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Leclerc. Le croisé de la France libre

Publié le par Dimitry Queloz

NOTIN, Jean-Christophe, Leclerc. Le croisé de la France libre, Paris, Perrin, 2015, 224 pages
 

Auteur d’une biographie de Leclerc publiée en 2005 qui fait autorité, Jean-Christophe Notin avait toutes les qualités pour réaliser ce volume de la collection "Maîtres de guerre" des éditions Perrin. Fort bien écrit, agréable à lire et richement illustré, il représente une belle synthèse qui ravira celui qui veut découvrir la vie de Leclerc et son rôle militaire et politique au cours la Deuxième Guerre mondiale.

 

Né en 1902 dans une famille de la vieille noblesse picarde, Philippe de Hauteclocque est un pur produit de son milieu social, dont les deux fondements sont le service de Dieu et celui de la France. Il en a les valeurs, lisant l’Action française, en dépit de l’interdiction du Pape, et souhaitant une certaine forme de révolution nationale au cours de la Deuxième Guerre mondiale, même si sa position a évolué au cours des trois années passées en Afrique. L’auteur ne cache par ailleurs pas le caractère insupportable du personnage – apanage des grands hommes selon Churchill! –, qui apparaît presque à chaque page du livre, ainsi que ces zones d’ombre – voir notamment l’épisode de l’exécution sans jugement de douze prisonniers à Bad Reichenhall à la fin de la guerre, sans que l’on sache exactement quel rôle il a joué.

 

Notin retrace chronologiquement la carrière militaire intense et mouvementée du Picard, qui prend le pseudonyme de Leclerc au moment où il rejoint la France libre au lendemain de la débâcle de juin 1940. Après le ralliement du Cameroun, puis du Gabon, Leclerc est envoyé au Tchad où il prépare l’attaque contre Koufra qui a lieu en février 1941. Les moyens engagés sont faibles, la position sans réelle valeur stratégique – qualifiée de "tas de cailloux sans intérêt" par Larminat, elle est remise aux Britanniques peu de temps après. Pourtant, la propagande transforme ce maigre succès en une victoire de premier ordre. L’impact moral est important pour la France libre qui remporte une de ses premières victoires militaires. Surtout, il y a le serment qui fait entrer Leclerc et ses hommes dans la légende.

 

Après cette victoire, Leclerc poursuit son aventure africaine par une longue pause entrecoupée, au début de 1942, par quelques opérations dans le Fezzan. Le grand acteur militaire des FFL au cours de cette période est le général Koenig qui se couvre de gloire à Bir Hakeim. Au lendemain de l’opération Torch, Leclerc peut enfin lancer sa deuxième campagne du Fezzan puis participer à la reconquête de l’Afrique du Nord. Quatre mois durant lesquels il fait preuve de talents.

 

Au cours de l’été 1943, les troupes de Leclerc sont transformées en une "division politique". D’une part, elles sont totalement équipées, grâce à l’aide américaine, pour constituer une division blindée. La 2e DB est née. D’autre part, la nouvelle grande unité est prévue pour être engagée en France dans le cadre du débarquement prévu dans les mois futurs. Sa mission: la libération de Paris. C’est ainsi que la 2e DB participe au débarquement en Normandie, après moult péripéties. Leclerc doit se battre, notamment contre les Américains, pour entrer en premier dans la capitale.

 

La libération de l’Est de la France est tout aussi compliquée. En plus des divergences de vue avec les Américains, Leclerc doit faire face à la concurrence de De Lattre, qu’il déteste. Finalement, la 2e DB parvient à libérer Strasbourg, autre lieu hautement symbolique de la lutte contre l’Allemagne. Le serment de Koufra est accompli! Durant les derniers mois de la guerre, Leclerc et ses troupes sont engagés dans le Sud de l’Allemagne, avec, toujours, la crainte de ne jouer qu’un rôle secondaire. Finalement, la 2e DB ajoute un dernier exploit à la liste de ses hauts faits: si les Américains sont les premiers à entrer dans Berchtesgaden, les hommes de Leclerc les devancent au Berghof et au Nid d’Aigle.

 

Le dernier chapitre aborde de manière très brève la carrière de Leclerc après la capitulation allemande. Engagé en Extrême-Orient, il représente la France lors de la capitulation japonaise, puis commande le corps expéditionnaire chargé de reprendre l’Indochine. Pour l’auteur, les divergences entre Leclerc et l’amiral d’Argenlieu, nommé haut-commissaire, au cours de cette opération relèvent davantage de la forme que du fond.

 

Notin termine son ouvrage avec l’épisode tragique de la mort de Leclerc survenue le 28 novembre 1947 alors qu’il se rend en avion à Colomb-Béchar. Pour lui, la thèse de l’accident est certaine. L’appareil, un B-25 modifié pour le transport de passagers, connaît des problèmes de centrage qui le rendent très instable dans certaine situations de vol. A la suite d’une manœuvre trop brusque du pilote, il est tombé en vrille et s’est écrasé au sol.

 

L’ouvrage n’est cependant pas qu’une biographie de Leclerc. Le lecteur y trouvera également des éléments fort intéressants concernant l’armée française en général, notamment sur les relations entre les hommes de l’armée d’Afrique et ceux de la France libre. Les rivalités entre les deux camps ne sont pas seulement d’ordre personnel, elles sont aussi et surtout idéologiques. Elles perdureront deux décennies après la fin des hostilités, d’autant que nombre d’anciens de Vichy occupent les plus hautes fonctions au sein de l’armée d’après guerre. En 1943, l’amalgame entre, d’une part, les ex-troupes de Vichy ralliées difficilement et en raison des circonstances particulières de la fin de l’année 1942 et, d’autre part, les FFL de la première heure est donc difficile, comme en témoignent les expressions employées pour désigner certaines formations issues de l’autre camp. C’est ainsi que le 12e régiment de cuirassiers est taxé de "12e nazi" par les ex-FFL, tandis que les hommes de l’ancienne armée de Vichy parlent du 1er régiment de Spahis marocains en l’affublant du surnom de "royal voyou"!

(© blogdéfense)

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La Grande Guerre vue d'en face

Publié le par Dimitry Queloz

BEAUPRE, Nicolas, KRUMEICH, Gerd, PATIN, Nicolas, WEINRICH, Arndt (dir.), La Grande Guerre vue d’en face. 1914-1918. Nachbarn im Krieg, Paris, Albin Michel, 2016, 304 pages

 

Ce livre, bilingue français et allemand, est une belle réussite. Réalisé en coopération par la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale et l’Institut historique allemand, il présente les points de vue français et allemands sur de nombreux aspects de la guerre articulés en six chapitres thématiques comprenant chacun trois à six contributions écrites par des spécialistes des deux pays:

 

- Le poids des alliances;

- Acteurs du conflit et personnages symboliques;

- Objets emblématiques;

- Montrer la violence, cacher la violence;

- Une longue sortie de guerre;

- Lieux symboliques, lieux de mémoire.

 

Comme le rappellent les directeurs de l’ouvrage dans l’introduction, la Première Guerre mondiale n’a pas été perçue et vécue de la même manière en France et en Allemagne. Pour la France, la guerre est essentiellement un conflit franco-allemand, même si de nombreux alliés ont combattu à ses côtés et que le sort de la guerre s’est aussi joué sous d’autres cieux que ceux de la frontière du Nord-est. L’adversaire principal est l’Allemagne. C’est elle qui envahit son territoire, qui est à deux doigts de lui infliger une nouvelle défaite en août-septembre 1914, quatre décennies après celle de 1870-1871. C’est elle qu’il faut abattre au moment de la victoire et dont il faut empêcher le relèvement dans les années vingt. D’où la dureté du traité de Versailles et son importance, que ce soit lors des négociations de paix ou dans la mémoire qui met largement de côté les traités signés avec les autres Puissances centrales.

 

En Allemagne, la perception du conflit est très différente. La Première Guerre mondiale n’est pas simplement la "deuxième manche" du conflit de 1870-1871. Elle s’inscrit dans un autre cadre géopolitique et idéologique. Au début du XXe siècle, l’Allemagne, largement imprégnée des idées socio-darwiniennes, se perçoit comme isolée diplomatiquement et militairement, suite à la disparition du système bismarckien et à la mise en place du système Delcassé, et menacée par la Russie qui se relève rapidement de sa défaite contre le Japon en 1904-1905. La France ne représente donc qu’un adversaire parmi d’autres, le IIe Reich se battant également contre la Russie, l’Angleterre, les USA notamment.

 

L’après-guerre est également différent pour les deux pays. La France est dans le camp des vainqueurs, mais la victoire a coûté cher. De plus, il lui est difficile d’empêcher l’Allemagne de se relever, d’autant que les anciens alliés ne la soutiennent pas toujours dans sa volonté d’appliquer de manière rigoureuse les clauses du traité de Versailles. La France a ainsi souvent le mauvais rôle, alors que l’Allemagne redevient peu à peu un Etat fréquentable sur la scène internationale. Un autre point d’achoppement au lendemain des hostilités est celui de la responsabilité. Pour la France, il n’y a aucun doute: l’Allemagne est responsable du déclenchement de la guerre et cela est inscrit dans le marbre du traité de Versailles (article 231). De son côté, l’Allemagne ne se considère pas du tout comme responsable et les historiens et intellectuels allemands feront tout pour prouver le contraire.

 

La mémoire de la guerre se construit donc de manière différente dans les deux pays. Si la France peut se glorifier d’une victoire difficile contre un adversaire coupable du déclenchement des hostilités, l’Allemagne doit chercher à se justifier. Les événements ultérieurs, développement du nazisme et arrivée au pouvoir de Hitler en 1933, Deuxième Guerre mondiale et défaite française suivie de la mise en place du Régime de Vichy, renforcent encore la tendance. La mémoire française se focalise sur la Grande Guerre, celle qui a été gagnée, et le 11 novembre devient l’événement marquant en matière de commémoration. En Allemagne, on garde une certaine distance avec un passé douloureux dans lequel IIe et IIIe Reich sont reliés, d’autant que le pays est longtemps divisé. Si la réconciliation entre les deux adversaires est difficile, la conciliation des mémoires l’est sans doute encore plus!

 

Notons encore que les belles et nombreuses illustrations de l’ouvrage – photographies, articles de presse, affiches, caricatures, etc. – sont judicieusement choisies et servent souvent de point de départ aux textes.

 

Ce livre, dont nous recommandons vivement la lecture, sera particulièrement utile aux enseignants désireux de montrer les différences de point de vue entre les belligérants ou de traiter de la difficile question de la mémoire. Ils y trouveront de nombreux exemples à présenter en classe. Attention toutefois de ne pas l’utiliser avant le secondaire II!

 

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Stratégies maritimes au XXIe siècle

Publié le par Dimitry Queloz

WEDIN, Lars, Stratégies maritimes au XXIe siècle. L’apport de l’amiral Castex, Paris, Nuvis, 2015, 202 pages

Cet ouvrage de Lars Wedin, préfacé par Martin Motte, possède de nombreuses qualités et nous en recommandons vivement la lecture. Il est court et synthétique, bien écrit, très accessible, même à ceux qui ne sont pas des spécialistes de la stratégie maritime. Enfin, il présente une analyse et une réflexion roborative sur la stratégie maritime actuelle et ses possibles développements futurs.

La première partie du livre présente les principaux éléments de la pensée de l’amiral Castex dont l’œuvre est difficile d’accès, notamment en raison du nombre de pages écrites – l’édition de 1999 des Théories stratégiques compte 7 tomes et près de 3'000 pages! –, des hésitations dans la réflexion et de l’évolution des idées du premier directeur de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale. C’est que la carrière de Castex a été longue et qu’elle s’est déroulée à une période où les nouveautés techniques ont été nombreuses. Major de sa promotion à l’Ecole navale en 1896, Castex voit en tant que jeune officier l’arrivée des torpilles et des sous-marins, puis celle des navires de type Dreadnought. Après la Première Guerre mondiale, c’est au tour des porte-avions. Enfin, à la fin de sa carrière au début des années soixante, apparaissent les sous-marins nucléaires qui donnent aux marines une importance stratégique nouvelle.

En matière de pensée stratégique et maritime, le jeune Castex assiste au débat entre la Jeune école des adeptes des théories de l’amiral Aube et celle, néo-classique, des partisans des conceptions de Mahan. Il est très influencé par les écrits de ce dernier, qui viennent d’être publiés. Quelques années plus tard cependant, il se rapprochera des conceptions plus subtiles de Corbett.

La pensée de Castex a eu peu d’influence de son vivant. Hervé Coutau-Bégarie le qualifie même de "stratège inconnu" dans le titre de l’ouvrage qui le fait sortir de l’oubli en 1985. Wedin considère cependant, avec justesse, que nombre de ses conceptions restent d’actualité, même si la pensée de Castex présente des faiblesses, comme par exemple l’absence de toute réflexion en relation avec la diplomatie. Il reprend donc les principales idées – stratégie générale, servitudes, stratégie morale, perturbateur – pour les appliquer à notre époque et nous présenter une belle analyse, et de surcroît très concrète, de stratégie maritime et navale et des interactions entre leurs composantes.

L’auteur insiste sur l’importance prise par la mer au cours des dernières décennies, avec la mondialisation et l’exploitation des richesses maritimes. Après les concepts de "maritimisation" des économies (André Vigarier) et de "territorialisation" des mers – c’est-à-dire la volonté pour les Etats de s’approprier les espaces maritimes –, Wedin en développe un nouveau, celui d’"infrastructuration". Ce concept est directement lié à l’exploitation des mers qui nécessite la construction d’infrastructures, que ce soit pour l’aquaculture, l’exploitation du pétrole et du gaz, demain peut-être celle des minerais, la production d’électricité grâce à de vastes champs d’éoliennes, la navigation avec la construction d’installations portuaires au large…

Avec l’augmentation des besoins futurs en nourriture, en énergie et en matières premières, avec les besoins croissants de sécuriser les échanges et les zones de production de ressources, nul doute que le concept d’"infrastructuration" a un bel avenir dans la pensée stratégique maritime!

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Loi sur le renseignement : un "Oui" net et sans appel, mais qui ne résout pas tous les problèmes!

Publié le par Dimitry Queloz

Hier, le peuple suisse a dit un "Oui" très net à la Loi sur le renseignement: plus de 65% des votants et tous les cantons l’ont acceptée. Cette victoire était prévisible. L’évolution plus qu’inquiétante du contexte sécuritaire mondial a bien évidemment joué un rôle déterminant dans la décision des citoyens suisses. Si la loi s’applique aux cas de terrorisme, d’espionnage, de dissémination d’armes de destruction massive et d’attaque contre les infrastructures importantes, c’est sans aucun doute à la première de ses menaces, et plus particulièrement au terrorisme islamiste, que le peuple a pensé en votant. En effet, celui-ci représentera une menace existentielle pour les prochaines décennies et il ne peut plus être minimisé comme cela a été le cas au cours des années 2000.

La nouvelle Loi sur le renseignement, qui devrait entrer en vigueur dans une année, est adaptée à la modernité et au contexte sécuritaire actuel. Elle tient compte à la fois de l’évolution technique des dernières décennies, notamment dans les domaines de l’informatique et des communications, et du nouveau visage adopté par les organisations terroristes islamistes, aussi bien en ce qui concerne les structures que les pratiques. Elle permettra de lutter beaucoup plus efficacement que maintenant contre les djihadistes et les terroristes installés en Suisse ou voulant agir sur son territoire.

Cette amélioration en matière d’efficacité ne constitue toutefois pas la seule vertu de la nouvelle loi. Elle renforcera tout d’abord l’autonomie des autorités suisses en matière de décision, donc la souveraineté nationale. Grâce à l’augmentation qualitative et quantitative des renseignements "maison", la Suisse sera en effet moins dépendante des informations en provenance de l’étranger. Les rétentions d’informations ou les problèmes de transmission porteront moins à conséquence sur la sécurité de notre pays. Par ailleurs, les risques de manipulation de la part de puissances tierces seront moindres, tandis que les possibilités de pression – fourniture de renseignements en échange de services quelconques – vont également diminuer.

Le deuxième grand avantage procuré par la nouvelle loi est le renforcement de la crédibilité et de la marge de manœuvre des services de renseignements suisses au niveau international. Disposant de meilleurs renseignements, tant qualitativement que quantitativement, le SRC sera considéré comme un partenaire plus sérieux par les autres services. Il aura davantage la possibilité de discuter d’égal à égal avec ces derniers et possédera de meilleurs atouts dans le cadre des coopérations avec ses homologues étrangers. La position de la Suisse dans le réseau sécuritaire international sera ainsi renforcée.

L’acceptation de la nouvelle Loi sur le renseignement représente donc un progrès significatif dans la lutte contre le terrorisme islamiste. Elle ne représente toutefois pas un élément suffisant pour vaincre la menace islamiste dont le terrorisme ne représente qu’un des aspects, celui qui est le plus violent. Pour remporter la victoire contre cette idéologie religieuse totalitaire, il faudra deux autres conditions. La première relève du domaine judiciaire. Il ne sert en effet à rien d’identifier et/ou d’arrêter plus facilement des djihadistes et des terroristes, potentiels ou ayant passé à l’acte, ainsi que leurs complices, si la justice ne les condamne pas de manière appropriée.

Ensuite, et surtout, le terrorisme islamiste ne représente – il faut insister sur ce point capital – que le volet le plus dangereux de l’islamisme. Il prospère sur le terreau idéologique que constitue ce dernier et c’est contre lui qu’il faudra absolument lutter avec davantage de sérieux qu’au cours de ces dernières années, en comprenant bien qu’il s’agit d’une guerre de civilisation et que la lutte se fera sur le terrain de la culture et des valeurs.

Depuis plusieurs décennies, l’islamisme s’installe de manière insidieuse dans nos sociétés occidentales, comme il l’a fait précédemment dans les Etats musulmans, sans que le danger ait été réellement pris en considération. La dernière enquête publiée en France, qui confirme toutes les études précédentes faites en Europe, montre bien à quel point la situation est actuellement critique. Moins de la moitié des musulmans français sont totalement intégrés et acceptent les lois de la République. Un autre quart est en accord avec les principes de la charia tout en disant accepter ceux de la laïcité. Les individus de cette catégorie se situent donc dans une marge grise et certains d'entre eux peuvent basculer à tout moment dans une idéologie plus radicale. Enfin, plus de 28% affirment la supériorité de la charia sur les lois françaises. Ces musulmans sont donc clairement islamistes et, même s’ils ne sont que quiétistes, ils défendent des valeurs qui sont incompatibles avec celles de la société française. De plus, ils constituent le milieu favorable dans lequel peuvent se développer et prospérer les islamistes politisés et djihadistes qui représentent une menace existentielle pour la société française – et par delà occidentale – puisqu’ils veulent lui imposer leur idéologie totalitaire.

28% d’une communauté estimée à 5 à 6% de la population française, cela semble bien peu. Toutefois, en chiffres, cela représente au moins 1 million de personnes! Sans réaction très forte de notre part, nous n’avons pas fini de voir des burkas, des burkinis … et des attentats!

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Police aérienne 24: Interview du colonel EMG Peter Bruns (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le F-5 Tiger arrive maintenant en fin de carrière. Peut-il malgré tout encore être utilisé pour les missions de police aérienne? Si oui, est-il en mesure de le faire dans toutes les circonstances?

Le F-5 Tiger ne peut pas être employé dans le cadre du projet PA24 qui nécessite des appareils pouvant voler de jour comme de nuit, dans toutes les conditions météorologiques. Il ne peut en effet être engagé que de jour et en dehors des nuages.

Une modernisation des Tiger permettrait-elle une utilisation plus importante de ces appareils pour la police de l’air?

Après les études qui ont été menées, il n’est plus envisagé de moderniser les Tiger.

Une fois le projet mené à terme, combien d’avions seront, au total, nécessaires pour remplir la mission? Quel pourcentage de la flotte de F/A-18 ce chiffre représente-t-il?

Le projet PA24 prévoit que deux avions soient disponibles en permanence. Il n’y aura pas un nombre spécifique d’avions dédiés à cette mission, qui sera par ailleurs prioritaire. Les appareils nécessaires seront puisés dans la flotte de F/A-18. Le nombre de F/A-18 en service actuellement sera suffisant pour les besoins de PA24. Celui-ci entraînera d’ailleurs une meilleure disponibilité des appareils. L’augmentation du nombre de mécaniciens et leur présence permanente permettra d’effectuer plus rapidement les travaux de maintenance habituels.

En revanche, si nous devions régulièrement faire décoller des avions dans le cadre de PA24 ou leur faire effectuer des patrouilles permanentes, nous n’aurions pas assez d’appareils.

Pour le moment, la police aérienne est en partie assurée dans le cadre de collaborations avec les Forces aériennes des pays voisins. Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnent ces collaborations? Y a-t-il des différences d’un pays à l’autre?

Avant de répondre à votre question, j’aimerais apporter quelques précisions par rapport aux missions de police aérienne et aux possibilités de collaboration avec l’étranger. Si l’on prend le cas de l’OTAN, qui effectue notamment des missions de police aérienne au-dessus des Pays baltes, les missions ne concernent que les menaces militaires. Les avions décollent sous la direction de l’OTAN seulement si les intrus ou les contrevenants sont des appareils militaires. En revanche, si les intrus ou les contrevenants sont civils, la conduite opérationnelle est du ressort de l’Etat. Si ce dernier n’a pas cette possibilité de conduite, il ne se passe rien. C’est à l’Etat d’assurer la police de l’air de son espace aérien pour les problèmes non-militaires, les autres pays ne le feront pas à sa place.

En ce qui concerne la Suisse, nous avons divers accords avec les Etats voisins. Tous ces accords concernent les menaces non-militaires et sont basés sur le principe de la réciprocité. Tout d’abord, il y a des échanges d’informations avec tous les voisins, soit la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. Ce premier aspect est fondamental en raison de la densité du trafic, de l’interconnexion des espaces aériens et de la rapidité des avions.

Avec trois de nos voisins – la France, l’Allemagne et l’Italie –, nous avons des accords d’accompagnement. Un avion peut franchir la frontière de l’Etat partenaire, avec son autorisation, pour suivre un cas qui est, dans l’idéal, transmis ensuite à l’aviation de cet Etat.

Enfin, avec la France et l’Italie seulement, nous avons des accords qui permettent de forcer un appareil à atterrir sur sol étranger.

En revanche, il n’y a aucun accord en ce qui concerne la possibilité d’ouvrir le feu dans l’espace aérien des Etats voisins. Chaque Etat garde souverainement le droit d’abattre un appareil dans son espace aérien et il n’existe pas de délégation d’ordre de tir.

Identification d'un Bombardier Global Express 5000 de la République fédérale d'Allemagne par des F/A-18 (© DDPS)

Identification d'un Bombardier Global Express 5000 de la République fédérale d'Allemagne par des F/A-18 (© DDPS)

Les drones civils de toutes sortes représentent un problème croissant pour la sécurité aérienne. Ce nouveau danger est-il pris en compte dans le cadre de PA24? Dispose-t-on actuellement des moyens nécessaires pour repérer, identifier et, le cas échéant, détruire des drones civils?

La présence des drones dans l’espace aérien est un vrai problème et il constituera un thème important dans le futur. Actuellement, la gestion des drones est répartie entre la police, qui s’occupe de ceux qui ont une masse inférieure à 30 kg, et l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), qui a la charge des autres. La première catégorie ne concerne pas le projet PA24. En ce qui concerne la seconde, nous menons des études concernant les possibilités d’interception. Par exemple, nous avons fait un exercice avec un drone ADS 95 des Forces aériennes qui a démontré que les F/A-18 étaient tout à fait en mesure de les intercepter.

Après plus de six mois d’expérience, quels sont les principaux enseignements qui ont déjà pu être tirés?

Deux journées ont été particulièrement intenses. La première est celle du 6 mai, le vendredi du pont de l’Ascension. Ce jour-là, nous avons mené deux missions effectives. La première concernait une pénétration dans la zone contrôlée de l’espace aérien de l’aéroport de Berne. La seconde a eu lieu en raison d’une panne de radio.

La deuxième journée a été très médiatisée. Le 5 juillet, nous avons fait décoller deux F/A-18 pour intercepter un Boeing 747 de la compagnie israélienne El Al effectuant un vol New York – Tel Aviv. Il s’agissait d’un cas normal pour les Forces aériennes. La France nous avait informés de la situation et nous avons engagé les appareils en alerte dans le cadre de PA24 qui ont effectué un vol supersonique. Cet engagement, qui s’est passé sans aucun incident, a eu lieu durant une plage horaire qui n’était pas couverte par le service de police aérienne d’avant PA24. L’intérêt des médias est venu tardivement, lorsqu’il a été révélé que l’avion israélien était victime d’une menace d’attentat à la bombe.

D’une manière plus générale, le fait de travailler plus régulièrement qu’avant dans le cadre d’un QRA 15’ nous a permis de gagner en efficience et en rapidité. Nous avons fait des progrès dans les procédures qui ont été améliorées. Nous sommes en mesure de décoller plus vite et nous sommes également prêts plus rapidement pour effectuer une nouvelle mission au retour d’un engagement. Nous avons également besoin de moins de personnels que prévu au départ. (Fin)

24 juillet 2014: Identification visuelle de l'Airbus A330-343 "Neuchâtel" de la compagnie Swiss par des F/A-18 (© DDPS)

24 juillet 2014: Identification visuelle de l'Airbus A330-343 "Neuchâtel" de la compagnie Swiss par des F/A-18 (© DDPS)

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