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Benjamin Disraeli (1804-1881)

Publié le par Dimitry Queloz

MC CEARNEY, James, Benjamin Disraeli (1804-1881), Paris, Pierre Guillaume de Roux, 2014, 304 pages

James Mc Cearney nous offre une très intéressante biographie de Disraeli, politicien anglais totalement atypique de la période victorienne. Petit-fils d’immigré juif, baptisé et élevé dans la foi anglicane mais ardent défenseur du chauvinisme juif – pour lui le christianisme n’est qu’un "judaïsme achevé" –, issu de la bourgeoisie et non propriétaire terrien, autodidacte – il ne suit aucune des public schools où sont formées les élites politiques du pays et où se tissent les réseaux sociaux indispensables –, toujours à deux doigts de la faillite, poursuivi pendant longtemps par les frasques de sa jeunesse, Disraeli ne possède aucune des qualités alors nécessaires à une carrière politique. Pourtant, il devient malgré tout l’un des plus grands politiciens britanniques du XIXe siècle, Premier Ministre à deux reprises, très apprécié de la reine Victoria avec laquelle il entretient des relations privilégiées. Détesté au début de sa carrière en raison de son opposition à Robert Peel, Victoria est très touchée par l’attitude de Disraeli au moment de la mort d’Albert. Les relations entre les deux personnes évoluent dès lors dans un sens positif et ils finissent par entretenir une réelle complicité. Victoria nomme Disraeli comte de Beaconsfield en 1876 et lui remet l’ordre de la jarretière deux ans plus tard. De son côté, Disraeli fait décerner à la reine Victoria le titre d’impératrice des Indes (Royal Titles Act).

L’ouvrage ne s’intéresse pas seulement à la carrière politique de Disraeli. Il aborde aussi longuement sa vie personnelle, ses relations avec sa famille, notamment sa sœur Sarah, son ambition et ses relations avec les femmes qui lui permettront, à l’instar d’un Rastignac ou d’un Rubempré auxquels l’auteur le compare, d’entrer dans les cercles les plus élevés de la société britannique. Sa carrière d’écrivain n’est pas non plus oubliée, même s’il n’est pas un grand romancier de la littérature anglaise. Esprit romantique très largement imprégné de Byron – Disraeli meurt un 19 avril, date anniversaire de la mort du poète –, il est en effet également l’auteur de nombreux ouvrages: Vivian Grey, Sybil, Lothair, Alroy

L’ascension politique de Disraeli est lente. Il ne doit en effet pas seulement vaincre les obstacles liés à ses origines sociales. Il doit aussi tenir compte de la situation du parti tory alors en perte de vitesse. Disraeli met trente ans à en refaire un véritable parti de gouvernement doté d’une majorité au Parlement. C’est lui qui crée le parti conservateur moderne dont il formalise la doctrine, ce qui lui permet de perdurer et de devenir l’un des deux grands partis politiques britanniques du XXe siècle. Elu à la chambre des Communes en 1837, Disraeli s’oppose à Peel à propos de la suppression des Corns Laws pour se venger de ne pas avoir été pris dans son gouvernement en 1841. Il devient alors un parlementaire incontournable, d’autant que le personnel politique tory de l’époque est particulièrement médiocre. Leader du parti aux Communes, il est nommé chancelier de l’Echiquier à trois reprises dans les gouvernements Derby au cours des années 1850-1860. A la mort de celui-ci, il accède au poste de Premier Ministre mais perd les élections quelques mois plus tard, ce qui le conduit à se retrouver à nouveau dans l’opposition.

En 1872, Disraeli prononce deux grands discours, à Manchester et au Crystal Palace. A défaut d’un réel programme politique – Disraeli "soigne les angoisses de la nation par la magie de la parole" –, il y expose deux grandes ambitions: l’intégration des classes laborieuses dans la nation et la grandeur de l’Empire. Ce dernier thème est nouveau chez Disraeli qui ne s’est jamais trop préoccupé de politique extérieure et qui a toujours, en tant que chancelier de l’Echiquier, limité les budgets militaires.

Redevenu Premier Ministre en 1874 à la suite de la dissolution décidée par son grand adversaire politique Gladstone, Disraeli met en application les deux grands thèmes de ses discours de 1872. En politique extérieure, il souhaite un retour de l’Angleterre, absente depuis la mort de Palmerston en 1865, sur la scène internationale. Ce retour est jugé nécessaire du fait de l’affaiblissement de la France à la suite de la défaite de 1870 et, conséquence directe, du développement des puissances appartenant à l’alliance des Trois Empereurs. Disraeli se distingue alors par une politique offensive et audacieuse en dépit des moyens militaires limités à sa disposition. En mai 1875, il montre son opposition à Bismarck qui menace de déclarer une nouvelle guerre à la France en train de se relever de sa défaite trop rapidement à son goût. A la fin de l’année, il achète des parts de la compagnie du canal de Suez vendues par le khédive d’Egypte en faillite. Cette acquisition marque le retour britannique dans la question d’Orient qui connaît, dans les années suivantes, une nouvelle crise de grande ampleur. A la suite de diverses révoltes menées contre l’empire Ottoman dans les Balkans et des répressions qui s’ensuivent, la Russie déclare la guerre à l’empire Ottoman en 1877. Opposé à son opinion publique, Disraeli adopte d’entrée de jeu une position favorable à ce dernier. Pour lui, les questions morales ne doivent pas intervenir et l’Angleterre doit maintenir sa politique traditionnelle d’endiguement envers la Russie dans le but de protéger la route des Indes. La crise se termine en 1878 au congrès de Berlin où Disraeli réussit à imposer ses vues.

Après le triomphe de 1878, l’année 1879 est un désastre en politique extérieure pour l’Angleterre et Disraeli, avec le massacre de la mission britannique installée à Kaboul et la défaite contre les Zoulous à Isandhlwana. Dans les deux cas, Disraeli, très affaibli, ne peut contenir les initiatives de ses subordonnés. Ces échecs s’ajoutent aux problèmes de politique interne et conduisent à la défaite des conservateurs lors des élections de 1880. Disraeli meurt l’année suivante à l’âge de 76 ans.

(© blogdéfense)

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La grande illusion

Publié le par Dimitry Queloz

SOUTOU, Georges-Henri, La grande illusion. Quand la France perdait la paix. 1914-1920, Paris, Tallandier, 2015, 484 pages

Cet ouvrage de Georges-Henri Soutou, remarquable en tout point et dont nous recommandons chaleureusement la lecture, s’intéresse aux buts de guerre et à la politique extérieure de la France au cours de la Première Guerre mondiale et des mois de négociations qui l’ont suivie et qui ont abouti aux cinq traités de la banlieue parisienne dont le plus connu est celui Versailles signé avec l’Allemagne. Le point de vue adopté est celui de l’"histoire vue d’en haut" – on ne peut que vivement saluer cette approche dans une période où domine l’"histoire vue d’en bas", fragmentée, vue par le petit bout de la lorgnette individualiste ou communautariste. Comme le rappelle l’auteur, "ce sont les dirigeants qui ont pris les grandes décisions, de l’entrée en guerre aux traités de paix, à travers les différentes phases du conflit", c’est cette histoire-là qui a façonné l’histoire ultérieure de l’Europe, de la Deuxième Guerre mondiale aux récentes tensions dans les Balkans et en Ukraine.

Divisé en huit chapitres, l’ouvrage aborde de nombreux thèmes: buts de guerre de la France, que l’on met du temps à définir et qui varient au fil du temps, qui sont assez largement atteints lors de la signature du traité de Versailles, mais qui ne connaissent pas une application durable du fait de la désintégration rapide du système international mis en place en 1919-1920; contacts avec les puissances adverses en vue de négociations au cours du conflit, parmi lesquels il faut mentionner tout particulièrement ceux de l’automne 1917 – affaire Briand-Lancken – qui auraient pu conduire à une paix négociée reposant sur le retrait allemand de Belgique et d’Alsace-Lorraine en échange de compensations coloniales en Afrique et territoriales à l’Est au détriment de la Russie; alliances et relations avec les Etats alliés et de l’Entente…

Du fait de l’approche adoptée, l’auteur met en exergue l’importance du rôle des individus qui agissent en fonction de leur personnalité, de leurs convictions et de leur appréciation de la situation du moment. Nous retiendrons, dans cette perspective, plus particulièrement l’influence prépondérante du trio Poincaré-Delcassé-Paléologue en politique étrangère. Tous trois se connaissent bien, œuvrent durant de longues années en politique ou en diplomatie et partagent une vision commune en matière de sécurité, basée sur l’alliance russe. Un autre épisode des plus intéressants est la gestion de la crise de juillet 1914. Durant une partie de celle-ci, les instances dirigeantes françaises sont séparées en plusieurs pôles mal reliés entre eux. En effet, le Président Poincaré, le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Viviani et le directeur politique du Quai d’Orsay, Pierre de Margerie, naviguent sur les eaux de la Baltique et de la Manche, de retour de leur voyage à Saint-Pétersbourg. En raison des problèmes de communication liés à la technique de l’époque, ils sont difficilement joignables et sont largement hors-jeu jusqu’au 29 juillet, date de leur arrivée à Dunkerque. La gestion de la crise repose donc beaucoup sur le directeur politique adjoint, Philippe Berthelot, qui conseille à Belgrade d’accepter l’essentiel de l’ultimatum autrichien, à l’exception de la clause autorisant la police impériale à enquêter en Serbie. Mentionnons encore les divergences de vue entre, d’une part, Poincaré et Pétain et, d’autre part, Clemenceau et Foch à propos de la signature de l’armistice le 11 novembre 1918. Les premiers, comprenant que l’Allemagne devait être vaincue militairement pour faire accepter la défaite par son peuple, souhaitent une poursuite des opérations de manière à donner aux Allemands la preuve de leur défaite. Les seconds, dans une appréciation politique à plus court terme de la situation (mais plus réaliste), défendent l’idée qu’il n’est plus possible de poursuivre les hostilités après plus de quatre années d’une guerre effroyable alors que l’adversaire demande la paix.

L’auteur revient également sur la question de la responsabilité dans le déclenchement de la guerre. S’il est maintenant couramment admis que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie sont largement responsables du conflit, la Russie et la France ne sont pas exemptes de tout reproche. L’alliance franco-russe prend à la veille de la guerre une nouvelle dimension. Elle se renforce et le rôle joué par la Russie dans une guerre contre l’Allemagne gagne en importance, avec la promesse d’une attaque rapide en Prusse orientale. Cela ouvre, pour la France, de nouvelles perspectives opératives et politiques, d’où la fermeté française interprétée comme un "chèque en blanc" par Saint-Pétersbourg au moment de la crise de juillet 1914. Enfin, la Russie ment sciemment en ce qui concerne la mobilisation de ses troupes. Alors que celle-ci est déjà en cours depuis plusieurs jours, elle continue de proclamer n’avoir pris aucune mesure. Comme le souligne Soutou qui reprend la formule d’Alfred Fabre-Luce: "L’Allemagne et l’Autriche ont fait les gestes qui rendaient la guerre possible; la Triple Entente a fait ceux qui la rendaient certaine."

Retenons encore brièvement un dernier thème de l’ouvrage, celui traitant du système international de l’époque. Le Concert européen mis en place en 1815, basé sur l’équilibre et la concertation entre les grandes puissances, est malmené dès les années 1870 par l’Allemagne de Bismarck puis la France de Delcassé qui développent des systèmes d’alliances dès le temps de paix. Il ne disparaît toutefois pas complètement en dépit de nombreux accrocs au cours de la guerre et la période des négociations: volonté de démanteler l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, absence de l’Allemagne lors des négociations, nouvelle diplomatie wilsonienne… Finalement, les traités de 1919-1920 restent à mi-chemin entre l’ancien Concert et le wilsonisme qui ne parvient pas à écarter tout réalisme politique. Ainsi, le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’a été que partiellement appliqué dans la restructuration géographique de l’Europe centrale. On ne pouvait pas laisser l’Allemagne s’agrandir en l’appliquant, ni créer des Etats non-viables pour la contenir à l’Est en remplacement de l’alliance russe disparue avec la révolution bolchevique!

(© blogdéfense)

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Churchill - De Gaulle

Publié le par Dimitry Queloz

Destins croisés de deux géants du XXe siècle au Musée de l’armée

Le Musée des Invalides et la Fondation Charles de Gaulle viennent d’inaugurer une fort belle exposition qui retrace les destins croisés des deux plus grands dirigeants politiques européens du XXe siècle. Le visiteur peut suivre les itinéraires de Winston Churchill et de Charles de Gaulle au travers d’une série de thèmes exposés le plus souvent chronologiquement: enfance et formation, carrière politique et militaire entre 1900 et 1940, rencontre et relations au cours de la Deuxième Guerre mondiale, départ du gouvernement en 1945-1946, écriture des Mémoires, position sur la construction européenne… Les documents présentés sont variés, souvent du plus grand intérêt, parfois touchants. Ils comprennent notamment des extraits de discours, des films dont certains sont visibles sur Youtube, une très riche iconographie, de nombreuses tenues – nous retiendrons plus particulièrement un uniforme des hussards et une combinaison en velours de Churchill –, des lettres et des bulletins de notes, le disque sur lequel est enregistré le discours de de Gaulle du 22 juin 1940…

En dépit de leurs nombreuses différences – origine sociale, âge, éducation, parcours jusqu’à leur rencontre de l’été 1940 –, Churchill et de Gaulle partagent de nombreux points communs, que ce soit en matière de personnalité ou de conception du Monde: sens de l’histoire, esprit de grandeur, force de caractère, passion pour la littérature et l’écriture, goût pour la modernité, volonté de combattre... Comme le souligne très justement un texte de l’exposition, ce sont des "esprits non conformistes et paradoxalement fidèles aux traditions nationales".

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Churchill et de Gaulle descendant les Champs-Elysées le 11 novembre 1944. (© Musée de l'armée)

Cette exposition si riche et chargée d’émotion – le visiteur ressent à chaque instant le poids de l’histoire et l’esprit des deux géants – commence par mettre en exergue l’importance du verbe. Churchill et de Gaulle sont des "orateurs remarquables". Ils ont tout deux employé le nouveau media de l’époque, la radio, qui permettait d’atteindre un large public, directement, même dans des pays lointains, en dépit de la censure et des brouillages. Au cours de la guerre, Churchill a ainsi prononcé 56 discours à la BBC et de Gaulle 67, sans compter les nombreux autres devant le Parlement pour le premier, à l’Albert Hall et à radio Brazzaville pour le second.

Un autre aspect développé dans l’exposition est l’importance accordée à la culture et à la formation – à retenir, surtout par les temps qui courent! Si Churchill a été un cancre tout au long de sa scolarité, il s’est ensuite rendu compte, à 22 ans alors qu’il était en garnison à Bangalore, de son manque de connaissances et s’est mis à s’instruire, en lisant. De son côté, dans Vers l’armée de métier, de Gaulle écrit: "La véritable école du Commandement est la culture générale". Sa formation est classique, sous l’influence de son père, "homme de pensée, de culture, de tradition". L’histoire et la littérature en constituent les deux piliers. Chateaubriand et surtout Péguy ont marqué la jeunesse du Général qui ne pouvait que se reconnaître dans l’esprit profondément religieux et patriote des écrits de ce dernier – "Mère, voici vos fils qui se sont tant battus", "L’ordre et l’ordre seul fait en définitive la liberté. Le désordre fait la servitude". Churchill et de Gaulle ont aussi beaucoup écrit, et bien écrit. Le premier a reçu le Prix Nobel de littérature en 1953, ce qui a peut-être rendu jaloux le second comme le laisse croire une superbe caricature de l’exposition. Quant aux écrits du Général, leur qualité est incontestable et certaines de ses pages, notamment dans les Mémoires de guerre, sont dignes de figurer dans les anthologies de la littérature française.

Terminons cette trop brève présentation en disant encore quelques mots à propos des relations entre les deux hommes. Avant juin 1940, Churchill et de Gaulle ne se connaissent pas. Le 13, au terme d’une de leurs premières rencontres, Churchill discerne en de Gaulle "l’homme du destin" qui partage nombre de ses convictions quant à la situation du moment: volonté de se battre, même vision d’une guerre où se joue l’avenir de la civilisation occidentale, caractère planétaire du conflit. Il le soutient dès lors dans sa poursuite du combat aux côtés de l’Angleterre. Les relations sont toutefois difficiles, les crises et les menaces de rupture fréquentes – les textes de l’exposition parlent de "mésentente cordiale". Les intérêts nationaux, parfois divergents, sont en jeu. De plus, le rôle grandissant des Etats-Unis dans la guerre ne fait qu’aggraver les tensions. L’Angleterre doit tenir compte de la position américaine en raison du soutien indispensable reçu d’outre-Atlantique. Surtout, Roosevelt est profondément hostile à de Gaulle en qui il voit un antidémocrate et un putschiste. Le président américain jouera la carte de Vichy, puis celle de Giraud, jusqu’à la dernière extrémité. De Gaulle ne sera reconnu comme autorité légitime qu’après le débarquement en Normandie, comme le montre bien le projet d’administration de la France libérée (AMGOT). Finalement, le pire a été évité. Les proches de Churchill et de de Gaulle ont joué un rôle de modération. De son côté, le Premier Ministre britannique, conscient des intérêts communs entre les deux pays et désireux de maintenir un équilibre en Europe, était contraint d’éviter toute ascension aux extrêmes.

L’exposition est à voir absolument jusqu’au 26 juillet 2015 au Musée des Invalides. Pour de plus amples informations, voir les sites internet du Musée de l’armée et de la Fondation Charles de Gaulle.

(© Musée de l'armée)

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Montgomery. L'artiste des batailles

Publié le par Dimitry Queloz

CAPET, Antoine, Montgomery. L’artiste des batailles, Paris, Perrin, 2014, 398 pages

L’année 2014 est particulièrement riche en publications sur le maréchal Montgomery, avec deux biographies qui comblent un vide curieux et béant puisqu’il n’en existait pas en français. Le duo Cédric Mas/Daniel Feldmann, également auteur d’un Rommel, a publié un court ouvrage de quelque 200 pages plus spécifiquement consacré à l’art de la guerre et du commandement chez Monty, que nous n’avons pas (encore) lu mais dont nous vous parlerons peut-être dans un prochain article. De son côté, Antoine Capet nous gratifie d'une biographie plus généraliste, richement illustrée de très intéressantes images – notamment des timbres – et d’excellentes cartes, dans un format et une mise en page particuliers qui rappellent un peu certains manuels de notre adolescence, mais que nous avons beaucoup appréciés.

L’ouvrage de Capet fait particulièrement ressortir la personnalité et le caractère de Montgomery. Enfant et adolescent indisciplinés, esprit volontaire et combattif forgé dans un milieu familial marqué par la tyrannie de sa mère et par la vie au grand air en Tasmanie, le jeune Bernard commence des études au collège St Paul dans la filière militaire, ce qui surprend ses parents parce qu’il n’a jamais montré un intérêt particulier pour l’armée, qu’il est de petite taille (1,70 m, 63 kg), que ses aptitudes scolaires sont moyennes et qu’il ne sait pas monter à cheval. A St Paul, puis à Sandhurst, il se montre peu brillant intellectuellement mais se révèle un excellent élément dans les sports collectifs, ainsi qu’un remarquable meneur d’hommes, ce qui correspond aux qualités que l’on cherche à développer dans ces écoles où le leadership and character joue un rôle déterminant dans la formation des futures élites de l’Empire.

Dès sa première affectation aux Indes, Montgomery se démarque de ses camarades officiers. Il ne partage pas leur goût pour les parades et les uniformes, les soirées mondaines, les alcools… En revanche, il se passionne pour son métier, passion qui se renforce au cours de la Première Guerre mondiale – à la fin de cette dernière, il décide de "posséder tous les détails (de sa profession) et de laisser de côté tout le reste" – et qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Sa maîtrise professionnelle et son caractère le conduisent à adopter une attitude hautaine, voire orgueilleuse, et à se montrer fort critique, et souvent de manière peu diplomatique – un autre trait de son caractère – envers les autres officiers, notamment ses supérieurs. Ainsi, dès les années 1920, et à plusieurs reprises ultérieurement, il préconise de couper les "branches mortes" de l’armée britannique, c’est-à-dire de se séparer des cadres supérieurs qui ne sont pas à la hauteur. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il choisit avec minutie les membres de ses états-majors successifs et ses principaux subordonnés. Les querelles avec ses pairs sont régulières, notamment avec Auchinleck, Tedder, Alexander, Bradley et, surtout, avec son grand rival pour le commandement en chef des forces terrestres en Europe, le général Eisenhower, dont il dit dès 1943: "Je peux affirmer avec certitude qu’il n’y connaît absolument rien sur la façon de faire la guerre et de mener bataille. Il faut le tenir à l’écart de toutes ces opérations si nous voulons gagner la guerre."

Dans sa vie quotidienne, Montgomery vit de manière très spartiate. Il se couche tôt et dort d’un profond sommeil, même au moment des batailles les plus décisives. Il se nourrit frugalement et ne boit que de l’eau. A peine s’autorise-t-il un verre de porto à Noël 1942 au moment où les Allemands sont en train de perdre la campagne d’Afrique du Nord ou un peu de champagne le 4 mai 1945 lorsqu’ils acceptent de capituler… Ce régime particulièrement sobre fait écrire à Churchill, dont on connaît l’humour et le goût pour les bons repas, le champagne et le whisky: "Je compatis avec le général von Thoma (dernier commandant de l’Afrika Korps capturé à El-Alamein et invité, comme il se doit en ce genre de circonstances, à la table de son vainqueur): battu, humilié, fait prisonnier et… forcé de dîner avec Montgomery!"

La biographie de Capet met également en évidence la doctrine militaire de Montgomery basée sur une complémentarité des facteurs matériels et moraux. En ce qui concerne ces derniers, Monty insiste sur l’exemple du chef, son aura, ses compétences, la confiance qu’il fait naître chez ses hommes, la capacité à les rallier à un but commun. Pour les facteurs matériels, il insiste sur la préparation et la planification détaillée des opérations, l’accumulation des moyens et, surtout, la concentration des forces. Cette conception ne laisse en fin de compte que peu de place au génie, mais elle s’avère efficace partout où elle est appliquée, à El-Alamein, à Tunis, en Normandie.

Une très belle biographie dont nous recommandons vivement la lecture!

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Thatcher. La Dame de fer

Publié le par Dimitry Queloz

LERUEZ, Jacques, Thatcher. La Dame de fer, Waterloo, André Versaille éditeur, 2012, 244 pages

Cette biographie de Margareth Thatcher est à la fois courte et de grande qualité. Ecrite par un spécialiste du monde politique britannique, elle donne de manière synthétique un "portrait contrasté" de la Dame de fer et de sa politique, qui change de ce que l’on peut lire habituellement, que ce soit en bien ou, surtout, en mal. C’est que Margareth Thatcher "admirée par certains, détestée par d’autres, rarement aimée (…) ne laissa personne indifférent".

Premier ministre pendant près de douze ans, de 1979 à 1990, Margareth Thatcher transforme profondément le Royaume-Uni, économiquement, politiquement et socialement. La longueur de son action politique, sa personnalité et ses idées marquent le pays comme aucun autre politicien ne l’a fait depuis Winston Churchill, qu’elle admire. Cette influence se prolonge durant les mandats de ses successeurs et continue, de nos jours encore, à marquer les esprits, au Royaume-Uni comme à l’étranger.

L’ouvrage comprend une introduction sur le thatchérisme et trois parties, dont les deux premières sont consacrées à l’ascension politique de Margareth Thatcher, à sa manière de conduire le gouvernement et à son action économique et sociale en tant que Premier ministre. La troisième partie, qui nous intéresse davantage ici, traite de la politique extérieure.

Margareth Thatcher inscrit sa politique étrangère dans le cadre de la "relation spéciale" avec les Etats-Unis, qui est facilitée par la proximité idéologique qu’elle entretient avec le présent Ronald Reagan. Cette entente est cependant entachée par quelques épisodes – invasion de la Grenade, embargo sur certaines technologies au cours de la construction du gazoduc entre l’Europe et l’URSS – durant lesquels Margareth Thatcher s’oppose avec fermeté à la politique américaine. Les relations avec les membres du Commonwealth ne sont pas toujours simples, même si la résolution – hélas provisoire – du problème rhodésien en 1981 représente une grande réussite. En effet, le problème de l’apartheid en Afrique du Sud mine la politique britannique à l’égard de l’association car Margareth Thatcher ne veut pas aller aussi loin que ses autres partenaires dans la condamnation du régime de Pretoria, tout comme la Communauté européenne d’ailleurs.

En matière de politique de défense, la Dame de fer se montre particulièrement ferme. Arrivée au pouvoir au moment où les relations avec l’URSS se durcissent en raison de la crise des euromissiles et de l’invasion de l’Afghanistan, Margareth Thatcher soutient l’installation des missiles de croisière et des Pershing II en Europe, augmentent les dépenses militaires et modernise la force de frappe britannique avec le remplacement des missiles Polaris par des Trident II et l’acquisition de nouveaux SNLE. Cependant, elle se montre ouverte à la discussion avec Mikhaïl Gorbatchev en qui elle distingue rapidement un partenaire fiable. La guerre des Falkland, qu’elle dirige avec une énergie et une ténacité particulières, conduit également au renforcement de l’effort militaire. Les conclusions du Livre blanc de 1981, qui prévoyait le retrait du service de deux porte-aéronefs pour des raisons économiques, sont invalidées et la Royal Navy sort finalement renforcée, ce qui permet le déploiement d’une flotte importante au cours de la première guerre du Golfe.

Le chapitre sur les relations avec la Communauté européenne est également très intéressant. Il montre la compatibilité de la construction européenne d’alors avec l’idéologie et la politique thatchériennes, même si la mise en place du Marché unique soulève pour la Grande-Bretagne des difficultés en matière d’ouverture de marché vers l’extérieur, de libre circulation des personnes et d’harmonisation fiscale et que Margareth Thatcher s’oppose à toute idée de monnaie unique. Margareth Thatcher se montre par ailleurs très favorable à la Coopération Politique Européenne (CPE) – instituée en 1969, elle a pour but d’harmoniser la politique extérieure des pays de la Communauté européenne – et contribue largement à son succès. En revanche, sa position atlantiste freine les efforts en matière de défense européenne.

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