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Articles avec #fiches de lecture tag

Alfred von Schlieffen

Publié le par Dimitry Queloz

BECHET, Christophe, Alfred von Schlieffen. L’homme qui devait gagner la Grande Guerre, Paris, Argos Editions, 2013, 212 pages

Ce deuxième ouvrage de la collection "Maîtres de la stratégie" des éditions Argos sur Alfred von Schlieffen est tout aussi réussi que le premier consacré au stratégiste britannique Julian Corbett dont nous avions parlé dans un article précédent. Il comprend cinq chapitres qui traitent des origines et de la carrière du général allemand, de son rôle à la tête du Grand Etat-major, de sa pensée militaire et, enfin, cœur de l’ouvrage, du plan qui porte son nom.

Parmi les nombreux aspects intéressants du livre, retenons en plus particulièrement deux. Tout d’abord, Christophe Bêchet montre l’influence exercée par le milieu dans lequel a baigné le jeune Schlieffen. Il est né en 1833 dans une famille aristocratique. Son père, officier au 2e Régiment de la Garde à pied, est un héros de la guerre de libération contre Napoléon. Surtout, sa mère, fidèle servante de l’Eglise de l’Unité des Frères Moraves, est fortement marquée par le piétisme, mouvement religieux qui a aussi exercé son influence sur Clausewitz – voir à ce sujet l’ouvrage de Jean-Jacques Langendorf sur la pensée militaire prussienne également présenté dans un article antérieur. Schlieffen a par ailleurs effectué ses classes primaires à Niesky, école fondée par l’Eglise en 1761, où l’éducation et les enseignements reçus le préparent à sa future vie militaire. A dix ans, il est notamment nommé sous-officier du "régiment Niesky" créé en 1840.

Dans les deux chapitres consacrés au plan Schlieffen, l’auteur donne au lecteur les principaux éléments à retenir à propos de la longue historiographie relative au sujet. Il présente ainsi les écrits de l’immédiat après-guerre des généraux Hermann von Kuhl et Hugo Freiherr von Freytag-Loringhoven, de l’archiviste Wolfgang Foerster et de l’ancien militaire et politicien Wilhelm Groener, qui visent à glorifier Schlieffen et à rendre Moltke le Jeune seul responsable de l’échec de l’offensive de 1914. Il poursuit avec les ouvrages classiques de Gerhard Ritter, Der Schlieffenplan. Kritik eines Mythos, publié en 1956, et Staatskunst und Kriegshandwerk. Das Problem des "Militarismus" in Deutschland (4 volumes publiés entre 1954 et 1958). Pour Ritter, "nostalgique de l’Allemagne wilhelmienne et désireux de dédouaner le IIe Reich de toute forme de responsabilité dans l’avènement du IIIe", les autorités civiles allemandes se seraient engagées en 1914 dans une guerre qu’elles ne désiraient pas en subissant la mécanique contraignante des plans militaires. Enfin, il termine avec la controverse initiée à la fin des années 1990 par l’historien américain Terence Zuber pour qui le plan Schlieffen n’est pas un plan de guerre, mais un "plaidoyer en faveur du renforcement des effectifs de l’armée allemande" destiné au monde politique.

A partir de ces controverses et d’une étude approfondie des sources, Christophe Bêchet tire la conclusion que le plan Schlieffen de 1905-1906 et celui de 1914 sont deux plans distincts, même si de nombreux points communs les relient. Le plan appliqué par Moltke le Jeune au début de la guerre est une adaptation de celui de son prédécesseur à la tête du Grand Etat-major, avec trois différences notoires. Contrairement à celui de Moltke, le plan Schlieffen était conçu pour une guerre sur un seul front. Il a été élaboré à un moment où la Russie ne pouvait soutenir la France en raison de la défaite subie dans le conflit avec le Japon. De plus, le plan Schlieffen prévoyait la violation de la neutralité des Pays-Bas alors que cette dernière est respectée en 1914. Enfin, Moltke diminue la force relative de l’aile droite par rapport au plan de son prédécesseur. En 1914, le chef du Grand Etat-major allemand doit en effet tenir compte de la Russie, à nouveau capable de soutenir son allié, et des offensives françaises en Alsace et en Loraine. Il est donc contraint de renforcer son centre et le front Est au détriment de son aile marchante.

(© blogdefense.overblog.com)

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Manières du Monde. Manières de Guerre

Publié le par Dimitry Queloz

GALACTEROS-LUCHTENBERG, Caroline, Manières du Monde. Manières de guerre, Paris, Nuvis, 2013, 146 pages

Cet ouvrage de Caroline Galactéros-Luchtenberg, préfacé par Hubert Védrine, part du constat que "l’Occident va mal". Alors que celui-ci dominait jusqu’à tout récemment le Monde depuis plusieurs siècles et pensait que sa suprématie économique et politique, ainsi que son influence culturelle perdureraient à jamais, d’autres puissances en devenir contestent désormais cette domination. L’auteur poursuit en affirmant que ce déclin de l’Occident est causé par les deux principaux "moteurs" de son récent développement: la révolution numérique et la financiarisation de l’économie. Loin d’apporter les progrès économiques et sociaux promis par les élites occidentales postmodernes et mondialisées, ces deux moteurs ont avant tout eu pour conséquences de créer un "leurre de puissance" et un "rejet grandissant de la part des masses humaines" censées en bénéficier. La crise économique de ces dernières années ne fait que révéler les incohérences de ce postmodernisme occidental et modifier à vitesse accélérée les rapports de puissance entre les Etats.

La première partie de l’ouvrage est consacrée à la société occidentale postmoderne, prolongement et radicalisation de la société moderne issue de la philosophie des Lumières caractérisée par un Etat démocratique accordant une importance particulière aux libertés individuelles, un système économique capitaliste stable permettant la mise en place d’un Etat providence et un système de valeurs à vocation universelle. Pour l’auteur, cette société postmoderne est marquée par "une accélération globale vertigineuse et désormais exponentielle – en matière technologique notamment – des processus de changement dans tous les domaines" et une intégration des normes économiques et comportementales anglo-saxonnes, avec pour conséquences l’avènement d’une "soft ideology" d’inspiration américaine caractérisée par un ethnocentrisme étroit et la croyance en une supériorité morale et idéologique débouchant sur un "refus de l’altérité dès qu’elle se montre indocile".

Dans la deuxième partie, l’auteur étudie l’influence de cette idéologie postmoderne sur le domaine militaire. Tout comme la société civile, la société militaire est touchée par une déshumanisation des rapports personnels et professionnels, un appauvrissement éthique et une perte de sens qui se traduisent concrètement par une nouvelle conception de la guerre qui revêt désormais un caractère moralisant et n’est plus forcément perçue comme un prolongement de la politique par d’autres moyens. La guerre se fait au nom de la démocratie et des droits de l'homme ou pour punir un dirigeant que l’on charge de tous les péchés, même si des raisons plus matérielles et moins avouables sont également à l’origine des interventions militaires. Cette moralisation extrême de la guerre – la guerre doit être juste pour être acceptée par les populations occidentales – a paradoxalement pour conséquence une exacerbation de la violence et de l’agressivité des combattants ainsi qu’un mépris croissant envers un adversaire déshumanisé du fait de sa diabolisation.

Une deuxième caractéristique de cette nouvelle conception de la guerre est la croyance en la toute-puissance de la technologie, même si les derniers conflits ont montré qu’une supériorité matérielle écrasante ne permettait pas forcément de remporter la victoire. Les récents concepts de "révolution dans les affaires militaires (RMA)" et de "guerre réseau-centrée" en constituent les principaux paradigmes. Enfin, cette nouvelle approche de la guerre se caractérise par une dématérialisation de l’ennemi et un refus de la mort pour les forces amies. Tout se passe comme si l’on n’osait plus affronter les dures réalités d’un champ de bataille qui effraie et que l’on ne maîtrise plus en dépit de sa numérisation: les ennemis réduits à de simples coordonnées numériques et représentés sur un écran sont éliminés au moyen de frappes aériennes à distance ou d’attaques de drones pilotés par des opérateurs situés à des centaines ou des milliers de kilomètres, les soldats engagés sont surprotégés et la moindre perte devient un scandale…

Cet ouvrage multidisciplinaire pousse à la réflexion sur notre société en général et sa façon de concevoir la guerre en particulier. En dépit d’une analyse sans concession brossant un tableau plutôt sombre de l’Occident postmoderne, il se veut optimiste. Une "réhabilitation de l’exigence éthique", condition urgente et sine qua non du redressement occidental, est possible. D’ailleurs, dans le domaine militaire, l’auteur salue l’évolution positive des récentes doctrines française et britannique.

(© blogdefense.overblog.com)

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La pensée militaire suisse

Publié le par Dimitry Queloz

La pensée militaire suisse de 1800 à nos jours. Actes du symposium 2012, Pully, Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM), 2013, 192 pages

Cet ouvrage regroupe les contributions présentées lors du symposium organisé conjointement par le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et l’Association d’Histoire et de Sciences Militaires (ASHSM) les 24 et 25 février 2012. Il comprend également deux hommages – l’un de Jean-Jacques Langendorf et l’autre d’Hervé de Weck – à Hervé Coutau-Bégarie, malheureusement décédé quelques jours avant la manifestation, à qui les Actes sont dédiés.

Comme l’écrit Pierre Streit, directeur scientifique du CHPM, dans son introduction, "Oui, une pensée militaire suisse existe!", même si cela peut étonner pour un petit Etat neutre. Cette pensée militaire est d’ailleurs plutôt riche et ne se limite pas aux seules réflexions centrées sur la Suisse. Divers penseurs ont en effet eu ou ont encore une aura internationale, comme le célèbre théoricien du droit des gens Emer de Vattel, l’illustre Jomini qui a beaucoup influencé les conceptions américaines de la guerre, ou le colonel Ferdinand Lecomte, largement oublié après sa mort, mais redécouvert récemment. Par ailleurs, les travaux sur la pensée militaire suisse sont relativement nombreux – signalons notamment la collection des Ecrivains militaires romands publiés il y a quelques années par Semper Fidelis et les 11 volumes sur L’Etat-major général suisse/Der Schweizerische Generalstab –, même s’il reste encore beaucoup à faire, particulièrement dans le domaine de la synthèse.

La pensée militaire suisse est relativement complexe et présente diverses particularités: influence du milieu géographique – la montagne –, du cadre géopolitique – la Suisse a été durant plusieurs siècles une confédération, avec des armées cantonales –, de la pratique de la neutralité, du fédéralisme, du plurilinguisme et de la démocratie directe, de la conception des rapports entre la société et l’armée – l’armée suisse est essentiellement une armée de milice composée de citoyens-soldats –, du service militaire étranger… De plus, elle a souvent été peu formalisée et théorisée. C’est fréquemment davantage dans l’étude des plans, des analyses, des ordres et des règlements que l’on peut comprendre la pensée de tel ou tel militaire.

L’ouvrage comprend trois parties. La première est consacrée au XIXe siècle, "âge d’or de la pensée militaire suisse". Parmi les plus intéressantes communications – nous ne pouvons malheureusement pas parler de toutes les présentations et nous devons choisir –, mentionnons celle de Jean-Jacques Langendorf sur les écrits de trois personnages fort différents tant en termes de pensée militaire, que de caractère et de carrière, Johannes Wieland, Jomini et le général Dufour, ainsi que celle de David Auberson sur l’influence de la guerre de Sécession en Suisse – le lecteur intéressé pourra également lire sur ce sujet la fiche de lecture que nous avons publié sur son livre: Ferdinand Lecomte (1826-1899). Un Vaudois témoin de la guerre de Sécession.

La deuxième partie, consacrée au XXe siècle, comprend deux communications sur l’école zurichoise dont le chef de file a été le général Wille, commandant en chef au cours de la Première Guerre mondiale. David Rieder nous parle de Fritz Gertsch, cet "enfant terrible" du corps des instructeurs qui a joué un rôle crucial dans l’"affaire de l’hydre" qui a conduit à la démission des principaux chefs de l’armée et de l’administration militaire, y compris le chef de l’Etat-major général, vers 1905 – nous renvoyons le lecteur intéressé par cet épisode à l’une de nos fiches de lecture sur la thèse de David Rieder. De son côté, Peter Braun s’intéresse aux disciples de Wille et à leur influence après la Seconde Guerre mondiale. Mentionnons encore la communication de Martin Motte sur Daniel Reichel, penseur militaire et fondateur du CHPM.

Enfin, pour le XXIe siècle, la communication de Christian Bühlmann aborde la question de la stagnation de la pensée militaire suisse actuelle. Pour l’auteur, celle-ci est due d’une part à la nouvelle conception de l’armée adoptée depuis la fin de la Guerre froide et la victoire idéologique de l’ultralibéralisme: l’"armée de marché". Dans ce nouveau paradigme, l’armée est perçue avant tout comme une entreprise économique ce qui empêche une réelle réflexion sur la guerre et ses différentes formes. D’autre part, l’armée suisse ne peut plus s’inspirer des pensées militaires étrangères qui se préoccupent surtout des problèmes relatifs aux projections extérieures qui ne correspondent pas aux engagements potentiels de l’armée suisse.

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La fin du rêve européen

Publié le par Dimitry Queloz

HEISBOURG, François, La fin du rêve européen, Paris, Stock, 2013, 200 pages

François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, président de l’International Institute for Strategic Studies de Londres et du Centre de politique de sécurité de Genève, est un européen convaincu. Son ouvrage sur la fin du rêve européen n’a donc pas pour but de renforcer la cause des eurosceptiques, mais, au contraire, d’établir un constat clair et sans fard de la dramatique situation actuelle de l’Union européenne afin de sauver l’Europe. La crise qui frappe cette dernière depuis 2009 n’est pas la simple conséquence de la crise américaine des subprimes, qui n’a fait que révéler les défauts intrinsèques de la construction européenne et de l’Euro. Mourant de diverses "maladies" – "fédéralisme impossible, institutions contestables, peuple introuvable, économie détestable" – l’Europe ne peut être sauvée, selon l’auteur, qu’en abandonnant la monnaie unique. Si l’opération est risquée, elle peut être réalisée avec succès de manière planifiée en profitant du répit temporaire actuel.

Si l’ouvrage traite essentiellement des questions économiques et politiques de l’Union européenne, il comprend cependant une douzaine de pages synthétiques fort intéressantes sur les questions de défense, raison pour laquelle nous lui consacrons cette fiche de lecture. Démythifiant le rêve européen, François Heisbourg commence par relativiser le rôle de la construction européenne en matière de pacification du Vieux Continent. S’il est vrai que, depuis ses débuts, la Communauté, puis l’Union européenne, ont contribué à mettre fin aux tragiques conflits et à la division qui ont touché l’Europe au cours du XXe siècle, d’autres facteurs ont aussi largement influencé l’instauration de cet "idéal de paix perpétuel" – appelé "jardin kantien" en référence au célèbre philosophe de Königsberg –, notamment le contrôle exercé par les Etats-Unis et l’OTAN ainsi que l’affrontement Est-Ouest au cours de la Guerre froide. Ensuite, l’auteur souligne que cet heureux résultat ne préjuge en rien de l’avenir. Considéré comme un acquis par la population européenne, il ne représente plus un fondement pour un projet politique commun.

François Heisbourg souligne que l’Europe est actuellement confrontée à des "ruptures stratégiques" majeures – les révolutions arabes, le retrait américain d’Europe et le redéploiement en Asie-Pacifique, le retour de la Russie en tant que puissance – qui mettront gravement à l’épreuve ce "jardin kantien" au cours des prochaines années. Or, il juge que l’Union européenne n’est pas apte à gérer les crises qui risquent de se produire, et ce pour trois raisons. Tout d’abord, il existe un grave problème institutionnel. Les institutions politiques européennes ne sont en effet pas adaptées à des situations difficiles, comme l’a bien montré la crise de l’Euro. Elles ont été conçues, selon les vœux des Pères fondateurs, Jean Monnet en tête, pour "fabriquer des normes et de la régulation", non pour prendre des décisions politiques comme le ferait un véritable gouvernement.

Ensuite, la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) ne constitue pas une réelle politique de défense européenne. Les ambitions affichées en 1999 se sont érodées, comme l’ont montré les dernières crises. Les égoïsmes nationaux ont en effet refait surface tandis que les engagements militaires ont eu lieu essentiellement dans un cadre international et non supranational et européen. Par ailleurs, le Royaume-Uni et l’Allemagne représentent davantage des facteurs de blocage que des partenaires décidés à développer une véritable défense européenne, le premier en raison de son euroscepticisme, la seconde "parce qu’elle n’aime guère la défense".

Enfin, la diminution des budgets militaires des différents Etats – moins 15% en moyenne depuis la crise – conduit à une réduction drastique des moyens. La plupart des pays ne disposent plus désormais que de capacités militaires très limitées. Si la tendance actuelle se poursuit, même la France et le Royaume-Uni, les deux principales puissances militaires en Europe, ne seront plus en mesure de remplir l’ensemble du spectre des opérations dans une vingtaine d’années.

Le constat de François Heisbourg n’est pas très optimiste, mais correspond bien à la réalité. L’Europe est à un tournant de son histoire dans les domaines politique, économique et militaire. Si elle se montre incapable de trouver des solutions à la crise actuelle dans ces trois domaines, elle risque fort, après avoir dominé le monde durant quatre siècles, de sortir de l’histoire et de devenir un acteur secondaire du monde multipolaire en train de se mettre en place.

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Hitler face à Staline

Publié le par Dimitry Queloz

RICHARDOT, Philippe, Hitler face à Staline. Le front de l’Est 1941-1945, Paris, Belin, 2013, 384 pages

L’année 2013 a vu paraître nombre d’ouvrages sur la guerre entre l’Allemagne et l’Union soviétique parmi lesquels nous mentionnerons plus spécialement la biographie de Joukov publiée par Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, ainsi que la grande synthèse (797 pages) de Nicolas Bernard, La guerre germano-soviétique, 1941-1945. De son côté, Philippe Richardot, entre autres administrateur de la Commission Française d’Histoire Militaire et membre du comité scientifique du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires, nous livre, avec son Hitler face à Staline, un ouvrage fort intéressant bien que de taille plus modeste.

L’auteur traite plus particulièrement des opérations militaires du front de l’Est. Il adopte une démarche chronologique pour présenter, en 35 chapitres, une belle synthèse de ce théâtre d’opérations fondamental de la Deuxième Guerre mondiale. En effet, l’armée allemande a subi 80% de ses pertes sur ce front et l’Armée rouge a donc joué un rôle primordial dans la destruction de la puissance nazie.

Le sujet, qui peut paraître aride au premier abord, est toutefois traité de manière vivante. Bien écrit, le texte comprend de nombreuses anecdotes et des extraits de mémoires des principaux protagonistes qui en rendent la lecture plaisante. Il donne également nombre d’informations sur la vie quotidienne des troupes – notamment à propos des terribles conditions climatiques rencontrées en automne, saison de la raspoutitsa, et en hiver, avec ses températures extrêmes – et sur les différents matériels et armements employés par les deux belligérants. Enfin, les batailles sont décrites dans un langage très imagé et coloré qui donne une vision spectaculaire de la puissance des armements et de la dureté des combats.

Philippe Richardot ne se limite cependant pas aux seuls aspects militaires. Il les replace de manière synthétique dans les différentes phases de la guerre, tout en abordant également les dimensions politiques, économiques et idéologiques du conflit. Notons encore que les 35 chapitres, relativement courts, commencent généralement par une brève introduction qui permet de saisir les principaux enjeux.

Cette synthèse, qui intègre nombre de travaux récents, constitue une très bonne première approche du conflit germano-soviétique. Nous la recommandons donc tout particulièrement aux étudiants des universités, ainsi qu’aux enseignants du secondaire II qui voudraient traiter des aspects militaires du front de l’Est dans leurs cours.

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