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Articles avec #grande-bretagne tag

Churchill - De Gaulle

Publié le par Dimitry Queloz

Destins croisés de deux géants du XXe siècle au Musée de l’armée

Le Musée des Invalides et la Fondation Charles de Gaulle viennent d’inaugurer une fort belle exposition qui retrace les destins croisés des deux plus grands dirigeants politiques européens du XXe siècle. Le visiteur peut suivre les itinéraires de Winston Churchill et de Charles de Gaulle au travers d’une série de thèmes exposés le plus souvent chronologiquement: enfance et formation, carrière politique et militaire entre 1900 et 1940, rencontre et relations au cours de la Deuxième Guerre mondiale, départ du gouvernement en 1945-1946, écriture des Mémoires, position sur la construction européenne… Les documents présentés sont variés, souvent du plus grand intérêt, parfois touchants. Ils comprennent notamment des extraits de discours, des films dont certains sont visibles sur Youtube, une très riche iconographie, de nombreuses tenues – nous retiendrons plus particulièrement un uniforme des hussards et une combinaison en velours de Churchill –, des lettres et des bulletins de notes, le disque sur lequel est enregistré le discours de de Gaulle du 22 juin 1940…

En dépit de leurs nombreuses différences – origine sociale, âge, éducation, parcours jusqu’à leur rencontre de l’été 1940 –, Churchill et de Gaulle partagent de nombreux points communs, que ce soit en matière de personnalité ou de conception du Monde: sens de l’histoire, esprit de grandeur, force de caractère, passion pour la littérature et l’écriture, goût pour la modernité, volonté de combattre... Comme le souligne très justement un texte de l’exposition, ce sont des "esprits non conformistes et paradoxalement fidèles aux traditions nationales".

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Cette exposition si riche et chargée d’émotion – le visiteur ressent à chaque instant le poids de l’histoire et l’esprit des deux géants – commence par mettre en exergue l’importance du verbe. Churchill et de Gaulle sont des "orateurs remarquables". Ils ont tout deux employé le nouveau media de l’époque, la radio, qui permettait d’atteindre un large public, directement, même dans des pays lointains, en dépit de la censure et des brouillages. Au cours de la guerre, Churchill a ainsi prononcé 56 discours à la BBC et de Gaulle 67, sans compter les nombreux autres devant le Parlement pour le premier, à l’Albert Hall et à radio Brazzaville pour le second.

Un autre aspect développé dans l’exposition est l’importance accordée à la culture et à la formation – à retenir, surtout par les temps qui courent! Si Churchill a été un cancre tout au long de sa scolarité, il s’est ensuite rendu compte, à 22 ans alors qu’il était en garnison à Bangalore, de son manque de connaissances et s’est mis à s’instruire, en lisant. De son côté, dans Vers l’armée de métier, de Gaulle écrit: "La véritable école du Commandement est la culture générale". Sa formation est classique, sous l’influence de son père, "homme de pensée, de culture, de tradition". L’histoire et la littérature en constituent les deux piliers. Chateaubriand et surtout Péguy ont marqué la jeunesse du Général qui ne pouvait que se reconnaître dans l’esprit profondément religieux et patriote des écrits de ce dernier – "Mère, voici vos fils qui se sont tant battus", "L’ordre et l’ordre seul fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude". Churchill et de Gaulle ont aussi beaucoup écrit, et bien écrit. Le premier a reçu le Prix Nobel de littérature en 1953, ce qui a peut-être rendu jaloux le second comme le laisse croire une superbe caricature de l’exposition. Quant aux écrits du Général, leur qualité est incontestable et certaines de ses pages, notamment dans les Mémoires de guerre, sont dignes de figurer dans les anthologies de la littérature française.

Terminons cette trop brève présentation en disant encore quelques mots à propos des relations entre les deux hommes. Avant juin 1940, Churchill et de Gaulle ne se connaissent pas. Le 13, au terme d’une de leurs premières rencontres, Churchill discerne en de Gaulle "l’homme du destin" qui partage nombre de ses convictions quant à la situation du moment: volonté de se battre, même vision d’une guerre où se joue l’avenir de la civilisation occidentale, caractère planétaire du conflit. Il le soutient dès lors dans sa poursuite du combat aux côtés de l’Angleterre. Les relations sont toutefois difficiles, les crises et les menaces de rupture fréquentes – les textes de l’exposition parlent de "mésentente cordiale". Les intérêts nationaux, parfois divergents, sont en jeu. De plus, le rôle grandissant des Etats-Unis dans la guerre ne fait qu’aggraver les tensions. L’Angleterre doit tenir compte de la position américaine en raison du soutien indispensable reçu d’outre-Atlantique. Surtout, Roosevelt est profondément hostile à de Gaulle en qui il voit un antidémocrate et un putschiste. Le président américain jouera la carte de Vichy, puis celle de Giraud, jusqu’à la dernière extrémité. De Gaulle ne sera reconnu comme autorité légitime qu’après le débarquement en Normandie, comme le montre bien le projet d’administration de la France libérée (AMGOT). Finalement, le pire a été évité. Les proches de Churchill et de de Gaulle ont joué un rôle de modération. De son côté, le Premier Ministre britannique, conscient des intérêts communs entre les deux pays et désireux de maintenir un équilibre en Europe, était contraint d’éviter toute ascension aux extrêmes.

L’exposition est à voir absolument jusqu’au 26 juillet 2015 au Musée des Invalides. Pour de plus amples informations, voir les sites internet du Musée de l’armée et de la Fondation Charles de Gaulle.

(© Musée de l'armée)

(© Musée de l'armée)

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Montgomery. L'artiste des batailles

Publié le par Dimitry Queloz

CAPET, Antoine, Montgomery. L’artiste des batailles, Paris, Perrin, 2014, 398 pages

L’année 2014 est particulièrement riche en publications sur le maréchal Montgomery, avec deux biographies qui comblent un vide curieux et béant puisqu’il n’en existait pas en français. Le duo Cédric Mas/Daniel Feldmann, également auteur d’un Rommel, a publié un court ouvrage de quelque 200 pages plus spécifiquement consacré à l’art de la guerre et du commandement chez Monty, que nous n’avons pas (encore) lu mais dont nous vous parlerons peut-être dans un prochain article. De son côté, Antoine Capet nous gratifie d'une biographie plus généraliste, richement illustrée de très intéressantes images – notamment des timbres – et d’excellentes cartes, dans un format et une mise en page particuliers qui rappellent un peu certains manuels de notre adolescence, mais que nous avons beaucoup appréciés.

L’ouvrage de Capet fait particulièrement ressortir la personnalité et le caractère de Montgomery. Enfant et adolescent indisciplinés, esprit volontaire et combattif forgé dans un milieu familial marqué par la tyrannie de sa mère et par la vie au grand air en Tasmanie, le jeune Bernard commence des études au collège St Paul dans la filière militaire, ce qui surprend ses parents parce qu’il n’a jamais montré un intérêt particulier pour l’armée, qu’il est de petite taille (1,70 m, 63 kg), que ses aptitudes scolaires sont moyennes et qu’il ne sait pas monter à cheval. A St Paul, puis à Sandhurst, il se montre peu brillant intellectuellement mais se révèle un excellent élément dans les sports collectifs, ainsi qu’un remarquable meneur d’hommes, ce qui correspond aux qualités que l’on cherche à développer dans ces écoles où le leadership and character joue un rôle déterminant dans la formation des futures élites de l’Empire.

Dès sa première affectation aux Indes, Montgomery se démarque de ses camarades officiers. Il ne partage pas leur goût pour les parades et les uniformes, les soirées mondaines, les alcools… En revanche, il se passionne pour son métier, passion qui se renforce au cours de la Première Guerre mondiale – à la fin de cette dernière, il décide de "posséder tous les détails (de sa profession) et de laisser de côté tout le reste" – et qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Sa maîtrise professionnelle et son caractère le conduisent à adopter une attitude hautaine, voire orgueilleuse, et à se montrer fort critique, et souvent de manière peu diplomatique – un autre trait de son caractère – envers les autres officiers, notamment ses supérieurs. Ainsi, dès les années 1920, et à plusieurs reprises ultérieurement, il préconise de couper les "branches mortes" de l’armée britannique, c’est-à-dire de se séparer des cadres supérieurs qui ne sont pas à la hauteur. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il choisit avec minutie les membres de ses états-majors successifs et ses principaux subordonnés. Les querelles avec ses pairs sont régulières, notamment avec Auchinleck, Tedder, Alexander, Bradley et, surtout, avec son grand rival pour le commandement en chef des forces terrestres en Europe, le général Eisenhower, dont il dit dès 1943: "Je peux affirmer avec certitude qu’il n’y connaît absolument rien sur la façon de faire la guerre et de mener bataille. Il faut le tenir à l’écart de toutes ces opérations si nous voulons gagner la guerre."

Dans sa vie quotidienne, Montgomery vit de manière très spartiate. Il se couche tôt et dort d’un profond sommeil, même au moment des batailles les plus décisives. Il se nourrit frugalement et ne boit que de l’eau. A peine s’autorise-t-il un verre de porto à Noël 1942 au moment où les Allemands sont en train de perdre la campagne d’Afrique du Nord ou un peu de champagne le 4 mai 1945 lorsqu’ils acceptent de capituler… Ce régime particulièrement sobre fait écrire à Churchill, dont on connaît l’humour et le goût pour les bons repas, le champagne et le whisky: "Je compatis avec le général von Thoma (dernier commandant de l’Afrika Korps capturé à El-Alamein et invité, comme il se doit en ce genre de circonstances, à la table de son vainqueur): battu, humilié, fait prisonnier et… forcé de dîner avec Montgomery!"

La biographie de Capet met également en évidence la doctrine militaire de Montgomery basée sur une complémentarité des facteurs matériels et moraux. En ce qui concerne ces derniers, Monty insiste sur l’exemple du chef, son aura, ses compétences, la confiance qu’il fait naître chez ses hommes, la capacité à les rallier à un but commun. Pour les facteurs matériels, il insiste sur la préparation et la planification détaillée des opérations, l’accumulation des moyens et, surtout, la concentration des forces. Cette conception ne laisse en fin de compte que peu de place au génie, mais elle s’avère efficace partout où elle est appliquée, à El-Alamein, à Tunis, en Normandie.

Une très belle biographie dont nous recommandons vivement la lecture!

(© blogdefense.overblog.com)

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Thatcher. La Dame de fer

Publié le par Dimitry Queloz

LERUEZ, Jacques, Thatcher. La Dame de fer, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 244 pages

Cette biographie de Margareth Thatcher est à la fois courte et de grande qualité. Ecrite par un spécialiste du monde politique britannique, elle donne de manière synthétique un "portrait contrasté" de la Dame de fer et de sa politique, qui change de ce que l’on peut lire habituellement, que ce soit en bien ou, surtout, en mal. C’est que Margareth Thatcher "admirée par certains, détestée par d’autres, rarement aimée (…) ne laissa personne indifférent".

Premier ministre pendant près de douze ans, de 1979 à 1990, Margareth Thatcher transforme profondément le Royaume-Uni, économiquement, politiquement et socialement. La longueur de son action politique, sa personnalité et ses idées marquent le pays comme aucun autre politicien ne l’a fait depuis Winston Churchill, qu’elle admire. Cette influence se prolonge durant les mandats de ses successeurs et continue, de nos jours encore, à marquer les esprits, au Royaume-Uni comme à l’étranger.

L’ouvrage comprend une introduction sur le thatchérisme et trois parties, dont les deux premières sont consacrées à l’ascension politique de Margareth Thatcher, à sa manière de conduire le gouvernement et à son action économique et sociale en tant que Premier ministre. La troisième partie, qui nous intéresse davantage ici, traite de la politique extérieure.

Margareth Thatcher inscrit sa politique étrangère dans le cadre de la "relation spéciale" avec les Etats-Unis, qui est facilitée par la proximité idéologique qu’elle entretient avec le présent Ronald Reagan. Cette entente est cependant entachée par quelques épisodes – invasion de la Grenade, embargo sur certaines technologies au cours de la construction du gazoduc entre l’Europe et l’URSS – durant lesquels Margareth Thatcher s’oppose avec fermeté à la politique américaine. Les relations avec les membres du Commonwealth ne sont pas toujours simples, même si la résolution – hélas provisoire – du problème rhodésien en 1981 représente une grande réussite. En effet, le problème de l’apartheid en Afrique du Sud mine la politique britannique à l’égard de l’association car Margareth Thatcher ne veut pas aller aussi loin que ses autres partenaires dans la condamnation du régime de Pretoria, tout comme la Communauté européenne d’ailleurs.

En matière de politique de défense, la Dame de fer se montre particulièrement ferme. Arrivée au pouvoir au moment où les relations avec l’URSS se durcissent en raison de la crise des euromissiles et de l’invasion de l’Afghanistan, Margareth Thatcher soutient l’installation des missiles de croisière et des Pershing II en Europe, augmentent les dépenses militaires et modernise la force de frappe britannique avec le remplacement des missiles Polaris par des Trident II et l’acquisition de nouveaux SNLE. Cependant, elle se montre ouverte à la discussion avec Mikhaïl Gorbatchev en qui elle distingue rapidement un partenaire fiable. La guerre des Falkland, qu’elle dirige avec une énergie et une ténacité particulières, conduit également au renforcement de l’effort militaire. Les conclusions du Livre blanc de 1981, qui prévoyait le retrait du service de deux porte-aéronefs pour des raisons économiques, sont invalidées et la Royal Navy sort finalement renforcée, ce qui permet le déploiement d’une flotte importante au cours de la première guerre du Golfe.

Le chapitre sur les relations avec la Communauté européenne est également très intéressant. Il montre la compatibilité de la construction européenne d’alors avec l’idéologie et la politique thatchériennes, même si la mise en place du Marché unique soulève pour la Grande-Bretagne des difficultés en matière d’ouverture de marché vers l’extérieur, de libre circulation des personnes et d’harmonisation fiscale et que Margareth Thatcher s’oppose à toute idée de monnaie unique. Margareth Thatcher se montre par ailleurs très favorable à la Coopération Politique Européenne (CPE) – instituée en 1969, elle a pour but d’harmoniser la politique extérieure des pays de la Communauté européenne – et contribue largement à son succès. En revanche, sa position atlantiste freine les efforts en matière de défense européenne.

(© blogdefense.overblog.com)

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