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Articles avec #histoire tag

La Suisse peut-elle se défendre toute seule ?

Publié le par Dimitry Queloz

DE WECK, Hervé, La Suisse peut-elle se défendre toute seule ?, Bière, Cabédita, 2011, 160 pages

Dans cet ouvrage, Hervé de Weck se demande si la Suisse est en mesure d'assurer sa défense toute seule. Il s'interroge également sur la neutralité : celle-ci est-elle compatible avec des collaborations militaires avec un Etat tiers ? Pour répondre à ces deux questions, il adopte une approche historique, avant de faire un état de la situation actuelle et de la crise que traverse l’armée. Il montre ainsi que, depuis la fin du Moyen-âge, la Suisse a toujours dépendu de l'étranger pour assurer sa défense. Petit pays face à des puissances plus grandes, la Suisse a généralement recherché la coopération avec l'étranger pour palier sa faiblesse militaire.

Entre 1515 et la Révolution française, la défense de l'Ancienne Confédération repose essentiellement sur trois piliers : la neutralité, les alliances avec l'extérieur, surtout la France, le service étranger. Les relations politico-militaires avec les puissances voisines compensent la faiblesse du système militaire helvétique, faiblesse qui éclate au grand jour au moment de l'invasion française de 1798. A la fin du XIXe siècle, alors que la neutralité helvétique est reconnue par les traités de 1815, la Suisse se retrouve entourée par de puissants Etats. Dans le cadre des tensions qui conduiront à la Première Guerre mondiale, elle est l'objet de menaces et de séductions. La neutralité traditionnelle est remise en cause par certains politiciens et militaires. La question d'une collaboration militaire se pose et diverses conversations ont lieu avec la France, l'Autriche-Hongrie et l'Allemagne. Les contacts avec les Français reprennent au cours de la Première Guerre mondiale débouchant sur le plan français " H ". Dans les années 1930, des contacts personnels ont lieu avec des officiers de l'armée française. Au début de la guerre, le général Guisan poussent très loin, à l’insu du Gouvernement et de l’Etat-major de l’Armée, la coopération avec la France. Après la défaite de juin 1940, la Suisse doit se défendre avec ses seuls moyens et elle adopte la stratégie du Réduit. La période de la Guerre froide se caractérise par la prudence. Des contacts ont lieu, notamment avec les Britanniques dans les années cinquante, mais aucune planification n'est élaborée. La Suisse se dote d'une armée nombreuse et relativement bien équipée permettant une défense autonome, même si elle collabore avec l'étranger pour l'acquisition d'armement et la défense aérienne. Après la chute du mur de Berlin, la collaboration avec l'étranger entre dans la doctrine, avec l'adoption du principe de la " sécurité par la coopération ". De nouvelles menaces apparaissent ou prennent de l'importance : terrorisme, catastrophes naturelles ou dues à l’homme, migrations, armes balistiques à longue portée, cybercriminalité… De plus, l'armée doit faire face à une diminution considérable de ses moyens. Après deux réformes successives, les effectifs se limitent à 120'000 hommes actifs et le matériel manque en raison de crédits insuffisants, ce qui pousse encore à davantage de coopération.

Avec la thèse de son ouvrage, Hervé de Weck se positionne d’une manière particulière qui mécontentera certainement les deux extrémités de l'éventail politique. Une certaine droite n'y retrouvera pas les fondements mythologiques de son idéologie, à savoir une Suisse autarcique et repliée sur elle-même. Quant à la gauche, si elle pourra se réjouir de la nécessité pour la Suisse de coopérer avec l'étranger, elle aura du mal à accepter celle de maintenir un niveau de dépenses élevés. Ce dernier élément est en effet fondamental, car la coopération implique d'avoir quelque chose à mettre en commun, à partager. Ce ne doit pas être, comme certains le pensent, un oreiller de paresse ou un prétexte pour affaiblir l'armée.

 

(© Hervé de Weck)

(© Hervé de Weck)

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Traité de l'Elysée

Publié le par Dimitry Queloz

Le 22 janvier 1963, le général de Gaulle et le chancelier Adenauer signaient le traité de l'Elysée. Cinquante ans plus tard, il ressort des diverses commémorations (cérémonies, discours, reportages, articles...) un double sentiment. Tout d'abord, un certain malaise en raison de la situation économique en Europe et, surtout, des nombreuses divergences - gestion de la crise, futur de l'Union européenne, politique extérieure... - au sein du couple franco-allemand, pourtant longtemps présenté comme le moteur de la construction européenne. En second lieu, le sentiment que la signature du traité a représenté un véritable succès. Nombre de médias et de commentateurs ont en effet souligné l'importance de l'événement dans la réconciliation entre la France et l'Allemagne, après une période de plusieurs décennies de guerres destructrices. Un ancien président de la République a même fait l'apologie du document, en soulignant qu'il trouvait le texte " excellent " après l'avoir relu pour la circonstance ! Cet enthousiasme pour un passé présenté sous ses meilleurs jours contraste donc fortement avec un présent chargé des plus grandes difficultés.

En réalité, le traité de l'Elysée ne constitue pas le plein succès que l'on nous a souvent présenté dans ces dernières semaines. Sur cette question précise et sur les relations franco-allemandes, nous recommandons de lire l'ouvrage du professeur Georges-Henri Soutou, L'alliance incertaine. Les rapports politico-stratégiques franco-allemands, 1954-1996, Paris, Fayard, 1996.

Le traité de l'Elysée a certes marqué la première étape d'une véritable réconciliation entre la France et l'Allemagne. D'une part, les deux signataires ont, par leur prestige, donné au document une valeur symbolique de la plus haute importance. Il paraît même que le général de Gaulle, lui d'habitude si pudique, aurait embrassé le chancelier Adenauer après la signature du document ! D'autre part, le traité a contribué de manière significative au rapprochement durable entre les deux peuples via le troisième volet de son programme, relatif à l'éducation et à la jeunesse, qui a notamment permis la création de l'Office franco-allemand de la jeunesse.

Cependant, malgré cet important succès, le traité de l'Elysée doit être perçu comme un échec. Les deux premiers volets du programme, rarement évoqués lors des commémorations, prévoyaient une large coordination des politiques extérieures et de défense des deux Etats. La mise en œuvre de cette double collaboration n'a eu lieu qu'en de rares domaines - avant tout des échanges d'officiers et quelques programmes d'armement - et n'a duré que peu de temps. En juillet 1964 déjà, le sommet de Bonn sonnait le glas du rapprochement politique et militaire prévu dans le traité de l'Elysée.

Les raisons de cet échec sont multiples : pressions américaines qui voyaient d'un mauvais œil la constitution d'un noyau politico-militaire franco-allemand autonome, départ du chancelier Adenauer en automne 1963 qui orienta encore davantage la politique allemande en direction des Etats-Unis, adoption par le Parlement allemand d'un préambule vidant largement le traité de sa substance...

Les différends politiques entre la France et l'Allemagne ne datent donc pas d'hier. Ils constituent même une des caractéristiques des relations entre les deux pays depuis les années 1950, en dépit de remarquables collaborations et d'une véritable réconciliation après un siècle et demi de conflits. Cette dernière, désormais acquise, ne saurait cependant constituer à elle seule la base d'une politique commune pour le futur des relations franco-allemande et la construction de l'Europe.

 

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