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Le Haut-Commandement français sur le front occidental

Publié le par Dimitry Queloz

FRANC, Claude, Le Haut-commandement français sur le front occidental, 1914-1918, SOTECA, 2012, 464 pages

Dans cette étude, Claude Franc s’intéresse à l’organisation et à l’exercice du commandement au sein du Haut-commandement français au cours de la Première Guerre mondiale sur le front franco-allemand. Il décrit les institutions et leur évolution au cours du temps, ainsi que les processus de décision. Il aborde également les différents aspects politiques, stratégiques et tactiques, sans oublier les questions de relations interpersonnelles.

L’auteur commence par présenter l’organisation du Haut-commandement en vigueur au début du XXe siècle, caractérisée par un modèle bicéphale et la dispersion des pouvoirs. A cette époque, le Haut-commandement comprend en effet un état-major de l’armée dont le chef n’accéderait pas au commandement suprême en cas de guerre. Ce poste serait occupé par le vice-président du Conseil Supérieur de la Guerre (CSG). En raison de son incohérence qui est à l’origine de nombreux problèmes de l’armée française de la Belle Epoque – voir à ce sujet les ouvrages d’André Bach et de Michel Goya ainsi que notre thèse – l’organisation est modifiée en 1911 au moment de la nomination du général Joffre qui cumule dès lors les fonctions de chef d’état-major et de vice-président du CSG.

Cette réorganisation ne résout cependant pas la délicate question de la limite des compétences en matière de conduite de la guerre entre le Président de la République, le Gouvernement et le Commandant en chef. Elle ne règle pas non plus le problème plus général des relations entre le Haut-commandement et le monde politique, d’autant que l’opposition entre républicains anticléricaux et monarchistes catholiques persiste une décennie après l’affaire des fiches et le départ du ministre André. Ainsi, le général Sarrail, commandant l’armée d’Orient, est, dans son conflit avec le général Joffre, soutenu inconditionnellement par le Parlement et le Président du Conseil Aristide Briand en dépit de ses nombreuses erreurs et incapacités, en raison de ses liens politiques et personnels très étroits avec la gauche républicaine. A l’opposé, le général de Castelnau, pourtant très compétent, est regardé avec la plus grande méfiance du fait de ses convictions religieuses – rappelons qu’il est surnommé le "Capucin botté"!

La question des relations et des rivalités personnelles occupe également une part importante dans l’ouvrage. Elle vient par ailleurs fréquemment se greffer sur les questions de délimitation des compétences. Si le tandem Joffre – Millerand fonctionne bien, la situation s’envenime avec l’arrivée de Gallieni au ministère de la Guerre à la fin de l’année 1915. Joffre et Gallieni sont pourtant de vieux camarades qui se sont côtoyés avant guerre, notamment à Madagascar, et ils s’estiment. Gallieni a d’ailleurs joué un rôle non-négligeable dans la nomination de Joffre au poste suprême en 1911. Cependant, depuis le début de la guerre, les tensions s’accumulent entre les deux hommes, attisées par leurs entourages respectifs. Lors de la mobilisation, Gallieni est désigné comme adjoint auprès du généralissime, mais ce dernier l’empêche d’exercer cette fonction en limitant sa présence au Grand Quartier Général. De plus, au moment de la bataille de la Marne, le rôle de Gallieni est minimisé – "sciemment?" s’interroge l’auteur – par le Grand Quartier Général. Enfin, face à l’enlisement de la guerre, Gallieni se met à critiquer le Commandant en chef et son entourage. La querelle se termine le 7 mars 1916, avec la démission de Gallieni qui vient d’échouer dans une tentative de "remettre le haut-commandement à la place qu’il doit occuper et l’abstraire de toute préoccupation autre que celle de la conduite des opérations militaires (et de) restituer au ministre l’essentiel de sa gestion administrative".

Enfin, dernière qualité que nous tenons à souligner, l’ouvrage se termine par une série d’annexes comprenant notamment de nombreux ordres de bataille, quelques documents-clefs, ainsi que la liste des commandants et chefs d’état-major des groupes d’armées et des armées au cours de la guerre. Ces listes viennent avantageusement compléter les biographies de divers officiers – Pétain, Nivelle, Mangin, Debeney, Maistre… – qui connaissent des ascensions fulgurantes au cours de la guerre.

(© blogdefense.overblog.com)

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Faut-il enterrer la défense européenne?

Publié le par Dimitry Queloz

GNESOTTO, Nicole, Faut-il enterrer la défense européenne?, Paris, La Documentation française, 2014, 152 pages

Le dernier ouvrage de Nicole Gnesotto, titulaire de la chaire d’Union européenne au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM), porte un titre provocateur qui reflète bien les interrogations – et sans doute aussi les convictions intimes de nombre d’Européens – par rapport à la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC). Dans le contexte politique, stratégique et économique actuel, la défense européenne semble en effet impuissante à gérer les crises de plus en plus graves qui touchent l’Europe depuis quelques années. De cette désillusion naît le sentiment d’inutilité et la tentation de s’en remettre aux institutions traditionnelles que sont l’OTAN, l’ONU et les Etats pour assurer la défense du Vieux Continent.

Dans la première partie de l’ouvrage consacrée à l’histoire de la défense européenne, l’auteur montre que la mise en place de cette dernière a été longue et difficile. Après le rejet de la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954, il faut attendre le traité de Maastricht pour voir l’Europe se doter d’une Politique Etrangère et de Sécurité Commune (PESC) comprenant un article fort ambigu (art. J.4.1) sur une éventuelle future défense européenne. La formulation permettant les interprétations les plus diverses, aucune réalisation concrète ne voit le jour dans les années suivantes tandis que trois pays neutres – l’Autriche, la Finlande et la Suède – rejoignent l’Union européenne, ce qui vient encore compliquer une situation déjà fort complexe. La guerre en Ex-Yougoslavie crée cependant un véritable électrochoc dans la seconde moitié des années 1990. La Grande-Bretagne de Tony Blair opère alors un virage à 180° et se joint à la France pour créer à Saint-Malo les bases de la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Celle-ci connaît un développement politique et institutionnel rapide par le biais de nombreux accords qui sont repris dans les deux traités européens de Nice en 2001 et de Lisbonne en 2009. A partir de 2003, la PESD remporte par ailleurs également des succès opérationnels, avec l’engagement d’une vingtaine de missions civiles et militaires. Cependant, au début de la décennie 2010, une "déception stratégique" s’installe dont les causes sont diverses et nombreuses: crise économique, réduction des effectifs des armées, complexité des systèmes de financement des opérations, absence de structures de commandement, divergences en matière de politique extérieure... Dès lors, l’Europe se montre absente de la plupart des grandes crises de ces dernières années: printemps arabes, Libye, Mali et Centrafrique.

La deuxième partie du livre analyse les raisons de cet échec. Pour l’auteur, la défense européenne est marquée par "l’ambiguïté et les divisions" et deux problèmes fondamentaux sont à l’origine des nombreuses difficultés actuelles et des divergences sur le rôle et le futur de la PSDC. Tout d’abord, la délicate question de la relation avec l’OTAN. La notion de défense européenne est ambiguë car elle se compose de deux volets distincts relevant de compétences institutionnelles différentes. En ce qui concerne son aspect "classique", la défense des pays européens relève soit de l’article 5 du traité de l’Atlantique nord pour les membres de l’alliance, soit de la compétence nationale pour les Etats neutres. Dès lors, seules les opérations de gestion de crises extérieures au territoire européen relèvent de la PSDC, donc de l’Union européenne. La situation n’est pas près d’évoluer dans le sens d’un rapprochement entre les deux volets du fait de l’influence politique des Etats-Unis et de leur supériorité militaire qui donnent par ailleurs un confort certain à nombre de pays de l’Union européenne: "… l’OTAN demeure la limite politique de la défense européenne: la question de l’autonomie stratégique de l’Europe reste (…) une question à éviter". Le deuxième problème est celui des institutions européennes elles-mêmes. Contrairement aux autres politiques européennes, la PSDC est faiblement intégrée et "purement et totalement intergouvernementale". Si le Parlement et la Commission sont associés, et si cette dernière a tendance à avoir une influence croissante, la PSDC est "une coopération entre Etats souverains, seuls décisionnaires de cette politique, chacun gardant son droit de veto sur telle ou telle proposition", et relève donc essentiellement du Conseil.

Si le constat est sans concession, l’auteur se montre malgré tout optimiste: la défense européenne ne doit pas être enterrée tout de suite. Elle est à la croisée des chemins et une réflexion est en cours dont les résultats seront présentés au Conseil européen de décembre 2015. La relance de la PSDC doit toutefois tenir compte de plusieurs conditions si elle veut sortir de l'impasse actuelle: prendre en considération la position spécifique du Royaume-Uni, résoudre les problèmes institutionnels en clarifiant les relations entre le Conseil et la Commission, définir clairement le rôle que veut jouer l’Union européenne sur la scène internationale.

Soulignons encore une autre qualité de cet ouvrage clair, précis et très didactique: l’insertion au fil du texte de nombreux encadrés répartis en quatre rubriques: "Retour en arrière" qui présente de manière synthétique et sous forme de chronologies l’histoire et les opérations de la PESD/PSDC; "Ce que disent les textes" qui cite de larges extraits des principaux documents sur le sujet; "Gros plan sur" qui donne des synthèses sur des sujets spécifiques; "Points de vue" qui laisse la parole à divers auteurs notamment Hubert Védrine et Jean-Dominique Merchet.

(© blogdefense.overblog.com)

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Les jeux et l’histoire se rencontrent

Publié le par Dimitry Queloz

En cette année de centenaire, le Musée suisse du jeu de La Tour-de-Peilz (en Suisse, près de Lausanne) présente une très intéressante exposition intitulée Les jeux et l’histoire se rencontrent. La Première Guerre mondiale. Dès la fin du XIXe siècle, les jeux de guerre connaissent un succès commercial important. Ainsi, le Jeu d’échecs de guerre, basé sur la situation internationale de l’époque marquée par la fin du système bismarckien et le début de la mise en place du système Delcassé, gagne une médaille d’or lors de l’Internationale Ausstellung mit Wettstreit für Hygiene, Volksernährung, Armeeverpflegung, Sport und Fremdenverkehr de Baden-Baden en 1896. Une dizaine d’années plus tard, en pleine guerre russo-japonaise, un éditeur allemand inconnu met sur le marché un jeu dont le but est "de pénétrer la Mandchourie et d’occuper Moukden". Au cours de la Première Guerre mondiale, le marché des jeux de guerre, particulièrement florissant, est multiplié par quatre et représente 8% de la production totale de l'industrie des jeux.

Les jeux présentés dans l’exposition s’inspirent fréquemment de jeux traditionnels très populaires. Plusieurs reprennent le principe de celui de l’oie, comme le Jeu de la guerre 1914 proposé par Rojoux et Schaufelberger de Genève. Adoptant le point de vue français, le but est bien évidemment de parvenir le plus rapidement possible à Berlin! Les échecs et les dames représentent une autre source d’inspiration. Les jeux de cette catégorie sont plus novateurs et complexes. Ils constituent des jeux de tactique ou de stratégie que l’on peut présenter comme les ancêtres de nos wargames actuels. Enfin, d’autres jeux sont des jeux d’adresse, comme le jeu trilingue allemand Unsere Luftflotte/Notre Flotte Aérienne/De Luchtvloot où le joueur doit renverser les éléments d’un campement de l’armée britannique au moyen d’une boule, simulant ainsi un bombardement aérien.

A l’instar de ce qui se fait dans le domaine de la littérature de l’époque, nombre de jeux montrent une véritable fascination pour les nouvelles technologies. Les navires de guerre et les sous-marins, les avions et les dirigeables, l’artillerie sont mis en scène. Côté français, le fameux canon de 75, dont certains officiers disaient qu’il était à la fois "Dieu de père, le Fils et le Saint-Esprit", occupe ainsi une place de choix. Un éditeur allemand inconnu va jusqu’à proposer dès 1915 un jeu exclusivement consacré à la grenade (Hurra! Mit Handgranaten vor!), arme ancienne et presque totalement disparue des arsenaux mais qui reprend de l’importance avec la guerre des tranchées.

Si les jeux se veulent avant tout instructifs et ludiques, ils sont également fortement marqués par l’esprit de l’époque. Le nationalisme et la propagande sont omniprésents. Dans les jeux français, on parle souvent du Boche plutôt que de l’Allemand. Le Jeu de la guerre 1914 comprend des cases sur lesquelles le joueur qui s’arrête doit crier "Vive les Alliés!" sous peine de se retrouver en prison. Dans la perspective de l’Entente, l’Allemagne représente l’adversaire fondamental. Le plateau du Jeu de la guerre 1914 prend ainsi de grandes libertés avec la situation géopolitique de l’époque. Seule l’Allemagne est représentée en tant qu’adversaire. Le nom de l’Autriche-Hongrie n’apparaît pas et son territoire semble se confondre avec celui de la Suisse! Quant au Giroulette, s’il distingue trois adversaires, les Allemands constituent les cibles de choix à abattre puisqu’ils rapportent trois points à chaque coup au but tandis que leurs alliés austro-hongrois et turcs n’en rapportent respectivement que deux et un chacun!

Notons encore que plusieurs des jeux exposés ont été édités en Suisse. L’un deux – On ne passe pas!/Wir halten fest! des éditions SPES (Säuberlin et Pfeiffer Editions Suisses, Lausanne) – met en scène la situation particulière de notre pays et envisage deux scénarios différents. Le premier est une invasion par les Empires centraux: "L’un des deux joueurs fait avancer les armées d’Outre-Rhin au nombre de cinq, qui violent la neutralité suisse pour pénétrer en France, ou en Italie. L’autre fait manœuvrer une armée suisse, laquelle, dès qu’elle juge bon, peut appeler à son secours l’armée française qui attend à Frasne ou l’armée italienne qui est cantonnée à Côme." Le second scénario est basé sur une invasion des Alliés: "Les pions noirs deviennent cinq armées franco-italiennes qui envahissent la Suisse (…) L’armée allemande et l’armée autrichienne sont alors supposées alliées de la Suisse."

Cette très intéressante exposition est à voir jusqu’au 16 novembre 2014.

 (© Musée suisse du jeu)

(© Musée suisse du jeu)

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Histoire de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre (ALAT)

Publié le par Dimitry Queloz

MARTINI, André, L’histoire de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre. 1794-2014. De l’Entreprenant au Tigre, Panazol, Lavauzelle, 2013, 450 pages (2e édition)

Ce livre sur l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (ALAT) est une version complétée d’un ouvrage issu d’une thèse de doctorat publié en 2005 par le général André Martini. Pilote d’avions et d’hélicoptères, le général Martini est à la fois acteur et historien de l’ALAT puisqu’il y a occupé diverses fonctions durant une trentaine d’années.

L’ouvrage, qui est structuré de manière chronologique, pose la question des relations de l’aviation avec l’armée de Terre. Celle-ci doit-elle disposer, pour ses besoins propres, d’une force aérienne intégrée ou doit-elle être totalement dépendante d’une armée de l’Air ayant le monopole des moyens aériens?

La première partie est consacrée aux origines de l’ALAT, qui remontent à la période révolutionnaire: un ballon, l'Entreprenant, est utilisé lors de la bataille de Fleurus. Au cours de la Première Guerre mondiale, l’engagement de l’aviation au profit de l’armée de Terre, notamment pour le réglage des tirs d’artillerie, devient indispensable. Toutefois, son développement extraordinaire conduit également à rendre l’aviation plus autonome. La loi de 1934 accorde le monopole des avions à l’armée de l’Air, à charge pour elle de répondre aux besoins de l’armée de Terre. Cette dernière craint de ne pas disposer des moyens nécessaires dans le cadre de la bataille aéroterrestre qu’elle envisage, l’armée de l’Air se préoccupant davantage d’une guerre aérienne globale. Cette carence est une des causes de la défaite de mai – juin 1940. Après 1945, l’aviation d’artillerie, créée en 1943 et équipée d’avions légers, "constitue le vecteur que l’armée de Terre va utiliser pour accéder à une composante aérienne".

Au cours des guerres de décolonisation, sujet de la deuxième partie du livre, la question de la subordination des moyens aériens est tranchée au profit de l’armée de Terre. Celle-ci a besoin d’un appui aérien intégré, qui diffère de celui que peut fournir l’armée de l’Air au-delà du champ de bataille. De plus, elle se montre capable de gérer et d’engager des effectifs aériens importants – 600 avions et 300 hélicoptères au cours de la guerre d’Algérie. L’emploi de l’hélicoptère est par ailleurs généralisé. Après les premières études des années 1920 et 1930, des appareils sont acquis à la fin de la guerre d’Indochine. La guerre d’Algérie voit un essor spectaculaire de l’emploi de cette nouvelle arme: transport, vols de nuit et sans visibilité, appui… La maîtrise de l’hélicoptère, sans équivalent dans les autres armées, intéresse fortement les Américains qui demandent à pouvoir bénéficier du savoir-faire français.

Grâce à l’expérience de la guerre d’Algérie, l’ALAT et l’armée de Terre peuvent s’adapter au nouveau contexte de la Guerre froide et à la menace des forces du Pacte de Varsovie. Dans cette troisième partie, l’auteur considère que "l’aéromobilité a atteint son maximum d’efficacité avec la réforme de 1977 et le règlement d’emploi qui a suivi". Toutefois, le fait de privilégier les actions à l’échelon du corps d’armée conduit l’ALAT à s’éloigner des divisions. De plus, la création de la Division aéromobile (DAM) au sein de la Force d’Action Rapide (FAR) en 1985 – cette décision est prise par le ministre de la Défense Charles Hernu alors que l’Etat-major de l’armée de Terre s’oppose au concept – accentue encore la centralisation des moyens et l’éloignement par rapport à l’armée de Terre.

Enfin, la dernière partie de l’ouvrage traite de la période allant de 1990 à nos jours. Celle-ci est marquée par une "remise en question profonde de la fonction aéromobile" à la suite de la chute du mur de Berlin. Tout d’abord, les moyens sont massivement réduits, dans des proportions identiques à ceux de l’armée de Terre. De plus, en raison des coupes budgétaires, les programmes prennent beaucoup de retard. Enfin, l’appui direct des troupes constitue l’élément fondamental de la doctrine d’emploi, ce qui représente un retour à la conception des années soixante.

Mentionnons encore que l’ouvrage comprend une série de huit annexes parmi lesquelles un état du marché et des industries de l’hélicoptère, une évolution des concepts de voilures tournantes avec de très intéressantes informations sur celui de convertible (programmes V22 Osprey et EUROFAR).

(© éditions Lavauzelle)

(© éditions Lavauzelle)

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Joffre

Publié le par Dimitry Queloz

PORTE, Rémy, Joffre, Paris, Perrin, 2014, 432 pages

Avec cet ouvrage, Rémy Porte nous offre une très belle biographie du maréchal Joffre. Documenté, équilibré, refusant l’hagiographie ou la critique systématique – tares de nombreux écrits sur Joffre – l’ouvrage donne un excellent portrait d’un des généraux à la fois les plus contestés (Joffre responsable des hécatombes des premiers mois de la guerre) et les plus adulés (Joffre vainqueur de la Marne) de la Première Guerre mondiale.

Rémy Porte consacre plus du tiers de son livre à la carrière de Joffre avant 1914, ce qui est particulièrement intéressant. Fils d’un viticulteur catalan, Joffre naît à Rivesaltes en 1852. Grâce à ses très bons résultats scolaires et à la relative aisance financière de sa famille, il peut intégrer les classes préparatoires du lycée Charlemagne, puis entrer à l’Ecole polytechnique où il est reçu quatorzième sur cent-trente-deux admis. Lorsqu’éclate la guerre de 1870, Joffre est nommé, comme ses camarades de l’X, sous-lieutenant. Il est affecté à une batterie stationnée à l’Ecole militaire et doit remplacer, sans aucune expérience, son capitaine devenu fou. Il écrira plus tard: "Je signais ce que mon maréchal des logis-chef me faisait signer." Après l’armistice, Joffre refuse de rejoindre la Commune et rentre dans son Sud-ouest natal.

Joffre achève Polytechnique dans des circonstances particulières du fait du conflit. Il choisit ensuite le génie, par hasard – "Je ne connaissais personne dans l’armée et seul le hasard dicta mon choix". Il connaît alors une période difficile du fait de la mort de sa femme quelques mois seulement après son mariage. Il participe aux travaux de fortification de Paris, puis sur les frontières. Il fortifie notamment le fort de Joux en Franche-Comté, ouvrage où a été emprisonné Toussaint Louverture qui y a trouvé la mort en 1803. Parallèlement à ces activités, Joffre exerce aussi la fonction d’instructeur et occupe divers postes à la direction du génie, devenant la cheville ouvrière du comité de rédaction du Règlement sur le service en campagne du génie de 1897.

Le futur maréchal est aussi un "colonial". En 1884, il est volontaire pour servir en Extrême-Orient. En 1892, il part pour le Soudan (l'actuel Mali) où il entre dans Tombouctou le 12 février 1894 et venge le massacre de la colonne Bonnier. Cinq ans plus tard, il dirige la fortification de la base de Diégo-Suarez, au nord de Madagascar, sous le commandement de Gallieni. Au cours de ces séjours outremer, Joffre est très bien noté par ces supérieurs. De plus, il acquiert une expérience unique en matière de commandement interarmes et de logistique qui lui sera particulièrement utile à partir de 1911, en tant que chef d’Etat-major général, puis comme commandant en chef des armées.

Après divers commandements, Joffre est nommé chef d’Etat-major général. S’il manque d’expérience au plan opérationnel et n’a pas suivi les cours de l’Ecole supérieure de guerre, il possède nombre de qualités: bon connaisseur de l’armée et de ses services, technicien et homme de dossier, républicain et non-pratiquant – ce qui le rend acceptable à la majorité politique de l’époque. Jusqu’à la déclaration de guerre, Joffre travaille à la modernisation de l’armée, vaste chantier. Même s’il n’obtient pas que des succès, notamment par manque de temps, il parvient cependant à rajeunir une partie du haut commandement, "prélude aux limogeages" du début de la guerre; à élaborer un plan de concentration (Plan XVII) qui tient compte d’un passage possible des armées allemandes à travers la Belgique mais néglige, principale erreur, l’emploi des formations de réserve par les Allemands; à moderniser les équipements de l’armée, notamment en ce qui concerne l’artillerie lourde – divers programmes sont lancés et seront en cours de réalisation au début des hostilités – et l’aviation; à améliorer la formation des cadres. En ce qui concerne la doctrine, Joffre cherche à mettre fin au chaos qui règne depuis quelques années. Il fait adopter les divers règlements de l’"offensive à outrance", doctrine beaucoup plus équilibrée que ce que l’on a généralement dit et qui n’est pas responsable, comme nous l’avons montré dans notre thèse – un bref compte-rendu est disponible sur la page consacrée à nos publications – des échecs de l’armée française au cours des premiers mois de la guerre.

Au début du conflit, Joffre doit faire face à de nombreuses difficultés alors que le gouvernement se replie à Bordeaux et n’est pas en mesure d’assumer certaines de ses responsabilités. Une fois constaté l’échec de ses offensives et l’ampleur du mouvement d’enveloppement allemand, Joffre doit réorganiser son dispositif tout en battant en retraite. Il peut ainsi éviter la défaite par la contre-offensive de la Marne qui fait de lui un héros. Il doit également procéder à de nombreux limogeages – le terme est inventé à l’époque – en raison des insuffisances de nombre de ses généraux. Enfin, il doit coordonner l’action de ses troupes avec celles des Britanniques, commandées par le francophone et francophile général French.

En 1915, Joffre mène les grandes offensives de Champagne et d’Artois, qui montrent les insuffisances de l’armée française, notamment en matière d’artillerie lourde. Il comprend également la nécessité de coordonner les actions militaires des Alliés. Dans ce cadre, la conférence de Chantilly de décembre 1915 lui permet de renforcer son "pouvoir intérieur, alors menacé, en utilisant son prestige extérieur". Joffre subit en effet, depuis le début de l’année, diverses attaques de la part de quelques-uns de ses subordonnés (Sarrail) et de certains politiciens (Pédoya, Accambray, Clemenceau).

L’année 1916 est encore plus difficile, avec les batailles de Verdun et de la Somme, la délicate gestion du front d’Orient. Les manœuvres parlementaires redoublent, les critiques militaires aussi. Le commandement de l'armée est réorganisé. Joffre est remplacé par la nouvelle étoile montante, le général Nivelle, ce qui permet de sauver pour quelques temps la majorité parlementaire. Nommé "conseiller technique militaire du gouvernement et membre à titre consultatif du comité de guerre", il est également élevé au grade de maréchal – la fameuse "apothéose maréchalesque" de Clemenceau. Ainsi écarté du pouvoir, Joffre continue cependant à servir jusqu’à la fin des hostilités, notamment dans le cadre de la mission qu’il mène aux Etats-Unis avec Viviani et au cours de laquelle son prestige joue un rôle important.

(© blogdefense.overblog.com)

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