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Rejet massif de l’initiative du GSsA sur la suppression de l’obligation de servir

Publié le par Dimitry Queloz

Ce week-end, le peuple suisse a rejeté l’initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) visant la suppression de l’obligation de servir. Le résultat est sans appel: plus de 73% des votants et la totalité des cantons ont dit non! Les Suisses ont ainsi voté dans le même sens, mais de manière encore plus nette, que leurs voisins autrichiens qui ont, en début d’année, exprimé le vœu de maintenir le service militaire obligatoire par près de 60% des suffrages. La Suisse ne suivra donc pas l’exemple de nombreux pays européens qui ont, il y a quelques années, supprimé ou suspendu le service militaire obligatoire, mais qui regrettent souvent, déjà, leur décision.

Cette défaite des adversaires de l’armée devant le peuple est la huitième depuis 1989, date du rejet de l’initiative "pour une Suisse sans armée" par 64,4% des votants et 24 cantons – cela sans compter les initiatives n’ayant pas abouti et celles relatives aux exportations d’armement. La succession des échecs ne les décourage cependant pas et, contrairement à ce qu'espère le Conseiller national Christophe Darbellay, nous ne sommes pas à l’abri de nouvelles attaques contre l’armée pour les vingt prochaines années. Comme toutes les minorités agissantes et extrémistes, les opposants n’hésiteront pas à remettre l’ouvrage sur le métier et à varier les approches pour essayer de parvenir à leurs fins ou, à tout le moins, d’affaiblir l’armée au maximum. Ils sont d’ailleurs en train de lancer le référendum contre l’achat des avions de combat Gripen et le peuple devra se prononcer une fois de plus sur un sujet en relation avec l'armée, probablement au printemps prochain.

Pour cette nouvelle campagne, qui a par ailleurs déjà commencé, – voir à ce sujet l’émission Classe politique du 16 septembre dernier – les adversaires de l’armée savent qu’ils doivent absolument éviter que le débat se transforme en une opposition directe à celle-ci. C’est pourquoi, comme le mentionnait le journal Le Temps dans un article de la semaine dernière, certains ténors de la Gauche désirent que le GSsA reste en retrait et que ce soient les partis politiques qui occupent le devant de la scène, car la simple présence du groupe dont le nom est sans équivoque risque de montrer les véritables objectifs à long terme des référendaires. Ceux-ci se contenteront donc vraisemblablement d’attaquer l’avion, en mettant en doute ses qualités et la nécessité de son achat et en soulignant tous les problèmes passés de la procédure d’acquisition qui n’a pas été, il faut bien le dire, un exemple de gestion réussie. Ils pourront ainsi bénéficier du soutien de nombreux citoyens parmi les quelque 63% actuellement opposés à l’acquisition de l’appareil suédois.

De son côté, le Conseil fédéral et les partisans de l’armée devront mener la campagne parallèlement sur deux fronts. Ils auront à montrer qu’en achetant le Gripen, le Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) a fait le bon choix sur les plans technique, financier et industriel. De plus, comme a déjà commencé à le faire le Conseiller fédéral Ueli Maurer dont la position est renforcée par cette brillante victoire, il faudra exploiter la vague de soutien en faveur de l'armée qui s'est si clairement exprimée ce week-end et déjouer la stratégie de ses opposants en dénonçant leur intention de l’affaiblir par une nouvelle attaque indirecte.

 

Résultats des initiatives populaires liées à l'armée (depuis 1989)

Année

But de l’initiative

Rejet de l'initiative

1989

  Suppression de l’armée

    64,4% et 24 cantons

1993

  Interdiction d’acheter un avion de combat

   57,2% et 21 cantons

1993

  Limitation du nombre de places d’arme

   55,3 et 18 cantons

2000

  Réduction des dépenses militaires

   62,4% et  22 cantons

2001

  Suppression de l’armée

    78,1% et 26 cantons

2008

  Interdiction pour les jets de combat de survoler les zones touristiques

    68,1% et 26 cantons

2011

  Interdiction des armes à feu à domicile

    56,3% et 20 cantons

 

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Le Conseil national accepte l'achat de 22 avions de combat Gripen

Publié le par Dimitry Queloz

Le Conseil national a accepté hier, par 114 voix contre 70, l'achat de 22 avions de combat Gripen E. De son côté, le Conseil des Etats se prononcera encore mercredi prochain sur l'aspect financier de la décision, ce qui devrait mettre un terme à la procédure d'acquisition parlementaire. Les débats, qui se sont déroulés sur les plans politique, économique, idéologique et, secondairement, technique, ont été fort mouvementés. Commencés en 2008 avec la présentation du programme d'armement contenant l'intention d'acheter un nouvel avion de combat destiné à remplacer les anciens F-5 E Tiger II arrivant en bout de course après plus de 30 ans de service,  ils se sont intensifiés à partir de novembre 2011, après que le fabricant d’avions suédois Saab eut remporté l’appel d’offre du Département de la Défense, de la Protection de la Population et des Sports (DDPS) au détriment de ses rivaux Dassault Aviation et Eurofighter.

Partisans et adversaires du Gripen se sont affrontés dans les médias, en commission et au Parlement et la procédure d’acquisition de l’appareil a connu moult rebondissements, tandis que les attaques contre l’appareil suédois étaient nombreuses. D’une part, le Parti socialiste et les Verts s’opposaient à tout achat de nouvel avion de combat, jugeant qu’il n’était pas nécessaire, dans le contexte géopolitique du moment, de remplacer les Tiger. D’autre part, à droite aussi les reproches fusaient de la part de divers milieux. Certains critiquaient la manière de gérer le dossier – d'aucuns affirmaient même que le Conseil fédéral écartait délibérément les concurrents du Gripen en raison des problèmes économiques et fiscaux avec les pays voisins – et la communication maladroite du DDPS. Il faut dire que ce dernier n’est pas exempt de tout reproche dans ce domaine. Il a en effet eu de la peine à justifier le choix d’un avion dont les performances avaient été jugées insuffisantes au cours des évaluations. Par ailleurs, les déclarations du chef du DDPS pouvaient laisser croire à un certain dilettantisme dans la gestion du dossier – rappelons qu’Ueli Maurer a avoué devant la presse qu’il n’avait pas lu dans le détail le contrat d’achat: "Ce sont 56 pages en anglais, avec beaucoup de considérations techniques, je fais confiance aux spécialistes de mon service." D’autres politiciens de droite, enfin, critiquaient le choix du Gripen et auraient préféré acheter le Rafale arrivé en tête de la procédure d’évaluation.

Au cours de l’année 2012 et, surtout, en 2013, le ciel s’est cependant lentement éclairci pour le chef du DDPS qui a su manœuvrer de manière habile et convaincre petit à petit une majorité de parlementaires de voter en faveur de l'acquisition du Gripen, redressant ainsi une situation qui paraissait à un certain moment largement compromise. En mars de cette année, le Conseil des Etats a accepté d’acheter les 22 avions de combat, même s'il en a refusé le financement dont le montant s’élève à 3,1 milliards de francs. Cette contradiction apparente s’explique par le fait qu’il aurait fallu la majorité qualifiée, en raison du "frein aux dépenses", pour faire passer la décision financière. De son côté, quelques semaines plus tard, le Conseil national se montrait d’accord d’entrer en matière, à condition d’obtenir certains éclaircissements, notamment en ce qui concernait les modalités de facturation (montant de l’acompte initial, pénalités en cas de non-respect des délais de livraison, garanties du montant de la facture en cas de renchérissement des coûts). En août, ayant obtenu partiellement satisfaction de la part du Conseil fédéral, la Commission de la politique de sécurité du Conseil national jouait la carte de la confiance et approuvait par 14 voix contre 9 et 2 abstentions l’achat des avions de combat, ouvrant ainsi la voie au vote d'hier du Conseil national.

La décision positive de ce dernier ne signifie cependant pas encore une victoire définitive pour le Conseil fédéral. Tout d'abord, comme nous l'avons dit, le Conseil des Etats doit encore se prononcer à ce sujet mercredi prochain. Ensuite, et surtout, le référendum promis par la gauche sera lancé et le peuple aura à se prononcer sur l’achat du Gripen, probablement au printemps 2014. Cette votation populaire rappelle celle de 1993 sur l’initiative du Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) qui s’opposait à l’achat de 34 avions de combat F/A-18 Hornet. L'initiative avait finalement été rejetée par 57% des votants. Cette fois-ci, la campagne en faveur du Gripen sera sans doute plus difficile à gagner – les sondages indiquent que 63% des Suisses sont opposés à l'achat de l'appareil suédois. Le problème réside dans le cumul des opposants qui regroupent non seulement les milieux antimilitaristes traditionnels, mais aussi tous ceux pour qui le Gripen, en raison de ses insuffisances réelles ou supposées – nous reviendrons sur cette question dans un prochain article –, ne correspond pas aux besoins helvétiques. Le Conseil fédéral n'a, bien sûr, aucune chance de faire changer d'avis les premiers. Il devra donc concentrer ses efforts d'argumentation sur les seconds de manière à les convaincre de voter en faveur de l'acquisition du Gripen!

 

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Gripen F Demonstrator en vol au-dessus des Alpes (© DDPS)

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