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Articles avec #fiches de lecture tag

La fin du rêve européen

Publié le par Dimitry Queloz

HEISBOURG, François, La fin du rêve européen, Paris, Stock, 2013, 200 pages

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, président de l’International Institute for Strategic Studies de Londres et du Centre de politique de sécurité de Genève, est un européen convaincu. Son ouvrage sur la fin du rêve européen n’a donc pas pour but de renforcer la cause des eurosceptiques, mais, au contraire, d’établir un constat clair et sans fard de la dramatique situation actuelle de l’Union européenne afin de sauver l’Europe. La crise qui frappe cette dernière depuis 2009 n’est pas la simple conséquence de la crise américaine des subprimes, qui n’a fait que révéler les défauts intrinsèques de la construction européenne et de l’Euro. Mourant de diverses "maladies" – "fédéralisme impossible, institutions contestables, peuple introuvable, économie détestable" – l’Europe ne peut être sauvée, selon l’auteur, qu’en abandonnant la monnaie unique. Si l’opération est risquée, elle peut être réalisée avec succès de manière planifiée en profitant du répit temporaire actuel.

Si l’ouvrage traite essentiellement des questions économiques et politiques de l’Union européenne, il comprend cependant une douzaine de pages synthétiques fort intéressantes sur les questions de défense, raison pour laquelle nous lui consacrons cette fiche de lecture. Démythifiant le rêve européen, François Heisbourg commence par relativiser le rôle de la construction européenne en matière de pacification du Vieux Continent. S’il est vrai que, depuis ses débuts, la Communauté, puis l’Union européenne, ont contribué à mettre fin aux tragiques conflits et à la division qui ont touché l’Europe au cours du XXe siècle, d’autres facteurs ont aussi largement influencé l’instauration de cet "idéal de paix perpétuel" – appelé "jardin kantien" en référence au célèbre philosophe de Königsberg –, notamment le contrôle exercé par les Etats-Unis et l’OTAN ainsi que l’affrontement Est-Ouest au cours de la Guerre froide. Ensuite, l’auteur souligne que cet heureux résultat ne préjuge en rien de l’avenir. Considéré comme un acquis par la population européenne, il ne représente plus un fondement pour un projet politique commun.

François Heisbourg souligne que l’Europe est actuellement confrontée à des "ruptures stratégiques" majeures – les révolutions arabes, le retrait américain d’Europe et le redéploiement en Asie-Pacifique, le retour de la Russie en tant que puissance – qui mettront gravement à l’épreuve ce "jardin kantien" au cours des prochaines années. Or, il juge que l’Union européenne n’est pas apte à gérer les crises qui risquent de se produire, et ce pour trois raisons. Tout d’abord, il existe un grave problème institutionnel. Les institutions politiques européennes ne sont en effet pas adaptées à des situations difficiles, comme l’a bien montré la crise de l’Euro. Elles ont été conçues, selon les vœux des Pères fondateurs, Jean Monnet en tête, pour "fabriquer des normes et de la régulation", non pour prendre des décisions politiques comme le ferait un véritable gouvernement.

Ensuite, la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) ne constitue pas une réelle politique de défense européenne. Les ambitions affichées en 1999 se sont érodées, comme l’ont montré les dernières crises. Les égoïsmes nationaux ont en effet refait surface tandis que les engagements militaires ont eu lieu essentiellement dans un cadre international et non supranational et européen. Par ailleurs, le Royaume-Uni et l’Allemagne représentent davantage des facteurs de blocage que des partenaires décidés à développer une véritable défense européenne, le premier en raison de son euroscepticisme, la seconde "parce qu’elle n’aime guère la défense".

Enfin, la diminution des budgets militaires des différents Etats – moins 15% en moyenne depuis la crise – conduit à une réduction drastique des moyens. La plupart des pays ne disposent plus désormais que de capacités militaires très limitées. Si la tendance actuelle se poursuit, même la France et le Royaume-Uni, les deux principales puissances militaires en Europe, ne seront plus en mesure de remplir l’ensemble du spectre des opérations dans une vingtaine d’années.

Le constat de François Heisbourg n’est pas très optimiste, mais correspond bien à la réalité. L’Europe est à un tournant de son histoire dans les domaines politique, économique et militaire. Si elle se montre incapable de trouver des solutions à la crise actuelle dans ces trois domaines, elle risque fort, après avoir dominé le monde durant quatre siècles, de sortir de l’histoire et de devenir un acteur secondaire du monde multipolaire en train de se mettre en place.

(© blogdefense.overblog.com)

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Hitler face à Staline

Publié le par Dimitry Queloz

RICHARDOT, Philippe, Hitler face à Staline. Le front de l’Est 1941-1945, Paris, Belin, 2013, 384 pages

L’année 2013 a vu paraître nombre d’ouvrages sur la guerre entre l’Allemagne et l’Union soviétique parmi lesquels nous mentionnerons plus spécialement la biographie de Joukov publiée par Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, ainsi que la grande synthèse (797 pages) de Nicolas Bernard, La guerre germano-soviétique, 1941-1945. De son côté, Philippe Richardot, entre autres administrateur de la Commission Française d’Histoire Militaire et membre du comité scientifique du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires, nous livre, avec son Hitler face à Staline, un ouvrage fort intéressant bien que de taille plus modeste.

L’auteur traite plus particulièrement des opérations militaires du front de l’Est. Il adopte une démarche chronologique pour présenter, en 35 chapitres, une belle synthèse de ce théâtre d’opérations fondamental de la Deuxième Guerre mondiale. En effet, l’armée allemande a subi 80% de ses pertes sur ce front et l’Armée rouge a donc joué un rôle primordial dans la destruction de la puissance nazie.

Le sujet, qui peut paraître aride au premier abord, est toutefois traité de manière vivante. Bien écrit, le texte comprend de nombreuses anecdotes et des extraits de mémoires des principaux protagonistes qui en rendent la lecture plaisante. Il donne également nombre d’informations sur la vie quotidienne des troupes – notamment à propos des terribles conditions climatiques rencontrées en automne, saison de la raspoutitsa, et en hiver, avec ses températures extrêmes – et sur les différents matériels et armements employés par les deux belligérants. Enfin, les batailles sont décrites dans un langage très imagé et coloré qui donne une vision spectaculaire de la puissance des armements et de la dureté des combats.

Philippe Richardot ne se limite cependant pas aux seuls aspects militaires. Il les replace de manière synthétique dans les différentes phases de la guerre, tout en abordant également les dimensions politiques, économiques et idéologiques du conflit. Notons encore que les 35 chapitres, relativement courts, commencent généralement par une brève introduction qui permet de saisir les principaux enjeux.

Cette synthèse, qui intègre nombre de travaux récents, constitue une très bonne première approche du conflit germano-soviétique. Nous la recommandons donc tout particulièrement aux étudiants des universités, ainsi qu’aux enseignants du secondaire II qui voudraient traiter des aspects militaires du front de l’Est dans leurs cours.

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Le faux scandale de la P-26

Publié le par Dimitry Queloz

MATTER, Martin, Le faux scandale de la P-26 et les vrais préparatifs de résistance contre une armée d’occupation, Genève, Slatkine, 2013, 240 pages (traduction de Jean-Jacques Langendorf)

Cet ouvrage de Martin Matter – publié en 2012 chez hier + jetzt sous le titre P-26 – Die geheime Armee, die keine war – revient sur l’affaire de la P-26 qui a fait scandale en 1990. Basé sur divers documents et, surtout, les témoignages de certains acteurs, notamment celui du chef de la P-26, Efrem Catellan alias Rico, le livre nous présente une analyse dépassionnée des événements, ainsi qu’une intéressante description de cette organisation secrète dont la mission était de mener la résistance contre l’occupant en cas d’invasion de la Suisse.

L’auteur donne au lecteur une présentation synthétique des différents projets, plus ou moins élaborés et réalistes, des organisations de résistance depuis la Seconde Guerre mondiale. Durant la Guerre froide, trois "services spéciaux" se succèdent jusqu’au milieu des années septante. Toutefois, ce n’est qu’à la fin de la décennie qu’une véritable organisation commence à être mise en place avec la P-26. Celle-ci n’est pas encore totalement opérationnelle lorsque son existence est rendue publique en 1990. La nécessité du secret, les contraintes liées au recrutement, l’acquisition d’un savoir-faire spécifique et la formation des membres expliquent la "lenteur" des réalisations.

Pourquoi la révélation de l’existence de la P-26 a-t-elle conduit à un scandale politique? Pour l’auteur, les raisons sont multiples. Tout d’abord, au lendemain de la Guerre froide, la Suisse connaît trois affaires politiques successives en peu de temps: l’affaire Kopp, celle des fiches et celle de la P-26. Cela est d’autant plus grave que ces trois affaires sont liées entre elles. Elles conduisent naturellement à un climat de suspicion envers certaines institutions étatiques. Ensuite, la chute du mur de Berlin et le début du rapprochement Est-Ouest font vite oublier les conditions particulières de la Guerre froide. L’existence d’une organisation telle que la P-26 n’est plus comprise par les politiciens et la presse. Enfin, en raison du secret qui l’entoure, d’importants soupçons pèsent sur l’organisation. Qui contrôlait réellement la P-26 et ne constituait-elle pas un danger pour la démocratie, d’autant qu’elle possédait des stocks d’armes et d’explosifs? Ne serait-elle pas entrée en action en cas de victoire électorale de la gauche? Quels étaient les éventuels liens avec les différentes formations Stay Behind de l’organisation Gladio de l’OTAN?

L’auteur insiste sur le fait que la P-26 n’avait rien d’illégal au point de vue pénal, même s’il lui manquait une base juridique administrative. Il montre par ailleurs qu’elle était contrôlée par le chef de l’Etat-major général et qu’une entrée en action n’aurait pu être déclenchée sur l’initiative du chef de l’organisation ou d’un de ses membres. Enfin, en se basant sur une solide argumentation tenant compte de la mission, de la structure et des effectifs, de la personnalité des membres et de l’instruction qui leur était donnée, il démontre que la P-26 n’était pas une armée secrète et qu’elle n’aurait en aucun cas pu mener un coup d’Etat. Sa fonction aurait consisté, le cas échéant, avant tout à mener des actions destinées à soutenir la volonté de résistance de la population et à faire comprendre à l’occupant que celle-ci n’était pas soumise.

A propos du secret entourant l’existence de la P-26 et de l’absence de contrôle politique dénoncés par les parlementaires, surtout à gauche, la presse et divers autres politiciens, l’auteur rétablit certaines vérités. Outre le fait déjà mentionné du contrôle par le chef de l’Etat-major général, il montre que les autorités politiques étaient au courant de l’existence de l’organisation. Au sein du Gouvernement, non seulement les différents chefs du Département militaire fédéral connaissaient les détails de l’organisation, mais d’autres conseillers fédéraux en étaient également informés. Quant au Parlement, certains de ses membres – notamment ceux du Groupe 426, le président de la Délégation des finances des Chambres fédérales, le secrétaire des Commissions des finances des Chambres fédérales – avaient connaissance de l’existence de l’organisation même s’ils n’en connaissaient pas tous les détails. Enfin, l’auteur souligne que, depuis la publication du rapport du groupe de travail de la Commission de gestion du Conseil national présidé par le futur conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz en 1981 suite à l’affaire Bachmann-Schilling, l’existence d’une telle organisation avait été dévoilée aux Chambres fédérales!

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Introduction à la Cyberstratégie

Publié le par Dimitry Queloz

KEMPF, Olivier, Introduction à la Cyberstratégie, Paris, Economica, 2012, 176 pages

Ce très intéressant ouvrage d’Olivier Kempf sur la cyberstratégie est une excellente introduction – même s’il est bien plus que cela – à ce sujet relativement nouveau, encore largement en friche. Synthétique, structuré, écrit dans une langue qui le rend accessible aux non-initiés, nous le recommandons vivement à tous ceux qui voudraient mieux comprendre cette "discipline en expansion" dont on entend beaucoup parler, mais souvent avec un dilettantisme qui en montre la méconnaissance, notamment chez certains politiciens suisses.

Pour Olivier Kempf, le domaine cyber doit être appréhendé avec de nouveaux paradigmes stratégiques. Il n’est en effet pas possible de reprendre directement les concepts développés en matière de stratégie classique, qu’ils soient liés à la guerre conventionnelle, révolutionnaire ou nucléaire, et ce pour de nombreuses raisons.

La première découle du fait que le cyberespace comprend plusieurs "lieux" et se compose de trois couches superposées de natures différentes, dans lesquelles les actions stratégiques sont elles aussi de natures différentes: une couche matérielle (les ordinateurs, les systèmes informatiques et les infrastructures de connexion), une couche logique (les programmes) et une couche sémantique ou informationnelle (les informations circulant dans le cyberespace).

La deuxième raison invoquée par l’auteur est la multiplicité des acteurs. Alors qu’en stratégie classique l’affrontement consiste généralement en un duel basé sur le principe de la dialectique – selon la définition bien connue du général Beaufre pour qui la stratégie est "l’art de la dialectique des volontés employant la force pour résoudre leur conflit" –, en cyberstratégie, les acteurs sont multiples et peuvent être regroupés en trois grandes catégories: acteurs individuels (internautes, consommateurs, travailleurs, opineurs…), acteurs collectifs (sociétés, médias, partis politiques, groupes idéologiques…), acteurs étatiques (gouvernements, administrations, polices, armées…). Il en découle que le principe dialectique n’est pas adapté et doit donc être remplacé par celui de "polylectique".

Le principe d’inattribution vient par ailleurs encore complexifier la question. Dans le cyberespace, les actions sont généralement anonymes; il est en effet très difficile, voire impossible, de les attribuer à un acteur précis. Cet anonymat ouvre bien sûr de nouvelles perspectives d’action. Il rend notamment à nouveau possible l’attaque contre un autre Etat, alors que seule la guerre défensive est considérée depuis des décennies comme légitime en droit international.

L’absence d’arme absolue et le caractère non-effrayant de l’action dans le cyberespace représentent d’autres caractéristiques propres qui différencient fondamentalement le domaine cyber du nucléaire. La notion de dissuasion est beaucoup plus difficile à théoriser et à mettre en œuvre, d’autant qu’il faut également tenir compte du principe d’inattribution et de la multiplicité des acteurs. Contrairement à l’atome, il n’y a, pour le faible, pas de "pouvoir égalisateur" dans le domaine cyber.

Enfin, et c’est là un point fondamental, le domaine cyber oblige le pouvoir politique à définir une politique et une stratégie précises, avec la désignation des adversaires, des cibles à attaquer et des effets à obtenir, et ce bien avant l’ouverture du conflit. L’action, surtout offensive, doit en effet être minutieusement préparée, chaque cible nécessitant la mise au point d’une arme spécifique soigneusement adaptée (virus, ver, cheval de Troie…). Comme cette mise au point demande du temps et une connaissance précise des cibles, il est indispensable, si l’on veut pouvoir agir rapidement à un moment donné, de se préparer suffisamment en amont, ce qui implique des choix politiques précis.

Liée à des domaines techniques en constante évolution, la cyberstratégie connaîtra un important développement dans le futur. Une autre des qualités de l’ouvrage est de sensibiliser le lecteur à ce problème et de présenter, notamment dans la conclusion, quelques pistes concernant ces évolutions futures.

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Novare (1513). Dernière victoire des fantassins suisses

Publié le par Dimitry Queloz

BANGERTER, Olivier, Novare (1513). Dernière victoire des fantassins suisses, Paris, Economica, 2011, 144 pages

Cet ouvrage synthétique d’Olivier Bangerter, auteur d’une thèse sur la pensée militaire d’Ulrich Zwingli, s’intéresse à la bataille de Novare, dernière victoire des Suisses, dont l’importance et le souvenir ont été totalement éclipsés par la défaite, deux ans plus tard, de Marignan. En cette année du cinquième centenaire, qui se souvient encore de Novare, cet ultime grand succès de l’infanterie confédérée, aussi considérée comme la dernière bataille du Moyen Age?

Olivier Bangerter consacre le premier chapitre de son livre à "l’art de la guerre au début du 16e siècle". Après un aperçu des trois grands traités militaires de la période – ceux de Philip von Seldeneck, Bérault Stuart d’Aubigny et Philippe de Clèves –, il se penche sur l’organisation, l’équipement et la discipline des armées. L’époque se caractérise par de profondes mutations. L’infanterie redevient la reine du champ de bataille, tandis que la cavalerie lourde perd de sa toute-puissante et est concurrencée par la cavalerie légère. De plus, l’artillerie se développe et devient une véritable arme du champ de bataille. Le perfectionnement des arquebuses renforce également l’importance grandissante du feu face auquel se développe la fortification de campagne. Ces évolutions conduisent à la nécessité d’un véritable engagement "interarmes", rendant la conduite de la bataille plus difficile.

Au cours de la bataille de Novarre, deux systèmes s’affrontent, comme cela avait déjà été le cas – nous l’avons vu – à Morat en 1476. D’un côté, les Suisses, qui conservent une organisation et un équipement de type ancien. Ce sont surtout des fantassins armés de la pique et de la hallebarde – la proportion d’arquebuses est nettement inférieure à 10%, en baisse depuis les années 1420! La cavalerie et l’artillerie sont quasi-inexistantes. Cette organisation, qui donne l’avantage de la mobilité stratégique, oblige cependant les Confédérés à mener des campagnes rapides et à se limiter à une tactique basée sur le choc. De l’autre côté, l’armée française, dont les deux principaux atouts sont la cavalerie lourde et l’artillerie. L’infanterie est en revanche faible – les milices locales sont généralement de mauvaise qualité du fait de la prépondérance de la noblesse dans le domaine militaire –, ce qui oblige à engager des mercenaires, notamment des lansquenets, grands rivaux des Suisses.

L’auteur insiste sur la confusion de la bataille de Novare. Les sources présentent nombre de divergences et il est difficile de la décrire dans le détail. Il est toutefois possible de définir les raisons de la victoire confédérée, qui sont multiples. Tout d’abord, l’armée française est désorganisée du fait de sa retraite après avoir levé, la veille, le siège de la ville de Novare. L’action de ses différentes troupes manque de coordination, ce qui en diminue l’efficacité. Par ailleurs, à l’exception des lansquenets, l’infanterie française s’enfuit sans combattre. Ensuite, les Suisses bénéficient de la chance. Ce qui paraît à certains acteurs de la bataille – et à certains historiens aussi – être une manœuvre définie dans le cadre d’un plan précis – attaque frontale menée conjointement à une attaque de flanc – n’est vraisemblablement que le résultat des circonstances particulières du début de l’engagement. Enfin, les Confédérés se montrent remarquablement aptes à la manœuvre dans un terrain difficile. Ils peuvent notamment faire face à une charge de la cavalerie lourde française sur leur flanc.

A Novare, l’armée française n’a donc pas pu engager ses moyens dans toute leur efficacité, faute de renseignements précis et de coordination. Il en ira différemment deux ans plus tard à Marignan et l’infanterie confédérée devra s’incliner face à l’action combinée des différentes "armes", notamment la cavalerie lourde et l’artillerie. La victoire de Novare représente donc l’apogée du système militaire des Confédérés. Elle constitue cependant un trompe-l’œil car ce système est vieillissant, sur le point d’être supplanté par le développement des armées "modernes" combinant l’action de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie.

Un autre aspect intéressant du livre est la présentation, synthétique et tout à fait accessible au non-spécialiste de la période, de la situation internationale complexe de cet épisode des guerres d’Italie que l’auteur inscrit dans la lutte plus générale que se livrent, d’une part, la France, Venise et l’Ecosse et, d’autre part, l’Empire, l’Espagne, l’Angleterre, la Papauté et les Confédérés.

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