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Police aérienne 24: Interview du colonel EMG Peter Bruns (2 et fin)

Publié le par Dimitry Queloz

Le F-5 Tiger arrive maintenant en fin de carrière. Peut-il malgré tout encore être utilisé pour les missions de police aérienne? Si oui, est-il en mesure de le faire dans toutes les circonstances?

Le F-5 Tiger ne peut pas être employé dans le cadre du projet PA24 qui nécessite des appareils pouvant voler de jour comme de nuit, dans toutes les conditions météorologiques. Il ne peut en effet être engagé que de jour et en dehors des nuages.

Une modernisation des Tiger permettrait-elle une utilisation plus importante de ces appareils pour la police de l’air?

Après les études qui ont été menées, il n’est plus envisagé de moderniser les Tiger.

Une fois le projet mené à terme, combien d’avions seront, au total, nécessaires pour remplir la mission? Quel pourcentage de la flotte de F/A-18 ce chiffre représente-t-il?

Le projet PA24 prévoit que deux avions soient disponibles en permanence. Il n’y aura pas un nombre spécifique d’avions dédiés à cette mission, qui sera par ailleurs prioritaire. Les appareils nécessaires seront puisés dans la flotte de F/A-18. Le nombre de F/A-18 en service actuellement sera suffisant pour les besoins de PA24. Celui-ci entraînera d’ailleurs une meilleure disponibilité des appareils. L’augmentation du nombre de mécaniciens et leur présence permanente permettra d’effectuer plus rapidement les travaux de maintenance habituels.

En revanche, si nous devions régulièrement faire décoller des avions dans le cadre de PA24 ou leur faire effectuer des patrouilles permanentes, nous n’aurions pas assez d’appareils.

Pour le moment, la police aérienne est en partie assurée dans le cadre de collaborations avec les Forces aériennes des pays voisins. Pouvez-vous nous expliquer comment fonctionnent ces collaborations? Y a-t-il des différences d’un pays à l’autre?

Avant de répondre à votre question, j’aimerais apporter quelques précisions par rapport aux missions de police aérienne et aux possibilités de collaboration avec l’étranger. Si l’on prend le cas de l’OTAN, qui effectue notamment des missions de police aérienne au-dessus des Pays baltes, les missions ne concernent que les menaces militaires. Les avions décollent sous la direction de l’OTAN seulement si les intrus ou les contrevenants sont des appareils militaires. En revanche, si les intrus ou les contrevenants sont civils, la conduite opérationnelle est du ressort de l’Etat. Si ce dernier n’a pas cette possibilité de conduite, il ne se passe rien. C’est à l’Etat d’assurer la police de l’air de son espace aérien pour les problèmes non-militaires, les autres pays ne le feront pas à sa place.

En ce qui concerne la Suisse, nous avons divers accords avec les Etats voisins. Tous ces accords concernent les menaces non-militaires et sont basés sur le principe de la réciprocité. Tout d’abord, il y a des échanges d’informations avec tous les voisins, soit la France, l’Allemagne, l’Autriche et l’Italie. Ce premier aspect est fondamental en raison de la densité du trafic, de l’interconnexion des espaces aériens et de la rapidité des avions.

Avec trois de nos voisins – la France, l’Allemagne et l’Italie –, nous avons des accords d’accompagnement. Un avion peut franchir la frontière de l’Etat partenaire, avec son autorisation, pour suivre un cas qui est, dans l’idéal, transmis ensuite à l’aviation de cet Etat.

Enfin, avec la France et l’Italie seulement, nous avons des accords qui permettent de forcer un appareil à atterrir sur sol étranger.

En revanche, il n’y a aucun accord en ce qui concerne la possibilité d’ouvrir le feu dans l’espace aérien des Etats voisins. Chaque Etat garde souverainement le droit d’abattre un appareil dans son espace aérien et il n’existe pas de délégation d’ordre de tir.

Identification d'un Bombardier Global Express 5000 de la République fédérale d'Allemagne par des F/A-18 (© DDPS)

Identification d'un Bombardier Global Express 5000 de la République fédérale d'Allemagne par des F/A-18 (© DDPS)

Les drones civils de toutes sortes représentent un problème croissant pour la sécurité aérienne. Ce nouveau danger est-il pris en compte dans le cadre de PA24? Dispose-t-on actuellement des moyens nécessaires pour repérer, identifier et, le cas échéant, détruire des drones civils?

La présence des drones dans l’espace aérien est un vrai problème et il constituera un thème important dans le futur. Actuellement, la gestion des drones est répartie entre la police, qui s’occupe de ceux qui ont une masse inférieure à 30 kg, et l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC), qui a la charge des autres. La première catégorie ne concerne pas le projet PA24. En ce qui concerne la seconde, nous menons des études concernant les possibilités d’interception. Par exemple, nous avons fait un exercice avec un drone ADS 95 des Forces aériennes qui a démontré que les F/A-18 étaient tout à fait en mesure de les intercepter.

Après plus de six mois d’expérience, quels sont les principaux enseignements qui ont déjà pu être tirés?

Deux journées ont été particulièrement intenses. La première est celle du 6 mai, le vendredi du pont de l’Ascension. Ce jour-là, nous avons mené deux missions effectives. La première concernait une pénétration dans la zone contrôlée de l’espace aérien de l’aéroport de Berne. La seconde a eu lieu en raison d’une panne de radio.

La deuxième journée a été très médiatisée. Le 5 juillet, nous avons fait décoller deux F/A-18 pour intercepter un Boeing 747 de la compagnie israélienne El Al effectuant un vol New York – Tel Aviv. Il s’agissait d’un cas normal pour les Forces aériennes. La France nous avait informés de la situation et nous avons engagé les appareils en alerte dans le cadre de PA24 qui ont effectué un vol supersonique. Cet engagement, qui s’est passé sans aucun incident, a eu lieu durant une plage horaire qui n’était pas couverte par le service de police aérienne d’avant PA24. L’intérêt des médias est venu tardivement, lorsqu’il a été révélé que l’avion israélien était victime d’une menace d’attentat à la bombe.

D’une manière plus générale, le fait de travailler plus régulièrement qu’avant dans le cadre d’un QRA 15’ nous a permis de gagner en efficience et en rapidité. Nous avons fait des progrès dans les procédures qui ont été améliorées. Nous sommes en mesure de décoller plus vite et nous sommes également prêts plus rapidement pour effectuer une nouvelle mission au retour d’un engagement. Nous avons également besoin de moins de personnels que prévu au départ. (Fin)

24 juillet 2014: Identification visuelle de l'Airbus A330-343 "Neuchâtel" de la compagnie Swiss par des F/A-18 (© DDPS)

24 juillet 2014: Identification visuelle de l'Airbus A330-343 "Neuchâtel" de la compagnie Swiss par des F/A-18 (© DDPS)

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Police aérienne 24: Interview du colonel EMG Peter Bruns (1)

Publié le par Dimitry Queloz

En 2008, on découvrait – ou faisait semblant de découvrir pour certains – que les Forces aériennes suisses n’assuraient pas la police aérienne de manière permanente. En réaction, l’ancien conseiller aux Etats Hans Hess déposait, l’année suivante, une motion parlementaire demandant aux Forces aériennes de remplir cette mission en tout temps. Il en est résulté le projet de service de police aérienne 24 (PA24) dont la mise en application a commencé au début de cette année. Après six mois d’expérience, il nous a paru intéressant de faire le point sur le sujet. Nous avons eu l’occasion de rencontrer en juillet dernier le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet PA24, qui a eu l’amabilité de répondre à nos questions. Nous lui adressons nos plus vifs remerciements pour son accueil cordial et le temps qu’il nous a accordé.

Le colonel EMG Bruns est un pilote professionnel. Il a 3'000 heures de vol sur des avions de type Vampire, PC-7, Hawk, F-5 Tiger et F/A-18 Hornet. Ancien de l’escadrille 11 et de l’escadre de surveillance, il est actuellement chef de la centrale des opérations des Forces aériennes depuis 2010 et remplaçant du chef des opérations des Forces aériennes. Depuis 2011, il dirige le projet PA24.

Depuis le début de cette année, le projet PA24 commence à être mis en application. Quel est le dispositif en place actuellement et quelles sont les grandes étapes de ce projet jusqu’à sa réalisation complète en 2020?

Le dispositif actuel comprend deux F/A-18 prêts à décoller en l’espace de 15 minutes au maximum entre 8 heures et 18 heures, cinq jours par semaine. Les deux appareils sont armés (canons, missiles Sidewinder et AMRAAM). Précisons qu’une intervention de police aérienne se fait toujours par deux. Un des avions vient se positionner sur la gauche de l’appareil intercepté. Il procède à l’identification visuelle et observe le comportement de l’équipage et des passagers. Le second avion se place derrière. Sa tâche consiste à observer la situation en général et à aider son co-équipier. C’est également à lui qu’incomberait la mission d’abattre l’appareil intercepté, le cas échéant. Le QRA (Quick Reaction Alert) des deux appareils est de 15 minutes. Ce délai, que le public considère souvent comme long, correspond toutefois aux standards internationaux en matière de police aérienne.

A partir du 2 janvier 2017, le projet connaîtra une nouvelle étape importante avec le passage à sept jours par semaine, tout en conservant le même horaire. Dès le 1er janvier 2019, l’horaire sera étendu: le service aura lieu entre 06h00 et 22h00. Cela permettra de pouvoir intervenir durant les heures couvrant plus de 90% du trafic aérien en Suisse. La capacité à remplir la mission de police aérienne de manière permanente sera atteinte à la fin de 2020. Jusqu’à cette date, il y aura, ponctuellement et sans information publique, des jours où le dispositif fonctionnera durant 24 heures.

Ces délais peuvent paraître longs, mais il faut du temps pour former le personnel nécessaire. Toutes les tâches sont remplies par des professionnels hautement qualifiés dont la sélection et la formation durent plusieurs années. Par exemple, celle d’un contrôleur aérien de Skyguide est de trois ans. Il faut aussi tenir compte des capacités de formation à disposition qui ne permettent pas d’instruire en une seule fois l’ensemble des personnels nécessaires. Enfin, il y a une grande variété de personnels et d’acteurs différents. En plus des pilotes appartenant aux Forces aériennes, le personnel est fourni par la Base logistique de l’armée (BLA), la Base d’aide au commandement (BAC) et Skyguide.

Le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet Police aérienne 24 (© DDPS)

Le colonel EMG Peter Bruns, chef du projet Police aérienne 24 (© DDPS)

A propos de ce personnel, combien faudra-t-il en engager en plus par rapport à la situation antérieure? Quels seront les coûts de fonctionnement de l’organisation?

Le projet nécessite un peu plus d’une dizaine de pilotes supplémentaires, dont six pour l’engagement des avions proprement dit et 7 à 8 autres pour assurer la conduite et les opérations. Le gros des effectifs est cependant constitué par le reste du personnel (mécaniciens et piquet de sauvetage). Au total, il faudra engager 105 personnes, sans compter les contrôleurs aériens de Skyguide qui fournit aux Forces aériennes une prestation contre facture. Le coût total sera de maximum 30 mio de francs par année. Dans ces dépenses sont compris tous les coûts, y compris les prestations de Skyguide.

Actuellement, la police aérienne s’effectue depuis la Base aérienne de Payerne. D’autres bases pourraient-elles aussi être affectées à cette mission? Que se passe-t-il par exemple lors de travaux d’entretien sur la piste de Payerne?

La Base aérienne de Payerne est celle qui dispose des meilleures infrastructures et qui offre les meilleures conditions d’engagement. Deux autres places sont également employées, Emmen et Meiringen. Elles le seront notamment en août de cette année en raison de travaux effectués à Payerne et de la présence de la Fête fédérale de lutte sur l’aérodrome. Emmen offre cependant de moins bonnes infrastructures que Payerne. Pour Meiringen, si les infrastructures sont équivalentes à celles de Payerne, elle nécessite plus de personnels pour le contrôle aérien en raison des procédures de vol plus complexes liées aux conditions naturelles du site.

La mission de police aérienne incombe principalement aux F/A-18. Y a-t-il d’autres moyens aériens engagés, par exemple des hélicoptères pour intercepter des appareils volant à très faible vitesse ou à très basse altitude?

Pour la permanence, seuls les F/A-18 sont effectivement employés. Pour les autres cas, divers moyens peuvent être utilisés. Par exemple, il arrive, au quotidien, que l’on engage un avion déjà présent en l’air pour effectuer une mission de police de l’air. Dans certains cas spécifiques, comme lors de manifestation comme le World Economic Forum (WEF), des PC-7 ou des Super Puma sont aussi engagés. Ces derniers peuvent être armés avec des équipes des forces spéciales.

Pour les avions volant lentement, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) a mis en place des procédures particulières pour permettre une interception par des jets. Pour les Forces aériennes, il n’y a pas de problème, le F/A-18 pouvant, lui aussi, voler à des vitesses relativement faibles. (A suivre)

3 avril 2008: interception d'un avion des Forces aériennes royales néerlandaises par des F/A-18 des Forces aériennes suisses (© DDPS)

3 avril 2008: interception d'un avion des Forces aériennes royales néerlandaises par des F/A-18 des Forces aériennes suisses (© DDPS)

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Autour de Marignan

Publié le par Dimitry Queloz

Autour de Marignan. Le théâtre d’opérations d’Italie du Nord, 1515-1960, Pully, Centre d’histoire et de prospective militaires, 2015, 183 pages

Comme l'indique le titre, la bataille de Marignan n’est pas le thème principal de cet ouvrage qui regroupe la douzaine de contributions présentées lors du symposium 2014 du Centre d’Histoire et de Prospective Militaires (CHPM) ainsi qu’une étude de Georges-André Chevallaz publiée une première fois en 1988. La démarche consistant à étudier un théâtre d’opérations sur plusieurs siècles est intéressante à plus d’un titre. Elle permet de montrer l’importance du milieu, donc de la géographie militaire, la permanence à travers les âges de certains éléments comme les principaux axes de communication, les points de passage obligés et les terrains-clés, mais aussi les évolutions, notamment en ce qui concerne les routes, ainsi que les changements géopolitiques découlant des modifications de frontières, des changements d’alliance, de l’évolution des situations économiques…

L’ouvrage se concentre sur une région, l’Italie du Nord, qui a joué un rôle important dans l’histoire de la Suisse durant plusieurs siècles. D’autres aspects, qui concernent moins directement notre pays, sont cependant également abordés, comme les bombardements alliés durant la Seconde Guerre mondiale ou l’analyse du théâtre d’opérations nord-italien qui devient une cible potentielle des forces du pacte de Varsovie au cours de la Guerre froide.

Au XVe siècle, le canton d’Uri, puis les Confédérés, se lancent à la conquête des territoires situés au sud du Gothard – les bailliages italiens qui formeront le futur canton du Tessin – et appartenant alors au duché de Milan. Les cantons suisses participent ainsi aux guerres d’Italie qui se terminent pour eux avec la défaite de Marignan et les conséquences qui en découlent, notamment l’alliance avec la France.

A l’époque de la guerre de Trente Ans, le Tessin et, surtout, les Grisons jouent un rôle stratégique majeur pour l’empereur et ses alliés espagnols. Les possessions des Habsbourg d’Autriche et celles de leurs cousins d’Espagne – qui détiennent Milan – sont en effet séparées par les bailliages italiens et les territoires grisons. Les deux alliés empruntent donc régulièrement les routes et les cols alpins traversant les territoires confédérés dans le cadre de leurs opérations militaires.

Durant la Révolution, l’Italie du Nord est le théâtre des conflits entre la France et ses adversaires, Autriche et Russie notamment. La Confédération voit son destin basculé avec l’invasion française de 1798. Genève et le Valais sont annexés à la République, cette dernière cherchant à contrôler les meilleurs passages en direction de l’Italie du Nord. C’est dans ce contexte géopolitique que la Suisse connaît également le passage des troupes des puissances coalisées. Souvorov, une fois l’Italie du Nord reprise, franchit le Gothard, mais finit par se faire battre par Masséna à Zurich en 1799.

Les XIXe et XXe siècles sont marqués, outre la question de l’influence des idées libérales et radicales suisses en l’Italie du Nord, ce qui déplait notamment au feld-maréchal autrichien Radetzky, d’une part par l’irrédentisme italien sur le Tessin et, d’autre part, par la volonté suisse de se défendre contre cette menace. La première question est complexe. Si les révolutionnaires italiens se montrent souvent favorables à une annexion du Tessin, le gouvernement du nouvel Etat est plus respectueux de l’intégrité du territoire helvétique, et ce même si l’armée planifie des opérations militaires à travers la Suisse dans le cadre de la Triplice. La menace italienne se précise cependant au cours de la Deuxième Guerre mondiale, avec différents plans d’opérations et des projets de démantèlement de la Suisse que l’on prévoyait de partager entre l’Allemagne, la France et l’Italie.

Durant la Belle époque, l’Italie est perçue comme une menace très sérieuse par l’Etat-major général suisse. D’une part, on est convaincu de la menace irrédentiste. D’autre part, le début du XVIe siècle marquant l’apogée de la puissance militaire suisse est perçu avec nostalgie. On regrette la perte de Milan, puis celle de la Valteline deux siècles plus tard. C’est dans ce cadre que le chef de l’Etat-major général, Arnold Keller, réalise des plans de défense du front Sud. Dans ses hypothèses les plus optimistes, il prévoit, en cas de guerre avec l’Italie, de se lancer dans une offensive qui a pour objestif de s’emparer de Milan!

(© blogdéfense)

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