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Articles avec #fiches de lecture tag

Morat (1476). L’indépendance des cantons suisses

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, Morat (1476). L’indépendance des cantons suisses, Paris, Economica, 2009, 96 pages

Cet ouvrage de l’historien militaire Pierre Streit, directeur scientifique du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), est publié dans la collection Campagnes & Stratégies. Ayant pour ambition de faire (re)découvrir les batailles de l’histoire, celle-ci s’inscrit dans le cadre de l’"histoire des batailles", un courant historique relativement récent dont l’un des chefs de file est Laurent Henninger. Ce courant a la volonté de réhabiliter l’étude des campagnes, des batailles et des combats, notamment dans leurs aspects opérationnels et tactiques.

De petite taille – donc lu rapidement –, le livre de Pierre Streit est synthétique, bien construit et aborde de nombreux aspects différents de la bataille de Morat: géopolitiques, stratégiques, tactiques, artistiques... Il comprend également un très intéressant cahier d’illustrations et de cartes, ces dernières permettant de mieux comprendre la géographie du théâtre des opérations et la situation tactique de la bataille. Notons encore la présentation critique des sources, ainsi que le bref chapitre sur "Morat dans l’histoire et l’histoire militaire suisses".

La victoire de Morat représente une "étape décisive dans le développement politique et territorial de la Confédération suisse". Tout d’abord, la Paix perpétuelle signée en 1474 avec l’Autriche dans le cadre des négociations diplomatiques complexes de cette période marque la fin de deux siècles de guerres entre les signataires, ainsi que la reconnaissance de facto, par les Habsbourg, de la Confédération. Ensuite, cette dernière n’est désormais plus dominée par les cantons campagnards de la Suisse primitive dont l’intérêt géopolitique principal se situe sur l’axe du Gothard. Fribourg et Soleure, deux cantons-villes, entre dans la Confédération, tandis que commence la conquête du Pays de Vaud, qui se terminera en 1536, et qui représente le début de la constitution d’un territoire qui deviendra la Suisse romande.

En ce qui concerne plus particulièrement les aspects militaires, nous retiendrons le fait que le système qui est sorti vainqueur de la bataille est celui qui est le plus archaïque. En effet, l’armée du duc de Bourgogne est souvent considérée par les historiens comme la plus moderne de son temps, avec ses compagnies d’ordonnance, ses mercenaires Italiens et Anglais, son artillerie puissante et nombreuse, sa cavalerie. De l’autre côté, l’armée des Confédérés repose essentiellement sur une infanterie composée de piquiers et de hallebardiers peu protégés. La cavalerie est presque inexistante et l’artillerie peu nombreuse. Ce n’est donc pas la supériorité technique qui détermine l’issue de la bataille. D’autres facteurs ont joué un rôle bien plus important: le renseignement, la surprise, la fidélité des troupes et la volonté de se battre…

La victoire de Morat – selon l’auteur la bataille la plus célèbre de l’histoire suisse – est un événement d’importance capitale pour l’Europe de la fin du XVe siècle. Bataille décisive des guerres de Bourgogne, elle met fin à la puissance du Grand Duc d’Occident et à ses rêves de reconstituer l’ancienne Lotharingie, entre Royaume de France et Saint-Empire. Elle s’inscrit par ailleurs dans l’histoire longue de l’Europe, puisqu’elle représente un épisode marquant de la lutte entre France et Allemagne, commencée au milieu du IXe siècle, avec le partage de l’Empire de Charlemagne à la mort de Louis-le-Pieux, et terminée en 1945, date qui marque la fin de la longue lutte franco-allemande.

L’ouvrage a été réédité au début de cette année.

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Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (1)

Nouvelles interprétations de la bataille de Grandson (2 et fin)

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La pensée militaire prussienne

Publié le par Dimitry Queloz

LANGENDORF, Jean-Jacques, La pensée militaire prussienne. Etudes de Frédéric le Grand à Schlieffen, Paris, Economica, 2012, 622 pages

Cet ouvrage, publié en collaboration avec le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), la Commission Française d’Histoire Militaire (CFHM) et l’Institut de Stratégie Comparée (ISC), regroupe 28 articles de l’historien militaire Jean-Jacques Langendorf, pour beaucoup inédits ou publiés pour la première fois en français. Dès lors, il propose une grande diversité de thèmes (histoire de la marine prussienne ou de la presse militaire, études biographiques, comparaisons entre les pensées de plusieurs auteurs…) et nous fait (re)découvrir de nombreux penseurs militaires, dont certains "sont tombés dans les oubliettes de l’histoire" comme Georg Heinrich von Berenhorst, Adam Heinrich Dietrich von Bülow, Ernst von Pfuel ou Rühle von Lilienstern. Ce recueil est donc particulièrement le bienvenu, surtout pour les lecteurs francophones. Hervé Coutau-Bégarie le qualifie de "digne complément d’After Clausewitz d’Echevarria sur la pensée militaire allemande de 1871 à 1918".

En dépit de cette diversité, plusieurs axes se dégagent de l’ouvrage. Le premier est l’importance, tant qualitative que quantitative, de la pensée militaire prussienne au cours du premier tiers du XIXe siècle. Ce foisonnement intellectuel est l'œuvre de personnages marquants, traumatisés par l'humiliante défaite de 1806 et s'interrogeant sur les nouvelles pratiques militaires des guerres de la Révolution et de l’Empire. Il s'inscrit cependant aussi dans un cadre philosophique plus général, avec notamment l'influence du romantisme, du piétisme et de la philosophie de Hegel. Un deuxième axe du livre est constitué par le développement d’un courant de pensée qui conduit au plus grand penseur contemporain, Clausewitz, dont l'œuvre est élaborée à froid, après réflexion, contrairement aux écrits de certains de ses précurseurs (Ernst von Pfuel, Johann Friedrich Constantin von Lossau). Ce courant "clausewitzien" s'oppose à un autre courant, plus dogmatique et simpliste, inspiré de Jomini et de Bülow, dont le représentant le plus exemplaire est Willisen. A propos de Clausewitz, notons encore que Jean-Jacques Langendorf nous donne ici de très intéressants compléments par rapport aux grandes études publiées à son sujet – voir notamment "Clausewitz et la Suisse", "Clausewitz et la Vendée", "Schleiermacher, un inspirateur de Clausewitz?" et "Clausewitz, Paris 1814: la première traduction; l'unique étude signée".

Face à ce livre, nous sommes comme Madame de Sévigné devant son panier de cerises. Cependant, devant faire des choix, nous nous limiterons à parler plus particulièrement de deux articles qui concernent directement la Suisse.

Le premier est celui consacré au général Ernst von Pfuel. Outre son action militaire au cours des guerres napoléoniennes, Pfuel joue un rôle politique important dans la Prusse du premier XIXe siècle. Libéral, il se montre très habile dans des missions délicates, notamment lors de l’occupation de Paris après la défaite de l’Empereur ou en tant que premier commandant de Cologne en 1830. Commissaire du roi de Prusse à Neuchâtel au moment de la révolution de 1831, qu’il réprime avec succès, puis gouverneur jusqu’en 1849, il ne se montre pourtant pas attaché à la conservation de cette lointaine possession. Au cours de l’Affaire de Neuchâtel en 1856-1857, il est opposé à une intervention militaire qu’il considère par ailleurs comme hasardeuse en raison des insuffisances de l’armée prussienne et de la volonté de défense suisse. Les écrits de Pfuel sont relativement peu nombreux, mais fort intéressants. Passionné de sport (escrime, natation et patinage qu’il pratique avec une grande maîtrise jusque dans les dernières années de sa vie), il compare l’escrime et la guerre et parle de cette dernière en termes très proches de ceux de Clausewitz dont il est, nous l'avons dit, un précurseur (guerre conçue comme un duel, force de la défensive, importance des forces morales…).

Le second article, "Clausewitz et la Suisse" – Clausewitz a séjourné en Suisse et y a fréquenté Madame de Staël et Heinrich Pestalozzi – , s’intéresse plus spécifiquement à la guerre en montagne. Le penseur prussien étudie cette question dans deux de ses œuvres: Die Feldzüge von 1799 in Italien und der Schweiz et Vom Kriege. Contrairement à nombre de ses contemporains victimes d’un "fétichisme des Alpes", il en déduit que la possession des régions alpines ne permet pas de contrôler les plaines environnantes, que la défensive en montagne n’est avantageuse qu’au niveau tactique et que la bataille décisive ne peut avoir lieu qu’en plaine. Jean-Jacques Langendorf pose une question intéressante en se demandant dans quelle mesure Clausewitz a influencé la pensée militaire suisse du XIXe siècle dont les conceptions en matière de guerre en montagne et de réduit alpin présentent de fréquentes analogies avec celles du Prussien. Il ne peut malheureusement donner qu’une ébauche de réponse, la question n’ayant pas été traitée de manière approfondie jusqu'à présent.

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Thatcher. La Dame de fer

Publié le par Dimitry Queloz

LERUEZ, Jacques, Thatcher. La Dame de fer, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 244 pages

Cette biographie de Margareth Thatcher est à la fois courte et de grande qualité. Ecrite par un spécialiste du monde politique britannique, elle donne de manière synthétique un "portrait contrasté" de la Dame de fer et de sa politique, qui change de ce que l’on peut lire habituellement, que ce soit en bien ou, surtout, en mal. C’est que Margareth Thatcher "admirée par certains, détestée par d’autres, rarement aimée (…) ne laissa personne indifférent".

Premier ministre pendant près de douze ans, de 1979 à 1990, Margareth Thatcher transforme profondément le Royaume-Uni, économiquement, politiquement et socialement. La longueur de son action politique, sa personnalité et ses idées marquent le pays comme aucun autre politicien ne l’a fait depuis Winston Churchill, qu’elle admire. Cette influence se prolonge durant les mandats de ses successeurs et continue, de nos jours encore, à marquer les esprits, au Royaume-Uni comme à l’étranger.

L’ouvrage comprend une introduction sur le thatchérisme et trois parties, dont les deux premières sont consacrées à l’ascension politique de Margareth Thatcher, à sa manière de conduire le gouvernement et à son action économique et sociale en tant que Premier ministre. La troisième partie, qui nous intéresse davantage ici, traite de la politique extérieure.

Margareth Thatcher inscrit sa politique étrangère dans le cadre de la "relation spéciale" avec les Etats-Unis, qui est facilitée par la proximité idéologique qu’elle entretient avec le présent Ronald Reagan. Cette entente est cependant entachée par quelques épisodes – invasion de la Grenade, embargo sur certaines technologies au cours de la construction du gazoduc entre l’Europe et l’URSS – durant lesquels Margareth Thatcher s’oppose avec fermeté à la politique américaine. Les relations avec les membres du Commonwealth ne sont pas toujours simples, même si la résolution – hélas provisoire – du problème rhodésien en 1981 représente une grande réussite. En effet, le problème de l’apartheid en Afrique du Sud mine la politique britannique à l’égard de l’association car Margareth Thatcher ne veut pas aller aussi loin que ses autres partenaires dans la condamnation du régime de Pretoria, tout comme la Communauté européenne d’ailleurs.

En matière de politique de défense, la Dame de fer se montre particulièrement ferme. Arrivée au pouvoir au moment où les relations avec l’URSS se durcissent en raison de la crise des euromissiles et de l’invasion de l’Afghanistan, Margareth Thatcher soutient l’installation des missiles de croisière et des Pershing II en Europe, augmentent les dépenses militaires et modernise la force de frappe britannique avec le remplacement des missiles Polaris par des Trident II et l’acquisition de nouveaux SNLE. Cependant, elle se montre ouverte à la discussion avec Mikhaïl Gorbatchev en qui elle distingue rapidement un partenaire fiable. La guerre des Falkland, qu’elle dirige avec une énergie et une ténacité particulières, conduit également au renforcement de l’effort militaire. Les conclusions du Livre blanc de 1981, qui prévoyait le retrait du service de deux porte-aéronefs pour des raisons économiques, sont invalidées et la Royal Navy sort finalement renforcée, ce qui permet le déploiement d’une flotte importante au cours de la première guerre du Golfe.

Le chapitre sur les relations avec la Communauté européenne est également très intéressant. Il montre la compatibilité de la construction européenne d’alors avec l’idéologie et la politique thatchériennes, même si la mise en place du Marché unique soulève pour la Grande-Bretagne des difficultés en matière d’ouverture de marché vers l’extérieur, de libre circulation des personnes et d’harmonisation fiscale et que Margareth Thatcher s’oppose à toute idée de monnaie unique. Margareth Thatcher se montre par ailleurs très favorable à la Coopération Politique Européenne (CPE) – instituée en 1969, elle a pour but d’harmoniser la politique extérieure des pays de la Communauté européenne – et contribue largement à son succès. En revanche, sa position atlantiste freine les efforts en matière de défense européenne.

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La puissance ou l'influence?

Publié le par Dimitry Queloz

VAISSE, Maurice, La puissance ou l’influence? La France dans le monde depuis 1958, Paris, Fayard, 2009, 650 pages

Avec cet ouvrage, Maurice Vaïsse, professeur à Sciences Po et directeur de la publication des Documents diplomatiques français (série des années 1960), nous offre une remarquable synthèse sur la politique extérieure de la France sous la Ve République. L’auteur structure son livre en neuf chapitres thématiques et adopte pour chacun d’eux une approche chronologique. Cette manière de faire présente l’avantage de bien saisir, dans le temps et pour chacun des thèmes, l’évolution des différentes politiques des gouvernements qui se sont succédé depuis le retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. En contrepartie, le lecteur aura un peu de peine à se faire une idée précise de la politique extérieure de la France dans son ensemble sous un gouvernement particulier.

Le premier chapitre est consacré aux acteurs et aux institutions: président et ses conseillers directs, ministre des Affaires étrangères et son directeur de cabinet, secrétaire général du Quai d’Orsay, administration du ministère, ambassadeurs, autres ministères (de la Culture, de l’Economie, de la Coopération et du Développement, de la Francophonie…). Maurice Vaïsse nous en montre toute la complexité, ainsi que les adaptations qui ont lieu au fil du temps, notamment en raison de la construction européenne qui conduit nombre de ministères à des coopérations directes avec Bruxelles.

En dépit de la multiplicité des acteurs, la politique extérieure de la France sous la Ve République est largement conduite par le président de la République. Cette concentration élyséenne est voulue par le général de Gaulle au moment de la mise en place des institutions. Elle est par ailleurs renforcée par le fait que le président est le chef des armées et qu’il décide, le cas échéant, de l’emploi de l’arme nucléaire. Les politiques extérieure et de défense sont donc ainsi largement liées et se caractérisent par la volonté d’indépendance, notamment par rapport aux Etats-Unis et à l’OTAN, un engagement géographique régionalement marqué (Proche- et Moyen-Orient, Afrique), la recherche d’une certaine entente avec l’URSS puis la Russie.

Pour Maurice Vaïsse, la politique étrangère de la France présente une remarquable continuité malgré les changements politiques. Même l’arrivée au pouvoir de la gauche en 1981 ne conduit pas à des modifications radicales. Les grandes orientations définies par le général de Gaulle sont, en fin de compte, toujours reprises par ses successeurs. Une d'entre elles est le "choix de l’Europe", voulu par de Gaulle – ce choix n’était cependant pas acquis au moment de son retour au pouvoir en 1958 – et qui s'inscrit dans la ligne politique de la IVe République. Dans cette politique européenne, le couple franco-allemand constitue l’axe principal, en dépit des hauts et des bas dans les relations entre les deux pays. La politique européenne – tout comme la diplomatie multilatérale, traitée dans le huitième chapitre – sert en partie à contrebalancer la perte de puissance de la France. D’une part, elle vise à un certain contrôle de l’Allemagne. D’autre part, elle donne à la France une capacité d’influence supérieure à ses seules possibilités, l’Europe représentant un levier diplomatique permettant de peser davantage sur la scène internationale.

Terminons cette trop brève présentation d’un riche ouvrage en mentionnant encore une des particularités de la politique étrangère française: la diplomatie culturelle (dernier chapitre de l’ouvrage). Riche d’un important patrimoine culturel et ancienne puissance coloniale, la France fait d’importants efforts dans le monde entier pour défendre et promouvoir la langue et la culture françaises, notamment contre l’influence anglo-saxonne.

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Bréviaire stratégique

Publié le par Dimitry Queloz

COUTAU-BEGARIE, Hervé, Bréviaire stratégique, Paris, Argos, 2013, 112 pages

Cet ouvrage posthume d’Hervé Coutau-Bégarie, malheureusement décédé en février 2012, est tout simplement excellent! Il représente la synthèse de plusieurs décennies de recherches et d’intenses réflexions et nous livre en quelque nonante (ou quatre-vingt-dix) pages et 555 aphorismes "tout le jus" de la stratégie. Ecrit d’une manière claire et concise, dans un langage accessible au profane, il constitue la meilleure synthèse que nous ayons lue jusqu’à présent et un préalable à la lecture d’ouvrages plus développés.

Le livre n’est cependant pas une simple synthèse de l’histoire de la théorie et de la pensée stratégique. Il est aussi une réflexion personnelle, une expression de la conception "bégarienne" de la stratégie. A ce titre, il mériterait une étude poussée pour comprendre la pensée d’un des plus grands stratégistes contemporains.

Après un remarquable avant-propos d’Olivier Zajec, Hervé Coutau-Bégarie aborde, en dix chapitres, l’ensemble du champ stratégique: définition; stratégie en tant que science et en tant qu’art; méthode et principes; influences culturelles; stratégies nucléaire, maritime et aérienne; qualités du stratège (ce dernier chapitre étant d’un intérêt tout particulier).

Il ne saurait être question de présenter ici l’ensemble du contenu de ce livre si riche. Nous nous contenterons de nous arrêter brièvement sur deux points fondamentaux, hélas trop souvent oubliés de nos jours dans les débats relatifs aux questions de défense.

Hervé Coutau-Bégarie insiste sur les "deux dimensions" de la stratégie: la "matérielle" et l’"intellectuelle". Complémentaires (la réflexion permet un emploi judicieux des moyens), elles ne sauraient être opposées l’une à l’autre. Si la dimension matérielle "tend à devenir prépondérante à l’époque contemporaine avec l’industrialisation de la guerre, le progrès technique et la mobilisation totale", elle n’en est "pas pour autant exclusive" et la "supériorité matérielle peut être, au moins partiellement, neutralisée ou contournée par des stratégies alternatives (guerre révolutionnaire; techno-guérilla; déception…)". Il faut donc se méfier des conceptions techno-centrées, d’autant que les facteurs culturels, sociologiques et sociétaux influencent également l’efficacité des armées: "Des armes ou des tactiques ne sont pleinement efficaces que si elles s’intègrent dans des institutions aptes à les recevoir et à les pratiquer." D’un autre côté, la dimension matérielle ne doit pas être négligée non plus. L’aspect quantitatif a son importance: "Il n’y a pas de stratégie sans moyens." Dans un contexte de diminution des dépenses militaires, "le choix des programmes d’armement devient la décision centrale de toute politique de défense".

Le deuxième point concerne la "spécificité de la stratégie". Pour Hervé Coutau-Bégarie, la stratégie ne doit pas être confondue avec l’économie, la politique ou le droit. De plus, elle ne doit pas être reléguée au second plan par rapport à ces domaines: en stratégie, "une trop grande attention portée aux aspects politiques, économiques ou sociaux peut conduire à une perte d’efficacité militaire". La stratégie, dans son essence, est directement liée à la guerre et le concept ne doit pas être globalisé, en dépit de l’interdépendance des problèmes. "Les problèmes d’environnement ou de sécurité sociétale sont fondamentalement politique, la tentative d’en faire les composantes d’une stratégie de sécurité globale est totalement dépourvue de signification. Même si les problèmes sociaux sont aujourd’hui étroitement interdépendants les uns des autres, les catégories n’ont pas pour autant disparu." En conclusion, la guerre n’est pas totalement morte et "la volonté de nier le conflit découle d’une préférence idéologique plus que d’une analyse objective de la société internationale".

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