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interview

Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Y a-t-il des différences fondamentales, en termes de mobilité, en fonction des époques ?

 

Il n’y a pas de différence en fonction des époques. En revanche, il y en a en fonction de l’équipement. L’armure est un compromis entre résistance, mobilité et vision. On faisait des choix conscients entre ces trois facteurs et on choisissait de privilégier l’un ou l’autre d’entre eux en fonction des contextes (joutes, guerre…).

 

Quelles sources sont employées dans les récentes recherches ?

 

Il existe trois types de sources : les objets, l’iconographie et les documents écrits. L’iconographie comprend les décorations de manuscrits et les illustrations d’écrits techniques. Ces dernières sont plus précises que les premières. En ce qui concerne les écrits, ils se répartissent en trois catégories. Il y a tout d’abord la littérature narrative. Il y a ensuite la littérature technique qui est beaucoup plus précise. Il y a enfin les livres de combat. Il s’agit de la mise par écrit des techniques personnelles de combat. On pourrait comparer ces livres à des manuels d’arts martiaux.

 

Vous avez récemment réalisé une expérience comparative de mobilité entre un homme en armure, un pompier équipé de ses bouteilles d’oxygène et un militaire moderne équipé d’un gilet pare-balles. Pouvez-vous nous décrire plus précisément les buts et les conditions de cette expérience ?

 

Cette expérience avait un but de vulgarisation scientifique pour un grand public dans le cadre d’une exposition de musée. Il s’agissait aussi d’une illustration scientifique de recherches faites en amont. Nous avons choisi un pompier et un soldat car ces deux combattants permettent au public actuel de mieux s’identifier.

 Nous avons travaillé avec l’Institut des sciences du sport de l’université de Lausanne pour objectiver les résultats. Nous avons étudié les paramètres suivants : rythme cardiaque, taux de lactate dans le sang et temps. L’expérience s’est faite sur la piste d’obstacles de la place d’armes de Bière.

 Nous avons aussi dû tenir compte des questions de sécurité. Nous avons ainsi fixé des limites en ce qui concerne les sauts en raison du poids. La charge portée par les trois combattants représentait environ 40% de leur masse corporelle.

Quels sont les principaux résultats obtenus ?

 

Les résultats sont proches pour les trois combattants. La différence de temps nécessaire à la réalisation de l’épreuve se situe dans une fourchette de 20 secondes.

 Nous avons aussi remarqué que les problèmes rencontrés sur certains obstacles étaient liés aux personnes plutôt qu’aux équipements.

 

Ces résultats peuvent-ils être comparés avec ceux obtenus en médecine du sport par exemple ?

 

 Non, car nous n’avons pas travaillé avec des protocoles et n’avons pas réalisé d’expérience à grande échelle. Nous n’avions pas pour but de réaliser une véritable expérimentation scientifique, avec tout ce que cela implique. Il s’agissait d’une vulgarisation scientifique.

 

Quels enseignements pourraient servir actuellement pour l’entraînement des militaires ?

 

Aucun.

 

Les concepteurs des tenues des astronautes se sont inspirés des armures du Moyen Age. Pouvez-vous nous dire en quoi ?

 

A la fin du Moyen Age, qui représente l’âge d’or des armures de plate, le niveau de connaissance et d’exécution est très élevé dans la réalisation d’exosquelettes. Cette capacité à encapsuler le corps fait qu’il n’y a pas de lumière qui touche le corps, même lors de mouvements complexes. Cette technologie a été perdue par la suite. C’est cette capacité qui était recherchée par les concepteurs des tenues des astronautes. C’est la raison pour laquelle ils ont étudié les armures. (Fin)

 

Plus d’informations sur les travaux du Dr. Daniel Jaquet sur le site : http://www.djaquet.info/.

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Mobilité du chevalier au Moyen Age. Interview du Dr. Daniel Jaquet (1)

Publié le par Dimitry Queloz

Daniel Jaquet a obtenu son doctorat en histoire à l’université de Genève en 2013, avec une thèse sur le combat en armure à la fin du Moyen Age. Il a ensuite effectué deux post-docs, le premier au Max-Planck Institut de Berlin et le second à l’université de Tours. Spécialiste du savoir technique lié au maniement des armes, il travaille actuellement comme responsable de la médiation culturelle et de la recherche scientifique au Château de Morges et ses musées. Nous le remercions pour son aimable accueil et pour le temps qu’il nous a consacré pour répondre à nos questions.

 

Avec des armures de quelle époque travaillez-vous ? Pouvez-vous nous présenter brièvement ce genre d’armure (matériaux, poids, fabrication, prix…) ?

 

Je travaille avec des armures de la fin du Moyen Age. Il existe trois catégories d’armures. Il y a tout d’abord les armures de mailles. Il y a ensuite les armures en textile ou en matière organique. Il y a enfin les armures de plate, composées de plaques d’acier qui recouvrent tout le corps. C’est pour cette dernière catégorie que j’ai le plus d’intérêt. La fin du Moyen Age est son âge d’or.

 Les armures de plate sont fabriquées en acier trempé, elles sont donc soumises à l’action de la rouille. Leur poids est important et correspond à celui de l’équipement du soldat actuel. Elles comprennent une partie métallique, l’armure proprement-dite, et un habit porté en-dessous qui est un vêtement complexe, lui aussi renforcé.

 En ce qui concerne le prix, il est très variable en fonction de la qualité. Les armures princières, pour lesquelles nous possédons des factures, sont des produits de luxe. Lorsque l’on parle du prix d’une armure, il faut aussi tenir compte du fait qu’on achetait souvent des kits qui comprenaient plusieurs types d’armures utilisées dans différents contextes, pour les campagnes, les joutes ou les tournois à pied par exemple.

 

Y avait-il de grandes différences de qualité en fonction du fabricant et du prix ? Cela avait-il un impact sur les possibilités de mouvement ?

 

Oui, il y a d’importantes différences en fonction du fabricant et du prix. Les armures sont généralement faites sur mesures. Cela coûtait cher, mais elles étaient parfaitement adaptées à la morphologie de ceux qui les portaient. A la fin du Moyen Age sont apparues les armures à munition. Elles étaient destinées à équiper les troupes professionnelles. Elles étaient fabriquées en série et n’étaient donc pas faites sur mesure. Leur prix était plus bas mais la mobilité des combattants était réduite.

 

Depuis le XIXe siècle et jusqu’à récemment, on pensait que les armures limitaient considérablement les mouvements des chevaliers. Comment expliquez-vous cela ? Depuis quand a-t-on une vision différente et comment les connaissances dans ce domaine ont-elles évolué ?

 

Cette idée reçue remonte à une nouvelle de Marc Twain A Connecticut Yankee in King’s Arthur Court publiée en 1889. Dans cet ouvrage, se trouve l’invention du mythe du chevalier hissé en selle au moyen d’une grue. Ce mythe a été repris dans le film de Lawrence Olivier Henry V qui est une adaptation de la pièce de William Shakespeare. La science historique s’en est ensuite emparé. C’est ainsi que l’on trouve ce mythe dans certains manuels scolaires notamment.

 Toutefois, cette thèse a été très rapidement critiquée. Bashford Dean, conservateur au Metropolitan Museum de New York dans les années 1920, s’y est opposé. Plusieurs chercheurs actuels, dont je fais partie, s’inscrivent dans le courant critique de Bashford Dean. On peut encore citer Dirk Breiding et Tobias Capwell, conservateur à la Wallace Collection de Londres, la plus grande collection privée d’armes au Royaume-Uni.

Les particularités de certaines batailles, comme Morgarten ou Azincourt, durant lesquelles d’importantes forces de chevalerie ont été entravées dans leurs manœuvres et leurs mouvements sur le champ de bataille, ont-elles contribué à maintenir le mythe d’une chevalerie peu mobile ?

 

Oui, mais il faut nuancer. L’armure ajoute bien évidemment du poids et rend moins mobile. Toutefois, un chevalier à terre peut se relever. Dans certains contextes précis de bataille, il est vrai que les chevaliers pouvaient avoir beaucoup de peine à le faire. Cela était le cas, par exemple, quand il y avait beaucoup de cadavres de chevaux et d’hommes, que le terrain était meuble ou que le feu ennemi était nourri. La description de la bataille d’Azincourt faite par Froissart dans ses Chroniques correspond à ces particularités.

 On peut donc répondre affirmativement à votre question, mais il faut tenir compte de ces particularités. Sinon, on est dans la désinformation en raison de l’apriori de départ.

 

Y avait-il des exercices spécifiques qui étaient pratiqués pour s’entraîner à supporter le poids des armures ? Pouvez-vous citer quelques exemples de mouvements possibles avec une armure et auxquels on ne penserait pas a priori ?

 

Les exercices quotidiens ne sont pas connus. Un texte nous décrit comment le maréchal Boucicaut s’entraînait pour les tournois. Le programme était varié : parcours du combattant, course, grimpe, passage d’obstacles, frappe sur cible, monter à cheval sans les étriers, grimper le revers d’une échelle à la seule force des bras. Tous ces exercices se faisaient en armure, mais souvent sans casque.

 Boucicaut était très connu pour pouvoir faire le "soubresaut". On ne sait pas ce que ce mot signifie exactement. Il peut vouloir dire "culbute", "roue" ou "saut périlleux". C’est cette dernière signification qui a été choisie par l’éditeur du texte. Ces trois possibilités ont été testées dans la pratique. Toutes trois sont possibles. (A suivre)

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Police aérienne 24: Interview du colonel EMG Peter Bruns (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le F-5 Tiger arrive maintenant en fin de carrière. Peut-il malgré tout encore être utilisé pour les missions de police aérienne? Si oui, est-il en mesure de le faire dans toutes les circonstances?

Le F-5 Tiger ne peut pas être employé dans le cadre du projet PA24 qui nécessite des appareils pouvant voler de jour comme de nuit, dans toutes les conditions météorologiques. Il ne peut en effet être engagé que de jour et en dehors des nuages.

Une modernisation des Tiger permettrait-elle une utilisation plus importante de ces appareils pour la police de l’air?

Après les études qui ont été menées, il n’est plus envisagé de moderniser les Tiger.

Une fois le projet mené à terme, combien d’avions seront, au total, nécessaires pour remplir la mission? Quel pourcentage de la flotte de F/A-18 ce chiffre représente-t-il?

Le projet PA24 prévoit que deux avions soient disponibles en permanence. Il n’y aura pas un nombre spécifique d’avions dédiés à cette mission, qui sera par ailleurs prioritaire. Les appareils nécessaires seront puisés dans la flotte de F/A-18. Le nombre de F/A-18 en service actuellement sera suffisant pour les besoins de PA24. Celui-ci entraînera d’ailleurs une meilleure disponibilité des appareils. L’augmentation du nombre de mécaniciens et leur présence permanente permettra d’effectuer plus rapidement les travaux de maintenance habituels.

En revanche, si nous devions régulièrement faire décoller des avions dans le cadre de PA24 ou leur faire effectuer des patrouilles permanentes, nous n’aurions pas assez d’appareils.

Pour le moment, la police aérienne est en partie assurée dans le cadre de collaborations avec les Forces aériennes des pays voisins. Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnent ces collaborations? Y a-t-il des différences d’un pays à l’autre?

Avant de répondre à votre question, j’aimerais apporter quelques précisions par rapport aux missions de police aérienne et aux possibilités de collaboration avec l’étranger. Si l’on prend le cas de l’OTAN, qui effectue notamment des missions de police aérienne au-dessus des Pays baltes, les missions ne concernent que les menaces militaires. Les avions décollent sous la direction de l’OTAN seulement si les intrus ou les contrevenants sont des appareils militaires. En revanche, si les intrus ou les contrevenants sont civils, la conduite opérationnelle est du ressort de l’Etat. Si ce dernier n’a pas cette possibilité de conduite, il ne se passe rien. C’est à l’Etat d’assurer la police de l’air de son espace aérien pour les problèmes non-militaires, les autres pays ne le feront pas à sa place.

En ce qui concerne la Suisse, nous avons divers accords avec les Etats voisins. Tous ces accords concernent les menaces non-militaires et sont basés sur le principe de la réciprocité. Tout d’abord, il y a des échanges d’informations avec tous les voisins, soit la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. Ce premier aspect est fondamental en raison de la densité du trafic, de l’interconnexion des espaces aériens et de la rapidité des avions.

Avec trois de nos voisins – la France, l’Allemagne et l’Italie –, nous avons des accords d’accompagnement. Un avion peut franchir la frontière de l’Etat partenaire, avec son autorisation, pour suivre un cas qui est, dans l’idéal, transmis ensuite à l’aviation de cet Etat.

Enfin, avec la France et l’Italie seulement, nous avons des accords qui permettent de forcer un appareil à atterrir sur sol étranger.

En revanche, il n’y a aucun accord en ce qui concerne la possibilité d’ouvrir le feu dans l’espace aérien des Etats voisins. Chaque Etat garde souverainement le droit d’abattre un appareil dans son espace aérien et il n’existe pas de délégation d’ordre de tir.

Identification d'un Bombardier Global Express 5000 de la République fédérale d'Allemagne par des F/A-18 (© DDPS)

Identification d'un Bombardier Global Express 5000 de la République fédérale d'Allemagne par des F/A-18 (© DDPS)

Les drones civils de toutes sortes représentent un problème croissant pour la sécurité aérienne. Ce nouveau danger est-il pris en compte dans le cadre de PA24? Dispose-t-on actuellement des moyens nécessaires pour repérer, identifier et, le cas échéant, détruire des drones civils?

La présence des drones dans l’espace aérien est un vrai problème et il constituera un thème important dans le futur. Actuellement, la gestion des drones est répartie entre la police, qui s’occupe de ceux qui ont une masse inférieure à 30 kg, et l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), qui a la charge des autres. La première catégorie ne concerne pas le projet PA24. En ce qui concerne la seconde, nous menons des études concernant les possibilités d’interception. Par exemple, nous avons fait un exercice avec un drone ADS 95 des Forces aériennes qui a démontré que les F/A-18 étaient tout à fait en mesure de les intercepter.

Après plus de six mois d’expérience, quels sont les principaux enseignements qui ont déjà pu être tirés?

Deux journées ont été particulièrement intenses. La première est celle du 6 mai, le vendredi du pont de l’Ascension. Ce jour-là, nous avons mené deux missions effectives. La première concernait une pénétration dans la zone contrôlée de l’espace aérien de l’aéroport de Berne. La seconde a eu lieu en raison d’une panne de radio.

La deuxième journée a été très médiatisée. Le 5 juillet, nous avons fait décoller deux F/A-18 pour intercepter un Boeing 747 de la compagnie israélienne El Al effectuant un vol New York – Tel Aviv. Il s’agissait d’un cas normal pour les Forces aériennes. La France nous avait informés de la situation et nous avons engagé les appareils en alerte dans le cadre de PA24 qui ont effectué un vol supersonique. Cet engagement, qui s’est passé sans aucun incident, a eu lieu durant une plage horaire qui n’était pas couverte par le service de police aérienne d’avant PA24. L’intérêt des médias est venu tardivement, lorsqu’il a été révélé que l’avion israélien était victime d’une menace d’attentat à la bombe.

D’une manière plus générale, le fait de travailler plus régulièrement qu’avant dans le cadre d’un QRA 15’ nous a permis de gagner en efficience et en rapidité. Nous avons fait des progrès dans les procédures qui ont été améliorées. Nous sommes en mesure de décoller plus vite et nous sommes également prêts plus rapidement pour effectuer une nouvelle mission au retour d’un engagement. Nous avons également besoin de moins de personnels que prévu au départ. (Fin)

24 juillet 2014: Identification visuelle de l'Airbus A330-343 "Neuchâtel" de la compagnie Swiss par des F/A-18 (© DDPS)

24 juillet 2014: Identification visuelle de l'Airbus A330-343 "Neuchâtel" de la compagnie Swiss par des F/A-18 (© DDPS)

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Police aérienne 24: Interview du colonel EMG Peter Bruns (1)

Publié le par Dimitry Queloz

En 2008, on découvrait – ou faisait semblant de découvrir pour certains – que les Forces aériennes suisses n’assuraient pas la police aérienne de manière permanente. En réaction, l’ancien conseiller aux Etats Hans Hess déposait, l’année suivante, une motion parlementaire demandant aux Forces aériennes de remplir cette mission en tout temps. Il en est résulté le projet de service de police aérienne 24 (PA24) dont la mise en application a commencé au début de cette année. Après six mois d’expérience, il nous a paru intéressant de faire le point sur le sujet. Nous avons eu l’occasion de rencontrer en juillet dernier le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet PA24, qui a eu l’amabilité de répondre à nos questions. Nous lui adressons nos plus vifs remerciements pour son accueil cordial et le temps qu’il nous a accordé.

Le colonel EMG Bruns est un pilote professionnel. Il a 3'000 heures de vol sur des avions de type Vampire, PC-7, Hawk, F-5 Tiger et F/A-18 Hornet. Ancien de l’escadrille 11 et de l’escadre de surveillance, il est actuellement chef de la centrale des opérations des Forces aériennes depuis 2010 et remplaçant du chef des opérations des Forces aériennes. Depuis 2011, il dirige le projet PA24.

Depuis le début de cette année, le projet PA24 commence à être mis en application. Quel est le dispositif en place actuellement et quelles sont les grandes étapes de ce projet jusqu’à sa réalisation complète en 2020?

Le dispositif actuel comprend deux F/A-18 prêts à décoller en l’espace de 15 minutes au maximum entre 8 heures et 18 heures, cinq jours par semaine. Les deux appareils sont armés (canons, missiles Sidewinder et AMRAAM). Précisons qu’une intervention de police aérienne se fait toujours par deux. Un des avions vient se positionner sur la gauche de l’appareil intercepté. Il procède à l’identification visuelle et observe le comportement de l’équipage et des passagers. Le second avion se place derrière. Sa tâche consiste à observer la situation en général et à aider son co-équipier. C’est également à lui qu’incomberait la mission d’abattre l’appareil intercepté, le cas échéant. Le QRA (Quick Reaction Alert) des deux appareils est de 15 minutes. Ce délai, que le public considère souvent comme long, correspond toutefois aux standards internationaux en matière de police aérienne.

A partir du 2 janvier 2017, le projet connaîtra une nouvelle étape importante avec le passage à sept jours par semaine, tout en conservant le même horaire. Dès le 1er janvier 2019, l’horaire sera étendu: le service aura lieu entre 06h00 et 22h00. Cela permettra de pouvoir intervenir durant les heures couvrant plus de 90% du trafic aérien en Suisse. La capacité à remplir la mission de police aérienne de manière permanente sera atteinte à la fin de 2020. Jusqu’à cette date, il y aura, ponctuellement et sans information publique, des jours où le dispositif fonctionnera durant 24 heures.

Ces délais peuvent paraître longs, mais il faut du temps pour former le personnel nécessaire. Toutes les tâches sont remplies par des professionnels hautement qualifiés dont la sélection et la formation durent plusieurs années. Par exemple, celle d’un contrôleur aérien de Skyguide est de trois ans. Il faut aussi tenir compte des capacités de formation à disposition qui ne permettent pas d’instruire en une seule fois l’ensemble des personnels nécessaires. Enfin, il y a une grande variété de personnels et d’acteurs différents. En plus des pilotes appartenant aux Forces aériennes, le personnel est fourni par la Base logistique de l’armée (BLA), la Base d’aide au commandement (BAC) et Skyguide.

Le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet Police aérienne 24 (© DDPS)

Le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet Police aérienne 24 (© DDPS)

A propos de ce personnel, combien faudra-t-il en engager en plus par rapport à la situation antérieure? Quels seront les coûts de fonctionnement de l’organisation?

Le projet nécessite un peu plus d’une dizaine de pilotes supplémentaires, dont six pour l’engagement des avions proprement dit et 7 à 8 autres pour assurer la conduite et les opérations. Le gros des effectifs est cependant constitué par le reste du personnel (mécaniciens et piquet de sauvetage). Au total, il faudra engager 105 personnes, sans compter les contrôleurs aériens de Skyguide qui fournit aux Forces aériennes une prestation contre facture. Le coût total sera de maximum 30 mio de francs par année. Dans ces dépenses sont compris tous les coûts, y compris les prestations de Skyguide.

Actuellement, la police aérienne s’effectue depuis la Base aérienne de Payerne. D’autres bases pourraient-elles aussi être affectées à cette mission? Que se passe-t-il par exemple lors de travaux d’entretien sur la piste de Payerne?

La Base aérienne de Payerne est celle qui dispose des meilleures infrastructures et qui offre les meilleures conditions d’engagement. Deux autres places sont également employées, Emmen et Meiringen. Elles le seront notamment en août de cette année en raison de travaux effectués à Payerne et de la présence de la Fête fédérale de lutte sur l’aérodrome. Emmen offre cependant de moins bonnes infrastructures que Payerne. Pour Meiringen, si les infrastructures sont équivalentes à celles de Payerne, elle nécessite plus de personnels pour le contrôle aérien en raison des procédures de vol plus complexes liées aux conditions naturelles du site.

La mission de police aérienne incombe principalement aux F/A-18. Y a-t-il d’autres moyens aériens engagés, par exemple des hélicoptères pour intercepter des appareils volant à très faible vitesse ou à très basse altitude?

Pour la permanence, seuls les F/A-18 sont effectivement employés. Pour les autres cas, divers moyens peuvent être utilisés. Par exemple, il arrive, au quotidien, que l’on engage un avion déjà présent en l’air pour effectuer une mission de police de l’air. Dans certains cas spécifiques, comme lors de manifestation comme le World Economic Forum (WEF), des PC-7 ou des Super Puma sont aussi engagés. Ces derniers peuvent être armés avec des équipes des forces spéciales.

Pour les avions volant lentement, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a mis en place des procédures particulières pour permettre une interception par des jets. Pour les Forces aériennes, il n’y a pas de problème, le F/A-18 pouvant, lui aussi, voler à des vitesses relativement faibles. (A suivre)

3 avril 2008: interception d'un avion des Forces aériennes royales néerlandaises par des F/A-18 des Forces aériennes suisses (© DDPS)

3 avril 2008: interception d'un avion des Forces aériennes royales néerlandaises par des F/A-18 des Forces aériennes suisses (© DDPS)

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DEVA: Interview du Brigadier Alain Vuitel (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Lors des consultations et des premières discussions en commission, quelles ont été les principales critiques émises contre le projet DEVA?

D’une manière synthétique, les remarques ont concerné quatre domaines. Premièrement, la durée des cours de répétition. Le projet DEVA prévoit des cours de répétition d’une durée de deux semaines. Certains voudraient maintenir la durée actuelle de trois semaines.

La taille de l’armée a aussi fait l’objet de remarques. Les effectifs de 100'000 prévus dans le projet DEVA représentent bien entendu un compromis en fonction des données cadres données à l’armée pour la planification. Il faut cependant souligner qu’il n’est pas pensable de revenir à des effectifs aussi importants que dans les organisations du temps de la Guerre froide en raison des contraintes du monde économique, de la démographie et des ressources à disposition. Par exemple, avec les effectifs prévus dans DEVA, il faut former chaque année 800 nouveaux jeunes officiers pour alimenter durablement la pyramide des cadres. Or, l’expérience accumulée depuis des années montre qu’il n’est pas possible d’aller au-delà de ce nombre avec un potentiel de 20'000 recrues annuelles.

Le budget a également été l’objet de nombreuses discussions au Parlement. Il a fait l’objet de plusieurs rapports et débats jusqu’à ce qu’il soit fixé à 5 milliards par année.

Enfin, les structures. Le chef de l’armée a reçu dans ce domaine énormément de conseils gratuits au cours de l’année dernière! Le projet DEVA représente un optimum. Notons encore la réduction du nombre de subordonnés directs du chef de l’armée.

La nouvelle structure sépare les Forces terrestres, qui comprennent les troupes mécanisées et les forces spéciales, des Divisions territoriales, qui comprennent les bataillons d’infanterie. N’y a-t-il pas le danger de voir une spécialisation des missions: pour les Forces terrestres celles du combat classique et pour l’infanterie celles d’appui aux autorités civiles? Le raccourcissement de la durée des cours de répétition n’accentuera-t-il pas ce phénomène?

Il faut se demander ce que signifie le terme "défense" en ce début du XXIe siècle. Une attaque contre un pays ne se fait plus forcément au moyen de divisions blindées. D’autres attaques sont possibles, notamment dans le domaine du cyberespace et dans celui de l’information. De plus, un pays moderne comme la Suisse dépend de ses infrastructures critiques. Le conflit actuel en Ukraine montre bien que celles-ci doivent être protégées pour qu’un pays puisse continuer à vivre. Ce sera la mission des divisions territoriales que de défendre ces infrastructures critiques.

Les troupes d’infanterie pourront être renforcées par des forces mécanisées mobiles de manière à constituer des moyens mixtes, c’est-à-dire interarmes. Leur mission consistera, par exemple, à reprendre des portions de territoires perdus. En cas de conflit conventionnel, l’infanterie sera également capable de tenir des secteurs et de barrer des axes. Elle contribue ainsi directement au combat d’ensemble.

Avec des cours de répétition à deux semaines au lieu de trois, n’a-t-on pas le risque de voir le degré d’instruction baisser fortement? Quelles mesures sont envisagées pour diminuer ce risque?

La décision d’adopter une durée de deux semaines pour les cours de répétition correspond à un compromis entre les besoins de l’armée, les moyens dont elle dispose et les attentes de la société civile. Depuis plusieurs années, l’économie exerce une forte pression sur le système militaire et celle-ci augmente encore avec la crise économique et le problème du franc fort. Les cadres, à partir du grade de capitaine, ont souvent d’importantes responsabilités dans l’économie et, dans le contexte de concurrence exacerbée qui règne aujourd’hui, il ne va plus de soi de s’absenter régulièrement trois à quatre semaines de suite.

Les mesures envisagées pour diminuer le risque d’une baisse du niveau d’instruction des troupes sont au nombre de trois. Les cours de répétition de deux semaines seront précédés d’une semaine de cours de cadres destinée à préparer les deux semaines d’instruction. Des CTT (cours tactiques et techniques) auront également lieu une année sur deux pour les officiers. Ces cours auront pour but de garantir leur niveau de formation théorique et tactique. Enfin, l’instruction des cours de répétition sera plus efficiente grâce à une utilisation plus optimale des infrastructures d’instruction, comme celles de Bure, par exemple, qui sont parmi les plus modernes d’Europe. Les sections et les compagnies seront entraînées dans le cadre d’exercices-types.

Rien n’est toutefois encore décidé en la matière. La Commission de sécurité du Conseil des Etats préconise de maintenir une durée de trois semaines pour les cours de répétition. Il faudra donc voir les résultats des débats parlementaires. La question devra cependant être discutée dans un cadre plus large; le nombre de jours de service total par année, qui avait été fixé à cinq millions devra, dans un tel cas, être revu à la hausse, respectivement cette limite supprimée.

L’armée a déjà dû abandonner certaines compétences comme la reconnaissance aérienne et l’appui au sol. De plus, nombre de matériels devront être prochainement remplacés. Sera-t-il possible de maintenir et de récupérer toutes ces compétences avec des effectifs réduits et le budget prévu? Quelles sont les priorités, le cas échéant?

Il s’agit, en fin de compte, de définir quelles sont les capacités pour l’armée d’aujourd’hui et pour celle de demain. Ces capacités peuvent se classer en trois catégories. Les capacités essentielles; les capacités de base, qu’il est possible de redévelopper le cas échéant; les capacités qui peuvent être négligées parce qu’elles peuvent être récupérées facilement. Les ressources, limitées, impliquent des choix.

Actuellement, trois priorités ont été fixées. Premièrement, combler les lacunes en matière de télécommunication, y compris en ce qui concerne le domaine de la sécurité. Le but est de disposer d’un réseau protégé et autonome. La question n’est pas seulement d’ordre technique et militaire. Elle revêt avant tout une dimension politique puisqu’il s’agit de disposer d’un outil de conduite au niveau du pays.

La deuxième priorité concerne la défense aérienne. Dans un premier temps, il s’agira de remplacer l’ensemble des systèmes de DCA actuels qui deviennent obsolètes. A moyen terme, il faudra aussi prolonger la durée de vie des F/A-18 en raison du refus d’acheter des Gripen.

Enfin, il sera nécessaire de compléter les moyens des forces terrestres par l’acquisition de lance-mines pour l’appui de feu et d’un système d’exploration au sol.

La réforme DEVA représente un tournant dans de nombreux domaines par rapport à l’Armée XXI (instruction des cadres, équipement de toutes les formations, disponibilité élevée, capacité à mobiliser rapidement…). Combien de temps faudra-t-il pour que la réforme déploie la totalité de ses effets?

Selon la planification, la réforme commencera au début de l’année 2017. Le processus de transformation durera quatre ans et la nouvelle armée sera pleinement opérationnelle le 1er janvier 2021. La période de transformation sera, par nature, une période délicate. Le défi sera de maintenir des capacités pour les engagements les plus probables au cours de ces quatre années. (Fin)

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