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Articles avec #conflits contemporains tag

Rapport sur la politique de sécurité 2016 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le 11 novembre dernier, soit deux jours avant les attentats de Paris, le Conseil fédéral a présenté son projet de Rapport sur la politique de sécurité 2016. Le document aurait dû être publié il y a une année déjà. La publication a toutefois été retardée du fait de la crise ukrainienne et du développement de l’Etat islamique, deux événements imprévus qui ont obligé à une réévaluation de la situation. Le texte est en cours de consultation et, une fois la procédure achevée au début mars 2016, il sera approuvé par le Conseil fédéral, vraisemblablement au printemps prochain déjà, avant d’être soumis au Parlement.

Le rapport est articulé en trois parties principales. La première présente le contexte géopolitique et sécuritaire actuel, avec une analyse des tendances globales, des menaces et des dangers. La deuxième aborde la stratégie de la Suisse en matière de politique de sécurité qui repose sur trois piliers: autonomie, coopération et engagement. Enfin, la dernière est consacrée à la conduite de la politique de sécurité au niveau de la Confédération et des cantons qui s’exerce notamment dans le cadre du Réseau national de sécurité.

Evolution de la situation internationale et adaptation de la politique de sécurité

Les rapports sur la politique de sécurité du Conseil fédéral "ont pour but d’analyser le contexte [du moment] pour permettre de déterminer si, et dans quelle mesure, il y a lieu d’adapter la politique de sécurité et ses instruments, afin que la Suisse puisse réagir rapidement et adéquatement à l’évolution des menaces et des dangers". Durant la Guerre froide, les rapports ont été peu nombreux. Ainsi, entre 1973 et 1990, le seul rapport intermédiaire de 1979 a été nécessaire. Depuis 1990, le rythme de publication va en s’accélérant. Un premier document est paru en 2000, un second en 2010. Les changements et les évolutions en matière de situation internationale ont conduit à mener une nouvelle analyse quelques années seulement après l’acceptation de ce dernier, ce qui a conduit au rapport 2016.

Le rapport 2016 égrène une liste fort longue de ces changements, qui ne se veut pas exhaustive: "les bouleversements et les conflits survenus en Afrique du Nord et au Proche-Orient, l’intensification des mouvements migratoires qui les accompagnent, l’essor de l’organisation terroriste "Etat islamique" et le renforcement de l’attrait pour le djihad dans les Etats occidentaux, l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie, les combats dans l’est de l’Ukraine et la dégradation rapide des relations entre la Russie et l’Occident, la multiplication des cyberattaques, le pouvoir accru de la propagande à l’ère des caméras omniprésentes, des images traitées numériquement et d’Internet, la collecte massive de données par voie électronique et la catastrophe nucléaire de Fukushima". Le texte insiste cependant sur le fait qu’en dépit de ces nombreux changements, la situation actuelle n’est pas totalement différente de celle de 2010.

Le rapport montre également à quel point la politique de sécurité et ses instruments évoluent et s’adaptent de manière à répondre d’une façon plus appropriée aux changements de la situation internationale. Parmi les plus importants de ses changements législatifs, citons le projet DEVA pour l’armée et celui de loi sur le renseignement. Ces deux projets rencontrent actuellement des oppositions au niveau politique. Le premier est bloqué par le Parlement qui devrait cependant bientôt prendre une décision quant à sa réalisation. En ce qui concerne la loi sur le renseignement, elle est combattue par la voie du référendum. D’autres évolutions, relatives à la pratique, sont également soulignées par le rapport. La collaboration entre la Confédération et les cantons a été améliorée. Par ailleurs, l’OSCE et son rôle de dialogue et de négociation entre l’Est et l’Ouest ont été remis sur le devant de la scène lors de la présidence suisse de 2014. (A suivre)

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Le grand échiquier de Poutine

Publié le par Dimitry Queloz

AUZON, Olivier d’, Le grand échiquier de Poutine, Panazol, Lavauzelle, 2015, 120 pages

Ce livre d’Olivier d’Auzon n’est pas une biographie de Vladimir Poutine, contrairement à celui de Vladimir Fedorosvski, Poutine. L’itinéraire secret que nous vous avons présenté il y a quelques semaines. Il traite de la situation géopolitique de la Russie et de sa politique étrangère au cours de ces dernières années. L’actualité occupe une large place dans l’ouvrage et l’auteur cite de nombreux extraits d’articles de presse, donnant ainsi la parole à divers acteurs – Sergueï Lavrov – ou commentateurs et spécialistes de la Russie, comme Hélène Carrère d’Encausse par exemple.

L’ouvrage se divise en quatre chapitres dont on pourra regretter le manque de structure. L’auteur ne présente en effet pas ses analyses en abordant les thèmes dans leur globalité et il n’adopte pas non plus une approche chronologique. Il procède plutôt par touches successives en apportant une succession d’éclairages ponctuels, ce qui oblige un certain nombre d’allers-retours parfois déstabilisants pour le lecteur.

Le premier chapitre présente les grandes caractéristiques de la politique étrangère de Vladimir Poutine. Celui-ci marquera l’histoire russe de son empreinte, notamment en raison de la durée de ses fonctions à la tête du pays. Poutine est entré en fonction en 2000 et il restera au poste de président au moins jusqu’en 2018. Pouvant être renommé une nouvelle fois pour six ans, il est probable qu’il dirigera la Russie jusqu’en 2024. Poutine est et restera donc un acteur incontournable de la scène internationale et sa diabolisation par les Occidentaux ne changera rien à cette situation! Cela est d’autant plus vrai que, selon l’auteur, la période post-guerre froide, largement dominée par les Américains et leurs alliés, est maintenant terminée depuis 2008. La crise géorgienne représente en effet un tournant car elle a mis fin à l’expansion de l’OTAN. Depuis, la Russie joue un rôle international croissant, de même que la Chine. La crise ukrainienne montre par ailleurs que la Russie a décidé de modifier "durablement ses relations avec ses partenaires internationaux". Elle tourne désormais le dos à l’Europe et développe ses relations avec divers Etats d’Asie centrale et orientale (Iran, Chine…). Retenons encore le fait que la Russie est un "pays de tradition islamique". Des musulmans ont été intégrés à l’empire depuis le XVIe siècle et ces peuples font partie intégrante de la population russe. Cela n’empêche pas Poutine d’être en première ligne dans la lutte contre l’islamisme, comme l’a montré la deuxième guerre de Tchétchénie. Cette politique rejoint par ailleurs un autre volet de la politique internationale russe. La volonté de maintenir en place certains régimes n’a pas seulement pour ambition de conserver des alliés et de gêner les politiques extérieures occidentales. Elle a aussi pour but d’empêcher la création de zones de non-droit où prospèrent les groupes terroristes islamistes, comme le montrent les exemples syriens et libyens.

Les deuxième et troisième chapitres sont étroitement liés et traitent du projet EURASIE et de la crise ukrainienne. Pour contrer l’extension de l’OTAN et de l’Union européenne à l’est, Poutine a développé le projet d’Union Economique Eurasiatique (UEE), calqué sur le modèle de l’Union européenne. Dans ce nouvel ensemble politico-économique, l’Ukraine aurait dû jouer un rôle central de lien entre les espaces européen et asiatique. Avec la crise ukrainienne, le projet a largement perdu, au moins pour un temps, son volet européen et la Russie se tourne davantage vers l’Asie. Cette réorientation politique renforce l’importance des pays d’Asie centrale. Cette région, constituée d’anciennes républiques soviétiques, joue un rôle primordial pour la Russie, que ce soit dans le domaine économico-énergétique ou celui de la sécurité – surtout la lutte contre l’influence islamiste. Le but de Moscou est de contrôler d’une manière ou d’une autre ces Etats et d’empêcher toute influence extérieure, notamment de la part des Etats-Unis ou de la Chine. A propos de cette dernière et des relations que la Russie cherche à entretenir avec elle, l’auteur met en évidence les nombreuses ambiguïtés existantes. En raison de sa puissance politique, économique et démographique, la Chine représente un partenaire indispensable, notamment pour construire un Monde multipolaire, mais aussi un danger. Aussi Poutine adopte-t-il une position complexe, comme le montre par exemple sa manière d’instrumentaliser l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS).

Enfin, le dernier chapitre traite du Moyen-Orient. Une des particularités de la Russie réside dans le fait qu’elle entretient des liens étroits avec le monde arabe depuis plusieurs siècles. A l’époque des tsars, la Russie était la protectrice des chrétiens orthodoxes en Orient. Durant la Guerre froide, le régime soviétique a largement soutenu les gouvernements arabes nationalistes, laïcs et, pour certains, marxisants. Depuis son arrivée au pouvoir Poutine cherche à reprendre à son compte cette politique d’influence qui lui permet, comme nous l’avons vu, de contrer l’influence occidentale. Si des succès ont été obtenus, comme récemment en Egypte, les Printemps arabes ont mis en difficulté la Russie, notamment en Libye et en Syrie. Toutefois, pour l’auteur, la politique russe de soutien aux régimes en place, très pragmatique, est plus cohérente que celle des Occidentaux, largement responsables du chaos actuel.

(© Lavauzelle)

(© Lavauzelle)

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Rapport du Service de Renseignement de la Confédération (SRC) 2015 (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le terrorisme, et plus particulièrement le terrorisme djihadiste, constitue le "thème central" du Rapport 2015 du Service de Renseignement de la Confédération. Par rapport au Rapport 2013, il a remplacé la menace russe et représente désormais la préoccupation numéro une du SRC. Ce changement est dû à l’évolution du Printemps arabe et à l’"expansion spectaculaire" de l’Etat islamique en 2014. Pour le SRC, il n’y a pas d’apaisement en vue dans le voisinage méridional de l’Europe. Les dangers pouvant toucher directement la Suisse sont nombreux et concernent de larges pans de la politique intérieure et de la politique extérieure: mise en péril de la sécurité des ressortissants et des représentations diplomatiques, menaces terroristes, enlèvements, perturbation du commerce et de l’approvisionnement énergétique, gestion des régimes de sanctions et des avoirs de certaines personnalités, immigration.

L’analyse du SRC se montre très pertinente, notamment en ce qui concerne la compréhension du phénomène islamiste-djihadiste et des différentes formes qu’il peut prendre. Tout d’abord, le Rapport insiste sur le fait que les djihadistes ont un but politique clair: "la domination universelle de l’islam". Ensuite, le Rapport inscrit le phénomène dans le long terme. D’une part, le SRC souligne que "les fondements spirituels de l’islam politique remontent à plusieurs siècles" et ne constituent pas un épiphénomène récent. D’autre part, il envisage la persistance de la menace des deux principaux groupes djihadistes actuels, Al-Qaïda et Etat islamique. "Il faut partir du principe qu’à long terme, le noyau dur d’Al-Qaïda et le groupe "Etat islamique" resteront parmi les acteurs les plus influents de la mouvance djihadiste, même si certaines tendances de scission et de fragmentation apparaissent dans ces deux organisations. Le conflit en Syrie et l’influence du groupe "Etat islamique" continueront à marquer la situation sécuritaire dans la région et en Europe. Ce conflit a le potentiel de radicaliser à l’avenir aussi des sympathisants et des personnes pour qu’elles soutiennent le djihad."

Enfin, et ce dernier aspect concerne la forme actuellement la plus virulente de l’islamisme djihadiste, l’Etat islamique, le SRC souligne qu’il n’est pas seulement une "organisation terroriste" comme on l’entend et le lit souvent dans les médias ou les discours de certains politiciens. Pour lui, l’Etat islamique est "bien plus encore. Ce constat est d’une importance cruciale pour la manière d’appréhender le phénomène, sans que cela ne constitue toutefois une légitimation inutile [de l’EI]. L’exigence d’établir un califat va de pair avec une volonté de constituer une véritable structure étatique." Par ailleurs, et contrairement à ce que beaucoup avaient prédit, l’ancrage territorial et le développement de structures étatiques représentent un moyen de renforcer la puissance de l’organisation. "Le contrôle physique exercé sur des territoires et les populations qui y résident crée les conditions nécessaires pour disposer d’une capacité d’action économique et militaire, et le contrôle durable d’un territoire constitue l’expression mesurable du succès." Les événements récents de Palmyre et de Ramadi montrent toute la justesse de ces propos!

En ce qui concerne les activités djihadistes en Suisse, nous retiendrons deux points essentiels. Pour le SRC, si notre pays est moins touché que certains Etats européens, la menace ne doit pas être sous-estimée et des passages à l’acte sont possibles. Ces activités sont essentiellement le fait d’individus isolés ou de groupuscules dont les effectifs sont relativement faibles. Le Rapport précise toutefois qu’il n’existe aucune donnée précise et que le nombre de personnes actives ne peut que faire l’objet de spéculations. Ce qui est cependant certains, c’est que le tourisme djihadiste, suivi depuis 2001 par le SRC, continue à se développer. Selon Le Temps du 5 mai, celui-ci a identifié 64 individus ayant entrepris un voyage dans une zone de djihad. Depuis 2013, les destinations se diversifient et la Somalie n’est plus le lieu privilégié de ce tourisme. La Syrie et l’Irak attire désormais davantage les djihadistes, avec une quarantaine de voyage dans cette région.

Par ailleurs, internet constitue un instrument fondamental pour l’activité djihadiste. Les médias électroniques et les réseaux sociaux sont devenus un espace privilégié pour diffuser l’idéologie, mettre en relation groupes et individus, recueillir le soutien de sympathisants qui affichent publiquement leurs convictions. La propagande diffusée sur la toile est très efficace puisqu’elle peut pousser certains, isolés ou en petit groupe, à se rendre dans des zones de conflit pour soutenir ou participer au djihad. Elle peut également en conduire d'autres à planifier des attentats en Suisse. Pour toutes ces raisons, internet est devenu un espace privilégié pour l’action du SRC. La lutte contre le djihadisme y a commencé il y a trois ans. "Dans le cadre de ce monitoring du djihadisme, plus de 200 internautes ont à ce jour été identifiés après avoir attiré l’attention en diffusant en Suisse ou à partir de notre pays du matériel prônant l’idéologie djihadiste ou en se connectant avec des personnes en Suisse ou à l’étranger qui défendent les mêmes idées."

Terminons cette brève présentation du Rapport en nous penchant sur l’introduction de Monsieur le Conseiller fédéral Ueli Maurer intitulée "Préserver la liberté". Le chef du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) fait preuve de réalisme et de prudence en mettant en exergue la permanence de la menace djihadiste et l’impossibilité de s’en prémunir de manière absolue: "les attentats terroristes à Paris et à Copenhague en début d’année ont montré que les pays européens doivent tenir compte de deux faits marquants: premièrement, que la lutte djihadiste a le potentiel de menacer concrètement et par surprise des citoyens dans nos pays et, deuxièmement, que les Etats qui disposent de possibilités très étendues au niveau juridique et en personnel ne peuvent pas détecter précocement et empêcher toutes les activités terroristes".

Quant aux conclusions que le chef du DDPS tire de ces constats, elles montrent le refus d’une solution ultra-sécuritaire qui ne parviendrait par ailleurs pas à nous prémunir contre tout risque d’attentat. Le chef du DDPS pense même qu’une telle solution pourrait être contre-productive car elle risquerait de conduire à une désapprobation de la politique de sécurité de la part de la population. Toutefois, le point le plus important selon nous est le fait que la lutte contre le djihadisme est envisagée d’une manière globale. D’une part, pour Ueli Maurer, le combat doit être mené en coopération avec les autres Etats, y compris les Etats musulmans dont les communautés "souffrent des agissements criminels de leurs coreligionnaire". D’autre part – et nous aimerions souligner cet aspect absolument fondamental –, l’islamisme-djihadiste ne pourra être vaincu que si l’on s’attaque à ses fondements idéologiques et culturels, en un mot que si l’on arrive à réformer l’islam de manière à en promouvoir une interprétation "éclairé(e)". (Fin)

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Rapport du Service de Renseignement de la Confédération (SRC) 2015 (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Dans son Rapport 2013, le Service de Renseignement de la Confédération (SRC) distinguait deux dangers principaux. Le retour de la Russie en tant que puissance constituait le "thème central" du document (voir notre article). Celui-ci insistait sur les aspects économiques et politiques et reléguait au second plan les facteurs militaires. En dépit d’une sous-estimation de ces derniers et d’un certain flou dans les formes que pouvait prendre plus précisément la menace russe, on ne peut que constater la pertinence de l’analyse, comme l’a montré la crise ukrainienne. Le deuxième danger était celui lié à l’islamisme (voir notre article). Le Rapport insistait sur la diminution de la menace représentée par Al-Qaïda, sur l’extension des zones d’activités des djihadistes, sur les risques que faisaient courir le "tourisme" du djihad et sur le développement de groupuscules terroristes originaires des pays occidentaux. Si la Suisse n’était pas directement menacée par des attentats, un nombre non-négligeable de personnes en provenance de son territoire partaient faire le djihad, notamment en Somalie. Les deux années qui viennent de s’écouler ont, dans ce domaine également, montré la pertinence des analyses du SRC.

Ces deux dangers constituent tout naturellement les principaux thèmes du Rapport 2015 publié au début du mois. En ce qui concerne la Russie et la crise ukrainienne, nous retiendrons plus particulièrement les éléments suivants, d’une très grande pertinence.

Tout d’abord, le SRC insiste sur la rapidité avec laquelle la situation internationale évolue. Ainsi, l’Ukraine a passé, en deux ans, du statut d’Etat coorganisateur de l’Eurofoot – avec la Pologne – à une situation de guerre – guerre civile, menace de scission, annexion de la Crimée par la Russie!

Ensuite, pour le SRC, le retour de la Russie en tant que puissance sur la scène internationale et la crise ukrainienne représentent un véritable tournant historique qui marque la fin de la période post-guerre froide qui se caractérisait par un état de faiblesse politique, économique et militaire de la Russie et l’élaboration d’une politique de sécurité commune avec l’Europe. La situation actuelle rend un retour à cette période pacifique hautement improbable. Elle annonce au contraire le début d’"une nouvelle phase de l’historique conflit Est-Ouest sur le continent européen".

Cette vision peu réjouissante de l’évolution des relations internationales en Europe s’appuie sur deux constatations fort justes. La Russie est en train de se détourner du Monde occidental. Après la disparition de l’URSS, elle a connu une phase de "faiblesse subie", "ressentie comme une catastrophe nationale", qui a duré plus d’une décennie. Durant cette période et celle de reconstruction qui lui a succédé, le rapprochement avec l’Europe et les Etats-Unis était nécessaire, voire imposé par les circonstances. Actuellement, si la période de reconstruction n’est pas encore terminée, elle est suffisamment avancée pour que la Russie puisse se considérer "comme une puissance délibérément séparée du cadre de référence constitué par l’Europe de l’Ouest et n’accepte pas l’actuelle répartition du pouvoir en Europe".

Par ailleurs, le renforcement politique, économique et militaire du pays, ainsi que son influence sur la scène internationale, notamment dans les Etats voisins, représente un "processus durable" qui formera le cadre géopolitique international en Europe au cours des prochaines années. Le Rapport insiste sur la solidité de l’appareil politique mis en place par Poutine, sur la faiblesse de l’opposition de la classe moyenne, sur le soutien populaire. Il souligne également la solidité du système économique en dépit des sanctions occidentales. Pour le SRC, le seul risque réel de déstabilisation économique se situe dans une baisse durable du prix du pétrole.

Enfin, le SRC souligne la "résistance" occidentale qui se développe contre cette renaissance de la puissance de la Russie et sa nouvelle attitude sur la scène internationale. Il conclut: "Une période de 25 ans qui a vu reculer en Europe les conflits interétatiques a ainsi pris fin. La nouvelle ère sera vraisemblablement marquée par une confrontation stratégique durable entre l’Occident et la Russie sur un triple plan politique, économique et militaire. […] Dans le contexte des tensions grandissantes entre la Russie et l’OTAN en Europe, les ressources militaires vont aussi à nouveau gagner en importance." (A suivre)

Radar de situation 2015 du SRC (© blogdéfense)

Radar de situation 2015 du SRC (© blogdéfense)

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L'Otan au XXIe siècle

Publié le par Dimitry Queloz

KEMPF, Olivier, L’Otan au XXIe siècle. La transformation d’un héritage, Paris, Perpignan, Editions du Rocher, 2014, 614 pages (2e édition)

Cet ouvrage d’Olivier Kempf constitue une excellente synthèse sur l’OTAN. En quinze chapitres, l’auteur traite de manière claire et didactique de l’histoire de l’alliance, de son organisation et de ses institutions, de ses élargissements successifs, des relations entre les différents alliés, de leurs conceptions de l’alliance, des concepts stratégiques (1991, 1999 et 2010), des engagements réalisés, des défis actuels et de l’évolution prochaine de l’alliance…

Un premier thème particulièrement intéressant est celui de l’élargissement de l’OTAN. A l’origine, l'alliance est limitée dans son cadre géographique (nombre de membres et zone d’intérêt) et dans ses buts (défense contre l’URSS et ses alliés). Toutefois, assez rapidement, elle s’agrandit. De nouveaux Etats (Grèce, Turquie, RFA…) deviennent membres, entraînant une extension de la zone d’intérêt. Au lendemain de la chute du mur de Berlin et de la disparition de la menace constituée par le Pacte de Varsovie, l’OTAN n’est pas dissoute – cela aurait pourtant été une évolution possible et, somme toute, logique. L'alliance connaît au contraire un développement remarquable, et ce dans plusieurs domaines. Tout d’abord, de nombreux pays d’Europe de l’Est (Tchéquie, Hongrie, Pologne…) et même certains Etats ayant appartenu à l’URSS (Pays baltes) intègrent l’alliance. De plus, la zone d’intervention est étendue. C’est ainsi que l’OTAN est engagée dans des opérations en ex-Yougoslavie, en Afghanistan, en Libye… De nouvelles missions sont par ailleurs formulées (lutte contre le terrorisme, cyberguerre…). Enfin, la constitution de partenariats divers (Partenariat pour la Paix notamment) représente également une autre forme d’élargissement politique permettant une influence à grande échelle.

Les chapitres sur les relations entre l’OTAN et la défense européenne – les différentes organisations, CED, UEO, Europe de la défense de l’UE, et leur évolution sont analysées – sont également d’un intérêt tout particulier. Washington a toujours souhaité un renforcement de l’autonomie européenne en matière de défense. Le but est de faire partager de manière plus équilibrée le poids des efforts militaires. Ainsi, à la fin de la Guerre froide, lorsqu’est signé le traité de Maastricht qui crée les premiers éléments d’une politique extérieure et de défense commune aux Etats membres de l’Union européenne, le concept d’Identité Européenne de Sécurité et de Défense (IESD) est bien accepté. Toutefois, pour les Américains, l’alliance a toujours représenté un moyen d’influencer, voire de contrôler, les politiques extérieures et de défense des pays européens. Dès lors, une trop grande autonomie européenne en la matière déplait. Lorsque la déclaration franco-britannique de Saint-Malo de 1998 insiste sur ce point, Washington réagit en imposant la règle des 3 D – pas de duplication des institutions militaires de l’OTAN, pas de découplage par rapport aux USA, pas de discrimination envers les Etats de l’OTAN non membres de l’UE. Pour la majorité des pays européens, la domination américaine et la faible autonomie de la défense européenne créent cependant une situation très confortable. Elle leur permet de disposer d’une puissante protection militaire à moindres frais.

Soulignons cependant que la relation Europe – Etats-Unis en matière de sécurité s’est complexifiée depuis une vingtaine d’année. Pour Washington, l’Europe n’a plus la même importance stratégique qu’auparavant. La disparition de la menace soviétique et la montée en puissance de la Chine ont conduit les USA à se détourner de cette région du Monde. Les attentats du 11-Septembre et le refus de certains Etats européens de les soutenir dans leur intervention en Irak en 2003 les ont également incités à faire cavalier seul et à constituer des coalitions ad hoc (doctrine Rumsfeld). Les expériences des interventions de cette dernière décennie ont toutefois montré les limites du hard power américain. La conception de la politique de sécurité européenne, basée davantage sur le soft power et une approche globale des problèmes, ne peut plus être négligée et raillée – tout le monde se rappelle de la métaphore domestique de Robert Kagan "Les Américains font la cuisine, les Européens font la vaisselle". La relation OTAN – PESD est ainsi de plus en plus envisagée dans un cadre de complémentarité plutôt que de domination.

Le lecteur regrettera de ne pas pouvoir disposer des analyses de l'auteur pour la période qui a succédé au moment de la publication de l'ouvrage. Depuis une année environ, la situation internationale, notamment en Ukraine, a en effet connu des évolutions rapides et l'OTAN se voit contrainte à s'adapter une fois de plus, notamment en ce qui concerne l’engagement américain en Europe, les missions de défense et les relations avec la Russie. On ne peut donc que souhaiter pour bientôt une troisième édition mise à jour en tenant compte des derniers rebondissements de l’actualité!

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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