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Stratégique: Regards croisés franco-suisses

Publié le par Dimitry Queloz

Stratégique no 107: "Regards croisés franco-suisses", novembre 2014

Ce numéro de la revue Stratégique est le fruit d’une collaboration entre l’Institut de Stratégie Comparée (ISC) et le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM). Il comprend essentiellement des articles consacrés aux relations politico-militaires franco-suisses, à la situation présente de l’armée helvétique et à la pensée militaire suisse. En dépit de la grande diversité des sujets abordés dans la dizaine d’articles, il est possible de dégager quelques grands thèmes.

Depuis le début des années 1870 – cette période constitue un tournant à la fois pour la Suisse et la France puisque la première adopte une nouvelle constitution et une nouvelle organisation militaire et la seconde change de régime politique avec l’avènement de la IIIe République –, la France porte un regard attentif, souvent inquiet, parfois méfiant, sur la défense de son voisin – qui couvre le flanc droit de son dispositif principal –, ses capacités et son système militaires, sa volonté d’assurer ses obligations d’Etat neutre. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, on craint un alignement helvétique aux côtés de l’Allemagne. Dans les années trente, la méfiance a disparu, mais on redoute une incapacité à faire face à la puissance nazie, notamment dans le domaine aérien. Au début de la Guerre froide, on se demande si l’armée suisse serait en mesure de résister à une offensive mécanisée soviétique. Quelques années plus tard, en raison de l’abandon de la stratégie du réduit, de la constitution de forces mécanisées et blindées, surtout de l’ouverture de discussions favorables à des collaborations, une certaine confiance est (re)créée entre les deux pays. Comme le souligne à juste titre Georges-Henri Soutou, cet aspect est fondamental: au-delà des considérations purement matérielles, une relation stratégique "ne repose pas seulement sur des éléments quantifiables, mais aussi sur des perceptions, des représentations et des facteurs subtils".

En dehors de l’influence exercée par les attachés militaires français en Suisse, une institution a joué un rôle important dans le rapprochement des deux armées dont les organisations et les mentalités sont si différentes: l’Ecole supérieure de guerre. Après la Première Guerre mondiale, l’armée française est auréolée de sa récente victoire. L’Ecole supérieure de guerre devient la référence en matière de formation supérieure et de doctrine. La Suisse, qui ne possède pas de haute école pour ses officiers supérieurs, envoie certains d’entre eux se former à Paris. 80% des stagiaires deviennent généraux et la moitié reçoit le grade de général de corps d’armée qui est, en Suisse, le grade le plus élevé en temps de paix. L'influence française est donc significative, notamment en matière de doctrine. Par ailleurs, les relations personnelles créées dans ces circonstances constituent un des facteurs explicatifs de la collaboration militaire prévue entre les deux armées au début de la Seconde Guerre mondiale en cas d’invasion allemande de la Suisse. Après 1945, l’armée suisse continue à envoyer des stagiaires à l’Ecole supérieure de guerre, et ce jusqu’à nos jours, même si d’autres écoles militaires lui font concurrence.

Depuis la chute du mur de Berlin, et en dépit de toutes les différences qui existent entre elles, les armées suisses et françaises sont confrontées à un contexte stratégique et à des contraintes similaires. La disparition de la menace soviétique a mis fin, d’une manière relative, au risque de guerre classique en Europe. Cependant, d’autres menaces ont fait leur apparition, qui concernent la sécurité intérieure – terrorisme islamiste qui s’inscrit dans un contexte européen du fait de l'appartenance à l'espace Schengen, possibilité d’un chaos découlant d’une catastrophe naturelle –, avec pour effet l’adoption de nouvelles doctrines appropriées. Les restrictions budgétaires entraînent par ailleurs des conséquences identiques dans les deux armées: diminution des effectifs et réformes basées sur une orientation néolibérale et une approche gestionnaire (concept d’"armée de marché"). Les engagements fréquents – opérations extérieures en France et soutien aux autorités civiles en Suisse – se font au détriment de l’instruction et de la maîtrise des nouveaux armements et matériels. Enfin, le lien armée – nation a été remis en cause des deux côtés du Jura. En dépit des adaptations, le modèle suisse est resté relativement stable, avec la conservation du système de milice qui a par ailleurs été plébiscité lors d’un vote populaire en 2013. En France, la conscription a été abandonnée en 1996 au profit de la professionnalisation. Notons que le débat semble toutefois relancé depuis les récents attentats de Paris.

Le numéro s’intéresse également à deux penseurs militaires suisses. Un article est consacré à Daniel Reichel et à ses "quatre éléments fondamentaux" de la guerre: feu, choc, manœuvre et incertitude. Saluons l’initiative de publier en un seul volume les cinq fascicules relatifs à ces questions, actuellement introuvables en librairie. L’ouvrage paraîtra prochainement dans la Bibliothèque stratégique des éditions Econimica. Un second article présente synthétiquement les principales thèses de Bernard Wicht. Nous renvoyons le lecteur à l’article que nous avons consacré à son dernier ouvrage, Europe Mad Max demain? Retour à la défense citoyenne paru en 2013.

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Le général Jomini

Publié le par Dimitry Queloz

SAINTE-BEUVE, Charles-Augustin, Le général Jomini. Etude, Nancy, Editions Le Polémarque, 2014, 124 pages

Saluons cette belle initiative des éditions Le Polémarque qui rééditent la biographie du général Jomini écrite par Sainte-Beuve, texte qui n’avait pas connu de réimpression depuis 1880! Si l’auteur est actuellement peu connu et encore moins lu – sauf peut-être ses maximes –, il n’en était pas de même à la fin du XIXe siècle. Sainte-Beuve était en effet, à l’époque, un critique littéraire et un écrivain renommés. Il a également enseigné dans diverses universités, notamment à Lausanne où une rue porte son nom, et était membre de l’Académie française où il a été reçu en 1845 par Victor Hugo.

La démarche scientifique de Sainte-Beuve représente un des nombreux intérêts du livre. Si sa méthode d’analyse accordant une place prépondérante à la vie de l’auteur étudié prête le flanc à la critique dans le cadre d’études littéraires – voir à ce sujet le célèbre Contre Sainte-Beuve de Marcel Proust –, elle lui donne cependant les outils nécessaires lorsqu’il fait œuvre d’historien et de biographe. Sainte-Beuve emploie une large palette de sources. Il utilise avec beaucoup de précautions les écrits de Jomini, la biographie – certains diraient l’hagiographie – de Ferdinand Lecomte publiée une dizaine d’années plus tôt, même s’il en reprend certaines légendes, notamment celle sur les origines italiennes du Vaudois. Ayant connu Jomini, il fait également appel à ses propres souvenirs. Enfin, il n’hésite pas à consulter les archives du Dépôt de la guerre à Paris. Ces diverses sources sont comparées, critiquées, hiérarchisées.

Sainte-Beuve "dresse un portrait psychologique et moral" de Jomini. Il s’intéresse à sa personnalité dont il montre certains traits de caractère saillants. Ses côtés hypocondriaque et pleurnichard, qui lui servaient souvent d’excuses pour ne pas affronter certaines situations délicates ou justifier certains de ces actes, sont ainsi mis en évidence, de même que l’influence qu’une telle attitude a pu avoir sur sa carrière militaire. Apparaît également la double ambition jominienne de jouer un rôle majeur dans les événements tragiques de l’épopée napoléonienne qui bouleversent le Monde et de laisser une trace positive dans l’histoire. Sainte-Beuve souligne ainsi les arrangements de Jomini avec l’histoire, à l’image de l’épisode de l’entretien de Mayence avec l’Empereur – épisode qui a fait de lui le "devin de Napoléon" –, le contrôle exercé sur la biographie de Lecomte dont certains passages sont dictés, voire corrigés, par ses soins.

Homme de lettres et peu au fait des aspects techniques de la guerre, Sainte-Beuve aborde peu la pensée militaire proprement dite de Jomini. Il présente les principales œuvres du Vaudois en fin d’ouvrage et souligne toute l’importance de l’apport de sa pensée dans l’histoire de la stratégie. Le Précis de l’art de la guerre est ainsi qualifié de "quintessence de l’art militaire (dont il constituera) la base permanente".

Terminons la présentation de cette très intéressante biographie écrite par une des grandes plumes du XIXe siècle en mentionnant qu’elle comprend également une introduction de David Auberson et une postface de Jean-Jacques Langendorf, tous deux spécialistes de Lecomte et de Jomini.

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La force nucléaire française. L'aide des Etats-Unis

Publié le par Dimitry Queloz

VILLAIN, Jacques, La force nucléaire française. L’aide des Etats-Unis, Paris, Institut de stratégie comparée, 2014, 122 pages

Ce très intéressant petit ouvrage (122 pages) de Jacques Villain analyse l’aide apportée par les Etats-Unis à la réalisation de la force de dissuasion française. L’auteur a participé à la mise en place et au développement de cette dernière entre 1969 et 2007. Il nous apporte ainsi quelques précieux témoignages personnels sur cette "étrange" collaboration longtemps peu connue et souvent minimisée, voire occultée: "L’histoire a retenu que la France ne voulant pas dépendre des Etats-Unis pour sa sécurité, avait réalisée, seule, sa force de dissuasion voulue par le général de Gaulle."

La Seconde Guerre mondiale marque l’avènement du missile balistique développé par les Allemands (la fusée V-2) et de la bombe atomique que les Américains emploient à deux reprises contre le Japon, détruisant les villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Les autres grandes puissances cherchent également à se doter de ces deux armements, à les améliorer et à les utiliser de manière conjointe, le missile servant de vecteur à l’arme atomique. En dépit de sa situation politique précaire, la France se lance aussi dans la course. Sous le régime de Vichy déjà, le commandant Jean-Jacques Barré, disciple du visionnaire Robert Esnault-Pelterie qui, dans les années trente, a imaginé des forces de dissuasion équipées de fusées transportant des explosifs conventionnels ou des armes chimiques, met au point la première fusée française. Après la capitulation allemande, la France parvient à récupérer de nombreux ingénieurs allemands – presqu’autant que les Américains, mais ils sont moins brillants. Leur concours est cependant fondamental dans le cadre des divers programmes des années 1950 et 1960, notamment Pierres précieuses et Ariane. En ce qui concerne l’arme atomique, c’est tout naturellement vers les Etats-Unis, leaders dans le domaine, que les regards se tournent.

L’auteur distingue trois périodes dans la mise au point de la force de dissuasion et la collaboration avec les Etats-Unis. Jusqu’en 1954, la France accorde la priorité à la reconstruction du pays et les efforts en vue de réaliser une telle force sont inconstants. A la fin de l’année, Pierre Mendès-France prend la décision de lancer des programmes de fabrication d’armes nucléaires et de sous-marins atomiques. S’ouvre alors une deuxième période qui se termine en 1960. Au cours de celle-ci, les Américains cherchent à éviter la prolifération nucléaire. Ils proposent de mettre des armes nucléaires à disposition des pays européens dans le cadre de l’OTAN, tout en en gardant la maîtrise d’emploi. Enfin, à partir de 1960, la France du général de Gaulle fait le choix d’une force de dissuasion purement nationale, qui est toutefois réalisée grâce à une "collaboration" américaine qui commence réellement au début des années 1970 seulement, une fois terminée l’ère Kennedy-Johnson – tous deux sont opposés à la force de dissuasion française – et le général de Gaulle parti.

Si la France réussit à mettre au point sa bombe atomique de manière presqu’autonome, l’aide américaine est importante en ce qui concerne les vecteurs: carburants solides des missiles, systèmes de guidage, durcissement des ogives pour résister aux systèmes antimissiles soviétiques, appareils de ravitaillement en vol pour donner aux bombardiers Mirage IV l’allonge nécessaire… Souvent, cette aide a lieu de manière indirecte et involontaire, voire en complète opposition avec la politique officielle des Etats-Unis qui appliquent avec plus ou moins de rigueur la loi Mac Mahon de 1946.

Divers canaux ont permis à la France de perfectionner ses savoirs-faires et, souvent, d’éviter de disperser ses moyens limités dans de coûteuses recherches pouvant déboucher sur des impasses: envoi de chercheurs dans les grands instituts de recherche américains, relations personnelles entre scientifiques, participation à des colloques, contacts entre industriels, discussions informelles… Ce qui a cependant le plus frappé l’auteur est la quantité d’informations obtenues par l’intermédiaire des revues scientifiques et techniques en vente libre et par le biais des publications officielles du Gouvernement américain. "La fameuse loi (Freedom Information Act) si chère au peuple américain a donc son revers. En jouant une grande transparence envers les citoyens américains, elle met à disposition des étrangers de précieuses informations." Et l’auteur de souligner que la France n’est certainement pas la seule à en avoir profité. L’URSS, la Chine, la Corée du Nord et l’Iran en ont aussi certainement bénéficié!

(© blogdefense)

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"L’archéologie s’en va-t-en guerre!"

Publié le par Dimitry Queloz

Jeudi dernier 16 octobre, nous avons eu le plaisir d’assister à une conférence de M. Michaël Landolt, du Pôle d’Archéologie Interdépartemental Rhénan (PAIR) de Sélestat. Intitulée "L’archéologie s’en va-t-en guerre! Des apports à la connaissance de la Grande Guerre aux limites des interprétations archéologiques", la conférence traitait de l’archéologie contemporaine, de ses apports méthodologiques à l’archéologie en général et de sa contribution à l’étude de la Première Guerre mondiale.

L’étude archéologique de la Première Guerre mondiale est récente. Elle a commencé à la fin des années 1980 en France et présentait alors un caractère opportuniste. Un bel exemple de fouilles de cette époque est celui du lieu de sépulture du lieutenant Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, pour connaître plus précisément les circonstances de sa mort survenue le 22 septembre 1914 à Saint-Rémy-la-Calonne. Ces fouilles ont permis de démontrer qu’il était bien mort au combat aux côtés de vingt de ses compagnons et que les Allemands les avaient enterrés dans une fosse commune.

Depuis, l’archéologie de la Grande Guerre a évolué. Elle est maintenant programmée et connaît un développement important depuis 2005, notamment en Alsace. Un des principaux sites est celui de Carspach, première fouille archéologique préventive en Alsace et peut-être même en France. Il s’agit d’une galerie, vestige d’un abri souterrain allemand construit en 1915-1916 baptisé Kilianstollen. Cette galerie a été partiellement détruite le 18 mars 1918 au cours d’une préparation d’artillerie alliée. Les fouilles ont permis de retrouver les corps des 21 soldats du 94e Régiment d’infanterie de réserve allemand qui n’avaient pu être retirés de l’abri à l’époque, en dépit d’une opération de sauvetage. La nature du site et son importance ont conduit certains archéologues à le comparer à Pompéi!

Pour le conférencier, l’archéologie contemporaine n’apporte pas seulement des connaissances nouvelles – connaissances à propos desquelles les sources classiques ne donnent que peu d’informations – à l’histoire de la Grande Guerre. Elle permet également de réfléchir plus globalement sur l’archéologie classique, ses concepts et ses méthodes: compréhension de l’usage d’un objet dont l’emploi est éphémère et l’existence-même très vite oubliée; récupération et réemploi des objets dans un usage totalement différent de celui prévu initialement; nécessité de distinguer pratiques exceptionnelles et pratiques courantes...

Parmi les nombreux apports relatifs à la Première Guerre mondiale développés par M. Landolt, quatre ont plus particulièrement retenu notre attention. Le site de Carspach a notamment montré qu’il existait des différences notables entre les fortifications réalisées et les plans conservés dans les archives. L’archéologie s’avère donc indispensable pour mieux comprendre l’évolution de l’organisation du front, des systèmes de tranchées et du renforcement des infrastructures. Elle permet également de mieux comprendre la fortification bétonnée: types de bétons et de systèmes de coffrage utilisés, emploi d’éléments préfabriqués, techniques de camouflage intégrées aux surfaces extérieures…

Les fouilles archéologiques ont également conduit à s’interroger sur les pratiques funéraires des troupes au cours de la guerre. Les sépultures et les rituels étaient plus ou moins organisés, en fonction du temps à disposition, du nombre de morts, de la situation tactique du moment… Les inhumations fortuites – c’est-à-dire les ensevelissements de soldats du fait des bombardements – ont montré des pratiques différentes des normes réglementaires en ce qui concerne le port des plaquettes d’identité. Celles-ci étaient fréquemment protégées dans de petits étuis et non pas simplement portées autour du cou. Certaines fosses communes montrent la volonté de rappeler la camaraderie des soldats ayant vécu côte à côte dans leurs souffrances quotidiennes avant de mourir ensemble.

Toujours à Carspach, les archéologues ont découvert une certaine variété en matière de tenues. Au printemps 1918, des soldats portaient encore l’uniforme modèle 1907/10 et n’avaient toujours pas été équipés de la veste modèle 1915/16. Ces découvertes sont la preuve du temps nécessaire pour équiper une armée de plusieurs millions d’hommes. Elles montrent également peut-être aussi les difficultés à produire les nouveaux équipements et la nécessité d’habiller les nouvelles recrues avec les tenues en stock. Ajoutons qu’elles corroborent certains faits bien connus des historiens militaires relatifs à d’autres guerres: tenues diversifiées des soldats de l’armée confédérée, elle aussi largement frappée par la pénurie, au cours de la guerre de Sécession; état vestimentaire déplorable de l’armée du général Bourbaki au moment de son internement aux Verrières au début de 1871…

Enfin, l’archéologie a permis une meilleure compréhension de la vie quotidienne des soldats. Des objets récupérés dans les maisons abandonnées des alentours, notamment de la vaisselle, apportaient un certain confort ou servaient à décorer les fortifications bétonnées. Les squelettes d’animaux retrouvés dans les dépotoirs – c’est-à-dire les "poubelles" contenant les déchets qui n’étaient pas récupérés en vue d’une revalorisation par l’industrie de guerre – ont donné de précieuses indications sur le régime alimentaires des soldats. Les troupes élevaient des animaux, notamment des chèvres, dans le but de parvenir à une certaine autonomie alimentaire. La consommation de chien est également attestée. Ce phénomène est à mettre en relations avec la présence de boucheries canines dans les villes européennes jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Enfin, certaines fêtes, comme Noël, étaient l’occasion de repas "gastronomiques" avec la consommation d’huitres et d’escargots!

Pour davantage d’informations:

- Site web du Kilianstollen

- Site web du musée archéologique de Strasbourg, exposition "A l’Est du nouveau!"

Vue aérienne de la galerie du Kilianstollen à Carspach. (© Jürgen Ehret)

Vue aérienne de la galerie du Kilianstollen à Carspach. (© Jürgen Ehret)

Tronçon effondré de la galerie. Les techniques de construction sont comparables à celles employées dans les mines avec assemblage de pièces de bois au moyen de tenons et de mortaises. (© Mathias Higelin, PAIR)

Tronçon effondré de la galerie. Les techniques de construction sont comparables à celles employées dans les mines avec assemblage de pièces de bois au moyen de tenons et de mortaises. (© Mathias Higelin, PAIR)

Vestiges de l’opération de sauvetage. (© Michaël Landolt, PAIR)

Vestiges de l’opération de sauvetage. (© Michaël Landolt, PAIR)

Fouille de la galerie et mise à jour de squelettes et de divers objets.  (© Michaël Landolt, PAIR)

Fouille de la galerie et mise à jour de squelettes et de divers objets. (© Michaël Landolt, PAIR)

Position fortifiée allemande de Geispolsheim (Bas-Rhin) en cours de fouille. (© Michaël Landolt, PAIR)

Position fortifiée allemande de Geispolsheim (Bas-Rhin) en cours de fouille. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri de compagnie bétonné de la position de Geispolsheim. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri de compagnie bétonné de la position de Geispolsheim. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri allemand du Schoenholtz découvert à Heidwiller (Haut-Rhin). (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri allemand du Schoenholtz découvert à Heidwiller (Haut-Rhin). (© Michaël Landolt, PAIR)

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Le Haut-Commandement français sur le front occidental

Publié le par Dimitry Queloz

FRANC, Claude, Le Haut-commandement français sur le front occidental, 1914-1918, SOTECA, 2012, 464 pages

Dans cette étude, Claude Franc s’intéresse à l’organisation et à l’exercice du commandement au sein du Haut-commandement français au cours de la Première Guerre mondiale sur le front franco-allemand. Il décrit les institutions et leur évolution au cours du temps, ainsi que les processus de décision. Il aborde également les différents aspects politiques, stratégiques et tactiques, sans oublier les questions de relations interpersonnelles.

L’auteur commence par présenter l’organisation du Haut-commandement en vigueur au début du XXe siècle, caractérisée par un modèle bicéphale et la dispersion des pouvoirs. A cette époque, le Haut-commandement comprend en effet un état-major de l’armée dont le chef n’accéderait pas au commandement suprême en cas de guerre. Ce poste serait occupé par le vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre (CSG). En raison de son incohérence qui est à l’origine de nombreux problèmes de l’armée française de la Belle Epoque – voir à ce sujet les ouvrages d’André Bach et de Michel Goya ainsi que notre thèse – l’organisation est modifiée en 1911 au moment de la nomination du général Joffre qui cumule dès lors les fonctions de chef d’état-major et de vice-président du CSG.

Cette réorganisation ne résout cependant pas la délicate question de la limite des compétences en matière de conduite de la guerre entre le Président de la République, le Gouvernement et le Commandant en chef. Elle ne règle pas non plus le problème plus général des relations entre le Haut-commandement et le monde politique, d’autant que l’opposition entre républicains anticléricaux et monarchistes catholiques persiste une décennie après l’affaire des fiches et le départ du ministre André. Ainsi, le général Sarrail, commandant l’armée d’Orient, est, dans son conflit avec le général Joffre, soutenu inconditionnellement par le Parlement et le Président du Conseil Aristide Briand en dépit de ses nombreuses erreurs et incapacités, en raison de ses liens politiques et personnels très étroits avec la gauche républicaine. A l’opposé, le général de Castelnau, pourtant très compétent, est regardé avec la plus grande méfiance du fait de ses convictions religieuses – rappelons qu’il est surnommé le "Capucin botté"!

La question des relations et des rivalités personnelles occupe également une part importante dans l’ouvrage. Elle vient par ailleurs fréquemment se greffer sur les questions de délimitation des compétences. Si le tandem Joffre – Millerand fonctionne bien, la situation s’envenime avec l’arrivée de Gallieni au ministère de la Guerre à la fin de l’année 1915. Joffre et Gallieni sont pourtant de vieux camarades qui se sont côtoyés avant guerre, notamment à Madagascar, et ils s’estiment. Gallieni a d’ailleurs joué un rôle non-négligeable dans la nomination de Joffre au poste suprême en 1911. Cependant, depuis le début de la guerre, les tensions s’accumulent entre les deux hommes, attisées par leurs entourages respectifs. Lors de la mobilisation, Gallieni est désigné comme adjoint auprès du généralissime, mais ce dernier l’empêche d’exercer cette fonction en limitant sa présence au Grand Quartier Général. De plus, au moment de la bataille de la Marne, le rôle de Gallieni est minimisé – "sciemment?" s’interroge l’auteur – par le Grand Quartier Général. Enfin, face à l’enlisement de la guerre, Gallieni se met à critiquer le Commandant en chef et son entourage. La querelle se termine le 7 mars 1916, avec la démission de Gallieni qui vient d’échouer dans une tentative de "remettre le haut-commandement à la place qu’il doit occuper et l’abstraire de toute préoccupation autre que celle de la conduite des opérations militaires (et de) restituer au ministre l’essentiel de sa gestion administrative".

Enfin, dernière qualité que nous tenons à souligner, l’ouvrage se termine par une série d’annexes comprenant notamment de nombreux ordres de bataille, quelques documents-clefs, ainsi que la liste des commandants et chefs d’état-major des groupes d’armées et des armées au cours de la guerre. Ces listes viennent avantageusement compléter les biographies de divers officiers – Pétain, Nivelle, Mangin, Debeney, Maistre… – qui connaissent des ascensions fulgurantes au cours de la guerre.

(© blogdefense.overblog.com)

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