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Articles avec #fiches de lecture tag

De la guerre

Publié le par Dimitry Queloz

LYNN, John, De la guerre. Une histoire du combat des origines à nos jours, Paris, Tallandier, 2006, 603 pages

Cet ouvrage de John Lynn, professeur à l'université de l'Illinois et spécialiste de l'armée français du Grand Siècle, est une réponse au livre de Victor Davis Hanson, Carnage et Culture, dont nous avons présenté la thèse dans un précédent article. Lynn fonde ainsi un troisième courant historiographique de l'histoire militaire culturelle. Celui développé par Hanson a vu de prestigieux historiens militaires anglo-saxons lui apporter leur caution, comme John Keegan et Geoffrey Parker. De son côté, l'Israélien Azar Gat a proposé une autre interprétation dans une série de livres consacrés à l'évolution de la théorie militaire depuis les Lumières, en présentant nombre de théoriciens militaires des trois derniers siècles dans leur cadre culturel propre. Cette approche présente certaines similarités avec celle de Lynn qui, cependant, apporte un élément méthodologique nouveau emprunté aux concepts de l'histoire culturelle.

La méthode de Lynn repose sur deux piliers majeurs. Premièrement, un rejet du déterminisme technologique. Pour l'auteur, les révolutions technologiques sont peu nombreuses dans l'histoire. Contrairement à certains militaires contemporains qui croient en la suprématie absolue des forces matérielles, il affirme que "le choix, l'intégration et l'exploitation de nouvelles armes restent pour l'essentiel une tâche conceptuelle. L'aptitude à profiter au maximum d'une nouvelle technologie dépend beaucoup de la culture civile, c'est-à-dire des valeurs religieuses et sociopolitiques."

Ensuite, l'approche culturelle de Lynn distingue la "réalité de la guerre" du "discours sur la guerre". La première est en effet fréquemment très différente de la représentation que l'on en a dans une société. Cette représentation, qui a souvent tendance à présenter la guerre sous une forme idéalisée, n'est par ailleurs pas uniforme et varie en fonction des catégories sociales. Elle évolue également dans le temps, avec des adaptations à l'évolution de la réalité. De plus, le discours façonne la guerre dans le sens où il lui impose un cadre juridique et moral. Dès lors qu'il existe des différences entre la guerre réelle et ses conventions, la guerre peut totalement changer de forme, généralement en devenant plus extrême.

A travers les neufs chapitres de son ouvrage qui explorent les âges et les continents, Lynn nous propose une très grande diversité de conceptions de la guerre. Il ne saurait donc pour lui être question de distinguer une forme de guerre occidentale spécifique qui s'opposerait à toutes les autres formes de guerre. Pour Lynn, il n'existe pas de "modèle aussi parfait qu'inexistant, mais des modes différenciés de combats, tributaires des valeurs constitutives de chaque civilisation, adaptés aux réalités et aux idéaux de chaque société".

(© blogdefense.overblog.com)

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L'utilité de la force

Publié le par Dimitry Queloz

SMITH, Rupert, L'utilité de la force. L'art de la guerre aujourd'hui, Paris, Economica, 2007, 395 pages

Le général Sir Rupert Smith est un des officiers généraux les plus expérimentés en Europe. Après avoir servi dans diverses régions du monde, notamment en Afrique, dans les Caraïbes et en Europe, il a commandé la division britannique pendant la première guerre du Golfe (1990-1991), les forces des Nations Unies en Bosnie en 1995, puis les troupes britanniques en Irlande du Nord (1996-1998), avant de devenir le commandant en second de l'OTAN en Europe (DSACEUR), poste qu'il a occupé jusqu'en 2001, moment de son départ en retraite.

L'ouvrage du général Smith est le fruit de sa longue expérience militaire. Dans son avant-propos, il avoue avoir eu besoin de quarante-trois années - soit quarante de vie militaire et trois de réflexion et d'écriture - pour le réaliser.

La thèse de l'auteur est originale et radicale. Elle apporte une vision nouvelle de la guerre, des conflits et de l'emploi de la force militaire d'aujourd'hui. Elle préconise une restructuration complète des armées et une redéfinition des doctrines stratégiques et tactiques des forces occidentales.

Selon le général Smith, la "guerre industrielle", qui a marqué les XIXe et XXe siècles, n'existe plus. Dans cette forme de guerre, les Etats-nations s'affrontaient en utilisant des armées de masse fournies par la conscription et équipées de matériels lourds (artillerie, à laquelle sont venus s'ajouter les chars et les avions). Le but était de briser la volonté de l'adversaire en détruisant ses forces par la bataille. Une nouvelle forme de guerre a succédé à la "guerre industrielle", la "guerre au sein des populations". Celle-ci a pour enjeu l'adhésion de la population locale à un projet politique sous-tendu par une vision éthique spécifique. Les moyens et les tactiques de la "guerre industrielle" ne sont pas adaptés et leur emploi est, le plus souvent, contre-productif. Les adversaires sont généralement invisibles, cachés parmi les populations, et il s'agit de lutter contre leur influence sur celles-ci. Cette lutte est souvent très longue et fait appel à un large spectre de moyens et d'engagements militaro-civils dans lesquels la force ne représente qu'une des nombreuses composantes. Dans cette guerre où chacun cherche à conquérir le cœur des individus, les médias et l'opinion publique jouent un rôle fondamental.

Depuis sa parution, l'ouvrage du général Smith a fait couler beaucoup d'encre. Nous n'avons pas l'intention de présenter ici une synthèse des critiques et des commentaires sur le sujet. Nous nous limiterons à la présentation de trois éléments de réflexion et nous invitons le lecteur à les poursuivre.

L'étude historique menée par le général Smith manque de profondeur. Elle sépare d'une manière trop radicale dans le temps les deux formes de guerre, comme si elles n'avaient jamais coexisté en même temps. Il s'agit là d'une erreur. En effet, au cours des deux derniers siècles, les armées occidentales n'ont pas seulement eu à mener des "guerres industrielles", elles ont également été confrontées à des guerres "au sein des populations" (armées françaises du Consulat et de l'Empire en Suisse et en Espagne, guerres coloniales, occupations allemandes durant la Seconde Guerre mondiale...). De plus, dans les dernières décennies, les "guerres industrielles" n'ont pas disparu, même si elles sont relativement plus rares et moins importantes en intensité que par le passé. On peut notamment citer la guerre des Malouines (1982), la guerre du Golfe de 1991 et l'invasion de l'Irak en 2003. Si l'on regarde d'un peu plus près, la "guerre au sein des populations" succède fréquemment à la "guerre industrielle" - même si cela n'est pas absolu. Elle représente souvent une deuxième phase, celle d'occupation, une fois l'adversaire vaincu militairement.

Dans le concept de "guerre au sein des populations", l'occupant cherche à imposer un projet politique basé sur ses propres conceptions juridiques, politiques et culturelles. Il n'y a ici, en fait, rien de nouveau, si ce n'est peut-être dans la méthode. Celle-ci fait largement appel aux conceptions éthiques occidentales et au respect du droit international. Ces deux derniers éléments sont des produits culturels qui ne sont pas forcément admis universellement. Dès lors, sont-ils suffisants pour faire admettre le projet politique de l'occupant, qui, lui aussi, est généralement contraire aux aspirations des populations occupées? Il est permis d'en douter.

Enfin, la "guerre au sein des populations" est liée à la désintégration des Etats - Etats vaincus militairement ou "faillis" - et à l'asymétrie des moyens militaires - les armées occidentales disposent d'une supériorité quantitative et qualitative qui permet une occupation rapide et contraint les populations occupées à se battre d'une manière non-classique. Ces deux éléments se retrouveront-ils toujours à l'avenir. Ce n'est pas sûr. Tout d'abord, de puissants Etats(-nations) sont en train d'émerger. S'il devait y avoir des conflits avec eux, le concept de "guerre au sein des populations" serait-il encore approprié? N'en reviendrait-on pas à la "guerre industrielle"? Quant à la supériorité quantitative et qualitative des armées occidentales, elle est largement en train de s'éroder du fait des coupes budgétaires massives en Europe et de l'augmentation des dépenses dans certaines régions du monde. Terminons en mentionnant que la guerre est également en train de connaître une évolution importante par l'emploi des drones, qui permet un désengagement au sol et une discrétion qui conduisent à un désintérêt médiatique.

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Fritz Gertsch, enfant terrible du corps des instructeurs

Publié le par Dimitry Queloz

RIEDER, David, Fritz Gertsch. Enfant terrible des schweizerischen Offizierskorps, Zurich, Orell Füssli, 2009, 480 pages

Né en 1862, Fritz Gertsch devient chapelier, comme son père. Officier d’infanterie, il entre dans le corps des instructeurs en 1886. Sa personnalité et ses idées en font l’enfant terrible de ce corps et finissent par mettre un terme à une carrière militaire particulièrement mouvementée. Dès 1902, cette dernière est déjà compromise en raison des problèmes rencontrés dans le cadre de son commandement de l’Ecole de recrues d’infanterie III/1. En 1910, Gertsch est relevé du commandement de la 6e Brigade d’infanterie et, l’année suivante, il doit abandonner son métier d’instructeur. Après un "retour en grâce" en 1917, année où il est nommé à la tête de la 3e Division, il doit renoncer à son commandement deux ans plus tard. Il meurt en 1938, isolé et totalement démuni.

Ecrivain et polémiste, Gertsch est l’acteur principal, mais anonyme, de l’affaire de l’hydre en 1903-1905. Celle-ci représente l’ultime épisode de l’opposition entre deux conceptions de l’armée apparues au sein du corps des officiers à la fin des années 1880 et voulant chacune améliorer à sa manière l’organisation militaire et l’instruction des troupes. D’un côté, les partisans de la "voie nationale" désirent une centralisation complète de l’armée. Leur conception républicaine-démocratique est basée sur le principe du citoyen-soldat, l’intégration de la landwehr et le refus d’un style de conduite prussien. Les membres de ce courant sont principalement issus de l’administration militaire et entretiennent des liens étroits avec le parti radical argovien. De l’autre côté, les adeptes de la "nouvelle voie" se regroupent autour du futur général Wille. Dans leurs rangs se trouvent principalement de jeunes instructeurs et quelques commandants des grandes unités. Ils désirent avant tout améliorer l’instruction (allongement de la durée des écoles de recrues et cours de répétition annuels) et l’organisation des troupes (armée de campagne exclusivement composée des troupes de l’élite).

Cette opposition idéologique se double d’un conflit entre personnes. D’une part, Wille n’attire pas que des sympathies, même parmi ceux qui partagent ses idées. D’autre part, Gertsch lance sa campagne de critiques également dans le but de détourner l’attention sur ses propres ennuis et mettre en difficulté le chef d’arme de l’infanterie, le divisionnaire Hungerbühler, qui a ordonné des enquêtes contre lui.

L’affaire commence avec la publication d’un article anonyme dans le Züricher Post qui attaque violemment plusieurs chefs de service du Département militaire fédéral, en les accusant de corruption et en qualifiant l’administration militaire d’"hydre bureaucratique" - l'expression donne son nom à l’affaire. En raison des succès obtenus, Gertsch et son acolyte Richard poursuivent leurs attaques et visent l’Etat-major général et son chef, le divisionnaire Keller, que Gertsch déteste, notamment en raison des mauvaises appréciations reçues pendant son passage dans le corps des officiers EMG.

A la fin de l’affaire, l’administration militaire fédérale est décapitée et le chef de l’Etat-major général a démissionné. Les partisans de la "nouvelle voie" peuvent occuper les principaux postes du Département militaire et réformer l’armée en fonction de leurs conceptions propres. Leur victoire n’est cependant pas totale : la loi sur l’organisation militaire de 1907 est un compromis qui ne reprend que partiellement leurs idées.

La thèse dont est issu cet ouvrage a reçu le prix 2009 de l’Association Suisse d’Histoire et de Sciences Militaires (ASHSM).

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Ferdinand Lecomte et la guerre de Sécession

Publié le par Dimitry Queloz

AUBERSON, David, Ferdinand Lecomte, 1826-1899. Un Vaudois témoin de la guerre de Sécession, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 2012, 230 pages

Personnalité étonnante du canton de Vaud de la deuxième moitié du XIXe siècle, Ferdinand Lecomte joue un rôle important dans de nombreux domaines de la vie publique de l’époque, à tel point que David Auberson le qualifie d’« homme orchestre ». Engagé politiquement dans le parti radical, Lecomte est un proche des deux conseillers fédéraux Henri Druey et Louis Ruchonnet. Journaliste, fondateur (1856) et rédacteur (1856-1895) de la Revue militaire suisse, historien militaire internationalement reconnu, il publie de très nombreux écrits sur les conflits contemporains et devient le premier biographe du général Antoine-Henri Jomini, avec lequel il entretient une correspondance régulière et à qui il voue une admiration particulière en dépit de convictions politiques diamétralement opposées. Sa passion pour le métier des armes conduit en outre Lecomte jusqu’au grade de colonel-divisionnaire et commandant de la 2e Division (1875-1891). Enfin, il occupe le poste de bibliothécaire cantonal pendant quinze ans, avant de devenir chancelier de l’Etat de Vaud.

En dépit de sa notoriété, Lecomte tombe vite dans l’oubli après sa mort, sauf aux Etats-Unis, principalement en raison de ses écrits sur Jomini dont la pensée influence largement les militaires américains. En Suisse, en dehors de quelques rares publications, il faut attendre les années 2000 pour que Lecomte soit l’objet d’une série d’études, avec notamment un colloque organisé par le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et le présent ouvrage.

L'auteur s’intéresse à un épisode particulier de la vie de Lecomte, les deux voyages qu’il a faits outre-Atlantique en 1862 et 1865 pour suivre la guerre de Sécession. Les motivations de Lecomte sont diverses. Il y a tout d’abord, bien sûr, les aspects militaires. Le Vaudois étudie l’histoire des guerres et suit l’actualité militaire de son époque. De plus, il cherche absolument à connaître l’expérience du feu – il s’agit d’une véritable obsession chez lui. Enfin, Lecomte partage les idéaux politiques des Nordistes, à une époque marquée par l’excellence des relations politiques et économiques entre la Suisse et les Etats-Unis. Comme de nombreux Suisses radicaux et protestants, il se reconnaît dans le régime républicain, dans la cause de l’Union – le parallèle avec la guerre du Sonderbund est rapidement établi - et l’abolition de l’esclavage. Aussi, Lecomte n’est pas le seul Suisse à s’intéresser à la guerre de Sécession. Environ 6'000 d’entre eux s’engagent dans les armées nordistes, le plus célèbre étant le futur conseiller fédéral Emil Frey.

Les deux voyages de Lecomte sont très différents. Le premier, au sein de l’état-major de MacClellan, est marqué par les difficultés matérielles de la vie en campagne, adoucie par la fréquentation de la table du comte de Paris et du duc de Chartre, et se déroule au début de la guerre, alors que les armées sont encore largement inexpérimentées. Durand le second, Lecomte est attaché à l’état-major de Grant où sa situation matérielle est infiniment meilleure. De plus, les armées ont considérablement changé après quatre longues années de guerre très dure.

Quels enseignements Lecomte tire-t-il de ses séjours américains? Ses différents écrits montrent qu’il a été marqué par la nécessité d’équiper les soldats pour la vie en campagne (matériel de pionnier, équipement contre les intempéries et nourriture) et, surtout, frappé par le développement technique des armements et des moyens de communication (télégraphe et chemin de fer). A l’instar de beaucoup de ses contemporains, il n’a cependant pas entrevu les transformations radicales de la guerre qui allaient découler du développement industriel. Sa perception a notamment été faussée par l’influence de la pensée de Jomini pour qui les principes de la stratégie sont immuables.

 

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Julian Corbett

Publié le par Dimitry Queloz

HENROTIN, Joseph, Julian Corbett. Renouveler la stratégie maritime, Paris, Argos Editions, 2013, 146 pages

Joseph Henrotin, spécialiste des questions navales (Les fondements de la stratégie navale au XXIe siècle, Paris, Economica, 2011, 496 pages), inaugure la nouvelle collection "Maîtres de la stratégie" des éditions Argos avec ce livre synthétique consacré au Britannique Julian Stafford Corbett, dont les Principes de stratégie maritime, publiés en 1911, constituent un des ouvrages théoriques fondamentaux de la pensée militaire du XXe siècle.

Né en 1854, Julian Corbett est issu d'une famille aisée. Après de nombreux voyages et, accessoirement, des études d'avocat, il écrit des romans qui se vendent mal. Il se consacre à l'histoire et aux questions militaires à la suite du succès de deux petites biographies sur George Monk (1889) et Francis Drake (1890). Ses ouvrages portent notamment sur la marine anglaise des XVIe et XVIIe siècles, puis sur la bataille de Trafalgar. Il rédige également une histoire de la guerre navale russo-japonaise qui n'est pas publiée pour des raisons de maintien du secret militaire et est chargé par l'Amirauté, au début de la Première Guerre mondiale, d'écrire l'histoire navale officielle de la guerre .

La notoriété conduit Corbett à donner, dès 1902, des conférences sur la stratégie maritime au War Course College (futur Royal Naval War College). Proche de l'amiral Fisher, qui réforme la Royal Navy entre 1904 et 1910 en lui faisant adopter les Dreadnought et les croiseurs légers, Corbett devient l'un des premiers "analystes civils de défense". Dans ce cadre, il participe aux études consacrées à l'analyse du développement de la puissance allemande.

Au cours de la guerre, grâce à sa position institutionnelle, Corbett continue à exercer une certaine influence sur les décisions de l'Amirauté. Il rédige notamment la première instruction adressée à l'amiral Jellicoe, commandant de la Grand Fleet. Après la bataille du Jutland, Corbett se retrouve pris dans la controverse qui oppose les amiraux Jellicoe et Beatty et leurs partisans respectifs. D'une part, sa tâche d'historien officiel du conflit se complique. D'autre part, il est accusé d'avoir influencé Jellicoe. Lorsque ce dernier est remplacé par Beatty à l'Amirauté, sa situation devient de plus en plus délicate. Fatigué par le travail et usé par les critiques, il meurt en 1922, avant d'avoir pu achever la publication du troisième tome de l'historique naval de la guerre dont il avait la charge.

Corbett transpose au domaine maritime les conceptions stratégiques de Clausewitz, qu'il a lu avec beaucoup d'attention. Sa réflexion théorique se focalise notamment sur le contrôle des lignes de communication, la maîtrise de la mer et la "flotte en vie". Ses conceptions sur la guerre limitée ont été vivement critiquées - à tort - par les adeptes d'une approche mahanienne de la stratégie navale. Il a été accusé d'avoir donné une fausse idée de la guerre navale dans laquelle la bataille décisive n'aurait plus court, ce qui aurait conduit le commandement de la Royal Navy à une trop grande prudence au cours de la Première Guerre mondiale.

Les écrits de Corbett méritent d'être lus, surtout à une époque où les océans jouent un rôle majeur, que ce soit pour le commerce - plus de 90% des marchandises sont transportées par mer - ou pour leurs ressources naturelles. De plus, les conceptions théoriques du penseur britannique sont transposables dans d'autres domaines stratégiques; elles ont notamment été appliquées dans la stratégie spatiale.

 

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