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Articles avec #france tag

Opération Serval (3)

Publié le par Dimitry Queloz

Avec la crise malienne de ce début d’année, l'Europe a une fois de plus montré qu'elle était incapable de mettre en œuvre une politique extérieure et de défense cohérente, répondant efficacement à une situation grave et soudaine, en un mot digne, d'une puissance. L’Union européenne n’est en effet pas intervenue militairement et a décidé de se cantonner dans un rôle essentiellement passif, comme le montrent les conclusions du Conseil du 31 janvier 2013, qui reprennent celles du 17 du même mois. Remplis de bons sentiments, ces documents n'indiquent pas de changement par rapport aux décisions antérieures et, en fin de compte, limitent le rôle de l’Union européenne à un soutien moral, diplomatique et financier.

La seule action réellement concrète a été l’accélération de la mise en place de la mission EUTM Mali (European Union Training Mission Mali), décidée en décembre 2012 déjà. Son rôle consistera essentiellement à assurer la formation de l’armée malienne. Après un déploiement rapide des premiers éléments, la génération des forces semble prendre plus de temps que prévu et l’engagement risque d’avoir lieu avec du retard. Nous espérons sincèrement qu’elle aura davantage de succès que les troupes américaines de l’AFRICOM, ce qui n'est pas acquis. Les engagements multinationaux sont toujours délicats. Par ailleurs, la réalité malienne est ce qu'elle est et la complexité sociopolitique de ce pays risque de peser lourdement sur l'efficacité de la mission.

La passivité de l’Union européenne est difficilement excusable. Comme le montre très bien un article de Bruxelles2, toutes les conditions étaient réunies pour un engagement militaire. Il y avait un certain consensus par rapport à la crise et les moyens militaires étaient disponibles, avec le battlegroup Weimar composé de troupes françaises, allemandes et polonaises. Il est vrai que les battlegroups ne sont pas suffisamment modulaires et pas forcément non plus structurés de manière adéquate pour répondre à la situation malienne.

Nous pensons toutefois que le problème n'est pas seulement celui de l'outil et qu'il est bien davantage d'ordre politique et institutionnel. Tout d'abord, la construction de l'Europe de la défense, comme la construction européenne, se fait d'une manière fonctionnaliste et technocratique, sans création d'un véritable pouvoir politique supranational (voir à ce sujet l'ouvrage de Christophe Réveillard, La construction européenne, Paris, Ellipses, 2012). On met en commun des moyens nationaux en pensant que le rapprochement ainsi opéré conduira à terme à une véritable politique commune. Cette manière de faire a donné de beaux résultats, comme la CECA, mais montre ses limites dans des domaines essentiellement régaliens comme la monnaie unique ou la défense. De plus, depuis l'adoption du traité de Lisbonne, le principal organe décisionnel est le Conseil européen (cadre international), réunissant les chefs d'Etat et de gouvernement, qui a pris le pas sur la Commission (cadre supranational), comme l'a bien montré la gestion de la crise économique de 2008. Dans de nombreux cas, les décisions de l'Union européenne sont, en fin de compte, prises par les différents Etats membres. Dès lors qu'il y a divergence d'intérêts entre ces derniers, il est très difficile d'arriver à un consensus. Si, durant la crise économique, tous les pays étaient touchés et obligés de trouver une solution, il en va bien différemment à propos de la crise malienne. Revenons au cas du triangle de Weimar. On comprend que la Pologne se sente moins concernée que la France. Les facteurs de politique intérieure ont certainement aussi joué un rôle, tout comme les restructurations en cours des armées polonaise et allemande.

Ainsi, le soutien européen à l'opération Serval provient des différents Etats et non de l'Union européenne. Ce soutien est à la fois limité et important. Limité dans le sens où aucun pays n'est intervenu directement aux côtés de la France et où chacun a soutenu cette dernière avec plus ou moins de parcimonie. Il est cependant important parce que la somme de ces moyens représente des capacités non-négligeables. Comme nous l'avons écrit dans un article précédent, sans le soutien de ses alliés, la France n'aurait pas réussi à mener l'opération Serval avec un pareil succès.

 

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Traité de l'Elysée

Publié le par Dimitry Queloz

Le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer signaient le traité de l'Elysée. Cinquante ans plus tard, il ressort des diverses commémorations (cérémonies, discours, reportages, articles...) un double sentiment. Tout d'abord, un certain malaise en raison de la situation économique en Europe et, surtout, des nombreuses divergences - gestion de la crise, futur de l'Union européenne, politique extérieure... - au sein du couple franco-allemand, pourtant longtemps présenté comme le moteur de la construction européenne. En second lieu, le sentiment que la signature du traité a représenté un véritable succès. Nombre de médias et de commentateurs ont en effet souligné l'importance de l'événement dans la réconciliation entre la France et l'Allemagne, après une période de plusieurs décennies de guerres destructrices. Un ancien président de la République a même fait l'apologie du document, en soulignant qu'il trouvait le texte " excellent " après l'avoir relu pour la circonstance ! Cet enthousiasme pour un passé présenté sous ses meilleurs jours contraste donc fortement avec un présent chargé des plus grandes difficultés.

En réalité, le traité de l'Elysée ne constitue pas le plein succès que l'on nous a souvent présenté dans ces dernières semaines. Sur cette question précise et sur les relations franco-allemandes, nous recommandons de lire l'ouvrage du professeur Georges-Henri Soutou, L'alliance incertaine. Les rapports politico-stratégiques franco-allemands, 1954-1996, Paris, Fayard, 1996.

Le traité de l'Elysée a certes marqué la première étape d'une véritable réconciliation entre la France et l'Allemagne. D'une part, les deux signataires ont, par leur prestige, donné au document une valeur symbolique de la plus haute importance. Il paraît même que le général de Gaulle, lui d'habitude si pudique, aurait embrassé le chancelier Adenauer après la signature du document ! D'autre part, le traité a contribué de manière significative au rapprochement durable entre les deux peuples via le troisième volet de son programme, relatif à l'éducation et à la jeunesse, qui a notamment permis la création de l'Office franco-allemand de la jeunesse.

Cependant, malgré cet important succès, le traité de l'Elysée doit être perçu comme un échec. Les deux premiers volets du programme, rarement évoqués lors des commémorations, prévoyaient une large coordination des politiques extérieures et de défense des deux Etats. La mise en œuvre de cette double collaboration n'a eu lieu qu'en de rares domaines - avant tout des échanges d'officiers et quelques programmes d'armement - et n'a duré que peu de temps. En juillet 1964 déjà, le sommet de Bonn sonnait le glas du rapprochement politique et militaire prévu dans le traité de l'Elysée.

Les raisons de cet échec sont multiples : pressions américaines qui voyaient d'un mauvais œil la constitution d'un noyau politico-militaire franco-allemand autonome, départ du chancelier Adenauer en automne 1963 qui orienta encore davantage la politique allemande en direction des Etats-Unis, adoption par le Parlement allemand d'un préambule vidant largement le traité de sa substance...

Les différends politiques entre la France et l'Allemagne ne datent donc pas d'hier. Ils constituent même une des caractéristiques des relations entre les deux pays depuis les années 1950, en dépit de remarquables collaborations et d'une véritable réconciliation après un siècle et demi de conflits. Cette dernière, désormais acquise, ne saurait cependant constituer à elle seule la base d'une politique commune pour le futur des relations franco-allemande et la construction de l'Europe.

 

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Opération Serval (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Aux commentaires développés dans notre précédent billet sur l'opération Serval, nous aimerions apporter quelques remarques à propos des faiblesses de l'armée française. Nous avons souligné le professionnalisme et l'efficacité avec lesquels cette dernière s'est déployée et a repoussé les islamistes et les rebelles dans les premières semaines de l'opération. L'intervention n'aurait cependant pas pu avoir lieu aussi rapidement sans un pré-positionnement important de forces en Afrique et un soutien international en matière de transport aérien stratégique. Comme nous l'avons déjà mentionné, une grande partie des moyens engagés se trouvaient basés au Sénégal, en Côte-d'Ivoire et au Tchad. Cette présence sur le continent a permis de compenser dans une certaine mesure les insuffisances en matière de projection aérienne. L'armée française ne possède en effet pas les avions de transport et de ravitaillement en vol nécessaires à un déploiement important de forces directement depuis la France. Les C-160 Transall et les C-130 Hercules ont des capacités d'emport et un rayon d'action trop limités; ils ont été avant tout utilisés en Afrique même. Les moyens en provenance directe de France ont été acheminés grâce au soutien d'alliés et au recours à des sociétés civiles russe et ukrainienne spécialisées dans le transport aérien lourd à grande distance. Cette dépendance envers ses alliés, notamment les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, la France n'est pas prête d'en être libérée. En effet, la prochaine entrée en service de l'Airbus A-400 M ne résoudra pas le problème, même si les capacités de l'appareil sont supérieures à celles des C-160 et des C-130. Ce sont des appareils du gabarit du C-17 Globemaster dont il faudrait disposer. Quant aux appareils de ravitaillement en vol de l'armée de l'air, ils sont à la fois anciens – près de 50 ans - et peu nombreux - 14 au total. Dans ce domaine également, l'armée française continuera à rester dépendante du soutien américain et européen. L’annonce faite en octobre dernier par le ministre de la Défense français d’acheter 14 MRTT à EADS pour remplacer les appareils en service ne permettra en effet pas d’augmenter significativement les moyens actuels.

Une autre grande lacune de l'armée française concerne le renseignement. L'Atlantique 2 de la Marine a joué un rôle significatif dans ce domaine grâce à son importante autonomie et à ses moyens d'écoute et d'observation modernes. De plus, les effectifs sont suffisants - 22 avions en tout - pour permettre un engagement de plusieurs appareils dans la durée. Signalons cependant qu'en dépit de différentes modernisations l'appareil est déjà ancien puisque la première version a été fabriquée au début des années 1960.

Le manque de drones se révèle davantage problématique. L'armée française ne possède aucun drone de type HALE (haute altitude longue endurance) et seulement 4 Harfang de type MALE (moyenne altitude longue endurance). Avec des effectifs si restreints, on comprend vite la difficulté à maintenir un déploiement dans la durée. Notons encore que les drones français étaient engagés jusqu'à récemment en Afghanistan. L'opération Serval a ainsi pu bénéficier du soutien des drones en grande partie grâce au retrait des troupes de ce pays. Le Harfang dispose par ailleurs de capacités limitées. Sa grande faiblesse, dans le cas présent, est sa vitesse, à peine supérieure à 200 km/h. Il utilise donc une partie significative de son autonomie, qui s’élève à plus de 24 heures (et même plus de 26 heures selon les dernières informations), pour les vols d'aller et de retour, ce qui limite son temps de mission sur zone. De plus, le Harfang ne peut pas être armé, même s’il est capable de désigner des objectifs. Il doit donc opérer conjointement avec d'autres moyens aériens qui doivent en assurer la destruction. Dans le domaine des drones aussi, les carences françaises ne sont malheureusement pas prêtes d'être comblées, à moins d'acheter des appareils directement auprès des Américains au risque de dépendre de ses derniers dans une technologie militaire de la plus haute importance pour le futur! La décision politique à ce sujet est attendue avec impatience, d'autant qu'elle mettra fin à une longue période d'hésitations.

Le transport lourd, le ravitaillement en vol et les drones constituent des éléments stratégiques de la plus haute importance pour les armées actuelles et du futur. La France n’est pas autonome dans ces domaines et ne le sera pas dans un avenir proche en raison des contraintes budgétaires. La politique de coopération et de partage (pooling and sharing) développée dans ces dernières années pour pallier les carences en moyens a montré ses limites au cours de la crise malienne, davantage encore que lors de la crise libyenne. Cette politique devrait être repensée. Il en est de même pour celle visant à la limitation des effectifs et des bases outre-mer. On attend donc avec intérêt les nouvelles orientations définies dans le prochain Livre blanc !

 

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Opération Serval (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Le 11 janvier 2013, la France lançait l'opération Serval, avec pour but immédiat de stopper la progression des forces islamistes et rebelles en direction du Sud Mali. Après un mois, il est déjà possible de tirer nombre d'enseignements. Le premier élément à retenir est le professionnalisme et l'efficacité avec lesquels l'armée française est intervenue, même si d'importantes lacunes sont à souligner - nous en reparlerons. En pleine phase de retrait d'Afghanistan et en menant encore une action en Somalie, la France a en effet été en mesure de déployer rapidement et d'engager victorieusement plus 4'600 hommes, dont environ 3'500 sur sol malien (fin du mois de janvier). Ces effectifs sont plus importants que ceux déployés en Afghanistan qui comprenaient 4'000 hommes. La performance est d'autant plus remarquable que les différents moyens mis en œuvre provenaient des trois armées, qu'ils étaient initialement basés à des distances relativement importantes du théâtre d'opération et qu'ils n'étaient pas concentrés puisque stationnés en France, au Sénégal, au Tchad et en Côte d'Ivoire notamment. Il s'agit là d'une remarquable performance que peu d'armées au monde, et surtout en Europe, seraient capables de réaliser.

Notre deuxième remarque est d'ordre géopolitique. Comme l'avaient déjà bien compris les penseurs maritimes français de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe - voir notamment : Martin Motte, Une éducation géostratégique. La pensée navale française de la Jeune Ecole à 1914, Paris, ISC, CFHM, Economica, 2004 et les écrits de l'amiral Castex - l'Afrique du Nord se situe dans le prolongement territorial des pays du Sud de l'Europe, la mer Méditerranée ne constituant aucunement une frontière infranchissable. Cette réalité s'est encore accrue avec le développement des moyens de communication et, surtout, la mondialisation. Tout ce qui se produit dans le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne peut avoir des répercussions sur les pays des rivages nord, et, par conséquent, l'Europe entière, même si celle-ci ne semble pas tout à fait l'avoir compris. Notons encore que la réorientation stratégique de la France, prévue dans le Livre blanc de 2008, qui prévoyait de donner la priorité à la région du Proche et du Moyen-Orient (« arc de crise » Méditerranée – Afghanistan) au détriment de l'Afrique représentait une erreur. L'intervention française montre que la présence et l'influence françaises en Afrique ont encore de beaux jours devant elles, n'en déplaise aux opposants à la Françafrique. On ne se débarrasse pas aussi facilement que cela d'un siècle d'histoire !

La crise malienne confirme également deux tendances de la politique américaine développées par l'administration Obama. Tout d'abord, après le retrait d'Irak et d'Afghanistan, la timide participation en Libye et le refus d'une action en Syrie, on assiste à nouveau à une prise de position " isolationniste " de la part de Washington. D'autre part, l'arrivée de drones au Niger à la fin janvier paraît confirmer la poursuite de la nouvelle stratégie de la Maison blanche consistant à " faire la guerre " à distance, en recourant massivement à l'emploi de ce genre d'engins, comme c'est le cas actuellement en Afghanistan et au Pakistan. En 2012, plus de 500 frappes y ont ainsi été exécutées.

Notons cependant que la crise montre aussi l'échec de la précédente politique malienne (et africaine ?) des Etats-Unis consistant à former et instruire l'armée locale. La responsabilité de cette tâche avait été confiée à l'AFRICOM, commandement spécialement créé en 2007 et entré en fonction en 2008. En dépit des centaines de millions de dollars dépensés, l'armée malienne s'est montrée incapable d'opposer la moindre résistance aux islamistes et autres rebelles – nous en reparlerons également. Pire, une partie des hommes et des moyens se sont retrouvés dans le camp adverse. Cela n'est pas sans rappeler certains épisodes d'Irak ou d'Afghanistan !

 

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