procédures d’interception, ainsi qu’une stratégie d’engagement pour défendre la neutralité. Celles-ci sont mises en place avec difficultés. Les hésitations et les changements sont nombreux. D’une part, les différents acteurs concernés ont de la peine à communiquer. Ils manquent d’expérience et, parfois, de compétences. D’autre part, les facteurs politiques, techniques et économiques influençant la réflexion sont complexes et varient au cours de la période.

Ainsi, l’engagement de patrouilles aériennes de surveillance de la frontière est rapidement remis en question pour éviter des violations de territoires étrangers de la part des avions suisses. La mise en place d’une zone d’interdiction de vol le long de la frontière contribue à éviter ce problème. Cette mesure envoie toutefois un message négatif aux pays étrangers en ce qui concerne la volonté de défendre réellement l’espace aérien et conduit les pilotes allemands à profiter de la situation. Enfin, le manque de chasseurs modernes et les restrictions en matière de carburant incitent à limiter les engagements.

Un autre problème réside dans l’absence d’organes centralisés d’exploitation des données et de conduite des opérations. Jusqu’au début du mois de juin 1940, ce sont les chefs des détachements d’alarme des escadrilles qui décident d’engager les patrouilles en tenant compte des renseignements en leur possession. Ce n’est qu’ensuite que commence à fonctionner une ébauche de direction générale des opérations, installée à Berne.

Les procédures d’interceptions sont encore plus difficiles à mettre en place. Trop complexes, elles doivent être simplifiées à plusieurs reprises, d’autant que les moyens de communication sont limités. Les consignes données le 6 septembre 1939 sont particulièrement caractéristiques de cette complexité. Les pilotes doivent faire la distinction entre les avions hostiles et les appareils endommagés ou égarés. Les premiers doivent être attaqués d’emblée, sans avertissement. Pour les seconds, une procédure complexe est définie, qui prévoit notamment des tirs d’avertissement au moyen de fusées, que les chasseurs suisses ne sont cependant pas en mesure de tirer puisqu’ils ne sont pas équipés des dispositifs nécessaires !

De plus, jusqu’à la fin de l’année 1939, il est prévu d’engager tous les types d’appareils des Troupes d’aviation pour protéger la neutralité, mais avec des missions différentes, en tenant compte de leurs performances. En raison de leur vitesse, les Messerschmitt doivent assurer les interceptions. Ils doivent ensuite remettre les intrus aux C-35, plus lents, qui doivent les accompagner jusqu’à un aérodrome. Quand aux D-27, qui ne dépassent guère les 320 km/h, ils sont chargés de s’occuper des appareils isolés. Il est facile d’imaginer les difficultés rencontrés par les pilotes chargés d’appliquer de telles consignes, surtout avec des moyens radio limités. Finalement, seuls les Messerschmitt et les Morane sont employés pour assurer les missions de protection de la neutralité.

Toutes ces lacunes en matière de matériel, d’organisation et de doctrine ont pour conséquence une faiblesse de l’efficacité du système de protection de la neutralité aérienne. Au cours du mois d’avril 1940, lors des 41 violations de frontière ayant lieu, aucune patrouille de la chasse suisse ne parvient à établir le contact avec les appareils étrangers. A décharge des Troupes d’aviation, il faut préciser que nombre de ces violations ne sont que de brefs survols du territoire suisse et que toute interception est absolument impossible, même avec une organisation parfaitement au point. Cependant, les résultats ne sont pas vraiment meilleurs lorsque les vols pénètrent davantage à l’intérieur du territoire helvétique ou lors d’exercices. C’est ainsi qu’au cours du mois de mars 1940, un avion allemand réussit à survoler Dübendorf sans avoir été intercepté. Le même mois, au cours d’un exercice de détection et d’interception, seules deux patrouilles sur les dix engagées parviennent à intercepter l’avion « intrus ». (A suivre)

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Mai-juin 1940: La Luftwaffe attaque! (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Les Troupes d’aviation et de DCA au début de la Deuxième Guerre mondiale

Au cours de la Première Guerre mondiale, l’aviation militaire suisse ne connaît pas un développement comparable à celui des forces aériennes des puissances européennes. Les différents retards ne sont pas comblés dans l’après-guerre, si bien que, à la fin des années 1920, elle se trouve dans un état de sous-développement notoire. Dès son arrivée au Gouvernement, le conseiller fédéral Rudolf Minger prend des mesures pour renforcer l’organisation des troupes d’aviation et les doter d’avions modernes.

La nouvelle Organisation des troupes de 1936, entrée en vigueur en 1938, consacre l’indépendance des troupes d’aviation, jusque-là subordonnées à l’Etat-major général, ainsi que le regroupement avec la DCA. Les nouvelles Troupes d’aviation et de DCA, dotées de 300 appareils, comprennent 21 compagnies (escadrilles) regroupées en 3 régiments. La réforme doit être entièrement terminée en 1942.

En ce qui concerne le matériel, le Parlement accorde en 1930 un crédit de 20 millions de francs pour l’achat de 40 biplaces Fokker CV et 65 chasseurs Dewoitine D-27. Ces avions sont cependant rapidement dépassés en raison de la rapidité des progrès techniques. De plus, l’Organisation des troupes de 1936 nécessite l’acquisition de nouveaux appareils en raison de l’augmentation des effectifs, qui passent de 125 à 300. Les Troupes d’aviation sont confrontées à d’importantes difficultés. Tout d’abord, la définition des besoins doit tenir compte des appareils disponibles sur le marché et des moyens financiers. Le problème est particulièrement aigu pour le choix de l’avion polyvalent. Un bimoteur serait plus performant, mais plus cher à l’achat et à l’entretien qu’un monomoteur. Finalement, c’est le C-35 qui est retenu, en dépit de la médiocrité de ses performances. En raison de l’incapacité de l’industrie aéronautique helvétique à construire un chasseur à hautes performances, il est nécessaire de se tourner vers l’étranger pour équiper les escadrilles de chasse. Le moment n’est cependant pas des plus opportuns. D’une part, les appareils existants sont obsolètes, tandis que les projets en cours de développement ne peuvent encore être achetés. D’autre part, les circonstances du moment limitent les possibilités d’achats. Certains pays, en plein effort de réarmement, rechignent à vendre des armes à la Suisse. En France, l’arrivée au pouvoir du Front populaire conduit à une interruption temporaire des négociations d’achat.

Finalement, la Suisse peut acheter des MS-405 à la firme française Morane Saulnier et des Messerschmitt Me-109 à l’Allemagne. Le programme Morane prend du retard et les premiers appareils, construits sous licence avec des modifications – notamment un moteur Hispano-Suiza et des mitrailleuses alimentées par bandes – et rebaptisés D-3800, sont livrés à partir du milieu de l’année 1939. Le 21 octobre 1938, le Conseil fédéral accepte d’acheter des Messerschmitt Me-109. Un premier lot de 40 avions – 10 Me-109 D (équipés d’un moteur Jumo de 680 CV) et 30 Me-109 E (dotés du moteur DB 601 de 950 CV) – est commandé. Ces appareils permettent d’équiper trois escadrilles au début de la guerre. Un second lot de 50 unités est acheté quelques semaines avant le début des hostilités.

Au moment de la mobilisation des Troupes d’aviation, le 29 août 1939, le parc aérien comprend 225 appareils, soit 58 D-27, 10 Me-109 D, 30 Me-109 E, 49 CV et 78 C-35. Il manque donc 80 avions et 5 escadrilles ne peuvent être mises sur pied. De plus, seuls les Messerschmitt Me-109 sont réellement modernes. Leur aptitude au combat est, par ailleurs, le fruit d’importants efforts, car il a fallu terminer de les équiper – notamment en matériel radio – et les armer en Suisse, avec les moyens à disposition. Quant à la DCA, sa situation est encore plus critique. Les moyens à disposition de la troupe se limitent à 7 canons de 7,5 cm et 24 de 20 mm.

Au début de la Deuxième Guerre mondiale, les Troupes d’aviation sont en pleine restructuration et ne disposent que de moyens limités. Ce résultat est la conséquence d’une longue absence de politique en matière aérienne et de moyens financiers limités. Le renforcement initié une décennie plus tôt par Minger n’a pas encore porté tous ses fruits, les retards étant beaucoup trop nombreux. Heureusement, les Troupes d’aviation ont eu jusqu’en mai 1940 pour poursuivre leur modernisation avant d’avoir à affronter la Luftwaffe. (A suivre)

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Mai-juin 1940: La Luftwaffe attaque! (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le 10 mai 1940, l’armée allemande, déclenchant le plan Manstein, attaque à l’ouest. Les combats se déroulent principalement aux Pays-Bas, en Belgique et dans le nord de la France. La Suisse est épargnée. Toutefois, des unités la Luftwaffe stationnées dans le sud de l’Allemagne effectuent des raids dans la région lyonnaise. Pour raccourcir les durées de vol, elles violent délibérément l’espace aérien helvétique obligeant la chasse à intervenir pour défendre la neutralité.

La neutralité aérienne

La question de la neutralité aérienne a été longuement débattue durant les premières décennies du XXe siècle. Les conventions de La Haye de 1907 relatives à la neutralité n’abordent pas le problème de l’espace aérien. De plus, nombre de spécialistes du droit international, parmi lesquels le Français Paul Fauchille, ne reconnaissent pas la souveraineté des Etats sur l’espace aérien situé au-dessus des territoires nationaux. Leurs conceptions s’inspirent du droit maritime et ils considèrent qu’à partir d’une certaine hauteur l’espace aérien est libre, à l’instar des mers.

Durant la Première Guerre mondiale, les Etats neutres n’appliquent pas cette conception et considèrent l’espace aérien comme partie intégrante de leur territoire, avec le devoir de combattre ou à tout le moins de protester contre les incursions illicites. Cette pratique fait jurisprudence. Toutefois, aucun accord international ne règle la question durant l’entre-deux-guerres. La plus grande incertitude règne donc au moment où éclate la Deuxième Guerre mondiale. Les pays neutres – voir à ce sujet les discussions du groupe d’Oslo en mai 1938 réunissant la Finlande, le Danemark, l’Islande, la Norvège et la Suède auxquels se joignent la Belgique et les Pays-Bas – sont donc inquiets, d’autant que certaines puissances ne respectent pas même les accords qu’elles ont signés.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, la Suisse adopte une position identique à celle de 1914 en matière de neutralité aérienne. La déclaration de neutralité du 31 août 1939 est générale, mais elle stipule que "la Confédération suisse maintiendra et défendra par tous les moyens dont elle dispose l’inviolabilité de son territoire et la neutralité (reconnue par les traités de 1815)". Deux autres textes, entrés en vigueur à la même période, réglementent strictement le trafic aérien et définissent les mesures à prendre en cas de violation de l’espace aérien.

En dépit de la fermeté des déclarations politiques, les militaires suisses manquent d’assurance quant à la position à tenir. D’une part, ils redoutent que les puissances ne respectent pas l’espace aérien de la Suisse en raison du flou juridique relatif à la neutralité aérienne. Cette crainte n’est pas totalement infondée. On rapporte le cas d’une demande anglaise de libre passage au-dessus des Pays-Bas pour aller bombarder la région de la Ruhr. D’autre part, les militaires sont conscients de l’état d’impréparation des Troupes d’aviation et de DCA. Avec les moyens à disposition, il est impossible d’appliquer de manière stricte les principes définis dans la déclaration de neutralité. Le Conseil fédéral, conscient des carences en matière de défense aérienne, se montre dès lors plus modeste dans ses ambitions. Le 10 octobre 1939, il fait parvenir aux légations suisses une circulaire informant que "l’Etat neutre satisf(erait) à son obligation s’il défend(ait) l’espace aérien dans la mesure de ses forces". (A suivre)

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