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Articles avec #histoire tag

"La Suisse vigilante" (3)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme annoncé il y a quelques semaines, nous avons assisté jeudi dernier à la conférence de David Auberson qui nous a parlé de l’armée suisse à l’Exposition nationale de 1964 (Expo 64), conférence suivie de la projection du film "La Suisse vigilante". La soirée s’annonçait fort intéressante et nous n’avons pas du tout été déçu. Ce fut une très belle prestation de la part du conférencier et nous avons le plaisir d’offrir à nos lecteurs une petite synthèse de ses propos.

Entre débats internes et remises en cause populaires

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, si l’armée sort renforcée politiquement et matériellement du conflit, elle doit faire face à une nouvelle situation géopolitique, stratégique, technique et sociale. D’une part, la Guerre froide qui s’installe rapidement conduit à s’interroger sur la défense de la Suisse face aux armées massives des deux grandes puissances et de leurs alliés. D’autre part, le développement de l’arme nucléaire implique également de repenser la conception de la défense. Si le cadre politique – la neutralité armée – est conservé, la doctrine et l’organisation sont totalement revues. Après les Organisations des troupes de 1947 et 1951, celle de 1961 donne à l’armée suisse une structure durable puisqu’elle ne sera modifiée qu’au lendemain de la Guerre froide. L’abandon de la stratégie du Réduit national ouvre un débat doctrinal dans lequel plusieurs conceptions – défensive statique, combat mobile, guérilla – s’affrontent. La doctrine finalement adoptée en 1966, la défense combinée, caractérisée par la mobilité et le combat interarmes, exige de posséder un armement moderne et offensif: chars, aviation, artillerie autopropulsée... Quant à l’adoption de l’arme atomique, le Conseil fédéral et le Haut commandement de l’armée y songent sérieusement dans les années 1950 et au début des années 1960. Finalement, et pour de multiples raisons, l’option est abandonnée et la Suisse signe en 1969 le traité de non-prolifération nucléaire.

La période 1950-1960 est également marquée par la contestation envers l’armée. Les opposants cherchent à diminuer le budget du Département Militaire Fédéral (DMF) – le ministère de la Défense – qui absorbe entre 30% et 40% des dépenses totales de la Confédération. Trois initiatives – dites initiatives "Chevallier" du nom de l’initiateur des trois projets – sont ainsi lancées en 1954-1955. Le peuple ne se prononce finalement sur aucune d’entre elles – la première est invalidée et les deux autres retirées en raison des événements de Hongrie –, mais le succès remporté au cours de la récolte des signatures montre que l’armée n’est plus une "vache sacrée", qu’elle peut être l’objet de critiques. Par ailleurs, la volonté de se doter de l’arme atomique fait également naître la contestation. Le peuple doit se prononcer sur deux initiatives anti-atomiques au début des années 1960. Si toutes deux sont rejetées, les cantons latins les acceptent, avec des majorités allant jusqu’à près de 70%! Enfin, la critique à l’encontre de l’armée atteint son paroxysme avec l’"affaire des Mirage" qui commence en 1964, au moment où a lieu l’Exposition nationale.

Une nouvelle stratégie de communication

Dans ce contexte de critique envers l’armée et de pessimisme par rapport aux chances qu’elle aurait de l’emporter en cas de guerre contre les grandes puissances dotées de l’arme atomique, le DMF lance une vaste campagne de communication visant à informer le citoyen-soldat-contribuable sur les mutations en cours en matière d’organisation, de doctrine et d’équipements et à le convaincre du bien-fondé de ces transformations. Cette campagne ne cherche toutefois pas seulement à atteindre un but intérieur. Elle a aussi un objectif extérieur: renforcer la dissuasion. Il s’agit en effet également de démontrer aux observateurs étrangers la crédibilité du système de défense, de leur faire comprendre que la Suisse est prête à défendre sa neutralité et sa souveraineté, que le prix à payer en cas d’attaque serait élevé.

La stratégie de communication du DMF emploie une vaste palette de moyens pour parvenir à ses fins. La distribution du Livre du soldat à tous les citoyens lors du recrutement en constitue un des principaux piliers. La préface de cet ouvrage, manuel d’instruction civique et militaire et de préparation à la réalité du combat, expose clairement les intentions du chef du Département: "à une époque où l’évolution des idées et des faits met en relief l’urgente nécessité de former des caractères, autorités politiques et chefs militaires ont à veiller à maintenir le contact avec le peuple, à faire appel à son raisonnement, à son libre arbitre, à son sens des responsabilités. Un travail d’information et d’éducation s’impose. Il faut que les hommes se lèvent pour reprendre les tâches de la vie publique et maintenir le patrimoine des valeurs matérielles et morales qui leur sont confiées par leurs devanciers."

Les défilés militaires, qui permettent de mettre en scène les armements les plus modernes de l’armée, représentent un autre volet de cette politique d’information. C’est ainsi qu’un "grandiose" défilé est organisé sur l’aérodrome militaire de Payerne en 1959, auquel assistent 180'000 spectateurs. Quelques années plus tard, c’est à Dübendorf que l’armée défile, avec plus de 35'000 hommes, que viennent voir plus de 200'000 personnes.

La présence de l’armée à l’Expo 64 s’intègre bien évidemment dans le cadre de cette stratégie de communication. Pour David Auberson, le mot d’ordre de cette participation est "CONVAINCRE". (A suivre)

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Robert E. Lee. La légende sudiste

Publié le par Dimitry Queloz

VINCENT, Bernard, Robert E. Lee. La légende sudiste, Paris, Perrin, 2014, 456 pages

Avec cet ouvrage fort bien écrit, Vincent Bernard nous gratifie d’une excellente biographie du général Lee qui deviendra sans aucun doute une référence. Grâce à la maîtrise d’une documentation riche et variée et à une approche très large, ce n’est pas seulement la vie du commandant en chef de l’armée sudiste sous ses différents aspects (famille, carrière militaire, mythe) que l’auteur nous fait découvrir. Il brosse également un portrait passionnant de cette société aristocratique du Sud mythifiée, disparue depuis longtemps, avec ses valeurs particulières le plus souvent aux antipodes de celles nos sociétés actuelles, et dont Lee continue à être le symbole.

Surnommé l’"homme de marbre" en raison de son légendaire contrôle de soi, Lee ne se laisse pas appréhender facilement, si bien que, dans son introduction, Vincent Bernard peut écrire, à la suite de nombre de contemporains et de biographes, que personne ne "peut prétendre connaître Robert Lee", même si trois "clefs" ont servi de fils conducteurs à l’ensemble de sa vie. Homme de devoir, Lee s’investit toujours à corps perdu dans ses activités et ses fonctions: au cours de son enfance lorsqu’il soutient sa mère dans ses difficultés liées aux déboires financiers de son mari Henry Lee, héros déchu de la guerre d’Indépendance et compagnon de George Washington; à West Point dont il sort vice-major de promotion et, fait rarissime, sans le moindre demerit – ces blâmes reçus en cas de faute de discipline légère et dont le nombre limite est fixé à 200 pour l’ensemble de la formation; dans son commandement de l’armée de Virginie du Nord, puis à la tête de l’ensemble des armées sudistes où "sa personnalité pétrie par l’éducation au devoir et à l’abnégation" fait de lui un grand général, bien plus qu’un "don inné ou une vocation profonde pour la science militaire".

Imprégné d’une forte éducation religieuse dans son enfance – la famille Lee appartient à l’église épiscopalienne et se rend régulièrement au culte –, Lee se montre très croyant. Il lit régulièrement la Bible, son livre préféré: "Il ya assez dedans pour satisfaire la plus ardente soif de connaissance; ouvrir la voie de la véritable sagesse; et enseigner la seule vraie route vers le salut et le bonheur éternel." Ses paroles et ses écrits font régulièrement référence à Dieu et à sa miséricorde. Lorsqu’il meurt, c’est "avec la certitude absolue de rejoindre son créateur et ses chers disparus pour un repos éternel".

Enfin, Lee a des liens très étroits avec la Virginie, dans laquelle il a vécu une grande partie de sa vie et dont il incarne, sans doute plus que tout autre, les valeurs de son aristocratie. Fils d’un célèbre officier de George Washington, lui aussi Virginien, et dont il épouse une descendante, Lee, homme d’honneur et de devoir, se retrouve face à un dramatique dilemme au moment de la sécession des Etats du Sud. Doit-il rester fidèle à l’armée des Etats-Unis dans laquelle il a servi pendant trente ans ou bien doit-il suivre le destin de la Virginie venant de rejoindre la Confédération? "Où se trouve le devoir, l’intérêt de la famille, de son peuple?" Finalement, après avoir "pleuré des larmes de sang", Lee se décide à partager le destin de la Virginie, son Etat natal. Il écrit à sa sœur Anne Marshall installée à Baltimore et mariée à un Nordiste: "Avec toute ma dévotion à l’Union et le sentiment de loyauté et de devoir de citoyen américain, je n’ai pas été capable de me faire à l’idée de lever la main contre mes proches, mes enfants, ma maison."

Lee est sans conteste le meilleur général de la guerre de Sécession, en dépit de la défaite finale du Sud. Pendant trois ans et malgré une infériorité numérique et un dénuement chroniques de ses troupes, Lee tient en échec les forces de l’Union. Mieux, par trois fois, il pénètre sur le territoire du Nord et fait vaciller sa volonté de poursuivre la lutte. Lee fait preuve de qualités manœuvrières remarquables, même s’il ne réussit pas à imposer la bataille napoléonienne décisive qu’il souhaite – on retrouve là l’influence de sa formation à West Point où a professé Dennis Mahan, père du célèbre penseur militaire naval et émule de Jomini. Sur le plan tactique, Lee intègre très vite l’emploi de la fortification – la faiblesse numérique de ses forces et sa formation d’officier du génie l’y poussent sans doute – qui deviendra une des caractéristiques majeures des guerres ultérieures.

En dépit de ses qualités de stratège et de tacticien, Lee présente des limites dans ces conceptions de la guerre. Ses convictions d’homme d’"Ancien Régime" l’empêchent de comprendre ou d’admettre certaines conditions de la guerre moderne, "totale", ce qui constitue sans doute une des causes de sa défaite finale. Son avis sur les généraux de l’Union est à cet égard particulièrement éclairant. Il considère que son meilleur adversaire de toute la guerre a été McClellan qui, contrairement à Grant ou à Sherman, a mené une guerre "à l’ancienne", entre militaires, respectant "l’adversaire et ses biens, excluant tout bouleversement social".

(© blogdefense.overblog.com)

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"L’archéologie s’en va-t-en guerre!"

Publié le par Dimitry Queloz

Jeudi dernier 16 octobre, nous avons eu le plaisir d’assister à une conférence de M. Michaël Landolt, du Pôle d’Archéologie Interdépartemental Rhénan (PAIR) de Sélestat. Intitulée "L’archéologie s’en va-t-en guerre! Des apports à la connaissance de la Grande Guerre aux limites des interprétations archéologiques", la conférence traitait de l’archéologie contemporaine, de ses apports méthodologiques à l’archéologie en général et de sa contribution à l’étude de la Première Guerre mondiale.

L’étude archéologique de la Première Guerre mondiale est récente. Elle a commencé à la fin des années 1980 en France et présentait alors un caractère opportuniste. Un bel exemple de fouilles de cette époque est celui du lieu de sépulture du lieutenant Alain-Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes, pour connaître plus précisément les circonstances de sa mort survenue le 22 septembre 1914 à Saint-Rémy-la-Calonne. Ces fouilles ont permis de démontrer qu’il était bien mort au combat aux côtés de vingt de ses compagnons et que les Allemands les avaient enterrés dans une fosse commune.

Depuis, l’archéologie de la Grande Guerre a évolué. Elle est maintenant programmée et connaît un développement important depuis 2005, notamment en Alsace. Un des principaux sites est celui de Carspach, première fouille archéologique préventive en Alsace et peut-être même en France. Il s’agit d’une galerie, vestige d’un abri souterrain allemand construit en 1915-1916 baptisé Kilianstollen. Cette galerie a été partiellement détruite le 18 mars 1918 au cours d’une préparation d’artillerie alliée. Les fouilles ont permis de retrouver les corps des 21 soldats du 94e Régiment d’infanterie de réserve allemand qui n’avaient pu être retirés de l’abri à l’époque, en dépit d’une opération de sauvetage. La nature du site et son importance ont conduit certains archéologues à le comparer à Pompéi!

Pour le conférencier, l’archéologie contemporaine n’apporte pas seulement des connaissances nouvelles – connaissances à propos desquelles les sources classiques ne donnent que peu d’informations – à l’histoire de la Grande Guerre. Elle permet également de réfléchir plus globalement sur l’archéologie classique, ses concepts et ses méthodes: compréhension de l’usage d’un objet dont l’emploi est éphémère et l’existence-même très vite oubliée; récupération et réemploi des objets dans un usage totalement différent de celui prévu initialement; nécessité de distinguer pratiques exceptionnelles et pratiques courantes...

Parmi les nombreux apports relatifs à la Première Guerre mondiale développés par M. Landolt, quatre ont plus particulièrement retenu notre attention. Le site de Carspach a notamment montré qu’il existait des différences notables entre les fortifications réalisées et les plans conservés dans les archives. L’archéologie s’avère donc indispensable pour mieux comprendre l’évolution de l’organisation du front, des systèmes de tranchées et du renforcement des infrastructures. Elle permet également de mieux comprendre la fortification bétonnée: types de bétons et de systèmes de coffrage utilisés, emploi d’éléments préfabriqués, techniques de camouflage intégrées aux surfaces extérieures…

Les fouilles archéologiques ont également conduit à s’interroger sur les pratiques funéraires des troupes au cours de la guerre. Les sépultures et les rituels étaient plus ou moins organisés, en fonction du temps à disposition, du nombre de morts, de la situation tactique du moment… Les inhumations fortuites – c’est-à-dire les ensevelissements de soldats du fait des bombardements – ont montré des pratiques différentes des normes réglementaires en ce qui concerne le port des plaquettes d’identité. Celles-ci étaient fréquemment protégées dans de petits étuis et non pas simplement portées autour du cou. Certaines fosses communes montrent la volonté de rappeler la camaraderie des soldats ayant vécu côte à côte dans leurs souffrances quotidiennes avant de mourir ensemble.

Toujours à Carspach, les archéologues ont découvert une certaine variété en matière de tenues. Au printemps 1918, des soldats portaient encore l’uniforme modèle 1907/10 et n’avaient toujours pas été équipés de la veste modèle 1915/16. Ces découvertes sont la preuve du temps nécessaire pour équiper une armée de plusieurs millions d’hommes. Elles montrent également peut-être aussi les difficultés à produire les nouveaux équipements et la nécessité d’habiller les nouvelles recrues avec les tenues en stock. Ajoutons qu’elles corroborent certains faits bien connus des historiens militaires relatifs à d’autres guerres: tenues diversifiées des soldats de l’armée confédérée, elle aussi largement frappée par la pénurie, au cours de la guerre de Sécession; état vestimentaire déplorable de l’armée du général Bourbaki au moment de son internement aux Verrières au début de 1871…

Enfin, l’archéologie a permis une meilleure compréhension de la vie quotidienne des soldats. Des objets récupérés dans les maisons abandonnées des alentours, notamment de la vaisselle, apportaient un certain confort ou servaient à décorer les fortifications bétonnées. Les squelettes d’animaux retrouvés dans les dépotoirs – c’est-à-dire les "poubelles" contenant les déchets qui n’étaient pas récupérés en vue d’une revalorisation par l’industrie de guerre – ont donné de précieuses indications sur le régime alimentaires des soldats. Les troupes élevaient des animaux, notamment des chèvres, dans le but de parvenir à une certaine autonomie alimentaire. La consommation de chien est également attestée. Ce phénomène est à mettre en relations avec la présence de boucheries canines dans les villes européennes jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Enfin, certaines fêtes, comme Noël, étaient l’occasion de repas "gastronomiques" avec la consommation d’huitres et d’escargots!

Pour davantage d’informations:

- Site web du Kilianstollen

- Site web du musée archéologique de Strasbourg, exposition "A l’Est du nouveau!"

Vue aérienne de la galerie du Kilianstollen à Carspach. (© Jürgen Ehret)

Vue aérienne de la galerie du Kilianstollen à Carspach. (© Jürgen Ehret)

Tronçon effondré de la galerie. Les techniques de construction sont comparables à celles employées dans les mines avec assemblage de pièces de bois au moyen de tenons et de mortaises. (© Mathias Higelin, PAIR)

Tronçon effondré de la galerie. Les techniques de construction sont comparables à celles employées dans les mines avec assemblage de pièces de bois au moyen de tenons et de mortaises. (© Mathias Higelin, PAIR)

Vestiges de l’opération de sauvetage. (© Michaël Landolt, PAIR)

Vestiges de l’opération de sauvetage. (© Michaël Landolt, PAIR)

Fouille de la galerie et mise à jour de squelettes et de divers objets.  (© Michaël Landolt, PAIR)

Fouille de la galerie et mise à jour de squelettes et de divers objets. (© Michaël Landolt, PAIR)

Position fortifiée allemande de Geispolsheim (Bas-Rhin) en cours de fouille. (© Michaël Landolt, PAIR)

Position fortifiée allemande de Geispolsheim (Bas-Rhin) en cours de fouille. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri de compagnie bétonné de la position de Geispolsheim. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri de compagnie bétonné de la position de Geispolsheim. (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri allemand du Schoenholtz découvert à Heidwiller (Haut-Rhin). (© Michaël Landolt, PAIR)

Abri allemand du Schoenholtz découvert à Heidwiller (Haut-Rhin). (© Michaël Landolt, PAIR)

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"La Suisse vigilante" (2)

Publié le par Dimitry Queloz

Comme annoncé dans un précédent article, le Centre d'Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) organise le jeudi 30 octobre prochain au Centre Général Guisan à Pully une conférence sur l'armée suisse à l'Expo 64.

En complément d'information, nous tenons à vous signaler que le film "La Suisse vigilante", projeté après la conférence de David Auberson, le sera dans une version restaurée, avec son et couleurs d'origine, ce qui constituera probablement une première en Suisse romande! Venez donc nombreux à cette manifestation!

Des images du film et de son tournage sont disponibles sur les sites de la SRF et de la NZZ. En voici quelques-unes en provenance de ces derniers, en guise d'avant-première et pour vous mettre l'eau à la bouche, à deux semaines de la projection!

Combat mobile dans les Alpes: une mitrailleuse sur une luge

Combat mobile dans les Alpes: une mitrailleuse sur une luge

Attaque au lance-flammes en combat de localité. Une telle scène montre la volonté des auteurs d'impressionner le spectateur.

Attaque au lance-flammes en combat de localité. Une telle scène montre la volonté des auteurs d'impressionner le spectateur.

Chasseur-bombardier Hunter, l'avion de combat le plus moderne en service au début des années 1960. La Suisse en a acheté 160 au total, en trois séries.

Chasseur-bombardier Hunter, l'avion de combat le plus moderne en service au début des années 1960. La Suisse en a acheté 160 au total, en trois séries.

Appui aérien. Toutes les munitions employées pour le film étaient des munitions de guerre!

Appui aérien. Toutes les munitions employées pour le film étaient des munitions de guerre!

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Montgomery. L'artiste des batailles

Publié le par Dimitry Queloz

CAPET, Antoine, Montgomery. L’artiste des batailles, Paris, Perrin, 2014, 398 pages

L’année 2014 est particulièrement riche en publications sur le maréchal Montgomery, avec deux biographies qui comblent un vide curieux et béant puisqu’il n’en existait pas en français. Le duo Cédric Mas/Daniel Feldmann, également auteur d’un Rommel, a publié un court ouvrage de quelque 200 pages plus spécifiquement consacré à l’art de la guerre et du commandement chez Monty, que nous n’avons pas (encore) lu mais dont nous vous parlerons peut-être dans un prochain article. De son côté, Antoine Capet nous gratifie d'une biographie plus généraliste, richement illustrée de très intéressantes images – notamment des timbres – et d’excellentes cartes, dans un format et une mise en page particuliers qui rappellent un peu certains manuels de notre adolescence, mais que nous avons beaucoup appréciés.

L’ouvrage de Capet fait particulièrement ressortir la personnalité et le caractère de Montgomery. Enfant et adolescent indisciplinés, esprit volontaire et combattif forgé dans un milieu familial marqué par la tyrannie de sa mère et par la vie au grand air en Tasmanie, le jeune Bernard commence des études au collège St Paul dans la filière militaire, ce qui surprend ses parents parce qu’il n’a jamais montré un intérêt particulier pour l’armée, qu’il est de petite taille (1,70 m, 63 kg), que ses aptitudes scolaires sont moyennes et qu’il ne sait pas monter à cheval. A St Paul, puis à Sandhurst, il se montre peu brillant intellectuellement mais se révèle un excellent élément dans les sports collectifs, ainsi qu’un remarquable meneur d’hommes, ce qui correspond aux qualités que l’on cherche à développer dans ces écoles où le leadership and character joue un rôle déterminant dans la formation des futures élites de l’Empire.

Dès sa première affectation aux Indes, Montgomery se démarque de ses camarades officiers. Il ne partage pas leur goût pour les parades et les uniformes, les soirées mondaines, les alcools… En revanche, il se passionne pour son métier, passion qui se renforce au cours de la Première Guerre mondiale – à la fin de cette dernière, il décide de "posséder tous les détails (de sa profession) et de laisser de côté tout le reste" – et qu’il gardera tout au long de sa carrière.

Sa maîtrise professionnelle et son caractère le conduisent à adopter une attitude hautaine, voire orgueilleuse, et à se montrer fort critique, et souvent de manière peu diplomatique – un autre trait de son caractère – envers les autres officiers, notamment ses supérieurs. Ainsi, dès les années 1920, et à plusieurs reprises ultérieurement, il préconise de couper les "branches mortes" de l’armée britannique, c’est-à-dire de se séparer des cadres supérieurs qui ne sont pas à la hauteur. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il choisit avec minutie les membres de ses états-majors successifs et ses principaux subordonnés. Les querelles avec ses pairs sont régulières, notamment avec Auchinleck, Tedder, Alexander, Bradley et, surtout, avec son grand rival pour le commandement en chef des forces terrestres en Europe, le général Eisenhower, dont il dit dès 1943: "Je peux affirmer avec certitude qu’il n’y connaît absolument rien sur la façon de faire la guerre et de mener bataille. Il faut le tenir à l’écart de toutes ces opérations si nous voulons gagner la guerre."

Dans sa vie quotidienne, Montgomery vit de manière très spartiate. Il se couche tôt et dort d’un profond sommeil, même au moment des batailles les plus décisives. Il se nourrit frugalement et ne boit que de l’eau. A peine s’autorise-t-il un verre de porto à Noël 1942 au moment où les Allemands sont en train de perdre la campagne d’Afrique du Nord ou un peu de champagne le 4 mai 1945 lorsqu’ils acceptent de capituler… Ce régime particulièrement sobre fait écrire à Churchill, dont on connaît l’humour et le goût pour les bons repas, le champagne et le whisky: "Je compatis avec le général von Thoma (dernier commandant de l’Afrika Korps capturé à El-Alamein et invité, comme il se doit en ce genre de circonstances, à la table de son vainqueur): battu, humilié, fait prisonnier et… forcé de dîner avec Montgomery!"

La biographie de Capet met également en évidence la doctrine militaire de Montgomery basée sur une complémentarité des facteurs matériels et moraux. En ce qui concerne ces derniers, Monty insiste sur l’exemple du chef, son aura, ses compétences, la confiance qu’il fait naître chez ses hommes, la capacité à les rallier à un but commun. Pour les facteurs matériels, il insiste sur la préparation et la planification détaillée des opérations, l’accumulation des moyens et, surtout, la concentration des forces. Cette conception ne laisse en fin de compte que peu de place au génie, mais elle s’avère efficace partout où elle est appliquée, à El-Alamein, à Tunis, en Normandie.

Une très belle biographie dont nous recommandons vivement la lecture!

(© blogdefense.overblog.com)

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