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Articles avec #fiches de lecture tag

L'agonie d'une monarchie

Publié le par Dimitry Queloz

BLED, Jean-Paul, L’agonie d’une monarchie. Autriche-Hongrie, 1914-1920, Paris, Tallandier, 2014, 464 pages

Avec cet ouvrage, Jean-Paul Bled nous offre une très belle synthèse sur les dernières années d’existence de l’Empire austro-hongrois. En dépit de son déclin à la fin du XIXe siècle et de ses problèmes liés à sa composition multinationale, celui-ci aborde la crise de l’été 1914 avec d’importants atouts et son éclatement, quatre années plus tard, n’est pas inéluctable. L’"ensemble habsbourgeois" est cimenté par un "patriotisme dynastique (…) encore bien vivant" incarné par le vieil empereur François-Joseph, monté sur le trône en 1848. De plus, l’existence de l’Empire n’est pas contestée et ce n’est qu’à partir de l’été 1918 que le slogan tardif de Benes, "Détruisez l’Autriche-Hongrie", devient une option pour l’Entente. Par ailleurs, des réformes politiques sont menées avant guerre, qui montrent que les rivalités nationales ne sont pas insurmontables. Enfin, l’économie représente un autre facteur d’intégration. D’une part, la croissance économique et l’augmentation du niveau de vie sont réelles à la fin du XIXe siècle, même si d’importantes disparités continuent à exister. D’autre part, la complémentarité économique des différentes régions tisse des liens étroits au sein de l’espace habsbourgeois, surtout entre l’Autriche et la Hongrie depuis la disparition des douanes intérieures en 1867.

Un autre aspect fort intéressant de l’ouvrage est l’analyse consacrée à la situation balkanique d’avant guerre et à la crise de juillet 1914. L’auteur voit dans le changement dynastique de 1903 en Serbie un élément fondamental du processus qui conduit à la guerre puisqu’il modifie radicalement la relation entre la Double Monarchie et son voisin. Désormais, la Serbie n’est plus un allié mais un "ennemi potentiel" qui devient de plus en plus puissant et dangereux, notamment après les guerres balkaniques de 1912-1913, et qui s’est rapproché de la Russie. Le danger est d’autant plus grand pour Vienne que les liens avec ses autres alliés se distendent et qu’elle se voit ainsi de plus en plus isolée. Si François-Joseph est un partisan de la paix – tout comme ses ministres des Affaires étrangères d’ailleurs –, il ne peut qu'adopter une attitude inflexible à la suite de l’attentat de Sarajevo. L’honneur de la dynastie des Habsbourg est en jeu. De plus, l’Autriche-Hongrie, après une certaine passivité dans les crises des années précédentes, est contrainte de montrer la plus grande fermeté si elle veut encore exister en tant que grande puissance.

A propos de la crise de juillet 1914, un point mérite encore d’être souligné. Le comportement des instances dirigeantes austro-hongroises est, tout comme en Allemagne, influencé par l’idéologie socio-darwinienne – voir à ce sujet l’ouvrage de Thomas Lindemann, Les doctrines darwiniennes et la guerre de 1914, dont la thèse est ici confortée. La Double Monarchie se sent de plus en plus isolée face aux Slaves qui deviennent de plus en plus puissants. En juillet 1914, les dirigeants austro-hongrois sont convaincus que, "si Vienne ne prend pas les devants, "une attaque concentrique contre l’Autriche" contre laquelle s’associeraient la Russie, la Serbie et la Roumanie" représentera une menace à moyen terme.

Enfin, terminons par la question des relations avec l’Allemagne. Dès le début de la guerre, la différence de puissance entre les deux alliés est défavorable à la Double Monarchie. La crise alimentaire, les problèmes de production industrielle, les difficultés militaires et internes de toutes sortes rendent l’Autriche-Hongrie de plus en plus dépendante de l’Allemagne. Avec le temps, la Double Monarchie finit par devenir le vassal de son allié. L’emprise allemande commence d’abord dans le domaine militaire. Après l’arrêt de l’offensive Broussilov en 1916, l’Allemagne impose la création d’un commandement unique sur le front russe, qui se transforme quelques temps plus tard sous la pression du tandem Hindenburg – Ludendorff en un commandement unique pour l’ensemble des fronts. Le processus de vassalisation a également lieu dans le domaine politique, surtout après la mort de François-Joseph. Son successeur Charles Ier et son ministre des Affaires étrangères Czernin doivent se rendre à l’évidence: la guerre ne peut être gagnée que grâce à l’Allemagne, mais, en cas de victoire, la Double Monarchie se verra reléguée au second rang et subira le même sort que la Bavière en son temps. Face à ce dilemme, la Double Monarchie essaie de s’en sortir par le biais de négociations directes avec les membres de l’Entente. Celles-ci vont finir par se révéler désastreuses pour Vienne. La lettre de l’Empereur confiée au prince Sixte contient en effet une véritable bombe à retardement. Charles y affirme que les revendications françaises sur l’Alsace et la Lorraine sont légitimes! Une fois le contenu de la lettre rendu public, conséquence ultime d’un discours provocateur de Czernin, Charles perd toute crédibilité non seulement auprès de ses alliés allemands, mais aussi en Autriche-Hongrie. Guillaume II profite de la faiblesse de Charles, obligé d’en passer par un voyage à Canossa, pour lui imposer une mise sous tutelle complète. Les conséquences de cette affaire ne s’arrêtent pas là. Le contrôle total de l’Allemagne sur l’Autriche-Hongrie conduit l’Entente à ne plus la ménager. C’est à partir de ce moment que les Alliés se décident à inscrire le démantèlement de la Double Monarchie dans leurs buts de guerre.

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La force nucléaire française. L'aide des Etats-Unis

Publié le par Dimitry Queloz

VILLAIN, Jacques, La force nucléaire française. L’aide des Etats-Unis, Paris, Institut de stratégie comparée, 2014, 122 pages

Ce très intéressant petit ouvrage (122 pages) de Jacques Villain analyse l’aide apportée par les Etats-Unis à la réalisation de la force de dissuasion française. L’auteur a participé à la mise en place et au développement de cette dernière entre 1969 et 2007. Il nous apporte ainsi quelques précieux témoignages personnels sur cette "étrange" collaboration longtemps peu connue et souvent minimisée, voire occultée: "L’histoire a retenu que la France ne voulant pas dépendre des Etats-Unis pour sa sécurité, avait réalisée, seule, sa force de dissuasion voulue par le général de Gaulle."

La Seconde Guerre mondiale marque l’avènement du missile balistique développé par les Allemands (la fusée V-2) et de la bombe atomique que les Américains emploient à deux reprises contre le Japon, détruisant les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Les autres grandes puissances cherchent également à se doter de ces deux armements, à les améliorer et à les utiliser de manière conjointe, le missile servant de vecteur à l’arme atomique. En dépit de sa situation politique précaire, la France se lance aussi dans la course. Sous le régime de Vichy déjà, le commandant Jean-Jacques Barré, disciple du visionnaire Robert Esnault-Pelterie qui, dans les années trente, a imaginé des forces de dissuasion équipées de fusées transportant des explosifs conventionnels ou des armes chimiques, met au point la première fusée française. Après la capitulation allemande, la France parvient à récupérer de nombreux ingénieurs allemands – presqu’autant que les Américains, mais ils sont moins brillants. Leur concours est cependant fondamental dans le cadre des divers programmes des années 1950 et 1960, notamment Pierres précieuses et Ariane. En ce qui concerne l’arme atomique, c’est tout naturellement vers les Etats-Unis, leaders dans le domaine, que les regards se tournent.

L’auteur distingue trois périodes dans la mise au point de la force de dissuasion et la collaboration avec les Etats-Unis. Jusqu’en 1954, la France accorde la priorité à la reconstruction du pays et les efforts en vue de réaliser une telle force sont inconstants. A la fin de l’année, Pierre Mendès-France prend la décision de lancer des programmes de fabrication d’armes nucléaires et de sous-marins atomiques. S’ouvre alors une deuxième période qui se termine en 1960. Au cours de celle-ci, les Américains cherchent à éviter la prolifération nucléaire. Ils proposent de mettre des armes nucléaires à disposition des pays européens dans le cadre de l’OTAN, tout en en gardant la maîtrise d’emploi. Enfin, à partir de 1960, la France du général de Gaulle fait le choix d’une force de dissuasion purement nationale, qui est toutefois réalisée grâce à une "collaboration" américaine qui commence réellement au début des années 1970 seulement, une fois terminée l’ère Kennedy-Johnson – tous deux sont opposés à la force de dissuasion française – et le général de Gaulle parti.

Si la France réussit à mettre au point sa bombe atomique de manière presqu’autonome, l’aide américaine est importante en ce qui concerne les vecteurs: carburants solides des missiles, systèmes de guidage, durcissement des ogives pour résister aux systèmes antimissiles soviétiques, appareils de ravitaillement en vol pour donner aux bombardiers Mirage IV l’allonge nécessaire… Souvent, cette aide a lieu de manière indirecte et involontaire, voire en complète opposition avec la politique officielle des Etats-Unis qui appliquent avec plus ou moins de rigueur la loi Mac Mahon de 1946.

Divers canaux ont permis à la France de perfectionner ses savoirs-faires et, souvent, d’éviter de disperser ses moyens limités dans de coûteuses recherches pouvant déboucher sur des impasses: envoi de chercheurs dans les grands instituts de recherche américains, relations personnelles entre scientifiques, participation à des colloques, contacts entre industriels, discussions informelles… Ce qui a cependant le plus frappé l’auteur est la quantité d’informations obtenues par l’intermédiaire des revues scientifiques et techniques en vente libre et par le biais des publications officielles du Gouvernement américain. "La fameuse loi (Freedom Information Act) si chère au peuple américain a donc son revers. En jouant une grande transparence envers les citoyens américains, elle met à disposition des étrangers de précieuses informations." Et l’auteur de souligner que la France n’est certainement pas la seule à en avoir profité. L’URSS, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran en ont aussi certainement bénéficié!

(© blogdefense)

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Robert E. Lee. La légende sudiste

Publié le par Dimitry Queloz

VINCENT, Bernard, Robert E. Lee. La légende sudiste, Paris, Perrin, 2014, 456 pages

Avec cet ouvrage fort bien écrit, Vincent Bernard nous gratifie d’une excellente biographie du général Lee qui deviendra sans aucun doute une référence. Grâce à la maîtrise d’une documentation riche et variée et à une approche très large, ce n’est pas seulement la vie du commandant en chef de l’armée sudiste sous ses différents aspects (famille, carrière militaire, mythe) que l’auteur nous fait découvrir. Il brosse également un portrait passionnant de cette société aristocratique du Sud mythifiée, disparue depuis longtemps, avec ses valeurs particulières le plus souvent aux antipodes de celles nos sociétés actuelles, et dont Lee continue à être le symbole.

Surnommé l’"homme de marbre" en raison de son légendaire contrôle de soi, Lee ne se laisse pas appréhender facilement, si bien que, dans son introduction, Vincent Bernard peut écrire, à la suite de nombre de contemporains et de biographes, que personne ne "peut prétendre connaître Robert Lee", même si trois "clefs" ont servi de fils conducteurs à l’ensemble de sa vie. Homme de devoir, Lee s’investit toujours à corps perdu dans ses activités et ses fonctions: au cours de son enfance lorsqu’il soutient sa mère dans ses difficultés liées aux déboires financiers de son mari Henry Lee, héros déchu de la guerre d’Indépendance et compagnon de George Washington; à West Point dont il sort vice-major de promotion et, fait rarissime, sans le moindre demerit – ces blâmes reçus en cas de faute de discipline légère et dont le nombre limite est fixé à 200 pour l’ensemble de la formation; dans son commandement de l’armée de Virginie du Nord, puis à la tête de l’ensemble des armées sudistes où "sa personnalité pétrie par l’éducation au devoir et à l’abnégation" fait de lui un grand général, bien plus qu’un "don inné ou une vocation profonde pour la science militaire".

Imprégné d’une forte éducation religieuse dans son enfance – la famille Lee appartient à l’église épiscopalienne et se rend régulièrement au culte –, Lee se montre très croyant. Il lit régulièrement la Bible, son livre préféré: "Il ya assez dedans pour satisfaire la plus ardente soif de connaissance; ouvrir la voie de la véritable sagesse; et enseigner la seule vraie route vers le salut et le bonheur éternel." Ses paroles et ses écrits font régulièrement référence à Dieu et à sa miséricorde. Lorsqu’il meurt, c’est "avec la certitude absolue de rejoindre son créateur et ses chers disparus pour un repos éternel".

Enfin, Lee a des liens très étroits avec la Virginie, dans laquelle il a vécu une grande partie de sa vie et dont il incarne, sans doute plus que tout autre, les valeurs de son aristocratie. Fils d’un célèbre officier de George Washington, lui aussi Virginien, et dont il épouse une descendante, Lee, homme d’honneur et de devoir, se retrouve face à un dramatique dilemme au moment de la sécession des Etats du Sud. Doit-il rester fidèle à l’armée des Etats-Unis dans laquelle il a servi pendant trente ans ou bien doit-il suivre le destin de la Virginie venant de rejoindre la Confédération? "Où se trouve le devoir, l’intérêt de la famille, de son peuple?" Finalement, après avoir "pleuré des larmes de sang", Lee se décide à partager le destin de la Virginie, son Etat natal. Il écrit à sa sœur Anne Marshall installée à Baltimore et mariée à un Nordiste: "Avec toute ma dévotion à l’Union et le sentiment de loyauté et de devoir de citoyen américain, je n’ai pas été capable de me faire à l’idée de lever la main contre mes proches, mes enfants, ma maison."

Lee est sans conteste le meilleur général de la guerre de Sécession, en dépit de la défaite finale du Sud. Pendant trois ans et malgré une infériorité numérique et un dénuement chroniques de ses troupes, Lee tient en échec les forces de l’Union. Mieux, par trois fois, il pénètre sur le territoire du Nord et fait vaciller sa volonté de poursuivre la lutte. Lee fait preuve de qualités manœuvrières remarquables, même s’il ne réussit pas à imposer la bataille napoléonienne décisive qu’il souhaite – on retrouve là l’influence de sa formation à West Point où a professé Dennis Mahan, père du célèbre penseur militaire naval et émule de Jomini. Sur le plan tactique, Lee intègre très vite l’emploi de la fortification – la faiblesse numérique de ses forces et sa formation d’officier du génie l’y poussent sans doute – qui deviendra une des caractéristiques majeures des guerres ultérieures.

En dépit de ses qualités de stratège et de tacticien, Lee présente des limites dans ces conceptions de la guerre. Ses convictions d’homme d’"Ancien Régime" l’empêchent de comprendre ou d’admettre certaines conditions de la guerre moderne, "totale", ce qui constitue sans doute une des causes de sa défaite finale. Son avis sur les généraux de l’Union est à cet égard particulièrement éclairant. Il considère que son meilleur adversaire de toute la guerre a été McClellan qui, contrairement à Grant ou à Sherman, a mené une guerre "à l’ancienne", entre militaires, respectant "l’adversaire et ses biens, excluant tout bouleversement social".

(© blogdefense.overblog.com)

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Montgomery. L'artiste des batailles

Publié le par Dimitry Queloz

CAPET, Antoine, Montgomery. L’artiste des batailles, Paris, Perrin, 2014, 398 pages

L’année 2014 est particulièrement riche en publications sur le maréchal Montgomery, avec deux biographies qui comblent un vide curieux et béant puisqu’il n’en existait pas en français. Le duo Cédric Mas/Daniel Feldmann, également auteur d’un Rommel, a publié un court ouvrage de quelque 200 pages plus spécifiquement consacré à l’art de la guerre et du commandement chez Monty, que nous n’avons pas (encore) lu mais dont nous vous parlerons peut-être dans un prochain article. De son côté, Antoine Capet nous gratifie d'une biographie plus généraliste, richement illustrée de très intéressantes images – notamment des timbres – et d’excellentes cartes, dans un format et une mise en page particuliers qui rappellent un peu certains manuels de notre adolescence, mais que nous avons beaucoup appréciés.

L’ouvrage de Capet fait particulièrement ressortir la personnalité et le caractère de Montgomery. Enfant et adolescent indisciplinés, esprit volontaire et combattif forgé dans un milieu familial marqué par la tyrannie de sa mère et par la vie au grand air en Tasmanie, le jeune Bernard commence des études au collège St Paul dans la filière militaire, ce qui surprend ses parents parce qu’il n’a jamais montré un intérêt particulier pour l’armée, qu’il est de petite taille (1,70 m, 63 kg), que ses aptitudes scolaires sont moyennes et qu’il ne sait pas monter à cheval. A St Paul, puis à Sandhurst, il se montre peu brillant intellectuellement mais se révèle un excellent élément dans les sports collectifs, ainsi qu’un remarquable meneur d’hommes, ce qui correspond aux qualités que l’on cherche à développer dans ces écoles où le leadership and character joue un rôle déterminant dans la formation des futures élites de l’Empire.

Dès sa première affectation aux Indes, Montgomery se démarque de ses camarades officiers. Il ne partage pas leur goût pour les parades et les uniformes, les soirées mondaines, les alcools… En revanche, il se passionne pour son métier, passion qui se renforce au cours de la Première Guerre mondiale – à la fin de cette dernière, il décide de "posséder tous les détails (de sa profession) et de laisser de côté tout le reste" – et qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Sa maîtrise professionnelle et son caractère le conduisent à adopter une attitude hautaine, voire orgueilleuse, et à se montrer fort critique, et souvent de manière peu diplomatique – un autre trait de son caractère – envers les autres officiers, notamment ses supérieurs. Ainsi, dès les années 1920, et à plusieurs reprises ultérieurement, il préconise de couper les "branches mortes" de l’armée britannique, c’est-à-dire de se séparer des cadres supérieurs qui ne sont pas à la hauteur. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il choisit avec minutie les membres de ses états-majors successifs et ses principaux subordonnés. Les querelles avec ses pairs sont régulières, notamment avec Auchinleck, Tedder, Alexander, Bradley et, surtout, avec son grand rival pour le commandement en chef des forces terrestres en Europe, le général Eisenhower, dont il dit dès 1943: "Je peux affirmer avec certitude qu’il n’y connaît absolument rien sur la façon de faire la guerre et de mener bataille. Il faut le tenir à l’écart de toutes ces opérations si nous voulons gagner la guerre."

Dans sa vie quotidienne, Montgomery vit de manière très spartiate. Il se couche tôt et dort d’un profond sommeil, même au moment des batailles les plus décisives. Il se nourrit frugalement et ne boit que de l’eau. A peine s’autorise-t-il un verre de porto à Noël 1942 au moment où les Allemands sont en train de perdre la campagne d’Afrique du Nord ou un peu de champagne le 4 mai 1945 lorsqu’ils acceptent de capituler… Ce régime particulièrement sobre fait écrire à Churchill, dont on connaît l’humour et le goût pour les bons repas, le champagne et le whisky: "Je compatis avec le général von Thoma (dernier commandant de l’Afrika Korps capturé à El-Alamein et invité, comme il se doit en ce genre de circonstances, à la table de son vainqueur): battu, humilié, fait prisonnier et… forcé de dîner avec Montgomery!"

La biographie de Capet met également en évidence la doctrine militaire de Montgomery basée sur une complémentarité des facteurs matériels et moraux. En ce qui concerne ces derniers, Monty insiste sur l’exemple du chef, son aura, ses compétences, la confiance qu’il fait naître chez ses hommes, la capacité à les rallier à un but commun. Pour les facteurs matériels, il insiste sur la préparation et la planification détaillée des opérations, l’accumulation des moyens et, surtout, la concentration des forces. Cette conception ne laisse en fin de compte que peu de place au génie, mais elle s’avère efficace partout où elle est appliquée, à El-Alamein, à Tunis, en Normandie.

Une très belle biographie dont nous recommandons vivement la lecture!

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Le Haut-Commandement français sur le front occidental

Publié le par Dimitry Queloz

FRANC, Claude, Le Haut-commandement français sur le front occidental, 1914-1918, SOTECA, 2012, 464 pages

Dans cette étude, Claude Franc s’intéresse à l’organisation et à l’exercice du commandement au sein du Haut-commandement français au cours de la Première Guerre mondiale sur le front franco-allemand. Il décrit les institutions et leur évolution au cours du temps, ainsi que les processus de décision. Il aborde également les différents aspects politiques, stratégiques et tactiques, sans oublier les questions de relations interpersonnelles.

L’auteur commence par présenter l’organisation du Haut-commandement en vigueur au début du XXe siècle, caractérisée par un modèle bicéphale et la dispersion des pouvoirs. A cette époque, le Haut-commandement comprend en effet un état-major de l’armée dont le chef n’accéderait pas au commandement suprême en cas de guerre. Ce poste serait occupé par le vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre (CSG). En raison de son incohérence qui est à l’origine de nombreux problèmes de l’armée française de la Belle Epoque – voir à ce sujet les ouvrages d’André Bach et de Michel Goya ainsi que notre thèse – l’organisation est modifiée en 1911 au moment de la nomination du général Joffre qui cumule dès lors les fonctions de chef d’état-major et de vice-président du CSG.

Cette réorganisation ne résout cependant pas la délicate question de la limite des compétences en matière de conduite de la guerre entre le Président de la République, le Gouvernement et le Commandant en chef. Elle ne règle pas non plus le problème plus général des relations entre le Haut-commandement et le monde politique, d’autant que l’opposition entre républicains anticléricaux et monarchistes catholiques persiste une décennie après l’affaire des fiches et le départ du ministre André. Ainsi, le général Sarrail, commandant l’armée d’Orient, est, dans son conflit avec le général Joffre, soutenu inconditionnellement par le Parlement et le Président du Conseil Aristide Briand en dépit de ses nombreuses erreurs et incapacités, en raison de ses liens politiques et personnels très étroits avec la gauche républicaine. A l’opposé, le général de Castelnau, pourtant très compétent, est regardé avec la plus grande méfiance du fait de ses convictions religieuses – rappelons qu’il est surnommé le "Capucin botté"!

La question des relations et des rivalités personnelles occupe également une part importante dans l’ouvrage. Elle vient par ailleurs fréquemment se greffer sur les questions de délimitation des compétences. Si le tandem Joffre – Millerand fonctionne bien, la situation s’envenime avec l’arrivée de Gallieni au ministère de la Guerre à la fin de l’année 1915. Joffre et Gallieni sont pourtant de vieux camarades qui se sont côtoyés avant guerre, notamment à Madagascar, et ils s’estiment. Gallieni a d’ailleurs joué un rôle non-négligeable dans la nomination de Joffre au poste suprême en 1911. Cependant, depuis le début de la guerre, les tensions s’accumulent entre les deux hommes, attisées par leurs entourages respectifs. Lors de la mobilisation, Gallieni est désigné comme adjoint auprès du généralissime, mais ce dernier l’empêche d’exercer cette fonction en limitant sa présence au Grand Quartier Général. De plus, au moment de la bataille de la Marne, le rôle de Gallieni est minimisé – "sciemment?" s’interroge l’auteur – par le Grand Quartier Général. Enfin, face à l’enlisement de la guerre, Gallieni se met à critiquer le Commandant en chef et son entourage. La querelle se termine le 7 mars 1916, avec la démission de Gallieni qui vient d’échouer dans une tentative de "remettre le haut-commandement à la place qu’il doit occuper et l’abstraire de toute préoccupation autre que celle de la conduite des opérations militaires (et de) restituer au ministre l’essentiel de sa gestion administrative".

Enfin, dernière qualité que nous tenons à souligner, l’ouvrage se termine par une série d’annexes comprenant notamment de nombreux ordres de bataille, quelques documents-clefs, ainsi que la liste des commandants et chefs d’état-major des groupes d’armées et des armées au cours de la guerre. Ces listes viennent avantageusement compléter les biographies de divers officiers – Pétain, Nivelle, Mangin, Debeney, Maistre… – qui connaissent des ascensions fulgurantes au cours de la guerre.

(© blogdefense.overblog.com)

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