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Articles avec #histoire tag

14/18 La Suisse et la Grande Guerre

Publié le par Dimitry Queloz

Pour commémorer le centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, l’association La Suisse dans la Première Guerre mondiale a réalisé une exposition itinérante qui a déjà été présentée au Musée historique de Bâle et au Musée national suisse de Zurich où elle a connu un grand succès. On peut actuellement la visiter au Musée d’art et d’histoire de Neuchâtel, seule étape romande de la tournée. Outre son caractère nomade, l’exposition présente la particularité d’être enrichie d’une partie spécifiquement neuchâteloise comprenant quatre volets réalisés pour l’occasion.

(© Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel)

(© Musée d'art et d'histoire de Neuchâtel)

L’exposition itinérante

L’exposition itinérante "montre (les) quatre années de guerre à travers un parcours thématique riche et varié". La muséographie est moderne, avec des textes, des images, des objets, des bornes d’écoute... Cette variété et cette richesse conduisent malheureusement par moment à une certaine confusion, d’autant que le visiteur ne peut lire, regarder et écouter la totalité des documents présentés. Ainsi, la première partie sur la Belle Epoque – qui comprend une très intéressante carte évolutive des pays en guerre et des théâtres d’opérations, mais qui est présentée sans commentaire – propose une multitude de thèmes fort divers mais pas toujours très approfondis, allant des aspects mémoriels (Gilberte de Courgenay, Sentinelle des Rangiers) au suffrage féminin et à l’AVS en passant par la personne de Gustave Ador et l’adhésion de la Suisse à la Société des Nations (la réflexion sur le thème est encore prolongée par la question de l’adhésion à l’ONU).

Les aspects militaires de la guerre sont, hélas!, peu abordés. Mentionnons toutefois la partie "Mobilisation" qui donne quelques chiffres fort intéressants à propos de la mise sur pied des troupes et montre l’évolution du phénomène dans le temps. Au début de la guerre, l’ensemble de l’armée est mobilisée, soit plus de 200'000 hommes et 45'000 chevaux. Les effectifs diminuent ensuite pour des raisons économiques, du fait de la stabilisation des fronts et de la faiblesse de la menace. C’est ainsi que le nombre moyen d’hommes en service s’élève à environ 70'000 sur l’ensemble de la guerre. En novembre 1918, les chiffres atteignent des records, avec seulement 12'000 hommes mobilisés.

Moment de détente en compagnie d'un éléphant réquisitionné pour des soldats mobilisés à La Chaux-de-Fonds en 1914 (© Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds)

Moment de détente en compagnie d'un éléphant réquisitionné pour des soldats mobilisés à La Chaux-de-Fonds en 1914 (© Musée d'histoire de La Chaux-de-Fonds)

L’exposition se concentre sur les questions politiques, économiques et sociales – souvent dans une perspective de long terme – et les thèmes sont bien traités. L’un des plus classiques, celui du fossé entre Romands et Alémaniques est judicieusement mis en relation avec la propagande des Etats belligérants, qui cherchent à exploiter la situation, et les réactions suisses pour lutter contre ces deux dangers – le Conseil fédéral essaie de combattre la propagande, tandis que "des intellectuels s’engagent en faveur d’une position helvétique qui transcenderait les barrières linguistiques et les sympathies divergentes".

Le renforcement des pouvoirs du Conseil fédéral, qui a reçu sans base constitutionnelle les pleins pouvoirs au début du conflit, constitue un autre thème marquant de l’exposition. La Confédération intervient de plus en plus fortement, notamment dans l’économie. Pour gérer la production agricole et certains problèmes de ravitaillement, l’Union du fromage est créée. Celle-ci dispose du monopole de l’exportation du fromage et fixe les prix du lait. L’institution perdure, avec quelques changements seulement, jusqu’à la fin des années 1990! L’interventionnisme de la Confédération a cependant son revers de médaille. Il conduit à une explosion des dépenses fédérales qui sont multipliées par 2,5 et à l’introduction de l’impôt fédéral direct.

Les difficultés socio-économiques, qui culmineront avec la grève générale de novembre 1918, sont également bien traitées dans l’exposition. En dépit de l’interventionnisme étatique, qui connaît par ailleurs des limites, la Suisse rencontre des problèmes économiques et d’approvisionnement qu’aggravent les contrôles économiques mis en place par les belligérants via la Société suisse de surveillance économique (SSS) et l’Office fiduciaire suisse pour le contrôle du trafic des marchandises (STS). A la fin de la guerre, alors qu’un certain nombre d’industriels ayant travaillé pour l’effort de guerre suisse et des belligérants ont réussi à amasser des fortunes, une large frange de la population a sombré dans la pauvreté: 700'000 Suisses (20% de la population) dépendent de la distribution de rations de lait et de pain à prix réduit!

Les volets neuchâtelois

La partie spécifiquement neuchâteloise de l’exposition comporte quatre volets. Nettement moins denses en informations, ces volets viennent "alléger" la visite de l’exposition principale. Un premier sert d’introduction générale, avec la projection d’une cinquantaine de photographies qui évoquent les principaux événements ayant marqué le canton: mobilisation, visite du général Ulrich Wille en juin 1915 – Wille est notamment reçu à La Sagne dont il est originaire –, bombe allemande tombée à La Chaux-de-Fonds en octobre 1915, accueil d’internés et de réfugiés, occupation militaire de La Chaux-de-Fonds à la suite de la libération par des manifestants de Paul Graber condamné pour ses écrits pacifistes, armistice de novembre 1918, grève générale…

Le volet le plus intéressant, selon nous, est celui consacré à Guy de Pourtalès. Membre d’une famille aristocratique et cosmopolite neuchâteloise, Guy de Pourtalès est très lié à la France. Descendant de protestants cévenoles réfugiés à Neuchâtel et marié à une Française, il acquiert la nationalité française peu avant la guerre qu’il débute en tant que chauffeur d’officier à Chartres. Cependant, comme beaucoup de grandes familles neuchâteloises, celle des Pourtalès est très liée à l’Allemagne pour des raisons historiques et idéologiques – rappelons que Neuchâtel a été une propriété personnelle du roi de Prusse entre 1707 et 1848. Lui-même est né à Berlin, son père et ses deux frères sont officiers dans l’armée prussienne. Son éducation et ses relations privilégiées d’homme du Monde permettent à Guy de Pourtalès de devenir interprète dans une brigade d’artillerie britannique, puis chargé de la propagande en Suisse pour le compte du Quai d’Orsay via sa fonction d’administrateur de la Tribune de Genève, alors contrôlée par le Gouvernement français. Ses relations en Suisse et en Allemagne finissent toutefois par se retourner contre lui et il est mis à pied en 1917. Il finit la guerre comme officier informateur et accompagne les journalistes américains dans les régions libérées de la France et en Allemagne.

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Guy de Pourtalès (© Fonds Guy de Pourtalès, CRLR)

Affiche publicitaire pour un ouvrage de Guy de Pourtalès (© Fonds Guy de Pourtalès, CRLR)

Signalons encore un autre volet neuchâtelois qui "interroge la réception de la Première Guerre mondiale dans la bande dessinée, en questionnant les relations entre violence extrême et transformation esthétique du 20e siècle". Le visiteur pourra admirer quelques belles planches, mais il restera malheureusement sur sa fin. Le sujet était trop vaste pour être traité dans un cadre aussi restreint. Il mériterait à lui seul une exposition.

En dépit des quelques défauts évoqués, l’exposition mérite largement d’être vue. Jusqu’au 18 octobre prochain.

Porcel et Zidrou, Les Folies Bergères, couverture (© Dargaud)

Porcel et Zidrou, Les Folies Bergères, couverture (© Dargaud)

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La grande illusion

Publié le par Dimitry Queloz

SOUTOU, Georges-Henri, La grande illusion. Quand la France perdait la paix. 1914-1920, Paris, Tallandier, 2015, 484 pages

Cet ouvrage de Georges-Henri Soutou, remarquable en tout point et dont nous recommandons chaleureusement la lecture, s’intéresse aux buts de guerre et à la politique extérieure de la France au cours de la Première Guerre mondiale et des mois de négociations qui l’ont suivie et qui ont abouti aux cinq traités de la banlieue parisienne dont le plus connu est celui Versailles signé avec l’Allemagne. Le point de vue adopté est celui de l’"histoire vue d’en haut" – on ne peut que vivement saluer cette approche dans une période où domine l’"histoire vue d’en bas", fragmentée, vue par le petit bout de la lorgnette individualiste ou communautariste. Comme le rappelle l’auteur, "ce sont les dirigeants qui ont pris les grandes décisions, de l’entrée en guerre aux traités de paix, à travers les différentes phases du conflit", c’est cette histoire-là qui a façonné l’histoire ultérieure de l’Europe, de la Deuxième Guerre mondiale aux récentes tensions dans les Balkans et en Ukraine.

Divisé en huit chapitres, l’ouvrage aborde de nombreux thèmes: buts de guerre de la France, que l’on met du temps à définir et qui varient au fil du temps, qui sont assez largement atteints lors de la signature du traité de Versailles, mais qui ne connaissent pas une application durable du fait de la désintégration rapide du système international mis en place en 1919-1920; contacts avec les puissances adverses en vue de négociations au cours du conflit, parmi lesquels il faut mentionner tout particulièrement ceux de l’automne 1917 – affaire Briand-Lancken – qui auraient pu conduire à une paix négociée reposant sur le retrait allemand de Belgique et d’Alsace-Lorraine en échange de compensations coloniales en Afrique et territoriales à l’Est au détriment de la Russie; alliances et relations avec les Etats alliés et de l’Entente…

Du fait de l’approche adoptée, l’auteur met en exergue l’importance du rôle des individus qui agissent en fonction de leur personnalité, de leurs convictions et de leur appréciation de la situation du moment. Nous retiendrons, dans cette perspective, plus particulièrement l’influence prépondérante du trio Poincaré-Delcassé-Paléologue en politique étrangère. Tous trois se connaissent bien, œuvrent durant de longues années en politique ou en diplomatie et partagent une vision commune en matière de sécurité, basée sur l’alliance russe. Un autre épisode des plus intéressants est la gestion de la crise de juillet 1914. Durant une partie de celle-ci, les instances dirigeantes françaises sont séparées en plusieurs pôles mal reliés entre eux. En effet, le Président Poincaré, le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères Viviani et le directeur politique du Quai d’Orsay, Pierre de Margerie, naviguent sur les eaux de la Baltique et de la Manche, de retour de leur voyage à Saint-Pétersbourg. En raison des problèmes de communication liés à la technique de l’époque, ils sont difficilement joignables et sont largement hors-jeu jusqu’au 29 juillet, date de leur arrivée à Dunkerque. La gestion de la crise repose donc beaucoup sur le directeur politique adjoint, Philippe Berthelot, qui conseille à Belgrade d’accepter l’essentiel de l’ultimatum autrichien, à l’exception de la clause autorisant la police impériale à enquêter en Serbie. Mentionnons encore les divergences de vue entre, d’une part, Poincaré et Pétain et, d’autre part, Clemenceau et Foch à propos de la signature de l’armistice le 11 novembre 1918. Les premiers, comprenant que l’Allemagne devait être vaincue militairement pour faire accepter la défaite par son peuple, souhaitent une poursuite des opérations de manière à donner aux Allemands la preuve de leur défaite. Les seconds, dans une appréciation politique à plus court terme de la situation (mais plus réaliste), défendent l’idée qu’il n’est plus possible de poursuivre les hostilités après plus de quatre années d’une guerre effroyable alors que l’adversaire demande la paix.

L’auteur revient également sur la question de la responsabilité dans le déclenchement de la guerre. S’il est maintenant couramment admis que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie sont largement responsables du conflit, la Russie et la France ne sont pas exemptes de tout reproche. L’alliance franco-russe prend à la veille de la guerre une nouvelle dimension. Elle se renforce et le rôle joué par la Russie dans une guerre contre l’Allemagne gagne en importance, avec la promesse d’une attaque rapide en Prusse orientale. Cela ouvre, pour la France, de nouvelles perspectives opératives et politiques, d’où la fermeté française interprétée comme un "chèque en blanc" par Saint-Pétersbourg au moment de la crise de juillet 1914. Enfin, la Russie ment sciemment en ce qui concerne la mobilisation de ses troupes. Alors que celle-ci est déjà en cours depuis plusieurs jours, elle continue de proclamer n’avoir pris aucune mesure. Comme le souligne Soutou qui reprend la formule d’Alfred Fabre-Luce: "L’Allemagne et l’Autriche ont fait les gestes qui rendaient la guerre possible; la Triple Entente a fait ceux qui la rendaient certaine."

Retenons encore brièvement un dernier thème de l’ouvrage, celui traitant du système international de l’époque. Le Concert européen mis en place en 1815, basé sur l’équilibre et la concertation entre les grandes puissances, est malmené dès les années 1870 par l’Allemagne de Bismarck puis la France de Delcassé qui développent des systèmes d’alliances dès le temps de paix. Il ne disparaît toutefois pas complètement en dépit de nombreux accrocs au cours de la guerre et la période des négociations: volonté de démanteler l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, absence de l’Allemagne lors des négociations, nouvelle diplomatie wilsonienne… Finalement, les traités de 1919-1920 restent à mi-chemin entre l’ancien Concert et le wilsonisme qui ne parvient pas à écarter tout réalisme politique. Ainsi, le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes n’a été que partiellement appliqué dans la restructuration géographique de l’Europe centrale. On ne pouvait pas laisser l’Allemagne s’agrandir en l’appliquant, ni créer des Etats non-viables pour la contenir à l’Est en remplacement de l’alliance russe disparue avec la révolution bolchevique!

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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De Nimègue à Java

Publié le par Dimitry Queloz

RIAL, Sébastien (dir.), De Nimègue à Java: les soldats suisses au service de la Hollande, XVIIe-XXe siècles, Château de Morges & ses Musées, Centre d’Histoire et de Prospective Militaires, 2014, 288 pages

Cet ouvrage collectif trilingue comprenant 14 contributions – dont neuf en français – est le fruit d’une journée d’étude tenue en 2010 à Morges et conjointement organisée par le Château de Morges et le Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM). L’introduction de Sébastien Rial donne un bel aperçu sur le service de Hollande, avec ses différentes périodes, ses moments de gloire et de revers, depuis les premiers mercenaires du début du XVIIe siècle jusqu’à la fin officielle du service capitulé en 1829. Cette date ne marque cependant pas la fin des engagements suisses puisque des volontaires continuent à s’engager individuellement, notamment dans le cadre du service colonial, que ce soit par goût de l’aventure ou dans le but de trouver une vie meilleure.

L'introduction est par ailleurs judicieusement complétée par une chronologie Hollande/Suisse et des annexes – la liste des régiments suisses au service de la Hollande entre 1693 et 1797, celle des généraux suisses au service de la Hollande, les textes de deux capitulations et du traité d’union entre les Etats généraux des Provinces-Unies et le canton de Berne de 1712, une contribution sur les Cent-Suisses, compagnie chargée de la protection du Stathouder. Notons encore une très riche iconographie, souvent inédite, qui intéressera les amateurs d’armes et d’uniformes, avec une mention toute particulière pour les 23 aquarelles de la collection Engi représentant les uniformes et les drapeaux des Suisses au service de Hollande à la fin du XVIIIe siècle.

Le livre n’a pas la prétention de couvrir tous les aspects du service de Hollande, ni d’en faire une synthèse. Il présente divers éclairages sur des thèmes et des époques variés, faisant parfois découvrir des personnages, des faits et des institutions encore peu étudiés, comme Victor Emmanuel Thellung de Courtelary engagé dans la marine hollandaise, comme l’engagement des mercenaires suisses lors de la conquête de Java et de Bornéo entre 1855 et 1865 ou la compagnie des Cent-Suisses déjà évoquée. Il permet également de combler une lacune pour les lecteurs francophones, aucun livre n’ayant paru récemment sur le sujet dans la langue de Molière. C’est que le service de Hollande est quelque peu oublié et il est généralement éclipsé par son "grand frère", le service de France. Ce désintérêt est assez singulier au vu de l’ampleur du service de Hollande qui a représenté à certaines périodes dans les cantons protestants de Berne, Zurich et Bâle notamment un concurrent important pour celui-ci.

Même si on trouve des soldats suisses au service de Hollande dès le début du XVIIe siècle, le véritable début de la coopération militaire entre la Suisse et les Provinces-Unies commence avec les guerres de Louis XIV. Les Provinces-Unis forment un ensemble de taille modeste (2 mio d’habitants en 1700) comparée à la puissance de la France dix fois plus peuplée. De plus, elles doivent faire face à des obligations de grande puissance et défendre un important empire maritime, ce qui nécessite le recours à des mercenaires. Après l’invasion de 1672, les Provinces-Unies envoie Abraham Malapert en Suisse pour négocier un traité d’alliance avec les cantons. L’obstacle constitué par l’alliance avec la France est cependant assez vite levé. En effet, la politique antiprotestante de Louis XIV conduit au rapprochement entre les deux pays, notamment du fait de l’influence des cantons protestants. Ce rapprochement connaît un point d’orgue en 1712 avec le traité d’union défensif signé avec Berne. Cet accord, qui marque la volonté de rééquilibrer les relations avec d’autres puissances européennes, représente une rupture officielle dans la politique extérieure des cantons jusque-là tournée vers la France depuis près de deux siècles. Le monopole français en matière de mercenariat est ainsi battu en brèche pour la première fois. Un régiment est levé en 1676. Il en existe sept en 1704. Cette nouvelle orientation en matière de service étranger conduit à la présence de soldats suisses dans les deux camps opposés, comme à la bataille de Malplaquet en 1709.

Le XVIIIe siècle, en dépit du recul de la puissance des Provinces-Unies, constitue l’apogée du service de Hollande. On trouve neuf régiments (plus de 20'000 hommes) en 1749. Le déclin des Provinces-Unies est consommé à la fin du siècle, avec la guerre contre l’Angleterre, la guerre civile de 1786-87 et l’invasion française de 1795 qui met fin à la première période du service de Hollande.

Après la chute de Napoléon, les Provinces-Unies sont transformées en royaume comprenant également la Belgique. L’armée du nouvel Etat est totalement réorganisée. Quatre régiments suisses (9'000 hommes) sont recrutés, mais les temps ont changé. Comme partout ailleurs en Europe, le sentiment envers les régiments étrangers n’est plus le même que sous l’Ancien Régime en raison du nationalisme. Les régiments helvétiques sont ainsi dissous en 1829.

(© Château de Morges)

(© Château de Morges)

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Rütli. Une voie pour l'avenir

Publié le par Dimitry Queloz

STREIT, Pierre, SANDOZ, Suzette, Rütli. Une voie pour l’avenir, 1940-2015, Bière, Cabédita, 2015, 120 pages

Cet ouvrage, qui n’est pas à proprement parler un livre d’histoire, met en perspective un des événements fondamentaux de l’histoire de la Suisse de la Deuxième Guerre mondiale dont nous commémorons le 75e anniversaire cette année: le célèbre rapport du 25 juillet 1940 tenu au Rütli. Au lendemain de la défaite française, qui a causé un choc profond tant en France qu’en Suisse, le général Guisan a réuni l’ensemble des commandants de l’armée suisse à partir du grade de major, soit quelque 500 à 600 officiers – le nombre est incertain –, pour leur transmettre son message sur la conduite à tenir dans le cadre de la nouvelle situation internationale et de la stratégie du Réduit adoptée quelques semaines plus tôt.

Dans la première partie qui comprend une demi-douzaine de chapitres, Mme Suzette Sandoz, professeur honoraire de l’université de Lausanne et ancienne Conseillère nationale, livre une très intéressante réflexion sur la politique, l’histoire et le rôle des chefs. Pour Mme Sandoz, le lien entre histoire et politique est très fort dans le sens où, d’une part, la politique s’enracine dans l’histoire. L’"art de gouverner les hommes" – définition de la politique selon l’auteur – s’exerce toujours dans une certaine tradition historique et un cadre géographique spécifiques dont on ne peut faire fi. D’autre part, l’histoire (non déconstruite) représente le "terreau de l’avenir", car elle "permet de mesurer la responsabilité humaine, qui donne la dimension de l’homme. Elle fournit à ceux qui l’ont apprise la liberté d’en tirer ensuite des conclusions [Par conséquent, elle] enseigne le goût de l’avenir". Ce qui nous ramène à la politique. Dans ce domaine, le chef, chargé du destin de la communauté, joue un rôle fondamental. L’exemple du général Guisan, qui en a été un vrai, permet de mettre en exergue les qualités nécessaires au chef: il doit inspirer confiance à ses subordonnés, être lucide face au danger, transmettre un "message d’avenir et d’espoir". Le rapport du Rütli s’inscrit tout naturellement dans cette dernière problématique et son étude représente, par conséquent, non seulement un intérêt historique, mais aussi une "promesse d’avenir" pour les générations futures à une époque (presque) aussi troublée que les années 1940.

Dans la seconde partie, Pierre Streit, auteur de plusieurs livres d’histoire militaire dont certains ont été présentés précédemment sur blogdéfense (voir notamment celui sur la bataille de Morat), étudie le rapport lui-même en le replaçant dans le contexte de l’été 1940. Le discours de Guisan est mis en perspective et comparé avec deux autres grands discours de la période: celui du 18 juin du général de Gaulle et celui du 25 juin de Marcel Pilet-Golaz. Le premier présente diverses similitudes avec celui de Guisan: incertitude quant au détail des paroles prononcées, détermination face à la situation, esprit de résistance, compréhension de la nature de la guerre qui est envisagée en tant que lutte à l’échelle mondiale, suprématie de la guerre mécanisée… Dans ce dernier domaine, Guisan adopte cependant une position différente de celle de de Gaulle. Alors que celui-ci envisage la victoire grâce à la possibilité de constituer une force mécanisée supérieure à celle de l’Allemagne, Guisan développe son analyse en fonction de l’état de l’armée suisse et du récent choix stratégique du Réduit. La défaite française ne représente pas la "faillite du système défensif de la ligne Maginot" et, par conséquent, celle des fortifications en général, car l’armée allemande l’a contourné. En Suisse, la situation serait en outre différente du fait du relief qui favorise nettement le défenseur et le protège contre la puissance des chars et de l’aviation. Guisan souligne également une autre différence: la faiblesse morale de l’armée française de 1940.

La comparaison entre les discours de Pilet-Golaz et de Guisan s’avère plus délicate à faire. Le premier est l’objet d’un vaste débat en raison de son ambiguïté, qui a par ailleurs été renforcée du fait de sa traduction en allemand – celle-ci a été réalisée par le Conseiller fédéral Philippe Etter, "partisan d’un pouvoir fort", qui a notamment employé le terme très connoté de "Führer" pour traduire "guide". Pour l’auteur, on ne saurait opposer totalement les deux discours. Pilet-Golaz et Guisan partageaient nombre de convictions politiques. De plus, on trouve une idée maîtresse dans les deux discours: durer.

Mentionnons encore quelques annexes intéressantes: le texte de l’appel du général de Gaulle du 18 juin, le discours de Pilet-Golaz du 25 juin 1940, quelques témoignages sur le rapport du Rütli (notamment ceux de Bernard Barbey, chef de l’état-major particulier de Guisan, de Roger Masson, chef du service de renseignement de l’armée et rédacteur en chef de la Revue militaire suisse, de Robert Frick, attaché à l’état-major particulier de Guisan), quelques jugements d’historiens sur le rapport du Rütli.

Nous profitons de ce dernier article avant la pause estivale pour vous remercier, Amis Lecteurs, pour votre fidélité et vos encouragements qui nous font toujours très plaisir. Nous vous souhaitons un très bel été et d’agréables vacances. Au plaisir de vous retrouver à la fin du mois d’août!

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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Musée national: Exposition 1515 Marignan

Publié le par Dimitry Queloz

A l’occasion du 500e anniversaire de la "bataille des géants", le Musée national de Zurich organise une exposition que l’on peut visiter jusqu’au 19 juillet prochain. Différents thèmes sont présentés au visiteur, dans une approche chronologique: Milan à l’époque des Sforza, développement du mercenariat helvétique, logistique et financement des armées, représentation iconographique de la bataille, neutralité… Parmi les qualités de l’exposition, mentionnons une mise en scène agréable et la présentation de fort belles pièces, notamment des armures et des vêtements; des livres ayant appartenu aux ducs de Milan et montrant à la fois leur richesse et leur intérêt pour les arts; un bouclier, un collier et un étendard tirés du butin des guerres de Bourgogne; divers cadeaux, parmi lesquels une bannière et une épée d’apparat consacrée – bien que cassée, celle-ci constitue sans doute le plus bel objet de l’exposition –, offerts aux Confédérés – qui deviennent alors "défenseurs de la liberté de l’Eglise" – par le Pape Jules II en 1512 au lendemain de la victoire de Pavie; des instruments de chirurgie d’époque…

Cependant, en dépit de ces qualités esthétiques et muséographiques, la visite ne nous a pas totalement satisfait et nous sommes resté sur notre faim. Outre une certaine confusion dans la présentation des thèmes qui ne sont plus nettement séparés, surtout dans la deuxième moitié de l’exposition, deux problèmes nous ont dérangé.

Une bataille éclipsée

Le premier reproche que l’on peut adresser à l’exposition est le fait qu’elle éclipse la bataille elle-même. Si le contexte est fort bien présenté sous ses aspects les plus divers, cette dernière l’est de manière très succincte, en quelques images et commentaires et au travers d’une évocation audiovisuelle des combats qui n’apporte pas grand-chose. On ne trouve que peu d’informations sur les différentes phases des combats, les effectifs, l’engagement chaotique des troupes confédérées en fin d’après-midi le 13 septembre, les difficultés propres à la configuration géographique du champ de bataille, le rôle de la cavalerie vénitienne, les limites des deux systèmes militaires qui s’affrontent et qui sont, tous deux, dépassés…

Quant aux raisons de la victoire française, il n’en est rien dit ou presque. On trouve juste la brève mention d’une bonne coordination de l’action de l’artillerie, de l’infanterie et de la cavalerie!

Une présentation ambiguë de la question de la neutralité

Comme nous l’évoquions dans un précédent article, la bataille de Marignan et sa commémoration sont au cœur d’un débat sur la neutralité de la Suisse. L’exposition adopte malheureusement une attitude très ambiguë par rapport à cette question. Cette absence de prise de position est regrettable de la part du Musée national qui dispose de moyens financiers et scientifiques importants et aurait été en mesure de présenter une analyse historique plus poussée du problème, quitte à décevoir certains partis politiques. Il aurait en effet été intéressant de se pencher sur l’expédition du printemps 1516 des cantons centraux aux côtés de l’empereur et sur celles, ultérieures, qui ont conduit notamment à l’annexion du Pays de Vaud; d’analyser le rôle joué par la pauvreté économique des cantons dans l’incapacité à développer un système militaire moderne; de déterminer en quoi les institutions fédérales ont contribué à l’absence d’une politique extérieure cohérente; de préciser comment la Réforme a accentué des divisions internes déjà importantes; de montrer l’évolution, du point de vue du droit international, de la conception de la neutralité au fil du temps, etc.

D’un côté, au début de la visite, l’exposition semble défendre la position idéologique de la droite populiste – sans toutefois se prononcer clairement – en présentant la bataille de Marignan comme une "défaite honorable" et en insistant sur les aspects positifs de ses conséquences. Un an après les événements, les Confédérés obtiennent ainsi une "paix avantageuse" et la bataille devient, au fil du temps, le "symbole d’une Suisse neutre et mesurée".

Dans la partie consacrée à la neutralité, la thèse présentée dans l’exposition est différente. Le début de la neutralité commence en 1815, avec le Congrès de Vienne et les traités de Paris, même si une "politique" de neutralité apparaît déjà au cours de la guerre de Trente Ans afin d’éviter un éclatement de la Confédération. Les différents tableaux sur la neutralité ne forment par ailleurs pas un ensemble cohérent. Ils abordent divers thèmes, comme les questions de neutralité au cours des deux guerres mondiales et aujourd’hui ou la Croix-Rouge.

Les deux événements les plus intéressants, l’affaire Wohlgemuth – le visiteur attentif notera une coquille: cette affaire a eu lieu en 1889 et non en 1899 comme indiqué – et la réalisation de la célèbre Retraite de Marignan par Ferdinand Hodler, ne sont pas traités avec toute la profondeur que l’on souhaiterait et ne sont pas non plus remis dans le contexte beaucoup plus vaste de l’ensemble des débats sur les conceptions de la neutralité vers les années 1890, débats qui, par ailleurs, font largement référence à la période de domination militaire de la Confédération, notamment les guerres d’Italie.

En dépit de ces défauts, l’exposition mérite d’être vue, surtout pour la qualité des pièces présentées. En revanche, pour une bonne compréhension de la bataille et de ses enjeux pour la Confédération des 13 cantons, nous recommandons de lire le récent ouvrage d’Amable Sablon du Corail que nous avons présenté il y a quelques semaines.

(© blogdéfense)

(© blogdéfense)

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