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Mutualisation des capacités militaires en Europe (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le mercredi 30 avril dernier, MEAD Education, le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) et le Centre de Politique de Sécurité de Genève se sont associé pour organiser un débat public sur le thème de la mutualisation des capacités militaires en Europe. Modéré par le Colonel EMG William Gargiullo, le débat a été précédé d’une présentation du sujet par le Général de Division Maurice de Langlois de l’Institut de Recherche Stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM) de Paris et par le Colonel breveté d’Etat-major Bruno Smets du Centre de Politique de Sécurité de Genève.

La mutualisation des capacités militaires est un thème d’actualité – le Colonel EMG Gargiullo l’a relevé. Confrontés à des réductions budgétaires massives depuis la fin de la Guerre froide et, surtout, la crise de 2008, les pays de l’OTAN et de l’Union européenne ont mis en place d’importants programmes de coopération et de mutualisation. Même si le sujet est plus sensible – neutralité oblige – en Suisse, il touche également notre pays, comme le montrent les débats relatifs à l’achat du nouvel avion de combat Gripen.

Dans sa présentation du sujet, le général de Langlois a soutenu la création d’une armée européenne, qui représente, selon lui, la seule solution si les pays européens veulent disposer de moyens militaires suffisants dans le futur. Il a également relevé qu’une telle idée n’était pas nouvelle puisqu’elle a déjà été évoquée dans les années cinquante, avec le projet de Communauté Européenne de Défense (CED) rejeté en 1954 par le Parlement français.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, le général de Langlois a apporté quelques précisions bienvenues par rapport au concept de mutualisation. Celle-ci ne concerne pas seulement les équipements, elle intègre aussi les autres capacités, c’est-à-dire l’organisation, les personnels et les concepts… De plus, telle qu’elle est envisagée actuellement en Europe, la mutualisation comporte deux volets (concept de "pooling and sharing" adopté en 2010). Le pooling consiste à mettre à disposition des partenaires de l’accord des moyens de manière non-permanente. Dans ce cadre, le pays fournisseur reste souverain et peut reprendre, le cas échant, les éléments fournis. Avec le deuxième volet, le sharing, les moyens sont mis en commun entre les différents partenaires. Ceux-ci perdent donc une partie de leur indépendance. Pour le conférencier, ce sont les capacités des différents Etats qui doivent permettre la mutualisation; celle-ci ne doit donc pas représenter un oreiller de paresse.

Le général de Langlois a bien évidemment centré son exposé sur la position de la France par rapport à la mutualisation. Le Livre blanc de 2013 – et le général aussi – insiste sur l’autonomie de la défense française (maintien de la dissuasion nucléaire et de capacités permettant d’assurer la liberté d’appréciation et l’autonomie d’intervention) même si cette défense s’inscrit dans le cadre de la réintégration dans l’OTAN et de la relance de la défense européenne.

En ce qui concerne l’OTAN et son récent concept de "Smart defence", le général de Langlois a clairement exposé le refus français d’une intégration plus poussée et d’une délégation de la sécurité à l’Alliance. Ambitieuse – la Smart defence comporte 150 projets –, dominée par les Etats-Unis, disposant d’importants moyens notamment dans les domaines du renseignement, du C2 et de la défense antibalistique, l’OTAN pose un véritable problème de souveraineté pour un pays comme la France. La situation risque encore de s’aggraver dans le futur avec le concept de "nations cadres" ("Framework Nations Concept") qui sera étudié lors du sommet de l’OTAN de septembre 2014. Proposé par les Allemands et discuté une première fois lors de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN en octobre 2013, ce concept conduira à une spécialisation des Etats dans des domaines spécifiques de la défense.

Par rapport à l’Union européenne et à la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC), le général de Langlois a souligné la fragmentation à tous les niveaux des efforts de défense (budgets, définition des besoins et des programmes, recherche et développement…). Le problème réside dans la double absence d’une véritable politique européenne de défense et d’une conception commune de l’engagement des moyens. Sa conclusion est nette et sans appel: la mutualisation à 28 ne fonctionne pas! En revanche, de nombreux succès ont pu être réalisés dans un cadre plus restreint, entre quelques partenaires et lorsque les conditions de réussite étaient réunies (forte implication politique, scénarios d’emploi communs…): Eurocorps, accords de Lancaster House avec le Royaume-Uni (nucléaire, collaborations industrielles, force de projection commune), accords avec l’Allemagne dans le cadre du cinquantième anniversaire du traité de l’Elysée… De plus, des habitudes commencent à s’installer et l’adoption en 2012 par les ministres de la Défense de l’UE d’un code de conduite visant à rechercher systématiquement la coopération avec d’autres Etats représente un grand progrès puisque onze projets sont actuellement en cours, notamment dans des domaines aussi déterminants que les drones MALE, le ravitaillement en vol ou les communications satellitaires. (A suivre)

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Histoire de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT)

Publié le par Dimitry Queloz

MARTINI, André, L’histoire de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre. 1794-2014. De l’Entreprenant au Tigre, Panazol, Lavauzelle, 2013, 450 pages (2e édition)

Ce livre sur l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) est une version complétée d’un ouvrage issu d’une thèse de doctorat publié en 2005 par le général André Martini. Pilote d’avions et d’hélicoptères, le général Martini est à la fois acteur et historien de l’ALAT puisqu’il y a occupé diverses fonctions durant une trentaine d’années.

L’ouvrage, qui est structuré de manière chronologique, pose la question des relations de l’aviation avec l’armée de Terre. Celle-ci doit-elle disposer, pour ses besoins propres, d’une force aérienne intégrée ou doit-elle être totalement dépendante d’une armée de l’Air ayant le monopole des moyens aériens?

La première partie est consacrée aux origines de l’ALAT, qui remontent à la période révolutionnaire: un ballon, l'Entreprenant, est utilisé lors de la bataille de Fleurus. Au cours de la Première Guerre mondiale, l’engagement de l’aviation au profit de l’armée de Terre, notamment pour le réglage des tirs d’artillerie, devient indispensable. Toutefois, son développement extraordinaire conduit également à rendre l’aviation plus autonome. La loi de 1934 accorde le monopole des avions à l’armée de l’Air, à charge pour elle de répondre aux besoins de l’armée de Terre. Cette dernière craint de ne pas disposer des moyens nécessaires dans le cadre de la bataille aéroterrestre qu’elle envisage, l’armée de l’Air se préoccupant davantage d’une guerre aérienne globale. Cette carence est une des causes de la défaite de mai – juin 1940. Après 1945, l’aviation d’artillerie, créée en 1943 et équipée d’avions légers, "constitue le vecteur que l’armée de Terre va utiliser pour accéder à une composante aérienne".

Au cours des guerres de décolonisation, sujet de la deuxième partie du livre, la question de la subordination des moyens aériens est tranchée au profit de l’armée de Terre. Celle-ci a besoin d’un appui aérien intégré, qui diffère de celui que peut fournir l’armée de l’Air au-delà du champ de bataille. De plus, elle se montre capable de gérer et d’engager des effectifs aériens importants – 600 avions et 300 hélicoptères au cours de la guerre d’Algérie. L’emploi de l’hélicoptère est par ailleurs généralisé. Après les premières études des années 1920 et 1930, des appareils sont acquis à la fin de la guerre d’Indochine. La guerre d’Algérie voit un essor spectaculaire de l’emploi de cette nouvelle arme: transport, vols de nuit et sans visibilité, appui… La maîtrise de l’hélicoptère, sans équivalent dans les autres armées, intéresse fortement les Américains qui demandent à pouvoir bénéficier du savoir-faire français.

Grâce à l’expérience de la guerre d’Algérie, l’ALAT et l’armée de Terre peuvent s’adapter au nouveau contexte de la Guerre froide et à la menace des forces du Pacte de Varsovie. Dans cette troisième partie, l’auteur considère que "l’aéromobilité a atteint son maximum d’efficacité avec la réforme de 1977 et le règlement d’emploi qui a suivi". Toutefois, le fait de privilégier les actions à l’échelon du corps d’armée conduit l’ALAT à s’éloigner des divisions. De plus, la création de la Division aéromobile (DAM) au sein de la Force d’Action Rapide (FAR) en 1985 – cette décision est prise par le ministre de la Défense Charles Hernu alors que l’Etat-major de l’armée de Terre s’oppose au concept – accentue encore la centralisation des moyens et l’éloignement par rapport à l’armée de Terre.

Enfin, la dernière partie de l’ouvrage traite de la période allant de 1990 à nos jours. Celle-ci est marquée par une "remise en question profonde de la fonction aéromobile" à la suite de la chute du mur de Berlin. Tout d’abord, les moyens sont massivement réduits, dans des proportions identiques à ceux de l’armée de Terre. De plus, en raison des coupes budgétaires, les programmes prennent beaucoup de retard. Enfin, l’appui direct des troupes constitue l’élément fondamental de la doctrine d’emploi, ce qui représente un retour à la conception des années soixante.

Mentionnons encore que l’ouvrage comprend une série de huit annexes parmi lesquelles un état du marché et des industries de l’hélicoptère, une évolution des concepts de voilures tournantes avec de très intéressantes informations sur celui de convertible (programmes V22 Osprey et EUROFAR).

(© éditions Lavauzelle)

(© éditions Lavauzelle)

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Joffre

Publié le par Dimitry Queloz

PORTE, Rémy, Joffre, Paris, Perrin, 2014, 432 pages

Avec cet ouvrage, Rémy Porte nous offre une très belle biographie du maréchal Joffre. Documenté, équilibré, refusant l’hagiographie ou la critique systématique – tares de nombreux écrits sur Joffre – l’ouvrage donne un excellent portrait d’un des généraux à la fois les plus contestés (Joffre responsable des hécatombes des premiers mois de la guerre) et les plus adulés (Joffre vainqueur de la Marne) de la Première Guerre mondiale.

Rémy Porte consacre plus du tiers de son livre à la carrière de Joffre avant 1914, ce qui est particulièrement intéressant. Fils d’un viticulteur catalan, Joffre naît à Rivesaltes en 1852. Grâce à ses très bons résultats scolaires et à la relative aisance financière de sa famille, il peut intégrer les classes préparatoires du lycée Charlemagne, puis entrer à l’Ecole polytechnique où il est reçu quatorzième sur cent-trente-deux admis. Lorsqu’éclate la guerre de 1870, Joffre est nommé, comme ses camarades de l’X, sous-lieutenant. Il est affecté à une batterie stationnée à l’Ecole militaire et doit remplacer, sans aucune expérience, son capitaine devenu fou. Il écrira plus tard: "Je signais ce que mon maréchal des logis-chef me faisait signer." Après l’armistice, Joffre refuse de rejoindre la Commune et rentre dans son Sud-ouest natal.

Joffre achève Polytechnique dans des circonstances particulières du fait du conflit. Il choisit ensuite le génie, par hasard – "Je ne connaissais personne dans l’armée et seul le hasard dicta mon choix". Il connaît alors une période difficile du fait de la mort de sa femme quelques mois seulement après son mariage. Il participe aux travaux de fortification de Paris, puis sur les frontières. Il fortifie notamment le fort de Joux en Franche-Comté, ouvrage où a été emprisonné Toussaint Louverture qui y a trouvé la mort en 1803. Parallèlement à ces activités, Joffre exerce aussi la fonction d’instructeur et occupe divers postes à la direction du génie, devenant la cheville ouvrière du comité de rédaction du Règlement sur le service en campagne du génie de 1897.

Le futur maréchal est aussi un "colonial". En 1884, il est volontaire pour servir en Extrême-Orient. En 1892, il part pour le Soudan (l'actuel Mali) où il entre dans Tombouctou le 12 février 1894 et venge le massacre de la colonne Bonnier. Cinq ans plus tard, il dirige la fortification de la base de Diégo-Suarez, au nord de Madagascar, sous le commandement de Gallieni. Au cours de ces séjours outremer, Joffre est très bien noté par ces supérieurs. De plus, il acquiert une expérience unique en matière de commandement interarmes et de logistique qui lui sera particulièrement utile à partir de 1911, en tant que chef d’Etat-major général, puis comme commandant en chef des armées.

Après divers commandements, Joffre est nommé chef d’Etat-major général. S’il manque d’expérience au plan opérationnel et n’a pas suivi les cours de l’Ecole supérieure de guerre, il possède nombre de qualités: bon connaisseur de l’armée et de ses services, technicien et homme de dossier, républicain et non-pratiquant – ce qui le rend acceptable à la majorité politique de l’époque. Jusqu’à la déclaration de guerre, Joffre travaille à la modernisation de l’armée, vaste chantier. Même s’il n’obtient pas que des succès, notamment par manque de temps, il parvient cependant à rajeunir une partie du haut commandement, "prélude aux limogeages" du début de la guerre; à élaborer un plan de concentration (Plan XVII) qui tient compte d’un passage possible des armées allemandes à travers la Belgique mais néglige, principale erreur, l’emploi des formations de réserve par les Allemands; à moderniser les équipements de l’armée, notamment en ce qui concerne l’artillerie lourde – divers programmes sont lancés et seront en cours de réalisation au début des hostilités – et l’aviation; à améliorer la formation des cadres. En ce qui concerne la doctrine, Joffre cherche à mettre fin au chaos qui règne depuis quelques années. Il fait adopter les divers règlements de l’"offensive à outrance", doctrine beaucoup plus équilibrée que ce que l’on a généralement dit et qui n’est pas responsable, comme nous l’avons montré dans notre thèse – un bref compte-rendu est disponible sur la page consacrée à nos publications – des échecs de l’armée française au cours des premiers mois de la guerre.

Au début du conflit, Joffre doit faire face à de nombreuses difficultés alors que le gouvernement se replie à Bordeaux et n’est pas en mesure d’assumer certaines de ses responsabilités. Une fois constaté l’échec de ses offensives et l’ampleur du mouvement d’enveloppement allemand, Joffre doit réorganiser son dispositif tout en battant en retraite. Il peut ainsi éviter la défaite par la contre-offensive de la Marne qui fait de lui un héros. Il doit également procéder à de nombreux limogeages – le terme est inventé à l’époque – en raison des insuffisances de nombre de ses généraux. Enfin, il doit coordonner l’action de ses troupes avec celles des Britanniques, commandées par le francophone et francophile général French.

En 1915, Joffre mène les grandes offensives de Champagne et d’Artois, qui montrent les insuffisances de l’armée française, notamment en matière d’artillerie lourde. Il comprend également la nécessité de coordonner les actions militaires des Alliés. Dans ce cadre, la conférence de Chantilly de décembre 1915 lui permet de renforcer son "pouvoir intérieur, alors menacé, en utilisant son prestige extérieur". Joffre subit en effet, depuis le début de l’année, diverses attaques de la part de quelques-uns de ses subordonnés (Sarrail) et de certains politiciens (Pédoya, Accambray, Clemenceau).

L’année 1916 est encore plus difficile, avec les batailles de Verdun et de la Somme, la délicate gestion du front d’Orient. Les manœuvres parlementaires redoublent, les critiques militaires aussi. Le commandement de l'armée est réorganisé. Joffre est remplacé par la nouvelle étoile montante, le général Nivelle, ce qui permet de sauver pour quelques temps la majorité parlementaire. Nommé "conseiller technique militaire du gouvernement et membre à titre consultatif du comité de guerre", il est également élevé au grade de maréchal – la fameuse "apothéose maréchalesque" de Clemenceau. Ainsi écarté du pouvoir, Joffre continue cependant à servir jusqu’à la fin des hostilités, notamment dans le cadre de la mission qu’il mène aux Etats-Unis avec Viviani et au cours de laquelle son prestige joue un rôle important.

(© blogdefense.overblog.com)

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"Au front et à l'arrière"

Publié le par Dimitry Queloz

La Première Guerre mondiale et ses champs de bataille militaires et sociétaux

En cette année 2014 de commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale, les manifestations ne manqueront pas. Ainsi, l’Association Suisse d’Histoire et de Sciences Militaires (ASHSM) et l’Académie militaire de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich organisent un colloque international sur le thème: "Au front et à l’arrière: La Première Guerre mondiale et ses champs de bataille militaires et sociétaux". Ce colloque, au cours duquel nous aurons le plaisir de présenter une communication sur la doctrine et les pratiques de l’armée française, se déroulera le vendredi 28 février et le samedi 1er mars prochain au bâtiment principal de l’Ecole polytechnique fédérale à Zurich.

L’approche choisie par les organisateurs du colloque est à la fois supranationale, avec notamment des communications sur les armées française, allemande et suisse, comparative et, surtout, multi-perspective. En ce qui concerne l’histoire militaire comprise dans son sens restreint, trois grands thèmes sont au programme: les changements dans la formation des forces armées, la motivation au combat des troupes, les défis tactiques et opératifs engendrés par la nouvelle forme de guerre - la guerre des tranchées - et les solutions adoptées pour y répondre.

Les problématiques ne se limitent toutefois pas au seul domaine de l’histoire militaire, mais concernent également l’histoire sociale et l’histoire culturelle. C’est ainsi que seront également traitées la question de la Première Guerre mondiale en tant que guerre totale et celle de son souvenir et de sa mémoire.

Organisation: Prof. Dr. Rudolf Jaun (Université de Zurich et ASHSM), Dr. Michael Olsansky (Académie militaire de l’EPF de Zurich et ASHSM).

Liste des intervenants: Béatrice Ziegler (Zurich), Sacha Zala (Genève), Georges-Henri Soutou (Paris), Adrian Wettstein (Zurich), Günther Kronenbitter (Augsburg), Ian Beckett (Canterbury), Nicolas Offenstadt (Paris), Markus Pöhlmann (Potsdam), Dimitry Queloz (Neuchâtel), Gerhard Gross (Potsdam), Stig Förster (Berne), Sönke Neitzel (Londres), Roger Chickering (Washington), Michael Epkenhans (Potsdam), Roman Rossfeld (Zurich), Gerd Krumeich (Düsseldorf), Martin Schmitz (Augsburg), Wim Klinkert (Amsterdam) et Michael Olsansky (Zurich).

Le colloque s’adresse à toutes les personnes intéressées par le sujet, même les non-spécialistes. La participation est gratuite pour les étudiants. Pour davantage de renseignements, consulter le site de l’ASHSM: www.militariahelvetica.ch/fr/ashsm.

(© ASHSM)

(© ASHSM)

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Les Amis du Km Zéro

Publié le par Dimitry Queloz

L’année 2014 sera marquée par le centième anniversaire du début de la Première Guerre mondiale. Les manifestations liées à la commémoration de ce tragique événement seront à la fois diverses et nombreuses. En France, la Mission du centenaire, présidée par le général Elrik Irastorza, a notamment pour but d’informer le grand public sur ces différentes manifestations. Un portail internet a été créé à cet effet: centenaire.org.

Parmi toutes ces initiatives à caractère historique ou mémoriel, en voici une qui intéresse nos voisins français et allemands mais qui concerne également la Suisse: Les Amis du Km Zéro. Outre son caractère international, cette association, qui se compose d’une "section" française et d’une suisse, présente l’originalité de s’intéresser à un secteur particulier du front Ouest, celui situé dans le Sundgau, près de la frontière avec la Suisse. A l’écart des principaux champs de bataille, cette région dont l’intérêt stratégique était limité a souvent été oubliée par les publications sur la Grande Guerre. Ainsi, Pfetterhouse n’est jamais cité alors que ce village constituait la limite Sud du front Ouest qui s’étirait jusqu’à Nieuport/Ostende sur la mer du Nord.

L’association Les Amis du Km Zéro a été constituée à la date symbolique du 11 novembre 2011, près de la borne 111 dans les environs de la ferme du Largin sur le territoire de la commune suisse de Bonfol. Elle s’est donné pour tâche d’inventorier, de dégager et de mettre en valeur les vestiges des fortifications construites par les troupes françaises, allemandes et suisses sur les communes françaises de Mooslargue et de Pfetterhouse et sur celle de Bonfol. Des études seront également menées dans les archives des trois pays et les résultats feront l’objet de conférences et de publications.

A ce jour, plusieurs réalisations sont achevées, tandis que d’autres nécessitent encore quelques mois de travaux. Un sentier didactique international de 7 kilomètres, équipé de panneaux explicatifs, est en cours d’aménagement, financé par l’Office du tourisme intercommunautaire du Sundgau et le Canton du Jura. Il permettra de découvrir des vestiges de fortifications, notamment, côté allemand, des tranchées et des fortins bétonnés et, côté français, le premier blockhaus depuis la frontière suisse, surnommé la "Villa Agathe", et un abri enterré de première ligne en tôle. Comme souvent, les fortifications allemandes sont nettement mieux conservées que celles construites par les troupes françaises. Cette différence s’explique par le fait que les Allemands ont davantage employé le béton, leurs fortifications et leurs ouvrages devant durer dans le cadre d’une stratégie plus défensive. Côté français, l’approche est différente. D’une part, les fantassins sont très mal instruits et équipés pour la construction de fortifications. Avant guerre, il n’est pas dans l’esprit du soldat et de l’officier français de remuer la terre. D’autre part, la volonté de terminer la guerre par l’offensive conduit à ne pas perdre du temps et des moyens dans la construction de tranchées qui n’avaient pas vocation de durer.

En Suisse, la commune de Bonfol a voulu mettre en valeur le site bien connu du Largin et a demandé le soutien de l’armée. Des troupes du génie ont aménagé une portion du sentier didactique, notamment en construisant une passerelle sur La Largue. Elles ont également reconstruit à l’identique le poste d’observation Nord situé près de la ferme du Largin, dont il ne restait plus que quelques vestiges des travaux de terrassement.

L’inauguration franco-suisse du sentier didactique aura lieu le 3 août 2014. A cette occasion, la Société jurassienne des officiers publiera une plaquette signée Claude-Henri Schaller et Hervé de Weck, intitulée Bonfol… Le Largin au «Kilomètre 0» du front Ouest (1914-1918).

Le fortin allemand au km 0 du front Ouest. Construit en béton, il était équipé d'un canon-revolver. (© Hervé de Weck)

Le fortin allemand au km 0 du front Ouest. Construit en béton, il était équipé d'un canon-revolver. (© Hervé de Weck)

La "Villa Agathe", le seul fortin en béton français dans le secteur de Pfetterhouse. (© Hervé de Weck)

La "Villa Agathe", le seul fortin en béton français dans le secteur de Pfetterhouse. (© Hervé de Weck)

Le poste d'observation suisse au nord de la ferme du Largin au cours de la Première Guerre mondiale. (© Hervé de Weck)

Le poste d'observation suisse au nord de la ferme du Largin au cours de la Première Guerre mondiale. (© Hervé de Weck)

La reconstruction à l'identique par le génie suisse en 2012. (© Hervé de Weck)

La reconstruction à l'identique par le génie suisse en 2012. (© Hervé de Weck)

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