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Articles avec #europe de la defense tag

Mutualisation des capacités militaires en Europe (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

En deuxième partie, le colonel Smets a présenté l’exemple de la Belgique. Cet européen convaincu qui souhaite lui aussi la création d’une armée européenne, mais qui craint de ne pas la voir, a commencé son exposé par un bref historique de la politique de défense belge. En tant que petit pays, la Belgique a toujours eu des difficultés à assurer sa défense de manière autonome. Après diverses périodes de neutralité qui n’ont pas toujours apporté la sécurité espérée, le pays s’est résolument tourné vers la solution des alliances au lendemain de la Seconde Guerre mondiale: OTAN, Union de l'Europe Occidentale (UEO), traité de Lisbonne.

Actuellement, la coopération s’avère absolument indispensable du fait de la diminution des budgets militaires – l’armée belge a vu son budget diminuer de 22% en valeurs réelles entre 2000 et 2014 – et de la baisse des effectifs qui ont passé de 100'000 hommes en 1966 à 31'000 de nos jours. Dans sa conclusion, le colonel Smets a souligné que tous les Etats européens se trouvaient dans une situation similaire à celle de la Belgique, même les anciennes grandes puissances. A ce propos, il a cité l’homme d’Etat belge et père (parmi d’autres) de l’Europe Paul-Henri Spaak: "Il y a deux sortes de pays en Europe: les petits pays et ceux qui ne savent pas qu’ils sont petits."

La Belgique a développé de nombreux projets de coopération surtout dans le cadre des forces aériennes et de la marine. En ce qui concerne l’armée de terre, elles sont moins nombreuses, même s’il en existe notamment avec le Luxembourg et dans le cadre de l’Eurocorps. Le colonel Smets a insisté sur le fait que, pour la Belgique, ces coopérations sont vitales. Elles ont permis de maintenir l’existence des différentes forces, de leurs capacités et de leurs savoir-faire. Outre la diversité des modèles de coopération qui doivent être adaptés aux cultures propres à chacune des forces, le colonel Smets a identifié plusieurs conditions de réussite. Les partenaires doivent disposer de matériels communs, avoir une proximité géographique et parler une langue commune. On comprend donc aisément que la coopération ne peut se faire avec des chances de succès que dans un cadre limité, souvent bilatéral – on retrouve ici un des points forts de l’exposé du général de Langlois dans la première partie de la conférence. Ces conditions expliquent par ailleurs que les coopérations les plus importantes se font avec la France (coopération dans le cadre de l’AJETS pour la formation des pilotes), le Luxembourg et les Pays-Bas (Amirauté BENELUX).

Parmi les coopérations réussies, le colonel Smets en a présenté plus particulièrement deux. La première est celle menée avec la marine des Pays-Bas dans le cadre de l’Amirauté BENELUX dont le quartier général est installé à Den Helder. Les deux marines sont totalement intégrées, même si la souveraineté de chacun des Etats est respectée pour les déploiements nationaux. La formation des équipages et le soutien opérationnel se font en commun, en Belgique (Zeebruge) pour les dragueurs de mines et au Pays-Bas (Den Helder) pour les frégates. Les équipages sont ainsi totalement interopérables, comme l’a montré l’engagement dans le cadre de l’opération Atalante.

Cette coopération a eu des effets très positifs pour la marine belge. Elle a tout d’abord permis de sauver la capacité "frégate" – actuellement, la marine belge dispose de deux navires de ce type – qui aurait probablement disparu sans elle. Elle a aussi fait de la marine belge un pôle d’excellence en matière de guerre des mines au sein de l’OTAN. Enfin, elle a créé un effet spill over lors de l’achat groupé des hélicoptères NH-90.

Dans le domaine aérien, le colonel Smets a présenté l’EATC (European Air Transport Command). Créé en 2006 par la France et l’Allemagne, l’EATC regroupe actuellement cinq pays (France, Allemagne, Pays-Bas, Belgique et Luxembourg) auxquels viendront probablement se joindre l’Italie et l’Espagne dans le futur. Chacun des pays partenaires met à disposition tout ou partie de ses moyens de transport aérien (avions et équipages) tout en conservant sa souveraineté d’emploi. Cette coopération est aussi une belle réussite qui a permis d’optimaliser les ressources, d’augmenter l’efficacité du soutien des opérations de l’Union européenne et de l’OTAN, d’améliorer l’interopérabilité des équipages et de réduire les coûts d’exploitation.

Au cours du débat, le public, composé de Suisses, s’est montré plus méfiant envers la mutualisation que les deux conférenciers. Cette attitude peut s’expliquer notamment du fait de la neutralité du pays et, sans doute aussi, en raison d’une expérience moins poussée dans ce domaine. Ce sont donc surtout les aspects négatifs de la mutualisation qui sont ressortis et ont été discutés. La mutualisation et la souveraineté ne sont-elles pas des conceptions antinomiques? Jusqu’à quel point peuvent-elles être poussées et coexister ensemble? La difficulté à définir une politique extérieure et de défense commune à 28 n’empêchera-t-elle pas tout engagement, à l’instar des exemples de la Centrafrique ou de l’emploi des battlegroups?

Pour notre part, nous pensons que si la mutualisation est indispensable pour conserver des capacités militaires en Europe, elle ne permettra pas à cette dernière de créer une véritable défense européenne efficace. D’une part, comme Christophe Réveillard, nous ne croyons pas à la pertinence d’une approche technocratique et fonctionnaliste. D’autre part, nous ne pouvons nous empêcher de comparer la situation militaire actuelle de l'Europe avec celle de la Confédération d’Ancien Régime, avec ses différentes armées cantonales, ses alliances intercantonales, ses combourgeoisies et ses défensionaux. Finalement, ce n’est qu’avec la création de la Suisse moderne en 1848, avec son pouvoir fédéral et sa politique étrangère propre, et, en 1874, la centralisation complète de la législation militaire, que la Suisse a pu mettre en place une véritable armée. (Fin)

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Mutualisation des capacités militaires en Europe (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le mercredi 30 avril dernier, MEAD Education, le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et le Centre de Politique de Sécurité de Genève se sont associé pour organiser un débat public sur le thème de la mutualisation des capacités militaires en Europe. Modéré par le Colonel EMG William Gargiullo, le débat a été précédé d’une présentation du sujet par le Général de Division Maurice de Langlois de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM) de Paris et par le Colonel breveté d’Etat-major Bruno Smets du Centre de Politique de Sécurité de Genève.

La mutualisation des capacités militaires est un thème d’actualité – le Colonel EMG Gargiullo l’a relevé. Confrontés à des réductions budgétaires massives depuis la fin de la Guerre froide et, surtout, la crise de 2008, les pays de l’OTAN et de l’Union européenne ont mis en place d’importants programmes de coopération et de mutualisation. Même si le sujet est plus sensible – neutralité oblige – en Suisse, il touche également notre pays, comme le montrent les débats relatifs à l’achat du nouvel avion de combat Gripen.

Dans sa présentation du sujet, le général de Langlois a soutenu la création d’une armée européenne, qui représente, selon lui, la seule solution si les pays européens veulent disposer de moyens militaires suffisants dans le futur. Il a également relevé qu’une telle idée n’était pas nouvelle puisqu’elle a déjà été évoquée dans les années cinquante, avec le projet de Communauté Européenne de Défense (CED) rejeté en 1954 par le Parlement français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, le général de Langlois a apporté quelques précisions bienvenues par rapport au concept de mutualisation. Celle-ci ne concerne pas seulement les équipements, elle intègre aussi les autres capacités, c’est-à-dire l’organisation, les personnels et les concepts… De plus, telle qu’elle est envisagée actuellement en Europe, la mutualisation comporte deux volets (concept de "pooling and sharing" adopté en 2010). Le pooling consiste à mettre à disposition des partenaires de l’accord des moyens de manière non-permanente. Dans ce cadre, le pays fournisseur reste souverain et peut reprendre, le cas échant, les éléments fournis. Avec le deuxième volet, le sharing, les moyens sont mis en commun entre les différents partenaires. Ceux-ci perdent donc une partie de leur indépendance. Pour le conférencier, ce sont les capacités des différents Etats qui doivent permettre la mutualisation; celle-ci ne doit donc pas représenter un oreiller de paresse.

Le général de Langlois a bien évidemment centré son exposé sur la position de la France par rapport à la mutualisation. Le Livre blanc de 2013 – et le général aussi – insiste sur l’autonomie de la défense française (maintien de la dissuasion nucléaire et de capacités permettant d’assurer la liberté d’appréciation et l’autonomie d’intervention) même si cette défense s’inscrit dans le cadre de la réintégration dans l’OTAN et de la relance de la défense européenne.

En ce qui concerne l’OTAN et son récent concept de "Smart defence", le général de Langlois a clairement exposé le refus français d’une intégration plus poussée et d’une délégation de la sécurité à l’Alliance. Ambitieuse – la Smart defence comporte 150 projets –, dominée par les Etats-Unis, disposant d’importants moyens notamment dans les domaines du renseignement, du C2 et de la défense antibalistique, l’OTAN pose un véritable problème de souveraineté pour un pays comme la France. La situation risque encore de s’aggraver dans le futur avec le concept de "nations cadres" ("Framework Nations Concept") qui sera étudié lors du sommet de l’OTAN de septembre 2014. Proposé par les Allemands et discuté une première fois lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN en octobre 2013, ce concept conduira à une spécialisation des Etats dans des domaines spécifiques de la défense.

Par rapport à l’Union européenne et à la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC), le général de Langlois a souligné la fragmentation à tous les niveaux des efforts de défense (budgets, définition des besoins et des programmes, recherche et développement…). Le problème réside dans la double absence d’une véritable politique européenne de défense et d’une conception commune de l’engagement des moyens. Sa conclusion est nette et sans appel: la mutualisation à 28 ne fonctionne pas! En revanche, de nombreux succès ont pu être réalisés dans un cadre plus restreint, entre quelques partenaires et lorsque les conditions de réussite étaient réunies (forte implication politique, scénarios d’emploi communs…): Eurocorps, accords de Lancaster House avec le Royaume-Uni (nucléaire, collaborations industrielles, force de projection commune), accords avec l’Allemagne dans le cadre du cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée… De plus, des habitudes commencent à s’installer et l’adoption en 2012 par les ministres de la Défense de l’UE d’un code de conduite visant à rechercher systématiquement la coopération avec d’autres Etats représente un grand progrès puisque onze projets sont actuellement en cours, notamment dans des domaines aussi déterminants que les drones MALE, le ravitaillement en vol ou les communications satellitaires. (A suivre)

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Débat sur la mutualisation des capacités militaires en Europe

Publié le par Dimitry Queloz

"Mutualisation des capacités militaires en Europe: risque ou opportunité pour les forces armée?"

MEAD Education, le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et le Centre de Politique de Sécurité de Genève se sont associés pour organiser le 30 avril prochain un débat public sur un thème d’actualité, la mutualisation des capacités militaires en Europe.

En raison des réductions budgétaires drastiques que connaissent les pays occidentaux, la mutualisation des moyens militaires est un thème à la mode depuis quelques années. Les initiatives visant à partager les capacités sont nombreuses en Europe et iront en s’intensifiant. Ainsi, par exemple, l’OTAN a adopté au sommet de Chicago en 2012 son concept de "smart defense" qui connaît un remarquable développement avec plus d’une trentaine de projets.

Dans ce contexte, saluons l’organisation de ce débat au cours duquel deux intervenants présenteront leurs points de vue. Le premier sera le Général de Division Maurice de Langlois, de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire (Paris) qui traitera des intérêts et des difficultés de la mutualisation et du partage des capacités. De son côté, le colonel breveté d’Etat-major Bruno Smet, du Centre de Politique de Sécurité de Genève, présentera un cas d’étude, celui de la Belgique. Le débat sera modéré par le Colonel EMG William Gargiullo, également du Centre de Politique de Sécurité de Genève.

En principe, nous assisterons au débat et vous en livrerons un compte-rendu dans le courant du mois de mai.

Le débat aura lieu le mercredi 30 avril 2014 au Centre Général Guisan à Pully. Inscriptions et informations supplémentaires sur le site MEAD Education.

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La fin du rêve européen

Publié le par Dimitry Queloz

HEISBOURG, François, La fin du rêve européen, Paris, Stock, 2013, 200 pages

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, président de l’International Institute for Strategic Studies de Londres et du Centre de politique de sécurité de Genève, est un européen convaincu. Son ouvrage sur la fin du rêve européen n’a donc pas pour but de renforcer la cause des eurosceptiques, mais, au contraire, d’établir un constat clair et sans fard de la dramatique situation actuelle de l’Union européenne afin de sauver l’Europe. La crise qui frappe cette dernière depuis 2009 n’est pas la simple conséquence de la crise américaine des subprimes, qui n’a fait que révéler les défauts intrinsèques de la construction européenne et de l’Euro. Mourant de diverses "maladies" – "fédéralisme impossible, institutions contestables, peuple introuvable, économie détestable" – l’Europe ne peut être sauvée, selon l’auteur, qu’en abandonnant la monnaie unique. Si l’opération est risquée, elle peut être réalisée avec succès de manière planifiée en profitant du répit temporaire actuel.

Si l’ouvrage traite essentiellement des questions économiques et politiques de l’Union européenne, il comprend cependant une douzaine de pages synthétiques fort intéressantes sur les questions de défense, raison pour laquelle nous lui consacrons cette fiche de lecture. Démythifiant le rêve européen, François Heisbourg commence par relativiser le rôle de la construction européenne en matière de pacification du Vieux Continent. S’il est vrai que, depuis ses débuts, la Communauté, puis l’Union européenne, ont contribué à mettre fin aux tragiques conflits et à la division qui ont touché l’Europe au cours du XXe siècle, d’autres facteurs ont aussi largement influencé l’instauration de cet "idéal de paix perpétuel" – appelé "jardin kantien" en référence au célèbre philosophe de Königsberg –, notamment le contrôle exercé par les Etats-Unis et l’OTAN ainsi que l’affrontement Est-Ouest au cours de la Guerre froide. Ensuite, l’auteur souligne que cet heureux résultat ne préjuge en rien de l’avenir. Considéré comme un acquis par la population européenne, il ne représente plus un fondement pour un projet politique commun.

François Heisbourg souligne que l’Europe est actuellement confrontée à des "ruptures stratégiques" majeures – les révolutions arabes, le retrait américain d’Europe et le redéploiement en Asie-Pacifique, le retour de la Russie en tant que puissance – qui mettront gravement à l’épreuve ce "jardin kantien" au cours des prochaines années. Or, il juge que l’Union européenne n’est pas apte à gérer les crises qui risquent de se produire, et ce pour trois raisons. Tout d’abord, il existe un grave problème institutionnel. Les institutions politiques européennes ne sont en effet pas adaptées à des situations difficiles, comme l’a bien montré la crise de l’Euro. Elles ont été conçues, selon les vœux des Pères fondateurs, Jean Monnet en tête, pour "fabriquer des normes et de la régulation", non pour prendre des décisions politiques comme le ferait un véritable gouvernement.

Ensuite, la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) ne constitue pas une réelle politique de défense européenne. Les ambitions affichées en 1999 se sont érodées, comme l’ont montré les dernières crises. Les égoïsmes nationaux ont en effet refait surface tandis que les engagements militaires ont eu lieu essentiellement dans un cadre international et non supranational et européen. Par ailleurs, le Royaume-Uni et l’Allemagne représentent davantage des facteurs de blocage que des partenaires décidés à développer une véritable défense européenne, le premier en raison de son euroscepticisme, la seconde "parce qu’elle n’aime guère la défense".

Enfin, la diminution des budgets militaires des différents Etats – moins 15% en moyenne depuis la crise – conduit à une réduction drastique des moyens. La plupart des pays ne disposent plus désormais que de capacités militaires très limitées. Si la tendance actuelle se poursuit, même la France et le Royaume-Uni, les deux principales puissances militaires en Europe, ne seront plus en mesure de remplir l’ensemble du spectre des opérations dans une vingtaine d’années.

Le constat de François Heisbourg n’est pas très optimiste, mais correspond bien à la réalité. L’Europe est à un tournant de son histoire dans les domaines politique, économique et militaire. Si elle se montre incapable de trouver des solutions à la crise actuelle dans ces trois domaines, elle risque fort, après avoir dominé le monde durant quatre siècles, de sortir de l’histoire et de devenir un acteur secondaire du monde multipolaire en train de se mettre en place.

(© blogdefense.overblog.com)

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A propos de Flottes de combat (4 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Marine nationale: maintien qualitatif et recul quantitatif

Malgré une modernisation lente et incomplète de ses moyens en raison des restrictions budgétaires, la Marine nationale a réussi, jusqu'à présent, à conserver un savoir-faire de haut niveau dans un très large spectre de compétences et elle n'a pas (encore?) été touchée par des ruptures capacitaires, comme l'ont montré les engagements de ces dernières années, en Afghanistan, en Libye et dans l’océan Indien notamment. Ces résultats, uniques en Europe, sont la conséquence de choix politiques et conceptuels appropriés, d’un savoir-faire technologique et industriel national de pointe et de l’expérience des équipages et des états-majors.

La France est ainsi l’un des rares pays à être autonome en matière de dissuasion nucléaire grâce à ses SNLE entièrement réalisés par l’industrie nationale.

En ce qui concerne les capacités de projection de forces et de puissance, la Marine nationale se situe également dans le peloton de tête. Elle est en effet la seule flotte au monde, en dehors de celle des Etats-Unis, capable de mettre en œuvre un groupe aéronaval comprenant des avions à hautes performances. En dépit de ses défauts et des difficultés de mise au point dont tout le monde se souvient, le Charles-de-Gaulle permet d’engager la plupart des moyens aériens de conduite et de combat nécessaires dans le cadre d’une guerre moderne, notamment des Hawkeye et des Rafale, dont le standard F3 se caractérise par sa très grande polyvalence. Notons que le groupe aéronaval est protégé par les nouveaux navires anti-aériens de la classe Horizon dont le système de missiles Aster 30, extrêmement performant, pourrait servir de base à un système de Défense AntiMissile Balistique (DAMB) européen de théâtre.

De leur côté, les capacités de frappe dans la profondeur ont été accrues au cours de ces dernières années par l'acquisition de missiles de croisière, déclinés en deux versions. Le SCALP EG (air-sol) équipe déjà les Rafale, tandis que le Missile de Croisière Naval (MdCN) (mer-sol) armera les Frégates Multi-Missions (FREMM), qui commenceront prochainement à entrer en service, et les futurs SNA de la classe Barracuda.

Enfin, le concept de Bâtiments de Projection et de Commandement (BPC) s’est avéré particulièrement réussi. Disposant d’infrastructures de commandement, capables d’embarquer plus d’une quinzaine d’hélicoptères, des troupes et de nombreux véhicules, équipés d’un radier pour les opérations amphibies, ces navires ont joué un rôle majeur dans les engagements en Libye. Lors de l’opération Harmattan, les BPC ont notamment permis le déploiement des hélicoptères de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) - parmi eux, des Tigre. Tout récemment, au cours de l’opération Serval, le BPC Dixmude a transporté de Toulon à Dakar 500 hommes et 140 véhicules en une semaine, apportant ainsi une précieuse contribution à la projection des forces terrestres au Mali.

Cette situation, favorable au point de vue qualitatif, est cependant précaire. Tout d'abord, comme nous l'avons déjà relevé, la modernisation des moyens a pris du retard et nombre de matériels sont maintenant hors d'âge. De plus, la Royale est touchée par un net recul quantitatif amorcé depuis une décennie, accentué par la crise de 2008 et confirmé par le Livre blanc publié le 29 avril dernier. Elle est ainsi passée de 360'000 tonnes à 304'000. Le nombre d'unité a suivi le même chemin, sauf pour les sous-marins nucléaires, et la réduction se poursuivra au cours des prochaines années. La construction d'un second porte-avions a ainsi été abandonnée. Le nombre des frégates de premier rang, épine dorsale de la flotte, sera réduit à 15 à l'horizon 2020. Le programme FREMM est particulièrement touché. Alors qu'il prévoyait 17 unités au départ, seulement 8 d'entre elles seront vraisemblablement construites. Ce nombre de 15 navires de premier rang doit être comparé avec les 21 prévues dans le Livre blanc de 2008. Comme le souligne par ailleurs un article de Mer et marine, les 5 Lafayette ont été reclassées en frégates de premier rang depuis cette date, ce qui fait que, selon les standards de 2008, la flotte de 2020 n'aura en réalité, et selon l'hypothèse la plus pessimiste, plus que 10 frégates de premier rang (2 Horizon et 8 FREMM). Un autre sacrifice important vient également d'être annoncé, celui du quatrième BPC. Enfin, le nombre de patrouilleurs sera aussi divisé par deux par rapport à 2008 puisqu'il sera d'une quinzaine en 2020. Des effectifs aussi bas risquent fort de mettre en péril l'accomplissement de certaines missions, surtout dans la durée. A l'instar de la Royal Navy, la Marine nationale ne pourra plus mener deux opérations d'une certaine importance en même temps et la coopération avec les autres flottes européennes sera encore plus nécessaires qu'actuellement, avec tous les problèmes politiques que cela comporte.

La Marine nationale n'est cependant peut-être pas encore au bout de ses peines. La réduction des effectifs et la diminution du nombre de jours de mer pour les navires pourraient avoir un impact sur le savoir-faire des équipages et des états-majors. De plus, la Loi de programmation militaire n'est pas encore élaborée et les moyens prévus actuellement pourraient être diminués. La crise économique n'est pas terminée et de nouvelles mesures de rigueur pourraient être prises. L'expérience montre par ailleurs que la loi n'est pas respectée au cours de la période d'application, ce qui laisse supposer encore de probables coupes budgétaires dans le futur. (Fin)

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